Et le virus gagnant est…
Santé et Science

Et le virus gagnant est…

Chaque semaine, Alain Vadeboncoeur reçoit la liste des virus détectés par le laboratoire de santé publique. Et pour l’instant, la grippe n’est pas le plus fréquent.

Ben non, ce n’est pas la grippe. Pas encore, du moins. Même si elle rôde pas loin, comme il se doit en cette période de l’année, et qu’elle devrait éclore, malheureusement, d’ici quelques semaines.

Non, le gagnant, pour le moment, c’est le mal connu virus respiratoire syncytial (VRS). Un virus très désagréable. Si quelqu’un me dit qu’il tousse depuis trois semaines et se plaint de souffrir d’une grippe, j’ai tendance à ne pas le croire. Bien que la grippe rend très malade, elle ne fait généralement pas tousser pendant trois semaines.

Le VRS est bien plus souvent responsable de cette « bronchite » prolongée, qui peut affecter les très jeunes enfants plus dangereusement, causant ce qu’on appelle alors une bronchiolite, sorte de crise d’asthme sans asthme. Il peut même parfois causer des pneumonies, virales et non bactériennes, mais tout de même.

Radiographie d’un jeune enfant souffrant d’une infection au VRS. Les images branches plus ou moins floconeuses vers le haut des poumons (en noir) sont anormales. Source: Open-I.

Je rappelle tout de même la différence entre virus et bactéries. La bactérie est un être vivant, formé d’une seule cellule, causant dans certains cas des infections plus ou moins graves, comme la méningite du méningocoque, la pneumonie du pneumocoque, la cystite du E. Coli, le cellulite du staphylocoque, et j’en passe. En général, le traitement requiert un antibiotique.

Pour ce qui est des virus, ils ne possèdent pas toutes les caractéristiques de la vie, en ce sens qu’ils ne peuvent survivre et se multiplier sans utiliser les fonctions vitales des cellules qu’ils infectent. Il en existe une multitude, bien que dans la plupart des cas, notre système immunitaire est capable d’en venir à bout. Si les antibiotiques demeurent sans effets, on prescrit parfois des antiviraux pour certaines infections plus graves.

La liste des virus

Chaque semaine, je reçois la liste des virus détectés par le laboratoire de santé publique, qui surveillent continuellement les éclosions virales, notamment l’arrivée toujours un peu redoutée de la grippe. C’est l’un des nombreux mécanismes de surveillance des maladies infectieuses qui permettent de mieux planifier la réponse aux menaces posées par les microbes.

Voici donc la plus récente liste, reçue voilà quelques jours, et qui comprend un certain nombre de nos amis les virus, que nous apprécions tellement:

Liste des virus actifs reçue le 22 novembre 2017.

Ces résultats correspondent à un certain nombre d’analyses effectuées chez les patients les plus malades, souvent dans les urgences ou les hôpitaux, et non à l’ensemble des virus en circulation. On devrait sans doute la présenter comme la liste des virus affectant davantage les patients les plus malades.

Mais laissez-moi vous présenter ceux qui rendent la vie plutôt misérable à plusieurs d’entre nous. Comme on le voit, ces jours-ci, le virus dominant, c’est bien le VRS. Vous pourrez en lire davantage sur cet ami de nos bronches en lisant ce texte que j’avais écrit voilà quelque temps sur lui. Il explique sans doute bien des toux prolongées qu’on peut entendre partout depuis quelques semaines.

L’influenza…. et les autres

Au second rang, on retrouve donc le virus de l’influenza A, la bonne vieille grippe annuelle, d’ailleurs en croissance depuis deux ou trois semaines. Bien que son apparition soit toujours sporadique au Québec, cette ascension devrait annoncer le début de la saison de grippe sous peu, peut-être même avant Noël. Bon, comme je vous ai parlé souvent de la grippe et du vaccin, je n’y reviendrai pas de nouveau.

Au troisième rang, voilà qu’on retrouve un adénovirus, vaste famille de virus causant différentes variétés de rhumes plus ou moins sévères, rien de comparable à la grippe ni d’aussi prolongé que l’infection au VRS. Tout de même une source de bien des embêtements, surtout pour un virophobe de mon genre, ce dont je ne suis pas très fier, mais qu’y puis-je.

Par contre, il faut savoir que ces adénovirus peuvent aussi causer des conjonctivites et des gastro-entérites. Ils sont passablement contagieux, mais dans bien des cas, leurs infections passent presque inaperçues.

