Santé et Science

Savoir reconnaître la maladie de Lyme (1/2)

De plus en plus diagnostiquée au Québec, la maladie transmise par les tiques suscite les craintes. Alain Vadeboncœur en résume l’origine, les mécanismes de l’infection et le diagnostic. 

La maladie de Lyme est maintenant établie au Québec. De plus en plus de gens sont touchés. Il est important de mieux la connaître, de savoir si vous êtes à risque et quelles en sont les manifestations.

La hausse des cas est évidente sur le graphique suivant, constitué à partir des données provenant de la santé publique. Bien qu’avec moins de 200 cas confirmés, cela reste une maladie bien plus rare qu’une foule d’infections plus graves.


L’autre changement depuis quelques années, c’est que la maladie de Lyme s’attrape de plus en plus souvent chez nous, alors qu’elle était auparavant contractée en majorité à l’extérieur de la province. Seulement 37 % des cas étaient contractés au Québec en 2012, mais 71 % en 2015 et 2016.

On parle donc d’une maladie encore peu fréquente, mais en augmentation au Québec, et qui peut parfois avoir des conséquences importantes.

Aux États-Unis, la maladie de Lyme est bien plus fréquente. C’est en fait la plus commune des infections transmises par un vecteur (généralement un insecte). On y diagnostique chaque année 300 000 cas là-bas, pour une incidence annuelle tournant autour de 1 pour 1 000 de population — contre seulement 1 pour 45 000 chez nous.

Géographie de la maladie de Lyme

Et pourquoi le nom de Lyme ? Pour qui a déjà voyagé au Connecticut, vous connaissez peut-être la ville. C’est à Lyme qu’a été diagnostiquée pour la première fois la maladie en Amérique du Nord, en raison d’un nombre élevé de cas d’arthrites découverts chez des enfants.

On diagnostique d’ailleurs la maladie de Lyme surtout en Amérique du Nord et en Europe. Aux États-Unis, 95 % des cas déclarés se concentrent dans ces 14 États : Connecticut, Delaware, Maine, Maryland, Minnesota, Massachusetts, New Hampshire, New Jersey, New York, Pennsylvanie, Rhode Island, Vermont, Virginie et Wisconsin.

Mais la maladie a tendance à remonter de plus en plus vers le nord. C’est pourquoi elle se répand actuellement au Québec, surtout dans les régions du sud, comme la Montérégie, le nord et l’ouest de l’Estrie, le sud-ouest de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Les tiques sont toutefois présentes dans d’autres régions du Québec, et la carte suivante donne une idée de la répartition des cas et des zones les plus à risque.

Source : https://www.inspq.qc.ca/zoonoses/maladie-de-lyme

Les changements climatiques expliqueraient en partie cette remontée des tiques vers le nord, puisque la température plus élevée y favorise leur développement, leur migration et leur reproduction.

Dans le reste du Canada, les régions les plus touchées sont le sud de la Colombie-Britannique, le sud, l’est et le nord-ouest de l’Ontario, le sud du Manitoba, le sud du Nouveau-Brunswick et certains endroits en Nouvelle-Écosse.

Coupable : la bactérie Borrelia

On lit parfois que la maladie est causée pas une piqûre de tique. Mais en fait, cette tique n’est que l’insecte porteur d’une bactérie appelée Borrelia burgdorferi, d’où le nom de borréliose parfois utilisé. Outre Borrelia burgdorferi, principale bactérie en cause en Amérique du Nord, on trouve deux autres types de Borrelia coupables, surtout actives en Europe et en Asie.

Différentes tiques peuvent transmettre cette bactérie, la principale en Amérique du Nord portant le joli nom d’Ixodes scapularis, dont l’apparence aimable nous soulage qu’elle se mesure en millimètres plutôt qu’en mètres.

Source : http://www.msss.gouv.qc.ca/professionnels/zoonoses/maladie-lyme/evolution-de-la-maladie-au-quebec/

La maladie de Lyme est essentiellement une maladie d’été. Le mode de contamination par contact exige en effet un contact direct avec la tique lors de promenades dans un environnement boisé ou avec des herbes longues, qui sont plus difficiles à trouver chez nous en février. Une exposition le plus souvent directe de la peau est aussi requise.

