Santé et Science

Faut-il avoir peur… de la crème solaire ?

La crème solaire peut-elle vraiment brûler la peau ? Non. Mais elle peut provoquer de sérieuses réactions allergiques…

(Photo : iStockphoto)

Santé Canada a reçu récemment environ 70 plaintes au sujet de la crème solaire de marque Banana Boat. De nombreux parents affirment que leurs enfants ont été brûlés au deuxième degré après l’application de ce produit. Une enquête est en cours.

Pour l’instant, on ne sait pas si un ingrédient interdit, de mauvaise qualité ou mal dosé s’est retrouvé dans un lot de produits du fabricant, Edgewell Personal Care Canada, filiale du groupe américain Edgewell. Selon celui-ci, les produits incriminés ont été retestés et la compagnie n’a pas trouvé d’anomalie. Mais Santé Canada n’a pas confirmé cette nouvelle et ses analyses se poursuivent.

Il est aussi possible que les réactions rapportées ne soient pas des brûlures, mais qu’elles aient été confondues avec des allergies graves.

Les écrans solaires ne sont pas des cosmétiques ordinaires. Ils sont réglementés par le ministère de la Santé du Canada soit comme des produits de santé naturels (repérables par le code NPN indiqué sur leur emballage), soit comme des médicaments (qui ont un code DIN), selon les ingrédients actifs qu’ils renferment. Dans les deux cas, ces produits doivent avoir été approuvés par le Ministère, qui vérifie que leur composition, leur forme (crème, aérosol, etc.) et ce qui est inscrit sur l’emballage sont conformes à ce qui est autorisé. Les règles actuelles datent de 2013.

Une vingtaine de molécules sont approuvées comme ingrédients actifs capables de bloquer les rayons UV du soleil. Les produits naturels ne peuvent contenir que du dioxyde de titane, de l’oxyde de zinc ou de l’acide 4-aminobenzoïque (PABA). La plupart des écrans solaires sont des médicaments, qui contiennent des molécules de la classe des benzophénones. C’est le cas des produits Banana Boat incriminés.

Aucun de ces ingrédients n’est susceptible d’entraîner des brûlures au deuxième degré.

Plusieurs, en revanche, sont connus pour provoquer, dans de rares cas, des photoallergies, c’est-à-dire des réactions cutanées, parfois sérieuses, déclenchées par l’exposition au soleil.

En 2014, une analyse rétrospective de l’American Contact Dermatitis Group menée auprès de 24 000 personnes a ainsi conclu que 0,9 % de la population est allergique à un composant des écrans solaires de la classe des benzophénones, principalement à l’oxybenzone. Seules 47 % des personnes allergiques ont une réaction « cliniquement significative », c’est-à-dire qu’elles ont des symptômes de leur allergie. Heureusement, les réactions graves sont rares.

Sauf que les campagnes de prévention contre les dangers de l’exposition au soleil ont fait exploser le nombre d’utilisateurs de protections solaires.

Si l’ensemble des Canadiens (35 millions de personnes) utilisaient cette année un écran solaire à base de benzophénone, et que l’American Contact Dermatitis Group a bien estimé le risque, on pourrait donc s’attendre à ce que près de 150 000 personnes au pays réagissent avec une allergie plus ou moins marquée ! Parmi celles-ci, il ne serait pas étonnant de trouver quelques réactions particulièrement sérieuses, qui pourraient s’apparenter à celles rapportées récemment.

Pour l’instant, le risque d’allergie n’a pas à être mentionné sur l’emballage de ces produits. On ne conseille pas non plus de faire un test sur une petite partie de la peau avant de les utiliser pour la première fois. Au vu de la prévalence de ces allergies, ce ne serait pourtant pas une précaution inutile, surtout pour les produits destinés aux enfants !

Rappelons par ailleurs que la Société canadienne de pédiatrie déconseille d’appliquer un écran solaire aux bébés de moins de six mois, une précaution d’usage qui doit être inscrite sur les emballages. Mais il est devenu tellement banal de mettre de la crème solaire qu’il est très probable qu’une infime fraction des utilisateurs lisent les instructions !

L’exposition aux UV est responsable de 90 % des cas de mélanome, un cancer de la peau diagnostiqué chaque année chez près de 7 000 Canadiens et qui tue 1 200 personnes par an. Les écrans solaires restent très utiles pour se prémunir contre ce risque. Et contrairement à ce que croient certaines personnes, aucun de leurs ingrédients, pas même l’oxybenzone, n’accroît le risque de cancer, selon la Société canadienne du cancer.