L'ex-ministre fédérale Monique Bégin dénonce la violence sexuelle
Politique

L’ex-ministre fédérale Monique Bégin dénonce la violence sexuelle

« Nous savons tous que quelque chose ne va pas, depuis longtemps, et qu’il y a un lien avec le pouvoir des hommes », a déclaré la lauréate du prix Hommage aux Prix des parlementaires de l’année.

Ottawa — La première Québécoise élue à la Chambre des communes, Monique Bégin, a dénoncé la violence sexuelle envers les femmes, y compris en politique, dans un discours prononcé mardi soir au Château Laurier, à Ottawa, à quelques pas du parlement. Elle a soutenu avoir elle-même vécu des expériences désagréables lorsqu’elle était une nouvelle députée, dans les années 1970.

Monique Bégin, 81 ans, s’adressait à une assemblée de députés, ministres et employés politiques à l’occasion de la remise des Prix des parlementaires de l’année, organisée par les magazines L’actualité et Maclean’s depuis 10 ans. Mme Bégin recevait le prix Hommage, remis pour souligner l’ensemble de la carrière de cette féministe de la première heure.

Élue pour la première fois en 1972, Monique Bégin est membre d’un club très rare, celui des femmes en politique : sa cuvée renfermait seulement cinq femmes sur les 264 députés de l’époque (1,8 %).

Son discours de remerciement a porté exclusivement sur les femmes en politique, la vague de dénonciations qui continue de déferler depuis l’affaire Weinstein aux États-Unis, et ses répercussions au Canada et au Québec, notamment avec le mot-clic #MoiAussi.

« Nous savons tous que quelque chose ne va pas, depuis longtemps, et qu’il y a un lien avec le pouvoir des hommes », a-t-elle affirmé, avant de féliciter les femmes qui dénoncent leurs agresseurs. « Je les admire et les remercie. »

Après avoir fait sourire l’auditoire avec quelques anecdotes, notamment lorsqu’elle a décrit sa réaction après avoir tenté de traduire les mots « pussy-grabbing » et « stalking » dans son moteur de recherche Web, Monique Bégin a pris un ton plus sérieux.

Le dernier mot qu’elle a traduit était « groping », a-t-elle dit, ce qui signifie « tâter ». Après une courte pause pour marquer le coup, elle a ajouté : « Ce mot m’a rappelé des expériences non désirées que j’ai vécues alors que j’étais une jeune députée. » Après une nouvelle pause, elle a précisé : « Je ne souhaite pas en dire davantage. »

Mme Bégin a dénoncé la « masculinité toxique » de certains hommes et leur propension à vouloir dominer, à « soumettre les femmes » et tenter de les « contrôler ». Elle a dit avoir apprécié le titre d’une récente chronique dans le Globe and Mail : « Masculinity is toxic. Men don’t have to be ».

L’ancienne ministre, qui a été secrétaire générale de la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada, de 1967 à 1970, avant son saut en politique, a rappelé que cet exercice visait à l’époque à « assurer aux femmes des chances égales à celles des hommes ».

« C’était à propos de l’équité et des opportunités », a-t-elle déclaré à la fin de son discours, qu’elle a d’ailleurs dédié à la nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante. « Certaines observent maintenant que le débat se déplace vers l’égalité de revenu. Mais ce concept, ainsi que les métaphores comme “briser le plafond de verre”, ne s’attaque pas à la racine des problèmes sociaux comme les abus sexuels et le harcèlement. Derrière cet objectif d’égalité, l’homme reste la norme. Je ne suis pas intéressée à être l’égale de l’homme. Je veux qu’on s’attaque aux racines du patriarcat. Comme l’écrivait la féministe et philosophe belge Françoise Collin : “L’égalité est un principe d’assimilation, non un principe de transformation sociale.” »

Monique Bégin a quitté l’estrade sous des applaudissements nourris.

Rappelons qu’en 2014, le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a suspendu deux députés de son caucus en raison d’allégations de harcèlement sexuel envers deux députées du NPD. Les deux députés écartés, Massimo Pacetti et Scott Andrews, ont depuis quitté la vie politique. Ces événements ont entraîné une réforme du processus de plainte pour les victimes des comportements déplacés de la part des députés au Parlement.

Signe de l’importance de l’héritage politique de Mme Bégin — entre 1972 et 1984, elle a notamment instauré le crédit d’impôt pour enfant et a bonifié le supplément de revenu garanti pour les personnes vivant seules —, c’est la chef de cabinet du premier ministre Justin Trudeau, Katie Telford, qui a prononcé le discours de présentation de la lauréate.

