Santé et Science

Antibiotiques: à n’utiliser qu’en cas de besoin

Pourquoi les antibiotiques ne sont-ils généralement plus recommandés pour soigner une sinusite, une otite ou une bronchite? Les explications du Dr Alain Vadeboncoeur.

Photo: Pixabay
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Alors que la saison de la grippe bat son plein, je dois souvent rappeler à mes patients une vérité qui m’apparaît peut-être trop évidente: pas besoin d’antibiotiques pour un virus, même pour une bonne grippe. D’autant plus que les antibiotiques ne sont pas sans risques.

Et pourtant, les gens consultent régulièrement pour ce qui a toutes les apparences d’un gros rhume, d’une «bronchite», d’une sinusite ou encore d’une otite. Ces infections sont surtout causées par des virus et non des bactéries. Et un virus, ça guérit généralement tout seul, sans antibiotiques.

Les gens viennent donc à l’urgence parce qu’ils ont mal à l’oreille, sont congestionnés, toussent beaucoup ou ont mal aux sinus. Ils ont souvent raison et je confirme la présence d’une otite, d’une sinusite ou d’une bronchite. Ce qui est toutefois difficile, c’est de les convaincre que ces infections sont virales et que dans la plupart des cas, elles guérissent sans aucun antibiotique. Notre corps est bien équipé pour détruire ces virus, la plupart du temps sans complication, après quelques jours.

Changements de pratique médicale

J’ai commencé la médecine en 1990, à une époque où on prescrivait beaucoup d’antibiotiques pour la plupart de ces problèmes cliniques, pensant qu’ils favorisaient la guérison. Aujourd’hui, le consensus est plutôt inverse: pour l’une ou l’autre de ces infections (otite, sinusite ou bronchite), les antibiotiques sont peu utiles et ne sont généralement plus recommandés.

Dans les cas d’otites ou de sinusites, les mécanismes sont similaires: une accumulation de liquide dans une cavité fermée, causant de la congestion, de l’inflammation et de la douleur, parfois vive. La plupart du temps, ces problèmes sont causés par un virus, et les antibiotiques sont inutiles.

L’antibiotique ne soulagera pas la douleur, que l’on doit plutôt contrôler par des doses convenables d’acétaminophène ou d’ibuprofène (lire les étiquettes pour les bonnes doses). Il est donc inutile de courir à la clinique (et surtout à l’urgence!) parce que notre enfant a mal à l’oreille. Mieux vaut d’abord soulager sa douleur et voir ensuite.

Pour la sinusite, on sait maintenant que l’irrigation nasale abondante est un traitement efficace pour soulager les patients, éloigner les complications et diminuer les antibiotiques.

Ces deux infections guérissent spontanément. Dans la majorité des cas, les antibiotiques doivent être réservés aux cas plus complexes, comme des infections sévères ou récurrentes ou ayant causé antérieurement des complications.

Pour la bronchite, il s’agit surtout d’une inflammation des bronches. Les antibiotiques sont aussi peu utiles. Cet hiver et l’an dernier, le virus respiratoire syncytial a infecté beaucoup de gens, causant une toux de plusieurs semaines difficile à soulager. Dans ce cas, les sirops contre la toux sont malheureusement plus ou moins efficaces.

Si on tient absolument à prendre un sirop, mieux vaut se limiter à des produits simples, contenant seulement du dextrométhorphane (DM), par exemple, bien que la preuve de son efficacité est loin d’être faite. On évitera la plupart des sirops contenant plusieurs produits, expectorants ou autres, qu’on retrouve sur les tablettes des pharmacies et qui n’offrent aucune efficacité additionnelle.

En cas de bronchite, en particulier si la respiration est sifflante, on prescrira plutôt des pompes comme aux asthmatiques, soit à un bronchodilatateur comme le Ventolin ou un même anti-inflammatoire comme le Flovent. Ces pompes sont bien plus efficaces contre la toux prolongée et les symptômes respiratoires que les sirops.

Chez certains patients particuliers, dont ceux souffrant de graves maladies pulmonaires ou des bronchiectasies (dilatations chroniques des bronches s’infectant aisément), on trouve plus souvent des bactéries. On prescrit plus volontiers un antibiotique, mais il faut rappeler qu’il s’agit d’une minorité de patients.

Pourquoi éviter de prendre un antibiotique

Que bien des gens «anti-vaccins» acceptent de prendre des antibiotiques sans trop se poser de questions me surprend toujours, puisqu’on devrait se méfier beaucoup plus des antibiotiques que des vaccins. Il n’y a aucun doute que les antibiotiques nous exposent à des risques plus sérieux que les vaccins.

Des réactions allergiques graves surviennent de temps en temps avec des antibiotiques, alors qu’elles sont très rares avec les vaccins. Les antibiotiques peuvent aussi causer une colite infectieuse de l’intestin à la bactérie C-difficile, qui commande parfois une opération et conduit même (rarement) au décès.

De plus, les antibiotiques interagissent avec une foule de médicaments. Alors si votre déjeuner du matin est malheureusement constitué de plusieurs pilules, vérifiez d’abord avec le pharmacien avant de prendre un antibiotique et ne consommez surtout jamais ceux qui sont prescrits à d’autres personnes.

De manière générale, l’usage abusif des antibiotiques et, paradoxalement, le fait de ne pas prendre ses antibiotiques jusqu’au bout contribuent à la résistance des bactéries, un problème de santé publique de plus en plus difficile à régler.

Bref, pour toutes ces raisons, convenons que l’usage d’un antibiotique n’est pas bénin et que ces outils doivent être réservés aux infections bactériennes, généralement plus graves que nos virus courants.

Prescrire un antibiotique quand c’est requis

Le message n’est pas qu’on ne doive jamais prescrire ou recevoir d’antibiotiques. Même pour les conditions plutôt bénignes mentionnées plus haut, leur usage est parfois indiqué.

Par exemple, si un patient a souffert d’otites compliquées ou à répétition, il sera traité précocement. Pour la plupart des autres patients, toutefois, surveiller les symptômes jusqu’à ce qu’ils diminuent est une pratique tout à fait adéquate.

En cas de sinusite à répétition ou prolongée, surtout si la douleur est importante et si elle est accompagnée de fièvre, l’usage d’antibiotiques est adéquat. Mais généralement, l’irrigation nasale est suffisante.

Je le rappelle: les grands malades pulmonaires se voient prescrire des antibiotiques en cas de détérioration infectieuse. Mais ce qui est vrai pour ces patients fragiles ne tient pas la route pour le patient jeune et en bonne santé pulmonaire. Pour ces derniers, la bronchite ne sera probablement pas améliorée par la prise d’antibiotiques, qui pourrait l’exposer à des complications graves.

Demandons moins d’antibiotiques, prescrivons moins d’antibiotiques et consommons moins d’antibiotiques, sauf lorsque c’est vraiment indiqué. C’est aussi important pour vous que pour la santé publique.