Bien vivre après un arrêt cardiaque
Santé et Science

Bien vivre après un arrêt cardiaque

Beaucoup de gens n’osent pas imaginer ce que pourrait être leur vie après un arrêt cardiaque. Et si les nouvelles étaient meilleures qu’on le pense ? Alain Vadeboncœur nous éclaire.

Survivre à un arrêt cardiaque ? C’est possible, même si la majorité des patients ne sortiront pas vivants de cette catastrophe biologique.

Bien vivre après un tel drame ? Absolument. Parce que les survivants retrouvent habituellement leur autonomie, surtout s’ils ont moins de 80 ans.

Le Dr Éric Mercier, urgentologue au CHU de Québec

Voilà quelques-unes des intéressantes conclusions émises par le Dr Éric Mercier, urgentologue au CHU de Québec, lors du récent 34e congrès de l’Association des médecins d’urgence du Québec, auquel j’ai participé. Dans sa conférence intitulée « Approche actualisée face à l’arrêt cardiaque », il dressait en effet un panorama réaliste, et plutôt positif, de cette question aussi complexe que délicate de la vie après l’arrêt cardiaque, dont voici un bref tour d’horizon.

Un taux de survie limité

Il faut commencer par la dure réalité : une minorité de patients survivent à l’arrêt cardiaque, ce qui signifie sortir de l’hôpital. Il est vrai qu’initialement jusqu’à 30 % des patients ont un « retour du pouls » à la suite d’un tel arrêt des signes vitaux. Mais seulement 10 % quitteront ensuite l’hôpital en vie.

Cela paraît peu, un patient sur 10, mais il est bien difficile d’obtenir des taux de survie plus élevés. C’est que l’arrêt cardiaque est une situation clinique extrême où chaque minute compte. Et la plupart du temps, les soins n’arrivent pas à renverser le cours des événements : le cœur est trop atteint pour espérer un retour de pouls soutenu, ou bien une atteinte irréversible au cerveau empêche l’éveil, même si le cœur tient bon.

Par contre, après le congé de l’hôpital, le pronostic vital demeure étonnamment bon. On parle alors d’une survie :

  • d’un an pour 92 %
  • de cinq ans pour 81 %
  • de 10 ans pour 70 %
  • de 15 ans pour 62 %

Autrement dit, après avoir survécu à un arrêt cardiaque, le pronostic à long terme est presque similaire à celui d’une population comparable, du même âge, mais n’ayant pas subi d’arrêt cardiaque. Et ces chiffres s’améliorent avec les années, preuve que la science de la réanimation évolue favorablement.

Bien vivre, vraiment ?

Mais survivre n’est pas tout : il faut également conserver une certaine qualité de vie, notamment en maintenant son autonomie, ce qui compte autant, sinon plus, pour bien des gens.

Justement, autre assez bonne nouvelle, les données communiquées par le Dr Mercier sont plutôt encourageantes de ce point de vue. Par exemple, sur une échelle de 0 à 8, allant du décès (0) à un « état végétatif » (1) jusqu’à la « récupération complète » (8), environ 75 % des patients se retrouvent dans les trois catégories supérieures. De manière plus précise :

  • 66 % n’ont aucun problème de mobilité
  • 88 % peuvent s’occuper d’eux-mêmes
  • 68 % renouent avec leur niveau d’activité antérieur

Comme on peut s’y attendre, l’âge influence beaucoup cette capacité de récupération après un arrêt cardiaque. Plus l’âge est avancé, moins bonnes sont les chances de s’en sortir tout en demeurant autonome, comme on pouvait s’y attendre.

Ainsi, près de 75 % des survivants âgés de 65 à 79 ans se retrouveront à la maison sans aide, contre seulement 40 % des plus de 80 ans. Si on peut donc prédire un maintien probable de l’autonomie pour les moins de 80 ans, au-delà de cet âge, la situation sera bien plus difficile et la majorité des victimes perdront leur autonomie.

