Faut-il avoir peur… de la reconnaissance faciale ?
Santé et Science

Faut-il avoir peur… de la reconnaissance faciale ?

Les entreprises et les autorités publiques recourent de plus en plus à cette technologie. Ses avantages sont-ils à la hauteur des risques qu’elle comporte ?

En utilisant le système de reconnaissance faciale Face ID pour verrouiller votre téléphone, vous avez seulement une chance sur un million qu’une autre personne puisse le débloquer, garantit Apple aux acheteurs de son dernier iPhone. En Chine, l’application du géant du commerce Alibaba, qui intègre un système similaire, permet depuis peu de payer dans des restaurants d’un simple sourire à une machine.

De nouveaux algorithmes ont rendu la reconnaissance faciale, une technique de biométrie, plus puissante et facile à intégrer dans de multiples dispositifs. Mais est-ce prudent de laisser des entreprises s’emparer des moindres détails de votre visage ? Celui-ci révèle bien plus les émotions qu’une photo figée. Voilà une information en or pour les professionnels du marketing curieux de savoir ce que vous pensez vraiment d’une publicité ou d’un produit. Combinée aux autres données personnelles, la reconnaissance faciale permettra, si elle se généralise, un profilage encore plus ciblé.

Les autorités publiques, elles aussi, recourent de plus en plus à cette technologie. Des douanes commencent à l’utiliser pour comparer automatiquement les visages aux photos des passeports. Les logiciels les plus avancés permettraient de repérer un visage dans une foule, même s’il est partiellement masqué.

Contrairement à la prise d’empreintes digitales, la reconnaissance faciale ne nécessite aucune intervention de la personne à identifier. Elle pourrait donc permettre de recueillir des données personnelles à votre insu, données d’autant plus compromettantes qu’elles ne sont pas modifiables. Bien qu’on la croie fiable, cette technologie n’est pas à l’abri des erreurs : un air de famille avec un terroriste vous vaudra-t-il d’être fiché — à vie — par des États ?

La reconnaissance faciale fait aussi revivre le mythe selon lequel les traits du visage sont associés à la personnalité et aux mœurs : déjà, une entreprise israélienne prétend pouvoir s’en servir pour repérer des terroristes, et des chercheurs américains y voient une manière inquiétante d’identifier des gens comme étant homosexuels. Même si l’on sait que l’orientation sexuelle n’est pas écrite sur le visage ! Alors qu’on les pense impartiaux, les algorithmes, teintés par les préjugés de leurs concepteurs, encourageront ainsi le « délit de sale gueule » dont sont déjà victimes certaines personnes.