Santé et Science

Actus science : thérapie extrême contre le cancer

La thérapie génique vient d’être autorisée aux États-Unis. Aussi : tuer des orignaux pour sauver des caribous, un forage vain dans l’Arctique et la ligne dure contre l’antivaccination.

La Food and Drug Administration américaine a autorisé une première thérapie génique contre un cancer. Il s’agit d’une étape marquante dans la mise au point de cette nouvelle forme de traitement, dans laquelle ce sont les propres cellules du patient, dopées génétiquement, qui combattent la maladie, et non un simple médicament. Le Kymriah, commercialisé par Novartis, est destiné à traiter une forme aiguë de leucémie qui touche surtout les enfants et les jeunes adultes, quand aucune autre thérapie n’a permis d’éliminer le cancer.

Actuellement, les chances de survie à cette leucémie sont de moins de 10 % cinq ans après le traitement. Le nouveau traitement a été approuvé sur la base d’une étude clinique menée auprès de 63 jeunes, dont 83 % étaient encore en vie trois mois plus tard, un résultat considéré comme très prometteur. Habituellement, à ce stade, la plupart des malades succombent rapidement. Une fillette de six ans, première patiente à avoir reçu le Kymriah, en 2012, est toujours en vie et libérée de son cancer.

Cette première thérapie génique reste cependant un traitement extrême qui ne sera donné que dans quelques centres certifiés. Certaines cellules du patient seront prélevées, congelées, puis envoyées au laboratoire de Novartis. Sur place, l’ADN de ces cellules sera modifié, puis ces dernières seront de nouveau congelées et renvoyées au centre pour être injectées au patient sous haute surveillance. De multiples complications, parfois mortelles, peuvent se produire à cette étape, et un puissant médicament immunosuppresseur produit par la société Roche, le tocilizumab, doit être utilisé pour tenter de les contrer. Le traitement coûte 475 000 dollars, une somme que Novartis n’exigera pas des patients s’il n’a pas donné de résultats en moins d’un mois. Le Kymriah n’est pas encore autorisé au Canada. Novartis étudie actuellement son efficacité pour d’autres cancers.

Chasser les orignaux pour sauver les caribous

Pour sauver de l’extinction les caribous des bois vivant dans les montagnes Rocheuses, les autorités de l’Alberta et de la Colombie-Britannique misent depuis plusieurs années sur l’abattage des loups, leurs principaux prédateurs. Mais cette pratique est non seulement critiquée par des groupes de défense des loups, mais elle est aussi controversée du point de vue scientifique. Pour obtenir des résultats plus durables sans sacrifier les loups, des chercheurs de l’Université de l’Alberta proposent plutôt de miser sur la chasse à l’orignal, une espèce qui n’est pas menacée mais qui contribue à maintenir les populations de loups. Cette approche peut sembler contre-intuitive. Mais, selon les simulations des chercheurs, elle permettrait de rétablir l’équilibre qui régnait dans la région entre loups, caribous et orignaux avant que l’industrie forestière provoque une hausse du nombre d’orignaux, en éclaircissant les forêts, ce qui a facilité leur arrivée dans la région. Et l’augmentation du nombre d’orignaux a favorisé la hausse du nombre de loups.

En 2015 seulement, 184 loups ont été abattus par hélicoptère par les gestionnaires de la faune de la Colombie-Britannique, les programmes de trappage n’ayant pas permis d’éliminer assez de loups dans les années précédentes. Du côté de l’Alberta, plus de 700 loups ont été tués dans les dernières années.

Pas de pétrole pour Korpfjell

Le forage pétrolier de Korpfjell, première incursion dans l’Arctique de la société Statoil, n’a pas permis de trouver les quantités records de pétrole que certains analystes attendaient. Le géant norvégien a plutôt annoncé cette semaine, dans un communiqué laconique, avoir trouvé seulement du gaz, et en quantités trop faibles pour justifier une exploitation commerciale. Considérée comme potentiellement très riche en hydrocarbures, la zone de la mer de Barents où la plateforme de forage a été installée a fait l’objet d’une longue dispute territoriale entre la Russie et la Norvège, à laquelle elle a finalement été rattachée en 2010. Statoil ne s’avoue pas vaincue : un deuxième puits sera foré non loin dès l’an prochain. En août, les autorités norvégiennes avaient saisi un navire de Greenpeace près de la plateforme de forage et arrêté les 35 activistes à bord. Ces derniers voulaient fixer un globe terrestre géant à une bouée, en guise de protestation contre les forages dans l’Arctique.

Barrer la porte aux antivaxx

L’Australie ne permettra pas à l’Américain Kent Heckenlively, champion mondial autoproclamé de la lutte contre les vaccins, de visiter le pays pour venir y donner une série de conférences, a affirmé le ministre de l’Immigration, Peter Dutton. Début juillet, le militant, qu’on pourrait qualifier de champion de la désinformation tant il ne recule devant rien pour faire valoir son point de vue, a déposé une pétition à la Maison-Blanche demandant un moratoire sur tous les vaccins destinés aux enfants, alors qu’au contraire c’est la diminution du nombre d’enfants vaccinés qui représente, de loin, le plus grand risque pour la santé publique. Heureusement, la pétition est loin d’avoir recueilli assez de signatures pour que les autorités américaines soient tenues d’y donner suite.

Comme plusieurs autres pays industrialisés, l’Australie a décidé d’adopter la ligne dure pour affronter la menace de la sous-vaccination. L’an dernier, l’État a notamment annoncé qu’il supprimerait certaines allocations familiales aux parents récalcitrants, ce qui a permis en six mois d’immuniser 5 700 nouveaux enfants et de mettre à jour les vaccins de 118 000 autres.