Santé et Science

Tout savoir sur la grippe et le vaccin

La grippe est à nos portes : la saison débute souvent en novembre dans l’hémisphère nord.

Or, c’est une maladie grave, qui tue des centaines de personnes chaque année au Québec. Surtout des grands malades plus à risque de complications.

Heureusement, il y a un vaccin, que je vais d’ailleurs recevoir dans les jours qui viennent.

Et vous? Êtes-vous contre la grippe… ou contre le vaccin ? Disons-le tout de suite : si vous faites partie des groupes à risque, vous devriez vous faire vacciner. Voyons pourquoi.

On est malade quand on a la grippe

Quand je demande à des patients s’ils ont déjà eu la grippe, certains réfléchissent longuement. Pas besoin. Généralement, quand vous avez eu la grippe, vous vous en souvenez. Longtemps.

Rien à voir avec un rhume. La grippe, ça cloue généralement au lit quelques jours pour une bonne raison : difficile de se lever à cause des douleurs musculaires. Environ 10 à 15 % des gens vont attraper le virus durant une saison de grippe moyenne.

Le virus de l’influenza, responsable de la grippe, cause donc les symptômes suivants : fièvre (souvent élevée), toux, courbatures musculaires parfois intenses, fatigue, ainsi que des maux de tête et un mal de gorge. Ça commence souvent assez rapidement et on n’a vraiment pas le goût d’aller travailler, quand on peut se lever du lit.

Évidemment, c’est bien pire pour les hommes (on fait des blagues, mais certaines études montrent qu’effectivement, la grippe d’homme existe). Mais je ne l’ai jamais rencontrée perso, n’ayant jamais eu la grippe.

Quoi faire ?

Alors on fait quoi, quand on a la grippe ? Pas grand-chose. Le moins possible. D’ailleurs, vous ne pourrez pas en faire beaucoup plus. Mais sinon, tentez d’atténuer les symptômes avec de l’acétaminophène (on peut aller chez les adultes jusqu’à 1 000 mg quatre fois par jour sans problème) ou de l’ibuprofène (400 mg quatre fois par jour est généralement bien toléré, et on peut même alterner les deux). Essayez au moins d’épargner votre famille et vos amis.

Restez donc à la maison, pour commencer. Ça durera une bonne semaine, alors louez-vous des films et ouvrez un gros livre. Des mesures toutes simples sont efficaces. Toussez ou éternuez dans le pli de votre coude ou le haut de votre bras, et non dans vos mains avant de toucher à tout ce qu’il y a dans la maison. Parlant des mains, lavez-les souvent, c’est un moyen de transmission privilégié. Surtout si vous avez la fâcheuse habitude de tousser ou d’éternuer dedans.

Et si vous avez à consulter, munissez-vous d’un masque ou prenez-en un à l’arrivée à l’urgence ou en clinique : les autres patients vous remercieront.

Enfin, nettoyez régulièrement les endroits où vos mains passent souvent : poignées de porte, comptoir, robinets, etc.

On me demande souvent s’il existe un antiviral pour aider à lutter contre la grippe. En fait, certains antiviraux peuvent aider, surtout s’il est pris dans les premières 48 heures des symptômes : ils atténuent un peu l’intensité de la grippe, mais les données sont moins claires sur les complications ou la transmission. Pas de miracle cependant, et c’est peu utile pour la plupart des gens en bonne santé : la plupart vont bien s’en tirer sans aucun médicament spécifique.

Se faire vacciner ou pas

La grande question, ça reste la vaccination. Or, beaucoup de gens sont « contre » les vaccins. Juste comme ça. Comme on est contre la pluie.

Souvent, c’est parce qu’ils craignent les vaccins. Notamment des « complications ». Ils croient aussi que les vaccins contre la grippe peuvent… donner la grippe. D’autres le pensent tout à fait inutile. Ils ont tous un peu tort.

Les raisons de se méfier des vaccins sont parfois irrationnelles. La plus grande vague de méfiance tourne autour du lien présumé entre le vaccin contre la rougeole et l’autisme.

Soyons clairs : ce lien n’existe pas. Il fut essentiellement basé sur une étude bidon du docteur Andrew Wakefield publiée en 1997, un gastroentérologue anglais qui se targuait de virologie, dont la triste contribution « scientifique » fut reconnue bien des années plus tard comme une fraude. Le chercheur était même en conflit d’intérêts.

