Santé et Science

À trois, tout le monde tousse!

Êtes-vous familier avec le VRS, le virus hivernal qui est la principale cause de ces «bronchites» qui n’en finissent plus?

Docteur et patient qui tousse
Photo: iStockphoto

Le 19 janvier, lorsque j’ai annoncé que le pic de la grippe était derrière nous, je pensais vraiment que le pire était passé, comme le montraient alors les données provenant de la santé publique. Mais depuis, la grippe est revenue de plus belle — ce qui est d’ailleurs inhabituel. Et cette fois, elle est accompagnée d’un invité, appelé virus respiratoire syncytial (VRS), qui risque de vous faire tousser encore plus abondamment. Mea culpa!

Nous sommes donc toujours en saison de grippe, au grand dam des patients qui en souffrent et du personnel qui doit les soigner de son mieux, tout en essayant d’en prévenir la propagation et de ne pas l’attraper lui-même. Bref, cet hiver, le party est pogné chez les virus, et nous en sommes quittes pour endurer notre mal.

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Le VRS, virus méconnu

Je vais commencer par l’invité. Tout le monde connaît la grippe, mais savez-vous ce qu’est le VRS? Peut-être pas. C’est pourtant un virus hivernal entraînant de gros problèmes de santé, notamment parce qu’il est la principale cause de ces «bronchites» qui n’en finissent plus. Les gens des urgences le côtoient quotidiennement et les asthmatiques le craignent tout particulièrement.

Comme on le sait, la grippe cause des douleurs musculaires intenses, une atteinte importante à l’état de santé général, de la toux et une fièvre élevée. Elle a tendance à se résorber après une semaine, à moins que des complications n’apparaissent. Mais pour le VRS, les symptômes, quoique moins intenses, peuvent durer bien plus longtemps.

Si la toux dure en effet des semaines après l’infection initiale, qui ressemble un peu à celle de la grippe en moins fort, c’est probablement un VRS, qui fait ensuite «siller» les poumons, comme dans une crise d’asthme, puisqu’il entraîne une réaction inflammatoire des bronches. L’augmentation des sécrétions engendre des bruits respiratoires (surtout à l’expiration) et un essoufflement, comparables à ceux d’une crise d’asthme. Et ce, même si on ne souffre pas d’asthme…

C’est ce qu’on appelle aussi une «bronchite», terme qui désigne l’inflammation causant la toux productive que l’on connaît. Mais contrairement à ce qu’on croit souvent, VRS ou pas, la bronchite est généralement causée par un virus et non une bactérie.

La différence est importante, comme j’en ai déjà parlé, parce que de tels virus ne requièrent pas d’antibiotique, sauf pour certains patients ayant une santé pulmonaire chroniquement fragile (maladie pulmonaire obstructive chronique — MPOC —, emphysème, bronchiectasies, asthme grave, etc.).

Le traitement d’une infection à VRS est en fait assez semblable à celui d’une crise d’asthme, avec prescription d’une pompe pour ouvrir les bronches («pompe bleue», comme le Ventolin, ou «pompe verte», comme l’Atrovent) et d’une autre, anti-inflammatoire avec cortisone («pompe orange»), et même parfois de la cortisone en comprimés pour les cas plus sérieux.

Chez les enfants de moins d’un an, le VRS est encore plus à craindre, puisqu’il peut causer une bronchiolite, l’équivalent d’une crise d’asthme prolongée, qui répond assez peu aux traitements standards comme les pompes et la cortisone. Et il peut même causer des arrêts respiratoires chez les tout-petits! Alors, si vous toussez de manière prolongée, dans un contexte viral, ce n’est pas le moment de prendre votre nouveau petit-fils dans vos bras.

La grippe A se prolonge

Pour ce qui est de la grippe A, c’est une souche H3N2 cette année, habituellement plus virulente que la H1N1, malheureusement. Si les courbes de mi-janvier laissaient prévoir une année grippale modeste, beaucoup d’entre vous ont déjà compris qu’elle n’a pas dit son dernier mot.

