Le vaccin contre la grippe, ça marche ou pas ?
Santé et Science

Le vaccin contre la grippe, ça marche ou pas ?

Vous hésitez toujours à vous faire vacciner contre la grippe? Alain Vadeboncoeur nous éclaire sur le vaccin, ses avantages et ses risques. 

Les questions qui me sont le plus souvent posées à l’automne concernent l’efficacité du vaccin pour la grippe. Est-ce que ça marche ou pas ? Est-ce que ça vaut la peine ? Est-ce que c’est risqué ?

Tout un lot d’interrogations pertinentes, pour lesquelles des réponses existent, fort heureusement. Bien qu’on doive préciser ce qu’on veut dire quand on parle de risques et d’efficacité.

Ces questions surgissent à l’annonce de la campagne annuelle de vaccination contre la grippe, qui vient de débuter, et quand la grippe frappe, souvent en décembre ou en janvier de chaque année. Les conseils paraissent alors dans les grands quotidiens, suivis des charges habituelles contre les vaccins, puis cela tourbillonne sur les réseaux sociaux jusqu’au printemps… et que la grippe soit à nouveau derrière.

Il est vrai que l’efficacité du vaccin contre la grippe est variable. Il est habituellement moins efficace que d’autres vaccins, comme celui de la rougeole. D’autre part, plein de rumeurs courent quant à sa toxicité supposée, alors qu’on soupçonne parfois les pharmaceutiques de se remplir les poches en abusant de la crédulité des gens.

Un faux débat

Commençons par la vaccination en général. Les « débats » sur la question roulent depuis toujours, avec ses farouches opposants, qui tiennent sur le sujet un discours diamétralement opposé à celui de la santé publique et de la science. On finit presque par penser que c’est un vrai « débat », comme on peut discuter, disons, de l’arrivée des Expos au centre-ville de Montréal ou bien du troisième lien vers la Rive-Sud à Québec.

Or, il n’y a pas vraiment de doute scientifique sur la question – si on en « croit » la science, du moins. Prenons les points un par un, en commençant par le plus fondamental : la preuve sur la vaccination est solide, convaincante, bien établie et ne soulève à peu près aucun doute, peu importe les sources consultées. Les vaccins sont en effet généralement efficaces, à peu près exempts de toxicité, et leurs liens présumés avec l’autisme et la maladie d’Alzheimer ont été réfutés.

Il n’existe donc pas de débat scientifique « pour ou contre les vaccins ? ». Parce qu’il s’agit d’une des approches préventives les mieux étudiées, les plus économiques et les moins risquées de l’histoire de la médecine. Et à ceux qui parmi vous n’y « croient » pas, je vous réfère aux multiples études de haute qualité et aux consensus scientifiques.

Mais si aucun vaccin recommandé n’expose les vaccinés à des risques significatifs, ça ne veut pas dire que tous les vaccins s’équivalent, qu’ils sont tous aussi efficaces ou qu’ils préviennent de manière similaire. Tout dépend du vaccin et de la maladie qu’il vise à contrer. Une poliomyélite, c’est passablement plus grave qu’une rougeole, et elle-même plus que la grippe, n’est-ce pas ?

Quoique la grippe tue actuellement plus de gens chez nous que la rougeole ou la poliomyélite, deux maladies à peu près éliminées de nos contrées justement… grâce aux vaccins. Dans le monde, la rougeole tue encore régulièrement, mais de moins en moins : 89 780 décès ont ainsi été recensés en 2016, alors que le taux de vaccination des enfants atteint maintenant les 85%. Cette mortalité est donc en baisse rapide, l’OMS estimant que plus de 20 millions de décès ont été évités grâce aux campagnes de vaccination massives élaborées depuis 2000, alors que le taux de vaccination des enfants n’était que de 72%.

Le cas du vaccin contre la grippe

Le vaccin contre la grippe est dans une catégorie à part, puisque son efficacité demeure assez changeante selon les années, surtout en raison de la variabilité des virus et de la difficulté de prévoir le prochain. Il faut savoir que le développement des vaccins nécessite des mois de travail. Il est donc trop tard pour changer de cap à l’automne.

