Journée mondiale du cœur : prenez soin du vôtre !
Santé et Science

Journée mondiale du cœur : prenez soin du vôtre !

Combiner l’exercice régulier et l’alimentation saine, aussi banal que cela puisse paraître, est la pierre angulaire de la prévention cardiovasculaire, explique le Dr Alain Vadeboncœur.

Aujourd’hui, le 29 septembre, c’est la journée mondiale du cœur. Alors, prenez-en soin ! Ce qui est d’ailleurs beaucoup plus facile qu’on le pense : oubliez les tests compliqués et même les médecins. Prendre soin de son cœur a en fait peu de chose à voir avec la médecine et tout à voir avec la prévention, qui dépend essentiellement… de vous.

Prendre soin de votre vaillant cœur est en effet une excellente idée pour vivre mieux et plus longtemps. Parce que le cœur travaille fort : pour vous amener à 80 ans, il devra pomper environ 2 943 360 000 de fois consécutivement, sans s’interrompre plus de 5 secondes (perte de conscience quasi assurée) ni s’arrêter pour faire une pause de plus de 20 secondes (décès presque assuré).

Trois piliers de la prévention

D’abord, si vous fumez, je ne veux pas vous faire de peine, mais le tout premier geste à faire, c’est de trouver les moyens de cesser, quitte à passer à la cigarette électronique si rien d’autre ne fonctionne. Le tabac est en effet si néfaste pour le cœur qu’il contrecarre largement tout ce que vous pourriez faire de bien par ailleurs.

Au fait, demandez de l’aide au besoin ; les conseils d’un professionnel augmentent de beaucoup les chances de quitter cette habitude, qui touche encore 20 % des Québécois.

La cigarette électronique de mon fils, qui lui a permis d’arrêter de fumer voilà quelques années. À droite : liquide à saveur de biscuit aux fruits du dragon ! Les goûts ne se discutent pas, surtout avec son fils.

Outre l’arrêt du tabac, le geste de prévention le plus efficace contre les maladies de cœur et surtout l’infarctus, c’est l’exercice régulier. Toutes les données convergent et sont bétonnées : l’exercice régulier diminue le risque d’infarctus du myocarde (crise cardiaque) et d’arrêt cardiaque, améliore la capacité cardiovasculaire, prolonge la vie et améliore la qualité de vie.

Et nul besoin d’être un super athlète. Juste marcher un peu rapidement, 20 minutes trois fois par semaine, a déjà un effet important sur la santé en général et le cœur en particulier. Le plus important, c’est d’adopter une activité que l’on aime et que l’on fera vraiment, semaine après semaine, pour l’intégrer dans les habitudes de vie. Qu’elle devienne une habitude, en quelque sorte.

Mon kit de base de remise en forme cardiovasculaire.

Pour ce qui est de l’alimentation, les effets sont tout aussi importants. Plus on se rapproche d’un régime végétarien, meilleures sont les chances données au cœur, et moins vous ferez d’infarctus. Un régime végétarien strict n’est pas essentiel, puisque les poissons et fruits de mer sont également bons pour le cœur.

L’alimentation dite « méditerranéenne », par exemple, diminue sans équivoque le risque cardiaque et prolonge la vie. Manger beaucoup de légumes et de fruits est également efficace, tout comme éviter les produits transformés, les gras trans et les sucres concentrés. Éviter l’excès calorique est une tout aussi bonne idée.

Ma trousse de survie de bonne alimentation pour le cœur.

Des gains indirects

Une fois le tabac mis en côté, combiner l’exercice régulier et l’alimentation saine, aussi banal que cela puisse paraître, est la pierre angulaire de la prévention cardiovasculaire. C’est même plus efficace que tout ce que l’on peut proposer comme médicament et intervention, point à la ligne, sauf pour quelques problèmes très particuliers et rares.

C’est notamment parce que cette approche simple de prévention a aussi des effets bénéfiques sur l’apparition du diabète de type 2, l’hypertension, l’excès de poids, l’obésité abdominale, l’hypercholestérolémie et le stress, qui sont aussi des facteurs de risque pour la maladie coronarienne. Ils mènent au blocage des artères cardiaques et aux problèmes décrits plus haut, comme l’infarctus et ses conséquences, l’insuffisance cardiaque, l’arythmie, la perte de capacité fonctionnelle et le risque accru d’arrêt cardiaque.

Dans bien des cas, l’exercice régulier et l’alimentation saine permettent de faire régresser plusieurs de ces problèmes, et d’éloigner ainsi le spectre de la maladie cardiaque. C’est d’autant mieux de commencer tôt dans la vie, parce que les problèmes cardiaques, comme l’athérosclérose, qui mène à la maladie coronarienne, commencent très tôt leurs ravages. Mais ils ne se manifestent parfois qu’après quelques décennies, habituellement après 40 ans, alors que le problème est déjà bien avancé, sinon chronique, et qu’il est beaucoup plus difficile — même si ça demeure possible — d’en contrecarrer les effets.

Mon nécessaire de base de gymnase utilisable l’année durant sans frais.

Prévenir… même après la crise cardiaque !

La bonne nouvelle, surtout si on est concerné par ces « facteurs de risque », c’est qu’il n’est jamais trop tard pour prévenir, même si on a souffert d’un infarctus ou de ses conséquences, comme l’insuffisance cardiaque — un problème de la « pompe » cardiaque, qui peine à pousser suffisamment le sang et peut compromettre grandement la qualité et la durée de la vie.

