Qui veut la peau de la vérificatrice générale ?
Politique

Qui veut la peau de la vérificatrice générale ?

Début novembre, en plein cœur de l’affaire Guy Ouellette, des députés ont reçu un long courriel qui tentait de nuire à la crédibilité de Guylaine Leclerc, rapporte Louis Lacroix.

Des députés membres de la Commission de l’administration publique (CAP) et le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, soupçonnent qu’une opération planifiée tente de discréditer l’actuelle vérificatrice générale, Guylaine Leclerc.

Début novembre, en plein cœur de l’affaire Guy Ouellette, un long courriel a commencé à circuler dans les cercles fermés de l’Assemblée nationale. Certains députés, tous partis confondus, ont reçu une correspondance anonyme qui retraçait le passé professionnel de Mme Leclerc.

On y faisait allusion à la vente de son entreprise, Leclerc Juricomptables, à Navigant Consulting, une société américaine inscrite à la Bourse de New York, de contrats qu’elle aurait reçus de la Sûreté du Québec, de la création de la société Accuracy et d’amitié entretenue avec une directrice de l’AMF. Le tout ponctué de numéros d’appels d’offres placés par la RAMQ, d’allégations de conflits d’intérêts et autres amalgames professionnels. De toute évidence, on remettait en question la capacité de Mme Leclerc de tenir une vérification sur le travail de l’AMF, dans la foulée des affirmations du député Ouellette.

La forme dans laquelle le long courriel de sept pages était écrit donnait à penser qu’il s’agissait d’une opération commanditée. « Le courriel était extrêmement bien rédigé, selon le député caquiste Benoit Charette, qui a reçu la correspondance. Ce n’est pas n’importe qui qui a pu écrire ça. Il y a des moyens qui ont été mis dans la rédaction de ce courriel-là. »

Ce qui ajoutait au mystère, c’était l’utilisation d’une adresse Guerrilla Mail, un type de courriel dont l’adresse d’envoi s’efface automatiquement après quelques minutes, la rendant impossible à repérer. « Lorsqu’on a reçu le courriel, on a saisi la présidence de l’Assemblée nationale et le Secrétariat général », indique M. Charette, également membre de la Commission de l’administration publique.

« Ça fait 32 ans que j’entends des rumeurs de toutes sortes, lance le président, Jacques Chagnon. Mais quand j’ai vu ça, j’ai pensé qu’il y avait certainement des choses à éclaircir. J’ai donc suggéré à la CAP de convoquer Mme Leclerc pour entendre son point de vue. »

La rencontre a eu lieu le 8 novembre dernier dans les bureaux de Mme Leclerc, boulevard Charest, à Québec. Un député qui était présent affirme que la vérificatrice a décortiqué une à une les attaques contenues dans le courriel.

« Mme Leclerc a pu très bien démontrer, paragraphe par paragraphe, que s’il y avait de petits éléments de vérité autour des faits énoncés, les dates ne concordaient pas, les montants ne correspondaient pas, la responsabilité qu’elle avait à l’époque ne correspondait pas non plus, relate le député de Deux-Montagnes. Bref, elle était très bien préparée. »

« Les membres du comité directeur de la CAP s’en sont déclarés satisfaits, dit le président de la commission, Sylvain Gaudreault. Maintenant, ce n’est pas à nous de juger de tous les détails. Il y avait vraiment beaucoup d’éléments dans ce courriel. »

Au-delà du contenu, ce sont les motivations derrière l’envoi d’une telle correspondance qui inquiètent l’Assemblée nationale. « Une fois qu’on a été rassurés sur la crédibilité de l’institution, on s’est questionné sur le but de nous envoyer un courriel de cette nature-là », indique un autre élu, qui a désiré conserver l’anonymat. « Est-ce qu’on ne tente pas de détruire la crédibilité d’une institution qui est fondamentale pour notre système au Québec ? »

Qui aurait intérêt à nuire à la vérificatrice générale ? C’est la question que pose la Commission de l’administration publique. Durant la réunion du 8 novembre, Mme Leclerc s’est ouvertement interrogée sur les motivations derrière ce courriel. « Elle s’est demandé s’il n’y avait pas un lien avec les rapports qui allaient être déposés dans les semaines à venir », indique M. Charette, qui y voit une attaque directe contre l’institution du Vérificateur général du Québec.

« Si en fin de compte on avait réussi à remettre en question la crédibilité de l’institution, ce sont tous les rapports qui allaient suivre, dont celui déposé jeudi dernier, qui allaient être compromis, avance-t-il. Si l’opération avait fonctionné, peut-être même que ce rapport n’aurait pas pu être déposé. Et c’est là qu’il faut se demander ça aurait servi les intérêts de qui. »

Et les mandats de la vérificatrice générale sont nombreux. Des rapports importants sont à venir et pourraient indisposer politiciens et hommes d’affaires.

« Est-ce qu’il y a un lien ou pas ? Chose certaine, à quelques mois des élections, ça implique des acteurs avec énormément de moyens financiers, donc capables de fournir le type de détails qui étaient contenus dans le courriel en question », conclut le député caquiste.