Les vaccins contiennent des protéines injectées dans le corps humain afin de préparer la riposte du système immunitaire lorsque le vrai virus nous attaquera. Mais on peut tirer plus ou moins à côté de la cible.

Alors qu’on parle souvent d’efficacité à plus de 90 % pour bien des vaccins, pour le vaccin contre la grippe, les chiffres varient plutôt entre 40 % et 60 %, selon les années. De manière générale, les vaccins contre les souches de type H1N1 sont plus efficaces que celles contre les souches H3N2.

Voilà ce qui fait tiquer bien des gens, qui ont l’impression de se faire administrer un vaccin peu efficace, et donc potentiellement inutile, qui ne reçoit même pas la note de passage du bulletin. Des recherches sont d’ailleurs en cours pour développer un vaccin plus universel et de plus longue durée, visant des protéines plus stables d’une souche à l’autre, mais ce n’est pas encore au point.

Mesurer l’efficacité

Disons par hypothèse que 10 % de la population sera affectée par la grippe durant une bonne saison. Alors quel sera l’effet d’un vaccin relativement «peu efficace» à 40 % dans cette population? Je sais : 40 % moins de grippe. Mais ça veut dire quoi ?

J’ai déjà montré ailleurs la difficulté pour les gens de saisir intuitivement les pourcentages souvent utilisés pour présenter des résultats. Or, il existe des façons de les présenter pour faciliter la compréhension, notamment la notion « NNT », soit le Nombre Nécessaire à Traiter (traduction de l’anglais : Number Needed to Treat), que je vais maintenant aborder.

Ce « NNT » exprime en fait le nombre de traitements à effectuer pour éviter un événement clinique. Ce peut être par exemple le nombre de personnes vaccinées conte la grippe. Un NNT de 10 signifierait qu’on doit vacciner 10 personnes pour éviter une grippe.

L’événement clinique évité peut être défini de plusieurs manières. Par exemple, le nombre de cas de grippe ou encore le nombre d’hospitalisations suite à des complications, voire même le nombre de décès liés. L’important est de mesurer un événement clair: combien de vaccinés pour prévenir une grippe, une hospitalisation ou un décès.

Des impacts favorables

Quel est donc la valeur « NNT » de la vaccination contre la grippe ? Autrement dit, combien faut-il vacciner de personnes pour éviter, par exemple, un cas de grippe, en prenant comme hypothèse un vaccin moyen ayant une efficacité de 40 %?

Ce 40 % signifie que dans un groupe de 100 personnes où 10 personnes attraperaient la grippe, on réussirait avec le vaccin à éviter 40 % de ces cas, soit 4 cas. Dans cette exemple, vacciner 100 personnes permet donc d’éviter 4 cas de grippes sur 10.

C’est là qu’on peut calculer le NNT : si vacciner 100 personnes permet d’éviter 4 grippes, en vacciner 25 permet d’éviter une grippe. Le NNT, c’est donc ce chiffre de 25.

Pour un vaccin efficace à 60 % (les bonnes saisons), on sauve plutôt 6 cas de grippe sur les 10 initialement attendus dans ce groupe. Quel serait alors le NNT ? Environ 17, puisqu’il faut vacciner 17 personnes pour éviter un cas de grippe. Autrement dit, si on vaccine une classe d’élèves au complet, on évite environ deux grippes pour une trentaine d’élèves.

Qui doit être vacciné en priorité ?

Est-ce que ça vaut la peine? Si le risque de souffrir de graves complications de la grippe ou encore d’être hospitalisé demeure toutefois faible, il ne faut pas non plus le sous-estimer : aux États-Unis, la mortalité des patients hospitalisés pour une grippe est tout de même de 8 à 9 %.

Ce risque concerne surtout les personnes plus malades ou avec peu de défenses immunitaires, qui sont à d’ailleurs ciblées par le programme de vaccination gratuite contre la grippe du MSSS. On retrouve dans ce programme :

  • les enfants de 6 à 23 mois;
  • les personnes atteintes de certaines maladies chroniques;
  • les femmes enceintes atteintes de certaines maladies chroniques, durant toute leur grossesse;
  • les femmes enceintes en bonne santé, durant les 2e et 3e trimestres de leur grossesse;
  • les personnes âgées de 60 ans et plus.

