Faut-il avoir peur… de manger trop gras ?
Santé et Science

Faut-il avoir peur… de manger trop gras ?

On devrait manger plus de gras, selon une étude fortement médiatisée, mais qui a été interprétée tout de travers.

Une importante étude internationale en nutrition a montré qu’on devrait manger plus de gras que ce que recommande actuellement l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La nouvelle a aussitôt été relayée partout : les nutritionnistes sont dans les patates, vive les frites !

Sauf que cette fameuse étude, baptisée PURE (pour Prospective Urban Rural Epidemiology), a été interprétée tout de travers. On l’a dite révolutionnaire, parce qu’elle a porté sur 135 335 personnes dans 18 pays. Or, ce genre d’étude épidémiologique prospective, même basée sur autant de monde, ne donne que des indices et non des réponses fermes : les chercheurs ont fait remplir des questionnaires sur leurs repas à toutes ces personnes, puis ont regardé après sept ans qui était mort ou qui avait eu des problèmes cardiovasculaires. Ce pourrait être le fruit du hasard ou d’autres facteurs n’ayant rien à voir avec l’alimentation.

Autre raison de ne pas se jeter tout de suite sur une portion de frites XL : les chercheurs en ont conclu que la mortalité n’était pas supérieure avec un régime contenant jusqu’à 35 % des calories sous forme de matière grasse… ce qui n’est guère différent de la recommandation actuelle, qui est de 30 %. Pas question de manger plus ! De toute façon, après des décennies de recherche, les scientifiques croient de moins en moins que le taux de tel ou tel nutriment, que ce soit du gras ou du sucre, est déterminant. La définition de l’OMS de ce qu’est une saine alimentation comprend d’ailleurs bien d’autres éléments — notamment que la quantité de calories absorbée doit être proportionnelle à la quantité dépensée. Cela semble évident, mais ce n’est pas le cas pour les milliards de gens qui mangent trop ou trop peu dans le monde.

L’étude PURE avait un unique objectif : corriger le fait que les études nutritionnelles sur lesquelles se base actuellement l’OMS ont surtout été réalisées en Amérique du Nord et en Europe, alors qu’elles sont censées guider le monde entier. Les chercheurs ont donc inclus dans leur étude des pays comme le Soudan, l’Inde, la Colombie ou l’Iran. Ils en ont déduit qu’on devrait peut-être changer la recommandation de l’OMS sur la proportion de gras à inclure dans notre alimentation. Les médias en ont fait leurs choux gras, mais pour vous et moi, cela ne change strictement rien.