Parce qu’en fait, ce sont justement les malades cardiaques déjà affectés qui bénéficient le plus, proportionnellement, des mesures de prévention. Cela pourrait vous surprendre, mais en réalité, ce n’est pas bien difficile à comprendre : être cardiaque constitue le plus grand facteur de risque pour… souffrir de nouveau d’un problème cardiaque. De sorte que l’effet relatif de la bonne alimentation et de l’exercice régulier est encore plus apparent pour diminuer les risques de récidive.

C’est la raison pour laquelle, par exemple, l’Institut de cardiologie de Montréal, où je travaille, s’est doté du plus vaste centre d’étude et de prévention cardiovasculaire au Canada, le Centre ÉPIC, dirigé par mon confrère le Dr Martin Juneau.

Le Dr Juneau entraîne les cardiaques et leur enseigne une alimentation saine ainsi que les autres principes de bonnes habitudes de vie, ce qui permet non seulement d’améliorer la capacité fonctionnelle, le sentiment de bien-être, la forme physique, mais également de diminuer radicalement le risque de récidive d’infarctus et les hospitalisations.

Le Centre est également ouvert au grand public. Je vous suggère d’ailleurs la lecture régulière des excellents textes de l’Observatoire de la prévention, produits par le Centre ÉPIC.

Mon kit de base de renforcement musculaire.

Le message doit être bien clair : si vous êtes cardiaque, la prévention est non seulement essentielle, elle est même encore beaucoup plus importante que si vous êtes en bonne santé. Cela, tous les patients qui participent à des programmes de réadaptation le savent, au point qu’ils ne s’en passeraient plus.

La controverse des statines

Quant à la prévention médicale, on pense surtout aux statines, médicaments donnés pour abaisser le « mauvais » cholestérol et diminuer le risque cardiaque. C’est un sujet plutôt controversé, mais au fond, qui n’a rien de sorcier.

Une personne ayant subi un infarctus devrait prendre une statine. Pourquoi ? Pour diminuer son risque de récidive. Dans ce groupe de patients, l’effet n’est pas discuté. La logique est plutôt simple : le risque individuel de souffrir d’un infarctus est bien plus élevé quand on en a déjà été victime. Et dans ce groupe à risque très élevé, la statine a un effet.

Un deuxième groupe échappe à la controverse : les personnes souffrant d’une anomalie génétique propulsant les taux de LDL très haut. Les statines sont alors tout aussi efficaces pour diminuer le risque d’infarctus.

La controverse se situe plutôt chez les personnes n’ayant jamais subi d’infarctus et ne souffrant pas d’une hypercholestérolémie familiale. Doivent-elles prendre une statine dans certains cas ? Peut-être. En fait, cela dépend de leur risque global. Si on trouve des blocages coronariens partiels (artères cardiaques) sérieux, l’indication est claire : cela va diminuer le risque d’infarctus.

La question se pose chez les autres, ceux qui n’ont ni blocages ni hypercholestérolémie grave et n’ont pas fait d’infarctus. Chez eux, l’approche habituelle est de calculer un risque global (basé justement sur les facteurs de risque) d’infarctus à long terme (disons 10 ans), et si on considère que ce risque est élevé, de proposer une statine pour l’abaisser.

En général, on s’accorde pour dire que les statines ont, dans cette situation, un certain effet pour abaisser le risque d’infarctus (d’environ 1 % en risque absolu), au prix d’effets secondaires — des douleurs musculaires surtout. L’effet sur la mortalité dans ce contexte est probable, mais de faible amplitude. Et dans l’ensemble, comme le risque d’infarctus n’est pas si élevé au départ, le gain n’est pas si grand.

Mais surtout — et c’est le plus important —, les gains offerts par la prévention liée aux habitudes de vie mentionnées plus haut, comme l’arrêt du tabagisme, l’exercice régulier et l’alimentation, sont bien plus grands que ceux offerts par les statines.

De sorte qu’il serait un peu absurde — ou plutôt illusoire — de fumer, de mal manger et de ne pas s’entraîner, mais de prendre une statine en pensant qu’on aide ainsi sa santé. L’effet bénéfique somme toute léger de la statine est alors largement contrecarré par les effets délétères liés aux mauvaises habitudes de vie.

Voilà à peu près ce qu’on peut dire de la fameuse « controverse » au sujet des statines. En clair, il y a des choses bien plus essentielles, même si les statines ont un effet plus important pour certains groupes de patients. Mais je le rappelle, pour les patients à risque, par exemple à la suite d’un infarctus, l’arrêt du tabac, l’exercice et une saine alimentation ont encore plus de répercussions que les statines.

Oubliez les bilans de santé

Enfin, quand je dis d’oublier les médecins, ce n’est pas une blague : si vous êtes en bonne santé, il est même démontré que les bilans de santé annuels ne diminuent pas la mortalité ni les complications liées aux maladies cardiovasculaires. En fait, les tests de dépistage des fameux bilans de santé, électrocardiogrammes et tapis roulants couramment réalisés dans les bilans VIP, n’ajoutent absolument rien aux mesures décrites ci-dessus.

Mon nécessaire de base (facultatif) d’entraînement au sous-sol, quand je suis trop frileux pour sortir (je sais, faut que je fasse mon ménage, ma blonde me l’a déjà dit).

Alors en cette journée mondiale du cœur, si vous voulez vraiment en prendre soin, c’est le temps de commencer à marcher tous les jours si vous ne le faites pas déjà, d’aller fureter sur le Web pour découvrir un peu ce qu’est le régime méditerranéen, de cesser de fumer et d’interdire le tabac dans la maison, plutôt que de penser trop à votre médecin ou de songer à vous payer un bilan annuel VIP de santé.

Non seulement ça vous coûtera bien moins cher, mais vous vous en porterez mieux… et plus longtemps !