Mais le mal était fait, et dans l’esprit de beaucoup de gens, le lien causal existe pour toujours, sans doute à cause du lien temporel entre la reconnaissance de l’autisme et le vaccin donné à 18 mois.

Nier cela revient parfois à participer à un complot du silence. Triste résultat : une baisse de la vaccination contre la rougeole et une recrudescence de la maladie.

Une autre source d’inquiétude, plus rationnelle, est le lien présumé entre certains vaccins, comme celui pour la grippe, et le syndrome de Guillain-Barré, un problème neurologique qui peut être grave. Mais ce lien est très mal documenté : tout au plus a-t-on observé parfois, certaines années, un lien statistique entre une légère hausse du taux de Guillain-Barré et la vaccination. Mais il faut savoir que le syndrome de Guillain-Barré est toujours présent et souvent causé par… les virus eux-mêmes. Et le lien causal n’est pas démontré avec le vaccin.

Sinon, on a beaucoup craint les « adjuvants », ajoutés aux vaccins pour rehausser la réaction immunologique (la création d’anticorps). Leur toxicité n’est pas non plus démontrée. Et la plupart des vaccins offerts actuellement n’en contiennent pas.

Un autre aspect qui fait sourciller (légitimement) est l’influence des compagnies pharmaceutiques qui fabriquent ces vaccins. Il va sans dire que les campagnes massives de vaccination gonflent les coffres de ces compagnies.

Par ailleurs, les conflits d’intérêts exposés entre des experts de l’OMS et certaines compagnies en ont fait tiquer plusieurs lors de la « crise du H1N1 ». Avec raison.

Enfin, pour certains vaccins très onéreux, on se demande vraiment s’il vaut la peine d’investir autant. On ne peut donc exclure cette influence, bien que pour la grippe annuelle, les données scientifiques sont assez solides.

Il faut bien le dire, les vaccins comptent parmi les traitements médicaux non seulement les plus efficaces, mais aussi les plus sécuritaires. Les réactions indésirables sont vraiment exceptionnelles et, en fait, beaucoup plus rares que pour beaucoup de traitements courants. Par exemple, la mortalité associée à un cathétérisme cardiaque courant tourne autour de 1 sur 1 000 patients. Ce qui veut dire que pour chaque million de cathéters, 1 000 personnes décèdent. Ce n’est pas rien et c’est vrai pour beaucoup d’interventions médicales. Il faut donc peser les risques et les avantages, et les avantages dépassent généralement de beaucoup les risques.

Bien sûr, on vaccine beaucoup plus de gens qu’on ne fait de cathétérisme cardiaque. Alors quand on vaccine des millions de personnes, on peut penser que certains effets secondaires rares peuvent survenir et sont plus apparents, s’agissant souvent de gens sans problème aigu.

Mais je suis bien d’accord qu’il faut toujours peser les risques et les avantages de la vaccination. C’est du cas par cas. Tout simplement. Dans le cas du vaccin pour la grippe, les risques sont toujours minimes, alors que pour certains groupes à risque, les avantages sont clairs.

Les vaccins au menu en 2013

Les vaccins contemporains contre la grippe sont « trivalents », couvrant les quelques souches virales qui causeront probablement la grippe de la saison qui s’en vient, notamment basées sur l’année précédente et la saison grippale de l’hémisphère sud. On trouve en 2013 deux souches de grippe « A » (H3N2 et H1N1) et une souche d’une des deux lignées de grippe B (Yamagata ou Victoria).

Sept vaccins injectables sont donc approuvés au Canada, en plus d’un vaccin relativement nouveau, administré non par injection mais par vaporisation nasale, pour ceux et celles qui souffrent de phobie des aiguilles.

Cette version « sans douleur » sera offerte gratuitement aux enfants de 2 à 17 ans à risque de complications de la grippe. Au fait, un seul des vaccins contient de « l’adjuvant », pour les personnes de plus de 65 ans, notamment afin d’augmenter leur réaction immunitaire.

Les seules réelles contrindications? Les allergies sévères antérieures au vaccin ou bien une allergie aux œufs, puisque les petits virus sont « élevés » sur les protéines d’oeufs, dont il restera des traces dans le produit final.

Qui devrait se faire vacciner ?

