Il faut qu'on parle de la gestion des ministères
PolitiqueLe blogue de Marc-Nicolas Kobrynsky

Il faut qu’on parle de la gestion des ministères

Pourquoi un rapport sur la performance des ministères ? Dans son nouveau blogue, le chercheur Marc-Nicolas Kobrynsky nous explique ce qui le motivera à surveiller la gestion du gouvernement dans les prochains mois.

J’ai 41 ans, un emploi à temps plein comme consultant en efficience et stratégie, une blonde, une famille et des amis que je ne vois pas assez, des implications bénévoles, une hypothèque — au moins une salle de bain à rénover —, des loisirs en masse et au moins 10 livres à perdre. J’ai une centaine de livres achetés mais non lus, je veux apprendre le violon ou, par égard pour mes voisins, la guitare, et je roule encore avec mes pneus d’hiver.

Bref, pourquoi m’être lancé dans l’écriture du rapport 2017 sur la performance des ministères (ci-dessous), qui a débouché sur le bulletin des ministères de L’actualité ? Parce que pour beaucoup trop de ministères, le bateau s’en va nulle part.

La genèse du rapport est fort banale. Lors d’une soirée un peu arrosée entre amis, le sujet tombe sur la politique et la crise du moment. De mémoire, on parle du cafouillage autour des automobilistes paralysés sur l’autoroute 13. Mais plutôt que d’y aller de critiques surfaites du genre tout-le-gouvernement-il-est-pas-bon, l’assemblée des copains fait un réel effort pour évaluer la performance des ministères. On les passe en revue un à un : l’Éducation, la Santé, la Justice, mais aussi la Culture, le Tourisme, le Travail, etc.

Et la réponse est toujours la même : on ne sait pas.

C’est la première impulsion qui a mené à ce rapport semi-éthylique. Pour n’importe quelle entreprise vendeuse de bébelles inscrite à la Bourse, je peux obtenir en quelques clics une manne de données historiques, un rapport d’activité pour chaque trimestre et, au minimum, une demi-douzaine de rapports d’analystes qui vont m’informer sur toutes les facettes de sa performance.

Mais pour un ministère comme celui de l’Éducation, qui gère 20 milliards par année, responsable de rien de moins que du futur du peuple québécois, je ne sais pas par où commencer. En fait, personne ne sait par où commencer.

En blague, je promets à mes amis de me pencher sur la question et de revenir avec plus d’informations. Dans une rare journée de libre, j’entame donc ma recherche et fais une première série de lectures, sans attente aucune. Mais rapidement, mes réflexes de consultant s’enclenchent et toutes sortes d’alarmes commencent à retentir — ça sent mauvais. Plus j’avance dans mon analyse, plus la surprise teintée d’incompréhension du départ se transforme en préoccupation, puis en indignation, pour culminer en sourde colère.

Ne vous méprenez pas : le chercheur Kobrynsky est resté d’une neutralité exemplaire tout au long des travaux qui ont mené à la rédaction du rapport. Ce qui n’a pas empêché le citoyen Kobrynsky de ventiler son indignation au fur et à mesure de ses découvertes par de fréquents chapelets de mots impubliables. Je vous mets au défi de ne pas en dire quelques-uns à la lecture du rapport.

Alors, pourquoi ai-je négligé blonde, amis, famille et pneus d’été pour écrire ce rapport ?

Parce qu’il fallait qu’il soit écrit. Parce qu’une fois constatés l’ampleur et le degré de gravité de la situation, c’était ma responsabilité citoyenne de le faire — once you know the truth, you can never go back !

Parce que ce rapport permet aussi, de façon définitive, de mettre en contexte l’ensemble de l’appareil gouvernemental et ses problèmes structurels, qui, tout d’un coup, expliquent clairement les problèmes ponctuels vécus par chaque ministère.

Pour moi, la performance d’un ministère n’est pas quelque chose d’abstrait. Ce n’est pas des chiffres. C’est humain.

C’est l’ami aux pensées suicidaires à qui l’on répond qu’il y a une attente de six mois pour voir un psy dans le régime public et qui ne peut s’offrir une consultation au privé. Ce sont les chums qui écrivent un français exécrable, même à l’université. C’est l’immigré surqualifié qui travaille au noir parce qu’il ne peut se trouver d’emploi. Ce sont les algues bleues qui polluent nos lacs. Ce sont les familles des victimes d’un meurtrier présumé qui est relâché sans procès parce que le délai pour le faire comparaître est trop long.

J’ai écrit ce rapport parce que vous et moi aspirons à beaucoup mieux.

Dans les semaines et les mois qui viennent, je vais continuer à discuter de la performance des ministères, mais aussi de l’ensemble de l’appareil gouvernemental. Certaines entrées du blogue reviendront sur des aspects de mon rapport, d’autres présenteront les résultats d’analyses supplémentaires sur lesquelles je suis en train de travailler.

L’ensemble de ma démarche est guidé par un seul objectif : l’atteinte de résultats importants pour les citoyens.

Au plaisir d’échanger avec vous !

Le Rapport 2017 sur la performance des ministères du gouvernement du Québec:

Rapport 2017 sur la performance des ministères du gouvernement du Québec – Version complète by L’actualité on Scribd

Rapport 2017 sur la performance des ministères du gouvernement du Québec – Version sommaire by L’actualité on Scribd