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Un vaccin contre les dépendances

Après nous avoir protégés de la variole, de la grippe et d’autres infections virales, les vaccins pourront-ils nous prémunir contre la dépendance à l’alcool, aux drogues ou à la cigarette ? Une toute nouvelle génération de vaccins fort attendus est en effet en voie de bouleverser les méthodes de désintoxication. L’idée, dans l’air depuis plusieurs décennies, semble maintenant réalisable. En particulier grâce à une expérience phare menée à l’École de médecine de l’Université Yale, au Connecticut, où des chercheurs ont réussi à « immuniser » des cocaïnomanes contre… la cocaïne ! Ce vaccin agit de la même manière que les vaccins traditionnels qui protègent les enfants de la varicelle ou de la polio. Il force la production d’anticorps destinés à se fixer sur des molécules spécifiques, dans ce cas-ci la cocaïne. Une fois liée aux anticorps, la molécule de cocaïne, devenue trop grosse, ne peut plus traverser la barrière hémato-encéphalique qui entoure le cerveau ; elle ne peut donc plus s’y rendre et produire ses effets. D’autres expériences sont en cours, notamment sur le tabac et la métamphétamine. Pour le moment, toutefois, on est encore loin de pouvoir traiter les dépendances au moyen d’une injection toute-puissante. Dans l’expérience menée à l’Université Yale, les scientifiques ont dû, sur une période de 12 semaines, faire cinq injections aux sujets. Après la vaccination, ceux-ci ne ressentaient plus les effets stupéfiants de la drogue et beaucoup ont été libérés de leur dépendance. Mais il faudra toujours une bonne dose de motivation aux accros qui veulent décrocher. Conseil santé Pour maintenir son poids, mieux vaut s’en tenir au bon vieux sucre blanc de canne ou de betterave. En effet, le fructose — naturellement contenu dans les fruits — pourrait avoir un effet pervers : puisqu’il est moins cher que les autres sucres et deux fois plus sucrant, on le trouve en quantité importante dans la plupart des aliments préparés et des boissons sucrées. Or, les dernières études indiquent qu’il est aussi important de limiter la quantité de fructose ingérée chaque jour que la quantité de calories. C’est que le glucose — le bon sucre — est utilisé en tant que réserve énergétique pour nos muscles et notre organisme, alors que le fructose est métabolisé très rapidement pour être soit consommé directement par notre corps, soit stocké sous forme de graisse. En outre, d’autres études récentes révèlent que le fructose augmente le risque de souffrir de maladies cardiovasculaires et de diabète. Une règle d’or tient donc toujours : bien lire les étiquettes, particulièrement celles des aliments préparés. Les sucres à haute teneur en fructose s’y cachent sous les noms d’inuline, d’isoglucose, de sirop de tapioca, de maïs ou d’agave. Freiner l’alzheimer Un nouveau traitement qui ralentit considérablement l’apparition des symptômes de la maladie d’Alzheimer pourrait être offert en pharmacie dès 2012. Rember, mis au point à l’Université d’Aberdeen, en Écosse, vient en effet de passer avec succès les essais cliniques de phase deux menés sur 320 personnes, étape critique pendant laquelle on détermine les doses optimales et évalue les effets secondaires du médicament. L’étude conclut que Rember, pris trois fois par jour pendant 50 semaines, réduit de 81 % la progression de la maladie. Le médicament passera en phase trois en 2009. Les scientifiques évalueront alors son efficacité sur des milliers de participants. Cliquez santé Vous projetez de vous envoler vers une destination exotique ? Jetez un coup d’œil au nouvel outil de la famille Google, HealthMap, une carte mondiale des alertes épidémiques : nouveaux virus, salmonelles, grippe aviaire, tout y est. Le programme passe au crible les textes de Google Actualité, de l’Organisation mondiale de la santé, des agences de santé publique, des forums de discussion, entre autres. Il affiche les nouveaux cas d’infection et les alertes sur une carte conviviale. Même s’il est assez facile à utiliser pour le grand public, le site s’adresse avant tout aux spécialistes de la santé publique qui traquent les épidémies.

