Ces maladies qui craignent le froid
Santé et Science

Ces maladies qui craignent le froid

Le froid mordant cause bien des problèmes, comme les engelures et l’hypothermie. Mais il aggrave aussi les choses pour une foule de maladies, explique Alain Vadeboncœur. 

Je sais, il fait frette. Quand j’oublie ma tuque, je le constate avec encore plus d’intensité que la majorité chevelue d’entre vous, d’ailleurs. Par contre, des problèmes de santé réels sont aussi aggravés par ce froid tranchant, qui nous les gèlera jusqu’au début janvier. Aussi bien en discuter.

Je ne parle pas ici des maladies causées par le froid, comme l’hypothermie ou les engelures, qui menacent durant la vague actuelle. Pour lire à ce propos, je vous réfère plutôt à ma chronique de 2015, qui couvre bien tout ce qu’il faut savoir pour les éviter.

Je veux plutôt parler de ces maladies existantes, mais qui s’aggravent lorsque le froid sévit. Et qui touchent bien plus de systèmes que vous ne le pensez : peau, circulation, cœur, respiration, système nerveux, etc. Un peu tout !

La peau aux premières loges

La peau est en première ligne quand il s’agit de lutter contre le froid. De ce côté, la maladie de Raynaud est l’archétype des problèmes de santé aggravés par le froid. Il s’agit d’un trouble de la circulation sanguine aux manifestations transitoires affectant surtout le bout des doigts et les orteils, donc les extrémités.

Si le froid provoque habituellement une constriction modulée des artères des membres afin de ramener le sang et sa chaleur aux organes vitaux plutôt qu’au bout des doigts, il cause en cas de Raynaud un blanchissement souvent douloureux et parfois grave, suivi d’un engorgement bleuté, puis souvent d’une inflammation rougeâtre.

Changements de coloration des doigts de la maladie de Raynaud. Source : Open-I.

Pas besoin d’un froid intense pour provoquer le phénomène, puisqu’une simple surface fraîche suffit chez certains à le déclencher. Mais nul doute qu’en période de froid intense ceux qui en souffrent pestent contre la température, puisqu’il devient pour eux bien difficile d’éviter les crises, ce qui peut sérieusement limiter leurs activités.

Dans les cas les plus graves, ces troubles circulatoires peuvent même entraîner des lésions irréversibles. C’était donc la bonne réponse de mon quiz lancé sur Twitter !

Pour qui souffre d’urticaire au froid, il y a risque de voir le problème s’aggraver. Dans ce cas, le froid agit un peu comme un allergène, en provoquant une réaction similaire à celle constatée en cas d’allergie, avec apparition de plaques rougeâtres prurigineuses (qui piquent) pouvant même causer des problèmes plus sérieux en fonction de leur localisation (par exemple, le visage).

Rash d’urticaire sur l’abdomen. Les lésions sont larges et surélevées en raison de l’enflure. Source : Open-I.

De même, l’eczéma trouve dans le froid un terrain défavorable, et bien des gens rapportent une augmentation des lésions et des symptômes de démangeaison associés à cette autre maladie de peau que l’hiver semble activer. Le facteur de sécheresse pourrait aussi être en cause.

D’autres maladies de la peau en prennent pour leur rhume lors des jours de grand froid, souvent des journées sèches, ce qui contribue aux symptômes. Le psoriasis, par exemple, dont les symptômes s’intensifient, la peau agressée par le froid et moins bien hydratée pouvant mal se défendre. Il est aussi possible que le manque d’exposition au soleil durant ces périodes joue également un rôle.

Le visage n’est pas en reste, puisque des tissus fragiles comme la cornée peuvent trouver difficile de passer du temps directement exposés au froid. Une cornée affectée par le « syndrome de l’œil sec » (un manque de sécrétion de larmes, film protecteur essentiel de la cornée) est d’ailleurs plus à risque lorsqu’elle est exposée au froid, ce qui cause parfois des lésions à même de compromettre la vision.

