Le chant du cygne
PolitiqueChronique de Chantal Hébert

Le chant du cygne

Pour Justin Trudeau, les scrutins à venir au cours des prochains mois pourraient se solder par une tablée provinciale nettement moins conviviale, estime Chantal Hébert.

Sur les trois chefs des principaux partis qui croiseront le fer lors du scrutin québécois de l’automne, deux pourraient avoir quitté l’arène politique à la même date l’an prochain.

Si Philippe Couillard ne réussit pas à obtenir un second mandat, personne ne s’attend à ce qu’il s’éternise dans l’opposition pour continuer d’y diriger les troupes libérales. Surtout si le prochain gouvernement du Québec est majoritaire.

Si Jean-François Lisée perd son pari de mettre le projet d’un autre référendum sur la souveraineté en veilleuse pour mieux battre les libéraux et que le Parti québécois encaisse une quatrième défaite électorale en 15 ans, il n’y aura vraisemblablement pas de deuxième chance pour le chef péquiste.

La campagne de François Legault s’annonce comme un baroud d’honneur pour le chef fondateur de la Coalition Avenir Québec. Après s’être maintenu en tête du peloton dans les intentions de vote préélectorales du début de l’année, il s’accommoderait difficilement d’une troisième défaite, encore plus crève-cœur que les deux précédentes.

Le rendez-vous électoral du 1er octobre sera, sans conteste, l’événement marquant de l’année politique 2018 au Québec. Scrutin à date fixe oblige, il aura été précédé par une campagne préélectorale exceptionnellement longue. Et pour la première fois depuis des lunes, l’axe souverainiste-fédéraliste ne définira pas le choix de milliers d’électeurs.

Dans le reste du Canada, on a assisté à de grands coups de balai électoraux ces dernières années. Dans certaines des plus grosses provinces, une pluralité d’électeurs ont tourné le dos à la continuité.

En Alberta, en 2015, les électeurs ont mis fin à un règne conservateur de plus de 40 ans et confié un gouvernement majoritaire au NPD. C’était du jamais-vu dans l’histoire d’une province jusque-là considérée comme la plus conservatrice au Canada.

En Colombie-Britannique, les libéraux qui étaient au pouvoir depuis 16 ans se sont fait montrer la porte le printemps dernier. Ils ont été remplacés par un gouvernement minoritaire néo-démocrate qui gouverne sur la foi d’une alliance ponctuelle avec le Parti vert. Encore là, on est en territoire inédit.

À la faveur de l’alliance NDP-Vert, on pourrait d’ailleurs assister à un retour en force du débat sur la réforme du mode de scrutin en 2018. La tenue d’un plébiscite provincial sur la question l’automne prochain fait partie des modalités de l’entente qui lie les deux partis à l’assemblée législative de Victoria.

Au printemps, l’Ontario précédera le Québec aux urnes. Les libéraux y sont au pouvoir depuis 15 ans. Comme leurs cousins québécois, les libéraux ontariens ont fait peau neuve en changeant de chef il y a cinq ans. Et comme au Québec, la recette a réussi au dernier scrutin provincial. Mais en ce début d’année, les sondages sur la suite des choses se contredisent quant à la probabilité du maintien au pouvoir à Queen’s Park de la première ministre Kathleen Wynne.

Quand le premier ministre Justin Trudeau a pris le pouvoir, il y a deux ans, le seul de ses homologues provinciaux à être conservateur était le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall. D’ici la fin de 2018, il pourrait ne plus rester de libéraux au pouvoir à l’extérieur de la région atlantique.

Dans cette perspective, on comprend mieux pourquoi M. Trudeau entend  boucler le dossier de la légalisation du cannabis d’ici l’été, pendant qu’il peut encore compter sur de solides alliés à Queen’s Park et à Québec. Pour le premier ministre fédéral, les scrutins à venir au cours des prochains mois pourraient se solder par une tablée provinciale nettement moins conviviale.

L’arrivée de nouveaux acteurs conservateurs sur l’échiquier provincial ne serait pas pour autant une bonne nouvelle pour les conservateurs fédéraux d’Andrew Scheer. Au contraire. Sur des sujets épineux comme la lutte contre les changements climatiques, il pourrait se retrouver coincé entre l’aile ontarienne de son parti, favorable à une taxe sur le carbone, et les conservateurs albertains, complètement réfractaires à ce genre de mesures. Les arbitrages pourraient être difficiles.

Dans tous les cas de figure, le prochain scrutin québécois donnera le coup d’envoi à un rajeunissement de la direction politique au Québec comparable à celui auquel on a assisté lors des derniers changements de garde à la tête des partis fédéraux. L’élection québécoise de 2018 sera celle du chant du cygne de l’influence déterminante des baby-boomers.