Hochelaga-Maisonneuve, quatrième circonscription solidaire ?
Politique

Hochelaga-Maisonneuve, quatrième circonscription solidaire ?

Le modèle Qc125 place Québec solidaire comme favori dans Hochelaga-Maisonneuve depuis plusieurs mois. Voici pourquoi.

La dernière projection électorale Qc125, publiée dans L’actualité à la mi-décembre, dresse un portrait rempli d’incertitudes à l’aube de cette année électorale au Québec.

Le Parti libéral du Québec dispose toujours de sa base solide. Le Parti québécois, qui détient le vote potentiel le plus efficace (c’est le parti qui gagne le plus de sièges avec une moins grande part du vote populaire), perd des plumes. La Coalition Avenir Québec s’est élevée quelque peu au-dessus de la mêlée, mais cette avance demeure fragile à neuf mois des élections générales.

Et Québec solidaire ? Certaines simulations rarissimes accordent à ce parti une croissance importante allant jusqu’à sept ou huit sièges, mais les scénarios les plus réalistes lui concèdent plutôt des gains modestes, soit des totaux de quatre ou cinq sièges — tous sur l’île de Montréal.

Voici les probabilités de victoire des 14 circonscriptions de la moitié est de Montréal, selon les données de la projection électorale Qc125 du 15 décembre 2017 :


Les trois circonscriptions actuellement détenues par Québec solidaire ne semblent pas en danger de basculer d’ici les élections de 2018. En effet, Gouin (Gabriel Nadeau-Dubois), Mercier (Amir Khadir) et Sainte-Marie–Saint-Jacques (Manon Massé) ont chacune plus de 90 % de probabilités de demeurer avec la formation de gauche, selon la dernière projection Qc125 (cliquez ici pour consulter la carte complète de la projection).

Ce n’est pas vraiment une surprise pour les circonscriptions de Gouin et de Mercier, où les candidats solidaires l’ont emporté par des marges importantes dans le passé. Toutefois, bien des observateurs sont en droit de se demander comment Manon Massé, qui n’a remporté Sainte-Marie–Saint-Jacques que par une maigre avance de 91 votes en 2014, peut compter sur d’aussi fortes probabilités de réélection.

La question est parfaitement légitime : pourquoi le modèle Qc125 évalue-t-il des probabilités de victoire supérieures à 90 % pour Manon Massé, alors qu’elle a remporté sa circonscription avec à peine 30 % du vote populaire en 2014 ?

Considérez le graphique suivant. Il s’agit des résultats des élections générales dans Sainte-Marie–Saint-Jacques depuis 2003 :

Note : par mesure de clarté, le graphique ne contient que les résultats du PLQ, du PQ, de la CAQ/ADQ et de QS.

Le Parti québécois a chuté dramatiquement dans Sainte-Marie–Saint-Jacques (SMSJ) depuis 2003, passant de presque 50 % du vote populaire à seulement 27,6 % en 2014. Durant la même période, le vote libéral a fait des va-et-vient entre 20 % et 30 %.

Le vote solidaire, lui, a grimpé lors de chaque élection.

Or, les chiffres actuels, pondérés au cours de 2017, nous indiquent que le PLQ et le PQ ont perdu des plumes à Montréal depuis 2014. Selon les dernières projections, QS serait en moyenne au deuxième rang du vote populaire dans les 14 circonscriptions de la moitié est de Montréal :

Toutefois, nous pouvons en apprendre encore davantage sur le vote d’une circonscription en comparant l’historique de son vote avec le vote à l’échelle de la province entière. L’exercice est simple : nous soustrayons les résultats nationaux des élections générales des résultats dans SMSJ.

Voici donc le résultat pour SMSJ :

Les valeurs positives indiquent que le parti sur-performe dans la circonscription par rapport au vote national. Les valeurs négatives signifient plutôt que le parti sous-performe.

Que remarquons-nous ?