Entendons-nous sur le fait que les risques sont minimes et en réalité bien inférieurs à ceux d’à peu près tous les traitements médicaux. Admettons aussi qu’il ne s’agit pas de traitements très onéreux. Reste à voir qui a un avantage réel à être vacciné.

Pas tout le monde : surtout ceux qui appartiennent aux « groupes à risque ». C’est-à-dire les personnes qui risquent de subir davantage de complication de la grippe. C’est d’ailleurs ceux pour qui le vaccin est couvert par l’assurance-maladie :

  • les enfants de 6 à 23 mois ;
  • les personnes affectées par certaines maladies chroniques (maladies pulmonaires ou cardiaques, ou cancer, par exemple) ;
  • les femmes enceintes en bonne santé au deuxième ou troisième trimestre de grossesse ;
  • les personnes âgées de 60 ans et plus ;
  • l’entourage des personnes à risque et des enfants de moins de 6 mois et les travailleurs de la santé.

Pour la plupart de ces groupes, les avantages sont assez bien établis. Les données pour le groupe des personnes de plus de 60 ans en bonne santé sont toutefois moins claires, mais la plupart des experts s’entendent pour dire qu’il y a des avantages — et que ces avantages dépassent les inconvénients.

Pour ce qui est des travailleurs de la santé, le vaccin est suggéré afin de limiter la transmission virale — bien qu’il ne soit pas obligatoire —, contrairement à ce qu’on voit ailleurs, notamment aux États-Unis ou en Colombie-Britannique, où un juge vient d’ailleurs de confirmer que le vaccin peut être imposé. Il faut tout de même mentionner que les données appuyant une stratégie de vaccination obligatoire ne sont pas si claires, mais qu’elles sont appuyées par les experts.

Chez nous, certains groupes de professionnels de la santé se font d’ailleurs assez peu vacciner, où le taux moyen serait actuellement de 44 %. Le ministre Réjean Hébert compte d’ailleurs agir pour augmenter la couverture.

La protection offerte par le vaccin

Va pour la sécurité et les groupes à risque, mais vous vous demandez sûrement : est-ce que le vaccin est efficace ? Qui n’a pas eu « une grosse grippe » après avoir été vacciné ? C’est même un argument souvent avancé pour refuser la vaccination.

Plusieurs raisons peuvent expliquer un tel « échec » du vaccin. D’abord, le « choix » des souches vaccinales : est-ce le bon ? C’est toujours un pari.

Ensuite, la protection contre les souches couvertes n’est pas de 100 %. Elle tourne plutôt autour de 80 %, permettant soit d’éviter la grippe 4 fois sur 5, ou d’atténuer la grippe chez les autres.

Enfin, il faut savoir que d’autres virus que l’influenza, donc non couverte par les vaccins, causent des syndromes cliniques similaires à ceux de la grippe.

Par ailleurs, des études récentes montrent que le vaccin pourrait agir non seulement contre le virus de la grippe… mais pour contrer la maladie cardiaque. On sait depuis plusieurs années que l’athérosclérose, une atteinte des vaisseaux sanguins conduisant à l’infarctus et à l’AVC, est en fait une maladie inflammatoire des vaisseaux sanguins qui peut être accélérée par un épisode d’infection virale, souvent retrouvé dans les semaines qui précèdent la crise cardiaque.

Or, des chercheurs de Toronto viennent de montrer que le vaccin anti-grippal pourrait diminuer le risque d’infarctus ou de décès cardiaque de manière assez tangible — de près de moitié —, le taux passant de 4,7 % à 2,9 %. Cela explique peut-être en partie l’efficacité démontrée du vaccin chez les grands malades, notamment les cardiaques.

Alors, libre à vous de vous faire vacciner ou pas. Si vous faites partie des groupes à risque, vous devriez y songer sérieusement. Appelez votre médecin ou rendez-vous au CLSC.

Pour les autres, c’est un choix. Quant à moi, je vais me faire donner la piqure dans les prochains jours. Pour éviter de l’attraper, d’abord, étant plutôt exposé dans mon métier. Mais aussi de le transmettre.

Mais je suis curieux : et vous, allez-vous vous faire vacciner ? Je lance la discussion.

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Pour le site du MSSS sur la grippe et d’autres informations.

Voir aussi l’excellent et amusant blogue du Pharmachien sur les les vaccins en cliquant ici.

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