Outre qu’il peut aisément être affecté par des engelures, le nez touché par la rhinite vasomotrice se plaint davantage et augmente sa production, parce que l’influence combinée du froid et de l’air sec provoque des changements dans la circulation artérielle des muqueuses nasales, qui entraînent une augmentation des sécrétions, d’où le fait qu’on croise plus souvent des morveux ces jours-ci.

Circulation et respiration

Plus sérieusement, tous les troubles circulatoires des membres (athérosclérose périphérique) placent le malade en situation de risque s’il fait froid. Déjà que le sang peine à se rendre aux extrémités en temps normal, pour les réchauffer, les nourrir et les protéger, la situation s’aggrave lorsque le froid entre dans la balance et diminue, par la vasoconstriction (fermeture des artérioles des extrémités) qu’il entraîne, l’apport sanguin aux extrémités.

Encore plus clairement, les maladies cardiovasculaires ne font pas du tout bon ménage avec le froid, en particulier l’angine de poitrine, causée par un rétrécissement des artères cardiaques nourricières. On sait depuis longtemps, notamment grâce à des recherches réalisées à l’Institut de cardiologie de Montréal, que la gravité de l’angine s’accentue lorsque la personne respire de l’air froid. C’est un des facteurs qui expliquent la hausse des infarctus chez les « pelleteux du dimanche ».

L’effet cardiaque est particulièrement important lorsque la température chute sous les – 20 ºC. On tend à expliquer cet effet du froid de deux manières : d’une part, le travail cardiaque augmente parce que le froid cause un rétrécissement des artères des membres, ce qui accroît la résistance ; d’autre part, la capacité de dilatation des artères coronaires (les artères nourrissant le muscle cardiaque) est mise à mal.

Côté respiration, les asthmatiques savent aussi que le froid n’est pas l’ami de leurs poumons : agissant comme un irritant, il entraîne une réaction inflammatoire. Les crises d’asthme peuvent alors survenir — ou être aggravées — lors d’une exposition au froid intense. D’autres maladies respiratoires sérieuses, comme la bronchite chronique et l’emphysème, tolèrent aussi mal l’air nordique. Mieux vaut respirer au chaud que de s’exposer à ces menaces.

Les nerfs lâchent

Les personnes diabétiques doivent également se méfier du froid, pour de bonnes raisons. Comme elles souffrent souvent de neuropathie (atteinte des nerfs), qui compromet les sensations, elles sont plus enclines à avoir des engelures, dont elles pourraient ne pas sentir la morsure initiale, et des infections locales qui pourraient en découler.

De même, par grand froid, plusieurs troubles neurologiques pouvant affecter l’équilibre (accident vasculaire cérébral, parkinson, sclérose en plaques, etc.) peuvent constituer un facteur de risque de chute aux conséquences fâcheuses. Évitez de tenter votre chance sur des trottoirs hasardeux. Par ailleurs, les AVC sont souvent accompagnés d’une baisse de sensibilité de la région affectée, qui s’en trouve d’autant plus vulnérable à une exposition au froid.

Pour ce qui est de l’arthrite et d’autres troubles musculo-squelettiques, le lien avec la mauvaise température et en particulier le froid est moins démontré, bien que beaucoup de personnes souffrant de ce problème témoignent d’une aggravation de leurs symptômes lors des écarts extrêmes de température.

Alors si vous souffrez d’une de ces maladies, mieux vaut rester sagement à la maison ces jours-ci. Enfin, pour ce qui est de la calvitie, pourtant ni causée ni aggravée par les grands froids d’hiver — ni par le port de la tuque ou de la casquette, par ailleurs —, je peux témoigner qu’à – 20 °C, c’est glacial sur le crâne quand on oublie sa tuque à la maison. Mais ça n’a rien de bien grave.

P.-S. : Merci à mes collègues médecins sur FB de m’avoir fourni quelques idées !