Actus science : Pour une intelligence artificielle responsable
Santé et Science

Actus science : Pour une intelligence artificielle responsable

Aussi au menu : une inquiétante superbactérie, la cause humaine des inondations et le café cancérigène… mais seulement en Californie.

Depuis février, des chercheurs de l’Université de Montréal font le tour du Québec pour « co-construire » avec la population la Déclaration de Montréal sur un développement responsable de l’intelligence artificielle, un document destiné à inciter les développeurs et utilisateurs de nouveaux algorithmes à respecter certaines valeurs et principes éthiques. Des rencontres sont prévues un peu partout au Québec, et on peut aussi donner son avis en ligne.

Les risques sont bien réels : logiciels tendancieux, mal maîtrisés et mal intentionnés ont déjà commencé à se répandre insidieusement. L’affaire Facebook–Cambridge Analytica ou l’accident mortel provoqué par une voiture autonome Uber ne sont que la pointe de l’iceberg, alors que plusieurs pays exploitent déjà des armes autonomes. En 2016, la chercheuse américaine Timnit Gebru a fondé le regroupement Black in IA après avoir constaté que seuls 6 des 8 500 participants à la version 2016 de la conférence NIPS, la grand-messe annuelle de l’intelligence artificielle, avaient la peau noire. Elle craint que les préjugés et stéréotypes humains ne soient reproduits par les algorithmes, qu’on croirait à tort parfaitement neutres.

En janvier, d’autres chercheurs américains ont conçu un logiciel qui utilisait la technique des réseaux de neurones pour tenter de prédire si une personne qui commet un vol ou une attaque à main armée appartenait à un gang de rue, en se basant sur les données relatives aux crimes enregistrés par le Los Angeles Police Department. Un tel logiciel représente-t-il vraiment un progrès, reproduira-t-il seulement les préjugés ou vaudrait-il mieux investir dans une meilleure formation des policiers et dans la lutte contre la pauvreté qui incite à la criminalité ?

Inondations : les leçons du Mississippi

Alors que les changements climatiques augmentent le risque d’inondations partout sur la planète, des chercheurs américains publient cette semaine dans la revue Nature une étude marquante qui remet en question les stratégies déployées par l’humain pour minimiser le risque de crues dévastatrices.

Samuel Munoz et ses collègues ont étudié le cas particulier du Mississippi et sont parvenus à prouver que les nombreux aménagements construits depuis la colonisation de l’Amérique pour contraindre le fleuve, notamment sous la gouverne de la Mississippi Valley Division, du Corps des ingénieurs de l’armée des États-Unis, ont fait augmenter le risque d’inondations plutôt que de le diminuer.

Ils ont calculé que l’amplitude des crues ayant une période de retour de 100 ans — c’est-à-dire ayant une chance sur 100 d’être dépassée chaque année — a augmenté de 20 % depuis 500 ans, et ont estimé que les trois quarts de cette augmentation sont dus aux travaux réalisés pour contraindre le fleuve. Le climat n’est donc pas le grand fautif. Pour mieux se protéger des inondations, faudrait-il démolir digues et barrages ? La question est lancée.

Gonorrhée : le début de la fin

Ce que l’on redoutait depuis déjà un petit moment est arrivé : pour la première fois, des médecins britanniques ont découvert chez un patient une souche de gonorrhée qui a résisté à la fois à la ceftriaxone et à l’azithromycine, deux antibiotiques dont la combinaison était considérée comme la solution ultime efficace pour traiter à coup sûr cette maladie sexuellement transmissible.

Cette superbactérie a été trouvée chez un homme qui l’aurait, croit-on, contractée en Asie du Sud-Est. L’homme est actuellement traité avec de l’ertapénem, un autre antibiotique, et les autorités britanniques doivent faire le point sur le succès du traitement à la mi-avril. Chaque année, environ 78 millions de personnes dans le monde contractent la gonorrhée, ou chaude-pisse. Non traitée, elle peut provoquer une infection des organes génitaux, du rectum et de la gorge.

Chez les femmes, la gonorrhée engendre la maladie inflammatoire pelvienne, qui peut être très douloureuse, en plus de causer des grossesses extra-utérines et l’infertilité. Elle facilite les infections par certains virus, comme le VIH, et peut être transmise d’une femme enceinte à son bébé, chez qui elle peut engendrer la cécité ou des infections sanguines mortelles. En juillet dernier, l’Organisation mondiale de la santé a lancé un appel urgent à la mise au point de nouveaux traitements contre la gonorrhée.

Café cancérigène ?

Un juge californien a donné raison à un cabinet d’avocats américains en ordonnant à Starbucks et 90 autres entreprises de café qu’elles préviennent désormais leurs clients que le café peut être cancérigène, car il contient de l’acrylamide. L’acrylamide est classé dans la catégorie 2A (agents probablement cancérigènes) du Centre international de recherche sur le cancer. Il n’est pas ajouté au café, mais se forme lors du processus de torréfaction. On en retrouve dans tous les aliments riches en glucides cuits à haute température, comme les chips ou les frites, ou même le pain grillé.

Le café fait partie des innombrables aliments contenant des substances potentiellement toxiques, mais rien ne prouve que les quantités d’acrylamide qu’on y trouve aient un quelconque effet sur la santé. Des centaines d’études ont déjà été menées sur les liens entre le café et les cancers, et on n’a jamais prouvé que les doses habituellement consommées puissent avoir une incidence notable sur le risque de cancer. La cause a été portée en appel. Dans un État où une personne sur quatre est obèse — mais où la paranoïa envers les « produits chimiques » atteint des sommets —, la crème et le sucre mis dans le café sont sans doute bien plus dangereux que l’acrylamide !