Le quitte ou double de Véronique Hivon
Politique

Le quitte ou double de Véronique Hivon

La promotion de Véronique Hivon au poste de vice-cheffe du PQ en fin de semaine n’offre que des avantages à Jean-François Lisée. Pour la députée de Joliette, le pari est plus risqué. L’analyse d’Alec Castonguay.

La promotion de Véronique Hivon au poste de vice-cheffe du Parti québécois, le week-end dernier, n’offre que des avantages à Jean-François Lisée. Il met en valeur une femme dynamique, jeune, respectée et associée à une manière noble de faire de la politique. Elle est aussi identifiée à l’aile plus inclusive, moins identitaire, du PQ. Un flanc du parti qui se sent bien seul depuis le départ annoncé d’Alexandre Cloutier.

Mais pour Véronique Hivon, le pari est plus risqué.

L’idée était dans l’air depuis des mois, et aurait pu être annoncée l’automne dernier. Lors d’une entrevue de Véronique Hivon à l’émission Deux hommes en or, diffusée vendredi soir à Télé-Québec — mais enregistrée le jeudi — la référence à un inhabituel « ticket » à l’américaine au PQ, un tandem Lisée-Hivon, a été évoquée après seulement trois minutes d’entrevue par l’animateur Pierre-Yves Lord. Soit avant même de souligner l’incapacité du PQ à rallier les militants de Québec solidaire lors des discussions d’alliance, un dossier que pilotait Véronique Hivon.

Dans l’entourage du chef, on a sagement jugé qu’il fallait se garder des munitions pour le retour de la pause des Fêtes, qui pourrait s’avérer difficile. Les sondages, les départs en cascade et un Pierre-Karl Péladeau « en réserve de la république » leur ont donné raison. Si peu d’observateurs de la scène politique québécoise ont été surpris de l’annonce, l’effet a été à la hauteur chez les militants réunis à Saint-Hyacinthe, qui ont chaudement applaudi leur « vice-première ministre » en attente.

Sa cote de popularité au sein du parti ne fait aucun doute. N’empêche, il faudra apprendre à modérer les espoirs à la tête du PQ. Pendant des jours, on a laissé circuler des rumeurs voulant qu’une grosse prise allait se présenter au conseil national. PKP? Jean-Martin Aussant? Une vedette économique? Une artiste à la forte notoriété? Personne ne semblait vouloir diminuer les attentes. Or, sans la promotion d’une députée à un poste qui n’existe pas, la déception aurait été totale. Véronique Hivon sauve la mise.

Plusieurs députés et militants soulignaient dimanche soir « l’audace » du chef, qui accepte de partager la scène et les projecteurs avec une ancienne rivale éphémère de la course à la direction, prise 2.

Lisée aime surprendre, c’est vrai. Mais l’audace est celle de Véronique Hivon, qui prend tous les risques.

Si le PQ devait terminer loin des deux meneurs, les chances qu’elle remporte la prochaine course à la direction du parti seraient très minces. Le PQ serait en pleine remise en question et les militants chercheront une nouvelle voix forte pour se relancer. Les membres confient rarement cette mission à un politicien associé au régime qui vient de mordre la poussière. Elle ne pourra pas à la fois prétendre jouer un rôle important pendant des mois, et ensuite prendre facilement ses distances. En acceptant le « ticket » de Lisée, Véronique Hivon accepte de facto les décisions qu’il prendra. Et les résultats qui viendront avec.

Mais qui dit grands risques dit aussi grandes récompenses. Si le PQ se redresse et parvient à arracher la victoire en octobre (ou même à former l’opposition officielle), il est fort possible qu’on lui attribue une grande part du mérite, puisqu’elle s’engage au creux de la vague, au moment où certains doutent de la survie même du parti. Elle aurait alors un rôle clé au gouvernement et aurait tout le poids nécessaire pour infléchir la direction du premier ministre Lisée.

Pour la députée de Joliette, c’est quitte ou double.

Rien ne forçait Véronique Hivon à accepter un tel rôle de « vice-cheffe ». Mais le PQ a besoin d’elle. Et le chef a besoin d’aide. Lisée doit montrer qu’il peut encore rassembler, insuffler de l’énergie dans ses troupes. Faire naître une étincelle dans le public. Véronique Hivon a répondu « Présente » pour l’équipe. Reste à voir l’effet auprès de la population, qui n’a pas tendance à suivre la politique d’aussi près que les mordus qui se rassemblent à un conseil national (et j’inclus les journalistes!).

À Deux hommes en or, lorsque Pierre-Yves Lord lui a demandé si elle pense encore à la direction du parti, Hivon a répondu ceci: « Je n’ai pas mis une croix là-dessus, mais ce n’est pas dans mes plans. » Elle juge visiblement qu’il y a plus urgent.

Joliette n’est plus une circonscription sûre pour le PQ, et le poste de « vice-cheffe » ne nuira certainement pas à la députée. À 18 % ou 20 % dans les intentions de vote, Véronique Hivon est à risque d’être emportée par la montée de la CAQ, en octobre prochain. Lanaudière est un terreau fertile pour les troupes de François Legault. Son voisin de comté, Nicolas Marceau, est d’ailleurs en réflexion sur son avenir. Le député Claude Cousineau, juste à côté dans Bertrand, vient d’annoncer son départ.

Dans sa dernière projection électorale, Philippe J. Fournier estime que Joliette est un comté pivot, qui peut basculer facilement à la CAQ. Sans Véronique Hivon pour défendre le fort, cette circonscription ne serait même plus un enjeu électoral. Les résidents de Joliette ont déjà démontré dans le passé leur loyauté à un élu qu’ils apprécient. En 1980, lorsque Pierre Elliott Trudeau a conquis 74 des 75 circonscriptions du Québec, une seule lui a résisté : Joliette. Le progressiste-conservateur Roch LaSalle l’avait emporté au milieu de la vague rouge.

La prochaine bataille électorale s’annonce épique pour le Parti québécois. Véronique Hivon a décidé de la mener sur la ligne de front. Et advienne que pourra.