Vieillard à grande barbe, de Rembrandt (1630)

Pour les ainés qui habitent en résidence de soins prolongés, la survie est par contre quasi nulle après un arrêt cardiaque, mais les quelques survivants présenteront des déficits résiduels graves. Les manœuvres de réanimation parfois entreprises pour ces personnes fragilisées conduisent donc généralement à une situation irréversible, ce qui engendre des souffrances supplémentaires, mais sans espoir réel d’en réchapper.

De quoi nourrir la réflexion et tempérer les attentes irréalistes pour ces personnes âgées. Le plus important, c’est d’aborder les objectifs de soins souhaités par la personne elle-même, ce qu’il vaut mieux clarifier avant l’arrêt cardiaque qu’après, avec la famille. L’équipe médicale doit pour sa part offrir des soins proportionnels à l’état de base du patient, surtout pour éviter d’engager des manœuvres thérapeutiques complexes lorsque l’espoir est minimal.

Prévoir le pronostic

Si on peut largement prévoir le pronostic potentiel des patients avant même l’arrêt cardiaque, d’autres facteurs circonstanciels permettent de prévoir le cours des choses avec encore plus de précision.

Du côté des facteurs favorables, on note la présence de certaines graves arythmies (qui permettent de donner un choc salvateur au patient), des manœuvres de réanimation (RCR) entreprises par les témoins de l’arrêt cardiaque et un âge inférieur à 80-85 ans.

Qu’une « grave arythmie » conduise à une meilleure survie, cela peut sembler paradoxal. Mais c’est que ces arythmies, causes fréquentes de mort subite, sont traitables par choc électrique externe (défibrillation). Le cœur retrouve alors son rythme habituel, et s’il est assez solide pour le maintenir, les chances sont bonnes de ce côté, pourvu que le cerveau n’ait pas trop souffert.

Si le patient ne présente pas une telle « arythmie choquable », c’est plutôt mauvais signe, parce que le cœur est alors en état de défaillance avancée ou que l’origine de l’arrêt cardiaque vient d’une autre cause, comme la rupture d’anévrisme cérébral, une hémorragie interne, un traumatisme, un choc septique ou une embolie pulmonaire — des situations cliniques bien plus difficiles à surmonter qu’une arythmie.

Un autre facteur pronostic majeur est l’amorce précoce du massage cardiaque (RCR) par des témoins directs, ce qui permet de faire circuler le sang et l’oxygène jusqu’au choc électrique salvateur et permet dès lors de maintenir le cerveau dans un état potentiellement viable. Sans de telles manœuvres, il est généralement trop tard à l’arrivée des ambulanciers.

Enfin, comme on le devine, l’âge est un autre facteur pronostic : survivre à un arrêt cardiaque suppose de se rendre jusqu’au bout de ses réserves physiologiques, qui sont bien plus limitées chez les personnes de plus de 80-85 ans.

Après la survie initiale

Si le patient survit à la phase préhospitalière (soins et transport jusqu’aux urgences) et se retrouve ensuite dans une unité de soins intensifs, d’autres facteurs pronostics sont ensuite établis, grâce à des prises de sang, à l’imagerie médicale (tomodensitométrie et résonance magnétique) et aux mesures de l’activité cérébrale, qui permettront d’évaluer dans les deux ou trois premiers jours les chances de survie jusqu’à la sortie de l’hôpital. Dans bien des cas, c’est l’atteinte irréversible du cerveau qui déterminera la possibilité d’un retour à la conscience.

Alors, même si l’espoir de survie après un arrêt cardiaque demeure faible et qu’il faut être réaliste, un patient qui passe au travers de cette épreuve terrible a tout de même de bonnes chances de retrouver une vie autonome. Voilà une bonne nouvelle pour le patient comme pour ses proches. Et de bonnes raisons pour continuer à améliorer les soins de réanimation, apprendre le RCR et connaître les mesures d’urgence à prendre.

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Merci au Dr Éric Mercier, qui a révisé ce texte avant publication, pour ses suggestions.