Élire au hasard
Politique

Élire au hasard

Le chercheur Hugo Bonin fait un plaidoyer audacieux pour l’introduction du tirage au sort dans le processus électoral.

Les appels à réformer le mode de scrutin se font entendre depuis des décennies, sans effet. Et si le système était problématique à la base ? C’est la prémisse du chercheur Hugo Bonin dans La démocratie hasardeuse, un plaidoyer audacieux pour l’introduction du tirage au sort dans le processus électoral.

Comités de réforme du scrutin, référendums d’initiative populaire, consultations publiques : les tentatives pour assainir un système électoral imparfait ne manquent pas. Malgré cela, le taux d’abstention demeure élevé, tout comme le cynisme à l’égard de la classe politique. C’est le défaut, dit Hugo Bonin, d’un système qui postule que l’électeur choisira celui qui lui apparaît le plus compétent pour gérer les affaires publiques.

Dans les faits, la politique s’apparente davantage à un concours de popularité, où le choix se fait autant sur le visage du candidat que sur son aisance à communiquer, et les favoris sont souvent les plus riches ou ceux qui savent se « vendre ». S’il cherche réellement à représenter le peuple, explique le chercheur, le système actuel des urnes n’atteint pas son objectif.

La solution ? Le tirage au sort. Un principe qui remonte à aussi loin que la Grèce antique, perçue comme le berceau de la démocratie. Le système était considéré comme « un procédé pour limiter la concentration du pouvoir et favoriser la participation citoyenne » — même si le citoyen devait satisfaire à plusieurs critères avant d’être éligible.

De nos jours, l’introduction du hasard permettrait de contrer la perception de politiciens préoccupés par leurs intérêts personnels ou soumis aux pressions extérieures. Et, note l’auteur, cela éviterait de faire de la politique un métier : « sans la possibilité d’une réélection, la composition de la classe politique varierait tant qu’il serait difficile de parler de tâche spécialisée ».

Libéré des contraintes électorales, le Parlement serait plus diversifié et mieux représentatif des groupes qui composent la population. Plus question non plus d’acheter le vote d’un électeur ou de lui faire miroiter des promesses illusoires : le hasard écarte le clientélisme.

Ce qui n’empêche pas de baliser le processus, par exemple en restreignant le tirage au sort à ceux qui déposent leur candidature et en limitant les mandats.

Une assemblée de « n’importe qui » plus efficace qu’une assemblée des « meilleurs » ? Une proposition étonnante, qui omet cependant une donnée fondamentale : de nos jours, l’organisation d’un État s’appuie bien davantage sur sa fonction publique que sur ses élus.

« Il n’y a pas de candidat meilleur qu’un autre puisque, quand il s’agit de décider de questions politiques, tous sont égaux. Alors, la question n’est pas nécessairement de savoir qui est “le plus apte à gouverner”, mais plutôt de mettre en place un système qui donne à tous une possibilité égale d’accéder aux postes de pouvoir. »

La démocratie hasardeuse, par Hugo Bonin, XYZ éditeur, 2017