Pour diminuer les risques de contagion, le vaccin est également offert gratuitement aux :

  • proches des personnes mentionnées ci-haut, y compris les personnes qui en prennent soin;
  • proches des enfants de moins de 6 mois;
  • travailleurs de la santé.

Selon les données américaines, entre 3 % et 19 % des gens sont affectés par la grippe chaque année, ce qui fait tout de même beaucoup de grippes sauvées lorsque la couverture vaccinale est adéquate. Il faut aussi compter sur l’effet « parapluie » : plus les gens sont vaccinés, moins le virus se répand facilement, n’ayant pas de terrain de jeu où s’épanouir.

Un vaccin sécuritaire

Le vaccin contre la grippe est par ailleurs sécuritaire et ne peut transmettre aucune maladie. Bien entendu, comme pour tout traitement, on retrouve des effets secondaires, et même un risque (minime) de complications.

Afin d’en calculer l’ampleur, on peut utiliser, non pas le NNT, mais bien le NNN, soit le « nombre nécessaire pour nuire » (traduction de l’anglais NNH, « number needed to harm »): ce nombre correspond au nombre de personnes qui reçoivent le vaccin pour qu’un observe une complication ou un effet secondaire.

Comme les douleurs localisées au site de vaccination affectent plus d’un vacciné sur deux, il suffit d’en vacciner 1 ou 2 (NNN) pour constater cet effet secondaire. La fièvre après le vaccin affecte pour sa part moins de 10 % des patients vaccinés; il faut donc habituellement en vacciner une dizaine pour le rencontrer. Et ainsi de suite, tel que bien présenté sur le site de la santé publique (les NNN sont calculés par moi):

  • NNN de 1 à 2 vaccinés: pour retrouver un cas de douleur à l’endroit où l’injection a été faite.
  • NNN > 2 vaccinés: pour retrouver une rougeur, un gonflement à l’endroit où l’injection a été faite; des douleur musculaire, des douleur aux jointures, un mal de tête, de la fatigue; une perte d’appétit, de la somnolence (difficulté à rester éveillé) ou de l’irritabilité.
  • NNN > 10 vaccinés: pour constater un bleu ou des démangeaisons à l’endroit où l’injection a été faite; de la fièvre, des frissons et des malaises, particulièrement chez les personnes vaccinées pour la 1re fois contre la grippe; des nausées, des vomissements, des diarrhées, des maux de ventre, des yeux rouges, une mal de gorge, une toux ou de la difficulté à respirer
  • NNN > 100 vaccinés: pour observer un cas d’enflure du visage, de rougeurs sur la peau, d’étourdissements ou d’enflure des ganglions
  • NNN > 1000 vaccinés: pour constater (rarement) un cas de convulsions, des engourdissements ou de la névralgie (douleur sur le trajet d’un nerf)

Enfin, le syndrome de Guillain-Barré, un trouble neurologique provoquant une paralysie habituellement réversible, est un peu plus fréquemment diagnostiqué chez les vaccinés, mais le lien avec le vaccin n’est pas prouvé et le problème demeure exceptionnel (NNN > 1 000 000). Et en réalité, il est bien plus risqué d’être affecté par un Guillain-Barré suite à une grippe que suite au vaccin.

Se faire vacciner ou pas ?

Quand une approche de soins s’avère aussi sécuritaire (NNN > 1000 pour les complications plus graves) qu’assez efficace (NNT raisonnable entre 17 et 25), il s’agit d’une prévention recommandable, permettant de diminuer la transmission de la grippe et ses complications, parfois graves chez les personnes à risque.

Voilà pourquoi je me fais vacciner contre la grippe depuis longtemps, sans jamais avoir encouru le moindre effet secondaire, sauf un peu de douleur locale (NNN 1-2). C’est peut-être aussi une des raisons qui expliquent que je n’ai jamais encore attrapé la grippe.