GES: le grand défi de Valérie Plante
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GES: le grand défi de Valérie Plante

Si Montréal veut atteindre ses cibles de réduction des gaz à effet de serre, la nouvelle mairesse doit rapidement donner un coup de barre.

Pendant que Montréal accueille sa nouvelle mairesse, les Nations Unies tiennent du 6 au 17 novembre leur 23e conférence annuelle sur le climat, la COP23, à Bonn, en Allemagne. Deux ans après la signature de l’Accord de Paris, les chances d’atteindre les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui permettraient de limiter le réchauffement planétaire à 2 degrés ou moins, semblent de plus en plus minces, car il y a un monde entre les objectifs et les réalisations. Les progrès sont bien réels, mais beaucoup trop lents, comme le montre le dernier bilan de l’Organisation météorologique mondiale.

On sait aujourd’hui que même s’ils ne pourront à eux seuls résoudre la crise climatique, les maires des grandes villes du monde sont les mieux placés pour agir, car ils peuvent poser des gestes concrets susceptibles d’avoir de grands effets rapidement. L’avenir de la planète est en bonne partie entre les mains des trois grandes organisations mondiales de gouvernements locaux que sont le C40,  le Conseil international pour les initiatives écologiques locales (ICLEI) et Cités et Gouvernements locaux unis (CGLU).

L’action des villes est particulièrement déterminante dans six domaines :

– la gestion de la circulation automobile;

– l’efficacité énergétique des bâtiments;

– l’élimination des déchets par des centrales dont on récupère l’énergie,

– l’efficacité de la gestion de l’eau (en limitant le gaspillage par des réseaux de distribution défaillants);

– l’éclairage écoénergétique des rues;

– le recours aux espaces naturels et au verdissement pour limiter les risques d’inondations, abaisser la température dans les ilots de chaleur et absorber le gaz carbonique.

Montréal est membre de ces regroupements. Elle accueillera d’ailleurs en juin prochain le congrès mondial de l’ICLEI. La métropole s’est engagée, en 2005, à diminuer ses émissions de GES de 30% en 2020 par rapport au niveau de 1990. Puis, en 2015, Denis Coderre a signé la Déclaration de l’Hôtel de Ville de Paris avec les autres membres du CGLU, engageant Montréal à diminuer de 80% ses émissions d’ici 2050.

Le dernier inventaire des émissions de gaz à effet de serre de la collectivité montréalaise montre qu’il reste du chemin à parcourir. En 2013, les émissions avaient diminué de 25% par rapport au niveau de 1990. Le gros des gains provient de l’abandon du mazout au profit du gaz naturel pour le chauffage des bâtiments résidentiels, institutionnels et commerciaux, ainsi que d’une diminution des émissions industrielles, principalement attribuables à la fermeture d’une raffinerie. Les gains les plus significatifs ont été réalisés dans la gestion des déchets, avec la fin de l’enfouissement et le captage du biogaz du Complexe environnemental Saint-Michel.

Mais la principale source d’émissions de GES a continué d’augmenter. Alors qu’en 1990 le transport par route comptait à lui seul pour 20,8% des émissions de GES de Montréal, il représentait 32% des émissions globales en 2013. Entre 1990 et 2013, les émissions du transport routier ont augmenté de 16% dans la métropole. La dernière édition de l’Enquête origine-destination avait aussi confirmé la croissance du nombre de déplacements en voiture entre 2008 et 2013 à Montréal (+12%) et dans toute la région métropolitaine (+15%). Si cette tendance se maintient, Montréal n’a aucune chance d’atteindre ses cibles.

Pour redresser la barre, Valérie Plante va devoir passer à la vitesse supérieure. Le programme de Projet Montréal comprend de nombreuses mesures qui vont dans le sens préconisé par les alliances des villes pour diminuer efficacement les émissions de GES. Il va falloir concrétiser rapidement ces promesses.

Son programme n’aborde pas spécifiquement, en revanche, une mesure clé que de bien des villes du monde ont pourtant mise à profit : la tarification accrue pour les automobilistes, qui les incite à se tourner vers des modes de transport alternatifs. Si les habitants de Stockholm ou de San Francisco sont aussi nombreux à opter pour les transports en commun, ce n’est pas juste parce que l’offre est suffisante. C’est aussi parce que s’y déplacer en voiture coûte les yeux de la tête!

En 2015, la Commission de l’écofiscalité du Canada, un regroupement d’experts en politiques fiscales, recommandait aux principales villes du Canada de mettre sur pied des projets pilotes pour lutter contre la congestion à l’aide d’incitatifs économiques décourageant le recours à l’automobile.  Les chercheurs s’étaient penchés sur les cas de Vancouver, Calgary, Toronto et Montréal, et avaient conseillé à chacune de mettre sur pied des projets pilotes pour tester cette approche, à l’instar d’autres métropoles du monde.

À Montréal, la Commission avait recommandé de tarifer l’ensemble des ponts, non pas à l’aide de péages traditionnels, mais en tirant partie de toute la flexibilité qu’offre les systèmes modernes de paiement par transpondeur. Le maire Coderre avait balayé cette proposition du revers de la main.

Ce genre de mesure est évidemment très impopulaire. Malheureusement, elle risque d’être nécessaire pour que Montréal atteigne ses cibles de réduction des GES dans les temps impartis, et Mme Plante devrait profiter de sa popularité pour agir rapidement. La tarification de l’entrée dans Montréal aurait un autre avantage, celui d’influencer l’usage de l’automobile dans toute la région et donc, par ricochet, les émissions de GES globales du Québec.

Car au niveau provincial, on est encore beaucoup plus loin des cibles. De 1990 à 2014, les émissions de GES n’ont diminué que de 8% à l’échelle du Québec, alors qu’on vise 20% de réduction d’ici 2020 et 37,5% d’ici 2030. Le Canada dans son ensemble est encore plus loin du compte avec des émissions qui continuent de croître, même s’il s’active à Bonn.

Même si les métropoles sont aux avant-postes des actions en faveur du climat, le gouvernement du Québec aurait cependant tort de voir dans l’élection de Valérie Plante la baguette magique qui lui permettra d’améliorer son bilan carbone sans trop forcer. Alors que 22% de la population du Québec vit à Montréal, la métropole ne compte plus que pour 13,5% des émissions de GES de la province. Le gros du problème est ailleurs, surtout en périphérie de Montréal, où la plupart des villes n’ont pas adopté de cibles de réduction des émissions de GES. C’est là que Québec doit faire la différence.