  • Lors des trois dernières élections générales, le Parti libéral du Québec et la Coalition Avenir Québec (l’ADQ jusqu’en 2008) ont tous deux sous-performé de 10 à 15 points dans SMSJ par rapport aux résultats nationaux.
  • La performance du Parti québécois dans SMSJ dépasse toujours son vote national, mais cet écart s’est rétréci lors de chaque élection du XXIe siècle, et il est passé de +16 % en 2003 à seulement +2 % en 2014. Donc, avec un PQ à environ 22 % à l’échelle nationale, il est difficile d’imaginer que ce parti puisse dépasser 25 % d’appuis dans SMSJ.
  • Finalement, la sur-performance de Québec solidaire dans SJSM a crû lors de chaque élection depuis la création du parti. En 2014, QS a sur-performé par +23 % dans SJSM. Si cet écart devait se maintenir, il serait raisonnable de croire que QS puisse dépasser largement le seuil des 30 % dans cette circonscription. Ce qui fait qu’à moins d’un revirement de situation majeur, Manon Massé est grandement favorite pour être réélue dans SMSJ.

Tout cela nous mène vers la projection de la circonscription voisine, Hochelaga-Maisonneuve.

C’est la définition même d’un château fort péquiste : depuis la création de la circonscription en 1989, le Parti québécois l’a remportée facilement lors de huit élections générales consécutives. D’ailleurs, aux élections générales de 1989, 1994 et 1998, la députée péquiste Louise Harel n’a jamais obtenu moins de 60 % du vote populaire dans cette circonscription.

Carole Poirier a pris la relève de Mme Harel à temps pour l’élection générale de 2008, puis l’a emporté aisément en 2008 et 2012. Toutefois, en 2014, Mme Poirier a vu sa majorité fondre et n’a gagné sa réélection que par un peu plus de 1 000 voix contre le candidat solidaire Alexandre Leduc.

Le modèle Qc125 place Québec solidaire comme favori dans Hochelaga-Maisonneuve depuis plusieurs mois déjà. Voici pourquoi.

Jetons un coup d’œil aux résultats dans Hochelaga-Maisonneuve depuis 2003 :

Comme c’est le cas dans SMSJ, nous pouvons constater que la montée de Québec solidaire a grugé beaucoup de points au Parti québécois au cours des dernières élections générales.

Si nous soustrayons le vote au niveau provincial à celui d’Hochelaga-Maisonneuve, nous obtenons ce graphique :


Que remarquons-nous ?

  • La constance de la sous-performance libérale est étonnante. Bien que le Parti libéral du Québec ait oscillé entre 31 % et 46 % à l’échelle nationale depuis 2003, il sous-performe d’environ 20 points dans Hochelaga-Maisonneuve lors de chaque élection. Même son de cloche pour la Coalition Avenir Québec (et anciennement l’ADQ), qui a sous-performé de 8 à 14 points au cours de la même période.
  • Pour ce qui est du Parti québécois, sa sur-performance dans Hochelaga-Maisonneuve est passée de +24 % en 2007 à +9 % en 2014. Même si cette baisse devait cesser (ou se stabiliser) à la prochaine élection, le PQ se trouverait aux environs de 30 % d’appuis dans cette circonscription, selon les chiffres actuels. Un tel total serait probablement insuffisant pour conserver ce bastion de longue date.
  • Chez Québec solidaire, la sur-performance par rapport au niveau national a atteint +23 % en 2014 et a augmenté lors de chaque élection depuis 2007. Selon les chiffres de la dernière projection électorale Qc125, cette sur-performance indiquerait que QS pourrait atteindre (et peut-être même dépasser) le seuil des 35 % d’appuis.

Voilà donc pourquoi la projection pour Hochelaga-Maisonneuve est de tomber aux mains de Québec solidaire depuis plusieurs mois maintenant. En effet, à la suite de la montée soudaine de QS dans les sondages au printemps 2017, le parti a été le favori pour remporter cette circonscription dans chacune des projections Qc125 depuis avril 2017.

Si la tendance se maintient, Hochelaga-Maisonneuve risque fort bien de devenir la quatrième circonscription solidaire cet automne.

Quant à Rosemont, la circonscription du chef péquiste, Jean-François Lisée, le portrait semble plus nébuleux. Selon la dernière projection Qc125, QS remporte cette circonscription dans près de 30 % des simulations. Nous y reviendrons dans un prochain billet.