Santé et Science

Santé : le ministre Hébert doit s’attaquer au défi des médicaments

Parmi les innombrables défis auquel doit faire face le nouveau ministre de la santé Réjean Hébert, il y a celui fort médiatisé de l’amélioration de l’accès aux médecins de famille. Mais un de ceux qui risquent de lui donner le plus de fil à retordre sera celui du poids du coût des médicaments pour le système de santé.

Dans son dernier bilan des dépenses nationales de santé (pdf en français), l’Institut canadien d’information sur la santé montre que le Québec détient la palme des dépenses de médicaments au Canada.

19,4 % des dépenses du système de santé vont ainsi à l’achat de médicaments au Québec, contre 15,9 % en moyenne au Canada. Ce qui a représenté, en 2012, 1 063 dollars par Québécois.

13,3 % des dépenses de santé au Québec servent à payer les médecins (726 dollars par habiutant et par an), contre 14,2% pour la moyenne nationale.

Depuis 2004, la part des médicaments dans les dépenses de santé augmente régulièrement. Les médicaments prescrits par des médecins représentent environ 85% de ces dépenses.

Évidemment, dépenser plus en médicaments peut être une bonne chose si ceux-ci servent à faire diminuer le nombre de chirurgies et raccourcissent les congés maladies. C’est d’ailleurs là le principal moteur de l’augmentation des dépenses dans les 10 dernières années, selon l’ICIS.

La croissance et le vieilissement de la population ont beaucoup moins d’influence.

Mais la croissance des médicaments hypocholestérolémiants, immunosuppresseurs et pour le traitement du cancer justifie à elle seule un tiers de l’augmentation totale des dépenses en médicaments.

Selon l’ICIS, les nouveaux médicaments anticancers et immunosuppresseurs vont continuer de faire croître les dépenses pharmaceutiques dans les prochaines années, malgré l’augmentation de prescriptions de médicaments génériques qui, eux, fait baisser les coûts.

D’où la nécessité pour l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), qui décide quels produits sont payés par le système public au Québec, de surveiller de près ces médicaments.

Un des objectifs, pour le ministre Hébert, devra être de ne pas céder aux lobbies tels que la Coalition Priorité Cancer  et aux médecins qui ne sont pas autorisés à soulager leurs patients avec des médicaments pourtant abondamment prescrits aux États-Unis.

Rappelons que son prédécesseur, le ministre Yves Bolduc, avait forcé l’INESSS à réexaminer des médicaments que l’organisme avait pourtant jugé trop coûteux et pas assez efficaces pour qu’ils puissent être remboursés par le système public d’assurance maladie.

Voici donc, pour aider le nouveau ministre, trois faits à inscrire sur des post-it sur son bureau :

1. Les statines, ces médicaments hypocholestérolémiants qui font grimper les dépenses, coûtent trois fois plus cher dans un système de santé privé que dans le public, ont démontré récemment des chercheurs de Boston en comparant la prescription de ces médicaments aux États-Unis et au Royaume-Uni. Le privé ne réglera rien.

2. En juillet, le gouvernement américain a passé une entente à l’amiable avec le groupe pharmaceutique GSK qui a accepté de payer trois milliards de dollars pour s’absoudre des innombrables entraves aux lois sur la publicité et déclarations trompeuses réalisées au sujets de nombreux médicaments, dont l’antidiabétique Avandia*.

« Depuis longtemps, notre système de santé est la cible de tricheurs qui pensaient faire un profit facile au détriment de la sécurité publique », avait alors déclaré Bill Core, ministre adjoint de la Santé aux États-Unis.

Les questions d’intégrité ne se posent pas juste avec l’industrie de la construction…

3. Le Canada est le pays industrialisé le moins avancé en ce qui a trait à la divulgation publique des études cliniques menant à l’approbation des médicaments. Même les États-Unis font largement mieux.

Le dossier est entre les mains de Santé Canada qui avance à pas microscopiques. Cela fait sept ans qu’il y réfléchit, et dans sa dernière annonce le ministère fédéral est fier de nous annoncer que « des plans sont en cours pour la création de la première liste d’essais cliniques autorisés au Canada». Une vraie farce !

Tant que les études cliniques ne seront pas rendues publiques, il sera impossible pour des chercheurs indépendants de déterminer s’il est justifié ou non que tel ou tel médicament soit approuvé par Santé Canada. Il est souvent ensuite très difficile pour les gouvernements provinciaux de refuser de rembourser des médicaments qui ont déjà été approuvés.

* : ce billet a été corrigé. La première version classait à tort l’Avandia dans les anticancéreux.