Santé et Science

Une otite séreuse ? Pas sérieux !

Alain Vadeboncœur a passé deux mois avec l’oreille bouchée. Et ça pourrait vous arriver.

(Photo : iStockphoto)

Depuis quelques jours, je suis de nouveau charmé par le bruissement du vent dans les feuilles. Parce que depuis bientôt deux mois, je n’entendais plus grand-chose par l’oreille droite. Il faut croire que le liquide derrière mon tympan commence à se résorber. C’est encore bouché la plupart du temps, mais je pense que je suis sur la bonne voie.

Rassurez-vous, ce n’est rien de grave, plutôt un petit problème commun, qu’on appelle une otite séreuse. Il s’agit d’une accumulation, généralement non douloureuse, de liquide dans l’oreille moyenne, derrière le tympan, ce qui l’empêche de vibrer et assourdit considérablement les sons.

Tympan normal. Source : Open-I

 

D’abord un rhume

Tout a commencé quand j’ai eu l’impression, voilà quelques semaines, d’éprouver les symptômes d’un rhume. Un peu de congestion nasale, le tout n’ayant duré que 24 heures. Mais je sentais que mon oreille droite réagissait curieusement.

Le lendemain matin, je me suis réveillé avec cette oreille complètement bouchée. Soit, j’entendais toujours les basses fréquences, mais de façon très assourdie. En comparant, je notais que du côté gauche, j’entendais normalement le frottement de mes doigts (il s’agit d’assez hautes fréquences), mais qu’à droite, c’était le silence.

Je ne me suis pas trop inquiété, même si un tel problème survenait pour la première fois. Notez que je n’avais aucune douleur, ni température, ni autre symptôme et aucun écoulement. Sauf des glouglous dans l’oreille et une certaine sensation de plénitude.

J’ai laissé aller les choses, ayant confiance que ce n’était que du liquide et que je récupérerais, sachant aussi qu’il n’y a pas vraiment de traitement efficace en cas d’otite séreuse1.

Je ne m’en faisais pas trop… jusqu’à ce que je pense à l’avion. Le 10 mai, je devais en effet m’envoler pour Val-d’Or pour donner deux journées de formation en médecine d’urgence avec mon ami le Dr Dominic Larose.

Je me suis alors un peu inquiété, parce que je me rappelais qu’une otite séreuse peut se compliquer de perforations du tympan si on prend l’avion. Surtout que j’éprouve déjà des douleurs temporaires aux oreilles en avion, en particulier à l’atterrissage, un signe d’une dysfonction de la trompe d’Eustache. J’équilibre alors la pression en soufflant un peu tout en me bouchant le nez. Ce qui n’est pas sans lien avec l’otite séreuse.

C’est que la douleur se manifeste quand on redescend en avion, en raison de l’augmentation de la pression ambiante, et de la difficulté à équilibrer cette pression avec celle de l’air situé derrière le tympan lorsque cette trompe fonctionne mal.

Quand la trompe d’Eustache se bouche

La trompe d’Eustache est un petit canal qui conduit de l’oreille moyenne, située derrière le tympan, jusqu’au rhinopharynx, cette portion de l’arrière-gorge, juste au-dessus du palais, tout au fond du nez.

Source : Open-I (modifié)

 

Il faut savoir que lorsqu’on monte en altitude, la pression de l’air diminue. Si les avions n’étaient pas pressurisés, ce qui assure le maintien d’une pression suffisante à l’intérieur, nous manquerions d’oxygène et ne pourrions survivre. Cette pression étant toutefois inférieure à celle de l’air au sol, les cavités où l’air est emprisonné tendent à prendre de l’expansion en altitude, même à l’intérieur.

Pour la cavité de l’oreille moyenne, située entre le tympan et l’oreille interne, la trompe d’Eustache permet justement d’équilibrer cette pression. Quand l’avion monte et que la pression ambiante diminue, l’air situé derrière le tympan fuit vers le nasopharynx en passant par la trompe.

C’est à l’atterrissage que la douleur se manifeste habituellement. En effet, lorsque la pression ambiante revient à la normale, elle pousse sur le tympan, qui s’enfonce donc.

La trompe d’Eustache, à ce moment, permet à l’air du nasopharynx de revenir derrière le tympan afin d’équilibrer la pression, processus qu’on peut aider en soufflant en se bouchant le nez. Mais si la trompe est bloquée, alors l’équilibre ne se fait plus et la douleur apparaît, due à la tension sur la délicate membrane du tympan.

Or, l’otite séreuse est justement une manifestation d’une dysfonction aiguë de la trompe d’Eustache d’origine inflammatoire, causée au départ par un virus ou des allergies, ce qui bloque le passage de l’air et empêche donc le délicat équilibrage des pressions.

Étant donné que la muqueuse qui tapisse l’oreille moyenne absorbe l’air présent, si cette trompe est bouchée, l’air est graduellement remplacé par du liquide séreux qui prend sa place, puisque la nature a horreur du vide. Le tympan, plaqué contre ce liquide, demeure alors plutôt immobile, ce qui cause la baisse de l’audition.

