Santé et Science

Le spectre des inondations 

Les changements climatiques ont-ils joué un rôle dans les inondations à Houston ? La réponse est claire. Oui.

Les inondations causées par le passage de l’ouragan Harvey, à Houston. (Photo : Brett Coomer / Houston Chronicle via AP)

Lors de chaque nouvelle inondation majeure, les mêmes questions surgissent. Les changements climatiques sont-ils en cause ? Aurait-on pu limiter les dégâts ? À Houston comme à Bombay, en Inde, les réponses sont claires. Oui. Et à moins d’un très sérieux coup de barre, l’avenir s’annonce bien sombre.

Entre 1995 et 2015, 2,3 milliards d’humains ont été affectés par des inondations, selon un rapport des Nations unies basé sur l’analyse de la Base de données mondiale des catastrophes. Ce sont, de loin, les catastrophes les plus dévastatrices. Le coût mondial annuel des dommages qu’elles causent a été évalué à 50 milliards de dollars en 2013, et les chercheurs estiment qu’il va plus que doubler au cours des 20 prochaines années.

On sait exactement ce qu’il faut faire pour réduire les dégâts : redonner de la place aux milieux naturels humides — les seuls capables d’éponger toute cette eau —, limiter les constructions en zone inondable et adapter les infrastructures à un risque accru. Mais les progrès sont beaucoup trop lents, comparés à la vitesse de l’évolution du climat, pour empêcher de nouveaux drames.

La hausse du niveau des océans et, dans le cas de l’ouragan Harvey, celle de la température de l’eau dans le golfe du Mexique augmentent continuellement le risque de dommages pour les zones côtières. Et peut-être plus grave encore : selon des hydrogéologues australiens, les changements climatiques couplés à l’urbanisation pourraient faire que les campagnes s’assècheront alors que les villes subiront de plus en plus d’inondations, car le débit des rivières se modifie progressivement.

Pour leur étude, publiée cet été dans Scientific Reports, Conrad Wasko et Ashish Sharma ont analysé les données de 43 000 pluviomètres et de 5 300 débitmètres répartis dans 160 pays.  Ils ont observé que, de plus en plus, l’eau se concentre dans les villes. En cause, l’augmentation de l’humidité du fait de l’imperméabilisation des sols par les constructions. Cela entraîne la baisse du débit des rivières dans les campagnes, malgré la hausse des précipitations dues aux changements climatiques.

Leur étude est encore préliminaire, et il en faudra d’autres pour confirmer ce phénomène. Mais si leur prédiction se vérifie, disent les chercheurs, il faut s’attendre à ce que les campagnes soient de moins en moins aptes, en raison de leur assèchement, à nourrir une population de plus en plus affectée par des inondations parce que vivant en ville. Ça va mal.

Réussira-t-on à réagir à temps ? Aux États-Unis, on savait depuis longtemps que le Texas et ses raffineries pourraient être frappés par un ouragan rendu plus violent par les changements climatiques, mais le « business as usual », alimenté par les climatosceptiques, y est bien difficile à combattre. Heureusement, les infrastructures pétrolières semblent avoir tenu le coup. Par contre, la région regorge de lieux contaminés, répertoriés dans le programme Superfund, dont il serait étonnant qu’aucune pollution ne s’échappe, selon de nombreux spécialistes. Même si des leçons ont été tirées de Katrina, cela n’a pas suffi à renverser des décennies de développement urbain et industriel. Les coupes annoncées par le président Trump dans les programmes gouvernementaux chargés de mieux préparer les États-Unis aux effets des changements climatiques n’arrangent évidemment rien.

La situation est encore plus critique dans les pays en développement, aux prises avec une urbanisation galopante, et où chaque nouvelle catastrophe remplit les bidonvilles de gens qui ont tout perdu. Depuis le début de la mousson de cet été, 1 200 personnes sont mortes en Inde, au Bangladesh et au Népal. Les précipitations sont exceptionnelles cette année. Mais en 2005, les inondations causées par la mousson avaient fait 500 morts à Bombay, la plupart dans les bidonvilles situés en zones inondables. Depuis, la population de la ville a crû d’environ 4 millions d’habitants. Quelque 40 % des 22 millions d’habitants vivent désormais dans les bidonvilles.