La science arctique encore en péril ?
Santé et Science

La science arctique encore en péril ?

Un important laboratoire de recherche de l’extrême nord du pays, menacé de fermeture sous Stephen Harper, l’est de nouveau sous le gouvernement de Justin Trudeau.

En 2012, le Laboratoire de recherche atmosphérique en environnement polaire (PEARL), situé sur l’île d’Ellesmere, dans l’Arctique, avait failli fermer ses portes, victime des compressions du gouvernement Harper. Cinq ans plus tard, il est de nouveau en péril, du fait que le gouvernement Trudeau n’a pas renouvelé le programme Recherche sur les changements climatiques et l’atmosphère par lequel le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada finançait cette installation.

L’organisme Evidence for Democracy, qui milite pour une meilleure prise en compte de la science dans les décisions politiques, a lancé une pétition pour demander à la ministre des Sciences, Kirsty Duncan, de débloquer immédiatement 1,5 million de dollars pour PEARL.

Faute d’argent, PEARL devra cesser ses activités à la fin de cette année, alors que ce laboratoire, l’un des rares au monde situés à plus de 80 degrés de latitude nord, apporte des données cruciales sur le réchauffement climatique dans l’Extrême-Arctique canadien, où la hausse de température déjà observée est cinq fois plus importante que dans le sud du pays. PEARL a aussi l’avantage de se trouver en un lieu au-dessus duquel transitent un grand nombre de satellites d’observation de l’atmosphère, ce qui permet de valider leurs données en les confrontant aux mesures prises depuis le sol. Le laboratoire est exploité depuis 2005, à l’emplacement d’une station de mesure de la concentration d’ozone dans la stratosphère, que le gouvernement fédéral avait installée là en 1993 pour suivre les progrès dans le rétablissement de la couche d’ozone après la signature du Protocole de Montréal. PEARL permet toujours de surveiller l’ozone, qui se rétablit moins vite qu’anticipé.

Le gouvernement fédéral s’apprête en revanche à inaugurer la toute nouvelle Station canadienne de recherche dans l’Extrême-Arctique (SCREA) que Stephen Harper avait annoncée en 2007. Ce minicampus, construit au coût de 200 millions de dollars, va permettre d’accueillir des chercheurs tout près du village de Cambridge Bay (Iqaluktuuttiaq) pour y étudier à la fois les causes et les effets des changements climatiques dans l’Arctique, de même que les adaptations qui en découlent. Les scientifiques se pencheront notamment sur le développement d’énergies renouvelables pour le Nord et sur les effets de la fonte du pergélisol et des glaces sur les infrastructures de transport.

Mais, selon Evidence for Democracy, la SCREA ne pourra pas simplement remplacer PEARL. D’abord, sa programmation scientifique pour les cinq prochaines années ne vise pas à assurer le suivi des mesures réalisées à PEARL. Ensuite, la SCREA est située à 1 200 km au sud-ouest de PEARL, ce qui ne lui donne pas du tout le même point de vue sur les changements en cours dans l’atmosphère. Or, pour pouvoir bien suivre et comprendre les changements climatiques, les chercheurs doivent accumuler des données comparables entre elles sur de nombreuses années. Ils ont aussi besoin de saisir ce qui se passe aux plus hautes latitudes.

En plus de PEARL, le programme Recherche sur les changements climatiques et l’atmosphère, qui n’a pas été renouvelé, finançait cinq autres projets de recherche sur le climat qui se cherchent maintenant des fonds.

Dans son dernier budget, le gouvernement Trudeau a pourtant annoncé plusieurs mesures d’encouragement pour la recherche liées aux changements climatiques, notamment la création du Centre canadien des services climatiques, qui doit recevoir 73,5 millions de dollars sur cinq ans pour faciliter l’accès aux données climatiques et aider à la prise de décisions quant aux meilleures mesures d’adaptation à appliquer.

Mais il n’a pas réinvesti massivement dans la science, comme le lui conseillait le Comité consultatif sur l’examen du soutien fédéral à la science fondamentale dans son rapport remis ce printemps. Même si la ministre Duncan a annoncé que diverses recommandations du rapport Naylor seraient bientôt suivies, les scientifiques commencent sérieusement à s’impatienter et du manque de réinvestissement, et de la piètre coordination des programmes de financement.