Santé et Science

Grippe porcine, avoir peur ou pas ?

La flambée épidémique de grippe porcine qui a commencé au Mexique se transformera-t-elle en une pandémie qui affecterait la planète entière? Valérie Borde fait le tri parmi les nouvelles tantôt inquiétantes, tantôt rassurantes.

La flambée épidémique de grippe porcine qui a commencé au Mexique se transformera-t-elle  en une pandémie qui affecterait la planète entière? Personne ne peut le savoir.  Les scientifiques manquent encore d’informations fondamentales sur le virus et sur la manière dont il affecte l’humain pour parvenir à des conclusions claires.

Dans l’avalanche de nouvelles qui nous tombent dessus, certaines sont réellement inquiétantes, mais il ne faudrait pas en conclure trop vite qu’une hécatombe mondiale, du type de celle provoquée par la grippe espagnole de 1918, est à nos portes. Je vais essayer, motivée par tous les commentaires encourageants que vous m’avez envoyés, de faire un peu de ménage dans tout ça. Respirons donc un grand coup, avec ou sans masque, et examinons les faits.

Les faits inquiétants

Le virus de l’influenza porcine H1N1 a un potentiel pandémique, selon l’Organisation mondiale de la santé. Ce qui signifie qu’il possède plusieurs des caractéristiques qui pourrait le rendre capable de se répandre comme une traînée de poudre à travers la planète. La première caractéristique, c’est qu’il n’est pas connu du système immunitaire des humains. Il n’avait jamais été diagnostiqué chez des gens jusqu’au mois dernier. La seconde, c’est qu’il se transmet d’humain à humain, puisque parmi les personnes infectées plusieurs n’ont pas été en contact avec des cochons. La troisième, c’est qu’il a déjà touché des personnes dans plusieurs régions du monde.

On est dû pour une pandémie. Pendant les derniers siècles, des pandémies de grippe se sont produites tous les 10 à 40 ans. La dernière datant de 1968, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de nombreux pays se préparent depuis longtemps à affronter la prochaine.

Habituellement, ce sont surtout les personnes âgées, les nourrissons et les gens en mauvaise santé qui souffrent de symptômes sévères de l’influenza pouvant conduire à la mort. Or plusieurs des personnes atteintes de pneumonies ou décédées au Mexique étaient de jeunes adultes en bonne santé.

Les faits plus rassurants

Ce n’est pas la première fois qu’un virus porcin se transmet à l’humain, ni même d’humain à humain, même si on n’a jamais observé ce phénomène à grande échelle.

Jusqu’à présent, le système de surveillance semble donner de bons résultats. On a détecté très vite le virus dans plusieurs pays même si les personnes infectées n’étaient pas gravement malades.

Jusqu’à présent, toutes les personnes en dehors du Mexique chez qui on a repéré le virus à potentiel pandémique présentaient des symptômes relativement légers. La plupart sont déjà guéries.

Le virus n’est pas résistant au Tamiflu, l’antiviral que tous les pays ont stockés depuis qu’ils se préparent à une éventuelle pandémie.

La grippe porcine est une maladie archi courante chez les porcs et depuis longtemps. Elle est rarement mortelle pour les animaux. Manger de la viande d’un porc même malade n’est pas dangereux.

Jamais dans le monde les autorités sanitaires n’ont été aussi prêtes à faire face à une éventuelle pandémie. En 2005, une flambée de grippe aviaire a donné un coup de fouet aux préparatifs: on a stocké des antiviraux, mis à jour des plans d’action et relancé la recherche sur l’influenza.

L’état d’urgence sanitaire décrété aux États-Unis signifie que le pays se tient prêt à réagir à une éventuelle catastrophe, et non qu’il anticipe que cette catastrophe aura lieu. Il autorise le déblocage du quart des stocks de Tamiflu. Ce décret peut être interprété comme un signe d’inquiétude ou de saine prudence…

En 1918, ni les virus ni les antibiotiques n’avaient encore été découverts et la majorité des décès furent causés par une surinfection bactérienne. En 1957 (virus H2N2, de un à quatre millions de morts dans le monde) et 1968 (virus H3N2, un million de décès), les mesures prises par l’OMS ont permis de limiter considérablement les dégâts. Hors pandémie, l’influenza fait entre 250 000 et 500 000 morts par an dans le monde, dont environ 2000 au Canada. En comparaison, le VIH sida tue deux millions de personnes par an dans le monde, les maladies coronariennes 7,2 millions et les accidents de la route 1,3 millions.

Il manque encore des données cruciales pour préciser la menace.

Les experts ne savent pas encore si les décès et pneumonies survenues au Mexique sont effectivement causés par ce virus ou par d’autres causes.

Ils ne connaissent pas le schéma de diffusion du virus ni s’il peut causer une maladie sévère, ni dans quel groupe d’âge.

Il est donc impossible pour l’instant de prédire quel serait le taux d’infection et de mortalité à l’échelle mondiale advenant une pandémie.

Un conseil pour terminer sur le sujet (pour aujourd’hui!) :

Si vous avez une maladie contagieuse (grippe mais aussi rhume banal, gastroentérite, poux…), restez chez vous !

Si vous avez des employés, des élèves  ou des collègues malades, renvoyez- les chez eux !

Selon les spécialistes en santé publique,  le non-respect de ces consignes, par ignorance ou à cause des difficultés d’organisation qu’elles occasionnent,  coûte les yeux de la tête au système de santé.


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