Santé et Science

Faut-il avoir peur… du trou dans la couche d’ozone ?

Le dichlorométhane, un solvant industriel qui a remplacé en partie les fameux CFC, serait aussi dommageable.

Le fameux « trou » dans la couche d’ozone, un problème dont on se croyait débarrassé, pourrait mettre bien plus longtemps que prévu à se « reboucher ». Le coupable ? Le dichlorométhane, un solvant industriel qui a remplacé en partie les fameux chlorofluorocarbones (CFC) interdits par le protocole de Montréal en 1987.

L’évolution du trou au-dessus de l’Antarctique. (Animation: NASA Goddard Space Flight Center)

On sait depuis longtemps que le dichlorométhane peut, tout comme les CFC, libérer des atomes de chlore susceptibles de réagir avec l’ozone. Mais jusqu’à récemment, on le croyait incapable de s’élever jusqu’à la stratosphère — là où se situe la couche d’ozone —, car il se dégrade en quelques mois dans l’atmosphère. On n’avait donc pas cru bon de l’inclure dans la liste des substances interdites par l’entente internationale signée par 196 pays.

Les CFC, eux, peuvent persister pendant des années dans l’air, ce qui leur laisse le temps de monter jusqu’au bas de la stratosphère, soit à 8 km au-dessus des pôles et 18 km au-dessus de l’équateur. Ce n’est d’ailleurs qu’au tournant des années 2000, soit bien après l’interdiction des CFC, que le fameux « trou », qui est en réalité la diminution de la concentration de la couche d’ozone au-dessus des pôles, a doucement commencé à se résorber. Les modèles actuels prévoient que la couche d’ozone sera débarrassée de l’effet nocif des CFC vers 2050.

Dans les dernières années, plusieurs études ont fait état de l’augmentation d’environ 8% par an de la concentration de dichlorométhane dans les couches les plus basses de l’atmosphère, en dessous du niveau de la couche d’ozone. Le dichlorométhane n’existe pas à l’état naturel. Il est en revanche utilisé par de nombreuses industries, notamment comme solvant pour les peintures. On ne connait pas précisément les quantités utilisées à l’échelle de la planète.

Mais il est maintenant clair qu’au fil du temps, des quantités croissantes de dichlorométhane ont atteint la couche d’ozone pour y réaliser leur travail de sape. En juin, des chercheurs de l’université de Lancaster ont ainsi démontré qu’en 2016, le dichlorométhane avait été responsable de 3% de la diminution de la concentration d’ozone dans le « trou » de l’Antarctique. Cela peut sembler négligeable… sauf que c’est deux fois plus qu’en 2010 !

L’état du trou au-dessus de l’Antarctique le 19 août dernier. (Photo: NASA Goddard Space Flight Center)

Selon Ryan Houssaini, auteur principal de l’étude, si les quantités de dichlorométhane continuent d’augmenter à ce rythme, le rétablissement complet de la couche d’ozone, qu’on prévoyait pour 2050, pourrait prendre jusqu’à 30 ans de plus.

Le chercheur ne conseille pas d’interdire ce solvant aux multiples usages industriels. Mais il croit qu’un contrôle accru des quantités présentes dans l’atmosphère devrait être exercé pour garder les émissions à l’oeil. D’autres produits à très courte durée de vie dans l’atmosphère, comme le dichloroéthane, devraient aussi être surveillés.

Même si la couche d’ozone ne contient, en réalité, que 1% d’ozone, la présence de ce gaz est vitale pour protéger la terre du rayonnement UV-C émis par le soleil. Ces rayons ultraviolets à courte longueur d’onde sont particulièrement dangereux, car ils peuvent facilement détruire l’ADN (on les utilise d’ailleurs comme germicides dans les hôpitaux). La couche d’ozone bloque l’intégralité des UV-C du soleil. Une augmentation même minime des UV-C atteignant la Terre aurait de multiples conséquences, notamment une incidence accrue des cancers de la peau et altération du système immunitaire pour les humains, le ralentissement de la phosynthèse pour les plantes et à l’échelle de la planète, un effet de serre plus marqué.