Cellules infectées par un adénovirus (à gauche), reconnues grâce à un colorant vert. À droite, l’image normale. Source: Open-I.

Vient ensuite l’influenza B, cousin du A, qui peut aussi donner des épidémies de grippe, mais demeure généralement en retrait de la déferlante de son cousin. Par contre, il donne parfois des pics tardifs de grippe au printemps, qui peuvent être tout aussi dommageables que ceux de la grippe A.

Des virus plus rares

Comme vous voyez, on retrouve ensuite les métapneumovirus humains. Comme leur nom l’indique, voilà une autre variété de virus respiratoires, de découverte récente en 2001. Ses effets ressemblent à ceux du VRS, sinon qu’il est plus discret, comme on le voit dans les chiffres de la semaine.

Métapneumovirus tel que vu au microscope électronique. Source: Open-I.

Au même rang, on retrouve des coronarovirus, qu’on pourrait aussi qualifier de Dr Jekyll et Mister Hyde. S’ils sont généralement responsables des rhumes les plus insignifiants qu’on peut trouver sur le marché, certaines variantes donnent froid dans le dos.

On y retrouve les tristement célèbres MERS-CoV et SARS-CoV, responsables d’infections respiratoires galopantes associées à un taux de mortalité très élevé. On se rappelle par exemple l’épidémie de SRAS de 2003 principalement concentrée chez nous à Toronto. Le taux de mortalité de ces infections varie de 0 % à 40 %.

Cellules infectées par des coronavirus. Source: Open-I.

Mais respirez sans crainte, les variétés virulentes des coronavirus demeurent exceptionnelles, et ce n’est pas du tout le cas des coronavirus détectés au Québec dans les analyses, qu’on retrouve année après année et qui ne causent généralement aucune maladie grave. Et de toute manière, soyez bien certains que la Santé publique les tient à l’oeil.

Qui se trouve en queue de peloton ? Les parainfluenza, comme on voit. On retrouve généralement quatre types : 1, 2, 3 et 4, pour compliquer les choses. Ils donnent aussi des infections respiratoires bénignes, bien que la variété 1 peut causer une infection virale parfois inquiétante chez le jeune enfant : la laryngite striduleuse.

Vous savez, quand un enfant tousse abondamment, et produit un son « strident » en inspirant. Lorsque cette difficulté respiratoire s’aggrave, c’est généralement le moment de se rendre à l’urgence.

Voilà qui complète ce tour de cette belle saison virale en éclosion. On peut parier que la plupart de ces virus seront de plus en plus présents durant les prochaines semaines. Et que la grippe A de type H3N2 montera bientôt, débutant le traditionnel pic de grippe dans lequel nous baignons inévitablement durant l’hiver.

Des bonnes nouvelle et des moins bonnes

La première bonne nouvelle, c’est que la plupart des infections causées par ces virus très variés sont désagréables, mais relativement bénignes, causant des symptômes parfois importants, mais plus rarement des complications.

La seconde bonne nouvelle, c’est que le traitement est habituellement « de support », c’est-à-dire qu’il faut agir pour contrer les symptômes, les plus bénignes manifestations ne demandant rien d’autre que des médicaments usuels comme l’acétaminophène.

Surtout, à peu près aucune place pour des antibiotiques dans la majorité des cas. Ni, en conséquence, de visite chez le médecin. Parfois, des pompes sont requises en cas de symptômes respiratoires importants.

Mais – il y a toujours un mais – certaines personnes sont généralement plus sensibles à toutes ces infections, notamment les très jeunes et les plus âgés, de même que les grands malades. Dans certains cas, une hospitalisation sera considérée, pour assurer un traitement « de support » comportant parfois le maintien des fonctions vitales, surtout de l’appareil respiratoire. Leur vie sera même parfois menacée.

Côté vaccins, le seul disponible est celui qui permet de prévenir la grippe. Alors pour prévenir la transmission et vous protéger de ces virus aisément transmissibles, il faut éviter les contacts avec les mains et de se trouver sur le chemin de ces gouttelettes remplies de virus projetées lorsqu’on tousse ou éternue.

Prenons ces précautions quand nous sommes malades, surtout si des personnes à la santé plus fragiles se trouvent dans notre environnement. Parce que si la plupart de ces virus ne causent pas de problème majeur, rappelons-nous qu’une infection virale banale chez l’un peut donner chez un autre une infection beaucoup plus grave. C’est un pensez-y bien.