Le graphique suivant montre en effet les plus récentes données, présentées chaque semaine par la santé publique. Les colonnes vertes indiquent le nombre de tests effectués (surtout dans les urgences), un indice du nombre de patients consultant pour des symptômes grippaux. Sur l’échelle à gauche, on voit qu’environ 4 500 patients ont été testés la semaine dernière.

Source: Laboratoire de santé publique du Québec
Source: Laboratoire de santé publique du Québec

Quant à la courbe foncée, elle représente le pourcentage de résultats positifs pour l’influenza A. Plus ce pourcentage est élevé, plus le nombre de cas est grand. On observe donc une montée des cas de grippe jusqu’à la première semaine de janvier, puis une baisse la deuxième semaine, une stabilité durant les troisième et quatrième semaines… et une remontée à partir de la cinquième semaine. Ce que nous vivons actuellement.

Si on compare avec l’année dernière (courbe vert pâle, année 2015-2016), il s’agit cette année d’une grosse saison grippale, même si on semble voir qu’un sommet a été atteint durant la septième semaine, suivi d’une légère baisse. Peut-être est-ce une bonne nouvelle, mais restons sur nos gardes et espérons que le pic est bien passé, ce qu’on ne pourra confirmer que dans deux ou trois semaines.

Toutefois, cela concerne surtout la grippe A (H3N2), qui représente la vaste majorité des cas, soit 1 000 cas la semaine dernière, contre 30 cas seulement de type B. Il faut savoir que la grippe B arrive tardivement, au printemps, ce qui provoque alors un autre pic de grippe. Quand c’est pas fini…

Efficacité modérée du vaccin

Pour ce qui est des traitements, des «antiviraux» peuvent être utilisés, surtout pour les patients fragiles (grands malades, personnes âgées, très jeunes enfants, etc.) présentant des symptômes importants depuis moins de deux jours. Mais l’effet est assez mitigé. Pour la majorité des patients en bonne santé, ils ne sont pas vraiment utiles, contribuant assez peu à l’atténuation des symptômes.

Pour le reste, un traitement «symptomatique» (acétaminophène, hydratation) suffit habituellement. Et les antibiotiques ne sont d’aucune utilité, sauf en cas de pneumonie bactérienne compliquant la grippe.

Par contre, le vaccin, lui, est utile. L’évaluation la plus récente du CDC américain parle d’une efficacité modérée pour la grippe A, à hauteur de 43 %, un peu moins que l’efficacité habituelle (autour de 50 % à 70 %). C’est tout de même bien mieux que pour la période 2014-2015, où l’efficacité avait été de 0 % — un résultat d’ailleurs inhabituel.

En clair, une efficacité vaccinale à 43 % signifie que le risque d’attraper la grippe est abaissé de 43 % chez une personne vaccinée. Dit autrement, si 10 personnes attrapent la grippe, 4 d’entre elles ne l’auraient pas eue si elles avaient été vaccinées. C’est donc tout de même passablement efficace.

Comme j’en ai souvent discuté, le vaccin est sûr et comporte bien plus d’avantages que de risques, surtout pour les personnes à la santé fragile et aux extrémités des âges. Pour ma part, je me fais vacciner chaque année sans effet secondaire… ni grippe, d’ailleurs. Parce qu’il faut aussi chaque fois le rappeler, même si certains le croient dur comme fer: le vaccin contre la grippe ne peut absolument pas causer par lui-même la grippe.

La portion «grippe B» du vaccin est la mieux ciblée cette année, puisque la protection est estimée à 73 %. Cela signifie que si 10 personnes ont la grippe, 7 d’entre elles ne l’auraient pas eue si elles avaient été vaccinées. En prévention, il s’agit d’une excellente efficacité. Compte tenu du pic plus tardif de la grippe B, la santé publique encourage d’ailleurs toujours le vaccin pour la grippe B, comme je l’avais mentionné en janvier.

En attendant, il ne reste qu’à prendre nos précautions pour ne pas attraper ces satanés virus, protéger nos proches et croiser les doigts pour que le pire soit, cette fois, vraiment derrière nous.

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Alain Vadeboncœur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal.


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