L’avis d’un ORL

Comme le voyage s’en venait, j’ai communiqué avec un ORL afin de savoir quoi faire. J’ai ainsi rencontré le Dr Jean-Raymond Spénard, sympathique ORL de la Rive-Sud, que j’ai connu jadis à l’hôpital Pierre-Boucher.

S’agissant d’un cas plutôt banal pour lui, il m’a rapidement examiné, prenant soin toutefois de vérifier aussi ma gorge et mon nasopharynx, puisque des tumeurs peuvent également, quoique rarement, causer cette dysfonction de la trompe d’Eustache.

En examinant mon tympan, il a simplement constaté que l’oreille moyenne était remplie de liquide et que le tympan était rétracté, typiquement comme dans une otite séreuse, qu’il faut différencier de l’otite aiguë, douloureuse et inflammatoire et causée plutôt par l’accumulation de liquide infecté.

Tympan rétracté (enfoncé) de l’otite séreuse. Source : Open-I. À comparer avec le tympan normal.

 

Jean-Raymond m’a réexpliqué que ce problème n’a pas trop de conséquences, mis à part la baisse temporaire de l’audition que j’éprouvais. Et que généralement, au bout de quelques semaines, jusqu’à deux à trois mois parfois, la trompe finit par retrouver sa fonction, le liquide est alors évacué, et la pression s’équilibre de nouveau.

Le seul problème était le fait d’avoir à prendre l’avion, et le risque conséquent de douleur (qui pourrait m’embêter durant les deux journées de formation), mais aussi de perforation du tympan, sous l’effet des jeux de pression — une complication plus rare, mais bien réelle.

 

Tympan perforé. Source : Open-I.

 

Si cette perforation survient dans une région sensible du tympan, par exemple là où s’appuie l’appareil osseux permettant l’audition, des dommages peuvent se produire. Comme je souffre déjà d’un léger acouphène, je ne souhaitais pas me mettre à risque.

Deux options de traitement

Jean-Raymond m’a exposé les deux options. Soit j’évitais de prendre l’avion, soit il implantait un tube de myringotomie dans mon tympan, grâce à une anesthésie locale et une petite incision, une opération toute simple pour lui. Le liquide est d’abord évacué par aspiration, puis le tube permet ensuite d’équilibrer la pression, le temps que la trompe d’Eustache retrouve sa fonction naturellement.

Les avantages, c’est l’effet immédiat, des risques faibles et la possibilité de prendre l’avion dès le lendemain. On observe en contrepartie un risque faible d’infection et parfois des épisodes de vertige survenant surtout dans les premières heures de la pose.

Mais l’été s’en venant, je me suis rappelé que j’aime beaucoup nager au lac, et que la présence d’un tube oblige à protéger l’oreille moyenne contre l’infection. Il faudrait donc tout de même que je nage avec des bouchons spéciaux, empêchant l’eau d’entrer dans l’oreille, afin d’éviter tout risque d’infection. Ces quelques raisons me faisaient hésiter devant la myringotomie.

Choisir la patience

Au bout du compte, je me suis dit qu’il serait plus simple de me rendre à Val-d’Or en autobus. Après tout, il s’agit d’une route magnifique, passant par tous ces lacs des Hautes-Laurentides. Il est vrai que nous étions en pleine période d’inondations, mais jusqu’à la veille de notre départ, il n’était pas question d’une fermeture de la route 1172.

J’ai donc informé l’ORL de ma décision de ne pas procéder à la myringotomie, et d’attendre simplement une amélioration spontanée de mes symptômes. Il m’a recommandé de recommuniquer avec lui quelques semaines plus tard, si jamais la congestion persistait. Quand rien ne se passe — ce qui semble plutôt rare —, il devient indiqué d’installer tout de même un tube afin de régler le problème.

Finalement, depuis ces derniers jours, l’ouïe me revient par moments. C’est comme si des bulles se formaient et qu’elles me permettaient, de temps en temps, de percevoir de nouveau les sons, surtout les hautes fréquences, comme le chuintement du vent et des feuilles.

Ce qui me rassure, c’est qu’il ne s’agit pas d’une condition grave, et que le tout devrait vraiment finir par s’améliorer. En fait, il n’y a pas grand-chose à faire. D’après les plus récentes revues scientifiques sur la question, l’usage de décongestionnant, d’antihistaminiques ou de cortisone en vaporisation nasale a peu d’effets lors d’une otite séreuse. Et les antibiotiques sont inutiles.

Bien que ce ne soit pas mon cas, il faut savoir aussi que les allergies saisonnières peuvent être en cause, surtout chez les adultes. Les antihistaminiques peuvent alors être plus utiles.

Bref, il suffit surtout d’être patient, et on verra bien si, dans quelques semaines, j’irai me faire poser ces fameux tubes afin d’équilibrer la pression. En attendant, je vais plutôt profiter de mes vacances en nageant tous les jours, mais en évitant de plonger trop profondément pour ne pas engendrer de douleur ou de risques de perforation.

*

(1) Note importante : si vous perdez l’ouïe d’un coup et sans raison, mieux vaut consulter rapidement, parce qu’il y a des causes plus graves, réversibles si on agit promptement.

(2) Nous avons été chanceux, puisque quelques jours après, la 117 a été bloquée par un glissement de terrain !