Santé et Science

Tiques, moustiques et répulsifs

Les chasse-moustiques sur le marché sont-ils efficaces? Dangereux? Tour d’horizon.

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Les pluies abondantes et les changements climatiques augmentent les risques d’être assaillis par les moustiques et les tiques cet été. Une aubaine pour les vendeurs de répulsifs! Mais comment faire les bons choix?

Le N,N-diéthyl-3-méthylbenzamide, plus connu sous l’abréviation DEET, a fait l’objet d’innombrables études au cours des 60 dernières années. Commercialisé depuis 1956, ce produit de synthèse est utilisé par des centaines de millions de personnes tous les ans, mais il continue de faire peur.

Pourtant, même s’il peut provoquer des réactions allergiques ou des irritations de la peau, les effets secondaires sérieux du DEET sont rarissimes lorsque celui-ci est utilisé selon les instructions des fabricants, régies par le ministère de la Santé du Canada. De 1961 à 2002, seulement huit décès liés au DEET ont été rapportés dans la littérature scientifique. Trois des victimes avaient bu du DEET en quantité. Chez les cinq autres personnes, on n’a pas réussi à démontrer que ce produit était la principale cause du décès.

En 2001, le ministère de la Santé du Canada a décidé d’interdire la vente de répulsifs contenant plus de 30 % de DEET en vertu du principe de précaution. Il a en outre limité à 10 % la concentration autorisée pour les enfants de moins de 12 ans et déconseillé toute application de DEET pour les nourrissons de moins de 6 mois.

Aux États-Unis, une nouvelle évaluation, effectuée par l’Agence de protection de l’environnement en 2014, a cependant conclu que lorsqu’il est utilisé selon les recommandations, le DEET ne présente aucun risque notable ni pour la santé, ni pour l’environnement. Les concentrations allant jusqu’à 100 % sont donc autorisées aux États-Unis, autant pour les adultes que les enfants ou les femmes enceintes. Plus de 100 millions d’Américains utilisent du DEET chaque année.

Le DEET est aussi efficace contre les moustiques que contre les tiques. Si on veut aussi se protéger du soleil, il faut d’abord appliquer la crème solaire, puis, après quelques minutes, le DEET. Selon la Société canadienne de pédiatrie, aucune donnée probante n’indique que les répulsifs sans DEET sont plus sécuritaires que ceux qui en contiennent.

L’icaridine, un autre répulsif de synthèse également appelé picaridine, a été autorisé au Canada en 2012, mais il est utilisé depuis beaucoup plus longtemps aux États-Unis et en Europe. Il est tout aussi sécuritaire que le DEET et, selon l’Agence de protection de l’environnement américaine, il serait encore plus efficace que le DEET contre les tiques et les mouches noires.

Contrairement à une idée reçue, les répulsifs à base d’extraits de plantes ne sont pas nécessairement plus sécuritaires que ceux issus de la chimie de synthèse et ils doivent, eux aussi, être utilisés selon les instructions.

L’eucalyptus citron ou eucalyptus citronné (Corymbia citriodora) est un grand arbre cultivé à l’échelle industrielle, principalement au Brésil et en Chine. On extrait de ses feuilles et rameaux une huile qui contient une petite quantité de p-menthane 3,8-diol (PMD), l’ingrédient actif pour repousser les insectes. Cette molécule peut aussi être fabriquée en laboratoire. À concentration égale, le PMD est aussi efficace que le DEET, autant pour éloigner les moustiques que les tiques.

Aux États-Unis, on trouve de l’huile d’eucalyptus citronnée contenant jusqu’à 40 % de PMD. Au Canada, les produits commerciaux en contiennent au maximum 10 %, ce qui limite leur durée de protection et les rend très peu efficaces contre les tiques. L’huile peut aussi provoquer des irritations cutanées chez les personnes sensibles. Elle est déconseillée chez les enfants de moins de trois ans et les femmes enceintes. Attention aussi à ne pas confondre l’huile d’eucalyptus citron et le mélange d’huile d’eucalyptus et d’huile de citron.

Toutes les autres huiles essentielles, y compris la citronnelle, sont beaucoup moins efficaces que celle de l’eucalyptus citronné ou que les insecticides chimiques, et ne confèrent aucune protection contre les tiques. Elles sont déconseillées chez les enfants de moins de deux ans.

La métofluthrine et la perméthrine, deux molécules de la famille du pyrèthre, tuent les insectes plutôt que de les repousser. Ces deux produits sont inefficaces si on les applique sur la peau, car ils s’évaporent rapidement.

La première est l’ingrédient actif du produit Off Clip-on, un diffuseur que l’on attache à son sac ou à sa ceinture.

La seconde, utilisée partout dans le monde pour imprégner des moustiquaires ou des draps, n’a bizarrement pas été homologuée au Canada pour ces usages. Les vaporisateurs de perméthrine ou les vêtements ou moustiquaires imprégnés que l’on trouve facilement aux États-Unis ou en Europe ne sont donc pas vendus au Canada, mais il n’est pas interdit d’en rapporter de l’étranger ou de s’en faire envoyer.

Aux États-Unis, les Centers for Diseases Control and Prevention recommandent l’achat de vêtements imprégnés de perméthrine pour des activités de plein air dans les régions infestées par les tiques.