Santé et Science

Médecine d’urgence: le ministre Barrette finit par entendre raison

Bonne nouvelle, dit le Dr Alain Vadeboncœur: les médecins d’urgence qui souhaitent pratiquer dans leur domaine à temps complet pourront désormais le faire.

(Photo: Jacques Boissinot/PC)

Une partie de la crise des effectifs en médecine d’urgence, dont j’ai parlé à plusieurs reprises ici, semble résolue. Dans un communiqué envoyé le 13 avril, l’Association des médecins d’urgence du Québec (AMUQ) nous apprend que «la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) et le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) se sont entendus à ce que les médecins d’urgence MU3 n’aient pas à faire de prise en charge de patients».

La nouvelle, confirmée par le bureau du ministre de la Santé et par la FMOQ, constitue une belle victoire, à la fois pour ces médecins qui ont suivi une année complémentaire de formation en médecine d’urgence, pour la pratique de la médecine d’urgence et pour les patients des urgences eux-mêmes.

Jusqu’à tout récemment, le ministre Gaétan Barrette souhaitait pourtant traiter ces médecins comme tous les médecins de famille, avec l’obligation identique de suivre 500 patients en première ligne. Cette idée était difficilement compatible avec une pratique à temps plein en médecine d’urgence et ne reconnaissait pas leur formation complémentaire.

Une approche aussi rigide pouvait mener, à court et à moyen termes, à une crise en médecine d’urgence, menaçant à la fois l’expertise et les effectifs. Ces jeunes médecins, qui se destinaient à une pratique majoritaire à l’urgence, n’auraient pu s’impliquer convenablement, développer leur expertise et contribuer à l’organisation des milieux d’urgence. Ce rôle est pourtant essentiel pour assurer l’avenir des équipes et le maintien des soins de qualité aux patients.

L’AMUQ précise dans son communiqué que «les médecins d’urgence MU3, qui souhaitent pratiquer dans leur domaine à temps complet, pourront désormais le faire». En clair, ils n’auront pas à contribuer obligatoirement à la prise en charge des patients en première ligne et pourront donc se concentrer majoritairement sur la pratique à l’urgence, en plus d’offrir des heures de disponibilité dans les supercliniques du ministre Barrette, pour du sans-rendez-vous, une pratique plus proche de leur formation.

Cette entente correspond aux propositions contenues dans une lettre envoyée par les résidents des programmes au ministre Gaétan Barrette, il y a déjà plusieurs mois, qui était restée lettre morte. Il semble cependant que cette lettre a finalement porté ses fruits, et qu’avec les pressions exercées par l’AMUQ, les négociations entre la FMOQ et le MSSS ont permis de dénouer cette impasse.

C’est une bonne nouvelle, qui pourra je l’espère convaincre plusieurs de ces jeunes médecins à rester au Québec, alors qu’ils hésitaient beaucoup ces derniers mois. Reste à s’assurer qu’ils pourront trouver des postes correspondant à leurs compétences et que ce programme sera protégé par le gouvernement et les universités, tout comme la résidence spécialisée de cinq ans en médecine d’urgence.

Si tout n’est pas réglé (les répercussions des pressions du MSSS pour sortir les médecins de famille des urgences pourraient encore créer des problèmes), voilà néanmoins une autre preuve qu’il ne faut pas baisser les bras quand on défend une idée juste. Parce que le bon sens, avec un peu d’aide, finit parfois par avoir le dessus.