Quel prix pour garder l'Agence mondiale antidopage?
Politique

Quel prix pour garder l’Agence mondiale antidopage?

L’AMA restera à Montréal jusqu’en 2031. L’actualité a obtenu les détails de la nouvelle entente, qui inclut un projet de loi privé pour protéger l’organisme et ses employés de poursuites civiles.

Les grandes organisations internationales sont très convoitées. Tous les pays souhaitent attirer chez eux les talents et le prestige qui accompagnent ces sièges sociaux.

Montréal a réussi un bon coup en conservant l’Agence mondiale antidopage (AMA) jusqu’en 2031. L’organisation augmentera même ses effectifs, qui passeront de 85 à 105 employés.

Cette campagne de séduction a évidemment un coût. Montréal, Québec et Ottawa ont dû bonifier les conditions de l’AMA pour éviter qu’elle ne soit soumise aux enchères pour lui trouver un nouveau domicile à la fin de l’entente actuelle, en 2021.

L’actualité a obtenu les détails de la nouvelle entente qui vient d’être approuvée lors de la réunion des membres du comité exécutif de l’AMA, en Corée du Sud:

  • Une hausse de la subvention annuelle, qui passera de 1,9 à 3,025 millions de dollars à partir de 2021. Le montant sera ajusté en fonction de l’inflation. Le nouvel investissement est donc d’environ 11 millions de dollars sur 10 ans. La facture sera assumée à 66 % par Ottawa, et 33 % par Québec.
  • Le congé de taxe foncière est maintenu. On conserve aussi les anciens avantages, comme le droit d’étudier en anglais pour les enfants des employés étrangers et des frais de scolarité très bas.
  • Québec va contribuer à un fonds d’un million de dollars pour que l’AMA effectue de la recherche dans les domaines des biomarqueurs et de l’intelligence artificielle.
  • Les visiteurs et chercheurs étrangers de l’AMA vont bénéficier d’une attention particulière d’Immigration Canada pour l’obtention plus rapide de visas.
  • Le gouvernement canadien met sur pied un comité spécial qui va accompagner l’AMA lorsqu’elle obtient des renseignements de la part de lanceurs d’alerte à travers le monde. Ottawa s’engage à aider l’AMA à protéger ces dénonciateurs qui permettent de faire éclater des cas spécifiques de dopages, ou qui contribuent à étaler au grand jour des mécanismes étatiques complexes, comme en Russie.
  • L’AMA va soumettre un projet de loi privé à l’Assemblée nationale afin de protéger l’organisme et ses employés contre les poursuites civiles découlant de leurs décisions. Par exemple, un athlète ou une fédération sportive sanctionnés pour dopage par l’AMA ne pourrait pas trainer l’organisme devant les tribunaux pour diffamation ou atteinte à la réputation. Le gouvernement du Québec va offrir ses conseils pour la rédaction du projet de loi, et c’est Montréal International qui va défrayer les coûts légaux.

C’est l’organisme Montréal International, qui pilote l’atterrissage des sièges sociaux internationaux dans la métropole, qui a coordonné l’effort diplomatique pour convaincre les dirigeants de l’AMA de rester à Montréal.

La facture aurait d’ailleurs pu être beaucoup plus salée si Montréal avait dû batailler contre d’autres nations lors d’un appel d’offres international. Le vote crucial qu’ont remporté le Canada et le Québec, c’est celui du 24 septembre dernier, à Paris.

Cet été, l’ancien maire de Montréal, Denis Coderre — qui avait contribué à attirer l’AMA à Montréal dans les années 1990 lorsqu’il était ministre fédéral — a eu vent de la précarité du siège social à Montréal.

La moitié des membres du comité exécutif de l’AMA proviennent du Comité international olympique (CIO). Ces derniers souhaitaient rapatrier l’agence en Europe, pour la rapprocher du cœur du mouvement olympique. Il faut toutefois un vote favorable aux deux tiers de l’assemblée pour déménager le siège social.

Rapidement, Ottawa et Québec ont convenu d’une stratégie diplomatique: Marc Garneau pour le fédéral et Christine St-Pierre pour le Québec ont appelé personnellement les membres du comité exécutif.

Les deux ministres ont rapidement réalisé que les membres qui ne viennent pas du mouvement olympique ne souhaitaient pas déménager l’AMA à Lausanne, en Suisse, près du CIO. Une proximité jugée malsaine par plusieurs membres, puisque l’AMA rend des décisions sur les athlètes qui ne font pas toujours l’affaire du CIO, qui perd parfois des vedettes très utiles au mouvement olympique.

Les membres favorables à Montréal ont toutefois prévenu le Canada que le lobby pour attirer le siège de l’AMA s’annonçait intense advenant un appel d’offres international, et que pour l’éviter, Montréal devrait bonifier l’entente actuelle.

L’organisme Montréal international a donc préparé une proposition préliminaire. Le 24 septembre, lors du vote à Paris, les membres du comité exécutif ont convenu que l’offre de Montréal était suffisante pour éviter l’appel d’offres international. Ils ont aussi tenu compte de la volonté des employés de l’AMA, qui souhaitaient demeurer à Montréal.

Il restait à ficeler la proposition et à la présenter lors de la réunion de jeudi, en Corée du Sud. Les ministres Garneau et St-Pierre se sont rendus sur place, tout comme le PDG de Montréal International, Hubert Bolduc, pour finaliser la vente.