Dans son discours, Monique Bégin a mentionné que la députation féminine actuelle à Ottawa n’est pas encore assez nombreuse. Les députées représentent 26,3 % de l’ensemble des élus, ce qui classe le Canada au 64e rang des pays du monde. « Les études montrent que la manière de faire de la politique commence vraiment à changer lorsque les femmes représentent environ 33 % des élus. On a encore du chemin à faire », a-t-elle souligné.

Dans la salle de bal du Château Laurier, la députée néo-démocrate de Laurier–Sainte-Marie, Hélène Laverdière, était une spectatrice attentive lors du discours de l’ancienne ministre libérale. « Je l’admire beaucoup », a-t-elle dit à L’actualité.

Elle affirmait ne pas avoir été surprise des propos de Monique Bégin, tout en respectant son désir de ne pas vouloir en dire davantage sur sa vie privée à l’époque où elle était une nouvelle députée fraîchement débarquée à Ottawa. « C’est malheureusement l’un des sujets de l’heure. Il y a encore de nombreux défis pour les femmes, notamment en ce qui concerne le harcèlement, mais aussi le sexisme ordinaire dans les milieux plus traditionnellement masculins. » Mme Laverdière a salué le discours d’« affirmation » de Monique Bégin. « Elle n’a pas peur de dire ce qu’elle pense. »

Porte-parole de son parti en matière d’affaires étrangères, Hélène Laverdière a reçu l’un des 10 prix remis durant la soirée, soit celui de la députée qui « connaît le mieux ses dossiers » à la Chambre des communes. « C’est une belle reconnaissance, même si je suis loin d’être certaine que c’est moi qui connais le mieux mes dossiers ! Mon équipe fait un travail formidable pour m’aider. »

Dans le passé, ce prix a souvent été remis à l’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe, lui aussi député de Laurier–Sainte-Marie, défait deux fois par Hélène Laverdière, en 2011 et 2015. Y a-t-il quelque chose dans l’eau de cette circonscription montréalaise qui amène ses députés à bien maîtriser ses dossiers ? « J’ignorais que Duceppe avait déjà remporté ce prix, c’est amusant ! » nous a-t-elle dit en riant. Selon la néo-démocrate, les citoyens de sa circonscription aiment débattre des grands enjeux, ce qui « force [son équipe] à être à la hauteur ».

Mme Laverdière a été choisie par ses pairs lors du sondage annuel Maclean’sL’actualité mené auprès des 338 élus à Ottawa. Ce sont donc les députés, qui voient leurs collègues à l’œuvre de près, qui déterminent par vote secret qui mérite les reconnaissances. Les Prix des parlementaires visent à souligner le travail des députés dans une démocratie, y compris ceux qui opèrent dans l’ombre, loin des caméras.

L’an dernier, le titre de parlementaire de l’année, la récompense la plus prestigieuse de la soirée après le prix Hommage, avait été décerné au chef du NPD, Thomas Mulcair, redoutable à la période des questions. Cette année, c’est un député conservateur albertain de 30 ans, peu connu du public, Garnett Genuis, qui lui succède.

Élu pour la première fois en 2015, Genuis est décrit comme un « mini-Jason Kenney » par ses collègues du caucus conservateur. Un jeune de droite qui suit ses dossiers de près, est très actif sur les réseaux sociaux et s’exprime avec aisance, notamment sur les droits de la personne dans le monde. « Je veux donner une voix à ceux qui n’en ont pas », a-t-il dit mardi soir à la réception de son prix.

Après le libéral Kevin Lamoureux, Garnett Genuis est le député fédéral qui a pris le plus souvent la parole aux Communes depuis 2015. Il est le plus jeune à s’être vu décerner le titre de parlementaire de l’année Maclean’sL’actualité. Il n’a pas reçu que des votes des députés conservateurs, puisque son nom était également celui qui revenait le plus souvent chez les députés libéraux et néo-démocrates.

Kevin Lamoureux, du Manitoba, l’homme qui aime parler, a reçu le titre de député qui « travaille le plus fort ».

Dans la catégorie « étoile montante », remportée l’an passé par le conservateur québécois Gérard Deltell, la récompense est allée à un autre député de la région de Québec : le libéral Joël Lightbound. Ce dernier a notamment ému les députés de la Chambre des communes avec son discours à la suite de l’attentat terroriste à la mosquée de Québec, au début de l’année 2017.

Pour une deuxième année de suite, le néo-démocrate Nathan Cullen a été désigné « meilleur orateur ». La libérale Judy Sgro a reçu le titre de « meilleur mentor» auprès des nouveaux députés, alors que son collègue du caucus Rodger Cuzner a remporté la mention du député « le plus collégial » pour son travail avec les parlementaires de tous les partis. Le prix de l’« engagement dans la communauté » a été remis au conservateur Scott Reid, tandis que la personne qui représente le mieux ses électeurs est Shannon Stubbs, une élue conservatrice de l’Alberta.