Faut-il avoir peur… du surdiagnostic du cancer ?
Santé et Science

Faut-il avoir peur… du surdiagnostic du cancer ?

Une foule de cancers sont sans gravité et gagneraient en fait à ne pas être détectés.

La plupart des cancers pourraient bien être inoffensifs, laisse entendre Barry Kramer, directeur de la prévention au National Cancer Institute des États-Unis, au vu des études de plus en plus nombreuses relatives au surdiagnostic engendré par les programmes de dépistage. Lors d’un récent congrès international sur la question, tenu à Québec, le spécialiste a comparé le cancer à un iceberg. Dans la partie émergée, les cas qui se manifestent par des symptômes et qui, si rien n’est fait, évolueront jusqu’au décès. Dans la partie cachée, que l’on connaît mal, une multitude de cancers asymptomatiques, qui progressent trop lentement pour causer la mort ou disparaissent d’eux-mêmes.

Depuis les années 1970, de nombreux programmes de dépistage des cancers du sein, du col de l’utérus, de la prostate et du poumon, notamment, ont été mis sur pied un peu partout dans le monde en se basant sur la prémisse qu’un cancer repéré tôt, avant même qu’il se manifeste, avait plus de chances d’être éliminé. Même si ces programmes ont sauvé des vies, ils ont aussi engendré beaucoup de surdiagnostics, exposant des milliers de gens à des interventions chirurgicales ou des chimiothérapies inutiles et parfois risquées. Plutôt que de repérer seulement des cancers de la pointe de l’iceberg, ils ont fait ressortir une partie de ceux de la partie immergée — et montré que celle-ci est plus importante que ce que l’on croit, souligne Barry Kramer.

Au Québec, selon le ministère de la Santé, 10 cancers sur les 77 repérés chez 1 000 femmes par le programme de dépistage par mammographie constituent du surdiagnostic. Mais dans d’autres pays, où on recommande plus de mammographies, les études montrent que près du tiers des cancers détectés n’auraient pas eu de conséquences. Et c’est encore pire pour le dépistage du cancer de la prostate, que le Collège des médecins du Québec ne conseille plus aux hommes en bonne santé depuis 2013, puisque 17 cancers sur les 18 repérés par tranche de 100 hommes par ce dépistage systémique correspondraient à du surdiagnostic !

Mais l’idée qu’un diagnostic trop hâtif puisse être nuisible est tellement contre-intuitive qu’elle a du mal à faire son chemin, note Barry Kramer. Dans un article publié dans la revue Nature, le spécialiste appelle les chercheurs et les autorités publiques qui les financent à consacrer plus d’efforts à mieux comprendre tous ces cancers inoffensifs.