Les signes de l’infection

C’est lorsque la tique s’installe sur la peau (pour nous manger, bien entendu) et s’y fixe longtemps qu’elle peut nous transmettre la bactérie. Notons qu’il est rare que la bactérie soit transmise dans les 24 heures suivant la « morsure », de sorte que la bactérie n’est presque jamais transmise si la tique ne reste accrochée à nous que quelques heures.

La lésion cutanée caractéristique de l’infection est appelée érythème migrant. Une rougeur « en cible » de taille plus ou moins étendue apparaît de une à deux semaines après le détachement de la tique. Environ 70 % à 80 % des patients auront de telles lésions, qui ne sont donc pas toujours présentes.

En général, il s’agit d’une lésion mesurant plus de 5 cm, colorée de manière homogène ou avec un effet de cible comportant parfois plusieurs cercles. Elle peut être complètement plate ou légèrement surélevée, surtout aux bords. Elle progresse régulièrement.

Source : http://extranet.santemonteregie.qc.ca/userfiles/file/sante-publique/maladies-infectieuses/Illustrations-Em-Lyme.pdf

Par contre, une petite rougeur qui apparaîtrait rapidement après la morsure de la tique et disparaîtrait dans les deux à trois jours est plus souvent le résultat d’une réaction d’hypersensibilité à la morsure (comme à la suite d’une piqûre de maringouin) et non l’érythème migrant de la maladie de Lyme. En cas de doute, mieux vaut consulter.

Il peut aussi y avoir plusieurs cibles apparaissant successivement ou de manière plutôt simultanée. Parmi les autres symptômes possibles, on retrouve de la fièvre, de la fatigue, des maux de tête, des raideurs à la nuque et des douleurs musculaires et articulaires.

Dans de plus rares formes systémiques précoces, on peut avoir des atteintes touchant notamment le cœur (ce qui se manifeste surtout par des troubles de ralentissement du cœur) et le système neurologique (paralysie du visage appelée paralysie de Bell ou atteinte de type méningite).

On trouve également une forme tardive de la maladie de Lyme, qui se manifeste surtout par une atteinte articulaire, surtout aux genoux, des lésions cutanées chroniques avec atrophie de la peau, des problèmes cardiaques et des infections chroniques du système nerveux central — surtout si la maladie n’a pas été traitée. Elles peuvent affecter les patients dans les semaines, les mois ou les années qui suivent l’infection. Il faut toutefois la distinguer d’une maladie de Lyme « invisible », un concept sur lequel je reviendrai dans ma prochaine chronique.

Comme pour la plupart des agents infectieux, l’infection peut passer presque inaperçue. De sorte que dans certaines régions des États-Unis, un pourcentage élevé de personnes sont porteuses d’anticorps contre la bactérie (signant son passage), mais ne semblent pas avoir souffert de symptômes particuliers liés à la maladie.

Faire le diagnostic

D’autres maladies peuvent donner des rougeurs cutanées en forme de cible comme celles de la maladie de Lyme, mais en cas d’exposition probable à une tique, elles seront l’objet d’une inspection attentive. Dans le contexte approprié, elles suffisent pour poser le diagnostic, puisque le traitement est simple.

Il n’est pas nécessaire de faire des dosages d’anticorps à cette étape. D’une part, ils ne sont pas encore très utiles pour détecter la maladie, parce que le taux d’anticorps n’est pas assez élevé. D’autre part, ils ne changeront pas le traitement antibiotique qui sera donné de toute façon.

Si le diagnostic est incertain ou si le médecin pense avoir affaire à des formes tardives, des prélèvements sanguins seront effectués, afin de doser les anticorps. Si ce dosage est négatif, aucun autre examen ne sera en général requis. On peut aussi les répéter de quatre à six semaines plus tard, au besoin.

On peut également diagnostiquer la maladie en présence des manifestations tardives décrites plus haut, par exemple dans le cas d’une arthrite dont l’origine est incertaine. En cas de symptômes neurologiques, un examen direct du liquide céphalo-rachidien, qui circule autour du cerveau et de la moelle épinière, peut être requis, et il suppose une ponction lombaire.

Mais la clé du diagnostic, c’est d’abord d’y penser. Et cela concerne autant le médecin — devant un tableau suggestif — que le patient — s’il a été exposé et présente des symptômes. Pour ce qui est du traitement, de la prévention et du cas particulier d’une maladie de Lyme « invisible »… je vous en reparle dès ma prochaine chronique.

Question de vous laisser profiter du beau temps.