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Une combinaison à toute épreuve

La mode de l’espace Les astronautes portent la combinaison orange lors du décollage de la navette. Mais, dans le cas d’une urgence en orbite, elle enfilera cette combinaison qui comporte plusieurs dispositifs pour assurer sa survie. Chaque astronaute garde tous ses effets personnels dans un grand sac à son nom dans la navette, où se trouve aussi la combinaison orange en cas d’urgence. Pas de la haute couture, mais beaucoup d’ingéniosité ! À la NASA, une vingtaine de techniciens travaillent à la conception de la combinaison spatiale. Celle-ci ressemble à celle que portaient les aviateurs de l’armée américaine dans un avion U-2, durant la Guerre froide. Le concept de « full pressure », l’équivalent de la pressurisation d’une cabine, mais pour un vêtement, permet de réguler la pression à l’intérieur de la combinaison. Ainsi, la survie de l’astronaute dans l’espace est garantie par la création d’une atmosphère viable de 3,5 psi. Pour ce faire, la combinaison doit être parfaitement étanche et complètement fermée. Les bottes, les gants et le casque y sont vissés. « Elle n’est pas ajustée comme un habit de plongée. On s’y sent comme dans une large paire de jeans », illustre M. Chhipwadia. Il ne s’agit pas non plus d’un grand habit dans lequel on saute et zippe jusqu’au cou. Plusieurs couches de vêtements se superposent, d’où l’aspect volumineux de la combinaison. Par-dessus ses sous-vêtements, l’astronaute porte un chandail et un pantalon munis d’un système de refroidissement et de ventilation. À l’aide de tubes de plastique, de l’eau refroidie circule dans la combinaison pour assurer le confort de l’astronaute durant le décollage. Du côté droit de sa combinaison, des prises lui permettent de se connecter à un dispositif à l’intérieur de la navette, qui pompe l’eau et contrôle sa température. Une autre couche, d’un matériel semblable au caoutchouc, permet de retenir l’air si la combinaison doit être gonflée. La couche extérieure est faite de Nomex, la même fibre utilisée dans la confection des habits de pompier. En survie dans l’espace Tous les scénarios ont été imaginés : marcher dans le feu, se protéger de la fumée, d’un mauvais atterrissage et d’un déversement de liquides chimiques. En cas d’urgence, la combinaison assure 24 heures de survie à l’astronaute. Encore mieux, elle a été conçue pour agir automatiquement, si l’astronaute est inconscient. Il retrouvera ces équipements à l’intérieur de la combinaison orange : un système de communication radio dans son casque; un système d’orientation; un harnais pour parachute; une réserve d’oxygène supplémentaire; des signaux lumineux et pyrotechniques; 16 poches d’eau de 4,5 oz chacune pour s’hydrater; une bouée de sauvetage, située sous les aisselles; un radeau de sauvetage. La pression d’air à l’intérieur de la combinaison équivaut à celle ressentie à 30 000 pieds d’altitude. En cas d’urgence à bord de la navette, ce sera à cette altitude que l’astronaute sera évacué. S’il est inconscient, un dispositif sur son casque déclenchera l’ouverture du parachute à 14 000 pieds. Si l’astronaute tombe dans l’eau à son atterrissage, le harnais se détachera automatiquement du parachute. Des éléments qui réagissent au contact de l’eau permettront le déploiement de la bouée et du radeau de sauvetage. L’astronaute pourra alors utiliser les signaux lumineux et la radio pour rentrer en lieu sûr. Orange comme… l’espace ? La couleur orange de la combinaison a été spécialement choisie pour assurer la survie de l’astronaute. Mondialement, elle est portée par les équipes de secouristes. Mais pour les astronautes, la combinaison était bleue jusqu’en 1986, lors de l’accident de la navette Challenger, qui a coûté la vie aux sept membres de l’équipage. À la suite de cette tragédie, plusieurs questions de sécurité ont été soulevées à la NASA. Si un astronaute tombe dans l’eau suite à une évacuation d’urgence, sa combinaison bleue serait difficile à détecter. La NASA a donc opté pour la couleur orange, visible de partout. Julie Payette, aidée d’un technicien, enfile sa combinaison avant la mission STS-96, en mai 1999. Combien de temps faut-il à l’astronaute pour se vêtir ? 45 minutes. D’abord, il lui faut 30 minutes pour enfiler sa combinaison, avec l’aide de techniciens spécialement formés. Ensuite, l’équipe teste les différentes fonctions de la combinaison pendant 15 minutes. Combien pèse la combinaison ? 91 livres. Combien coûte-elle? « Officieusement, 300 000 $ américains », nous répond M. Chhipwadia. Y a-t-il une poche pour mettre son lecteur MP3 ? Non ! Son but principal est d’assurer la survie de l’astronaute. Que font les astronautes lorsqu’ils ont envie d’aller aux toilettes ? « Ils baissent la vitre et cherchent une station d’essence ! », répond M. Chhipwadia. Lors du décollage, les astronautes portent une couche. En orbite, ils utilisent une toilette conçue pour l’apesanteur, qui utilise un jet d’air pour aspirer les rejets. Pour en savoir plus : Agence spatiale canadienne, La science des combinaisons spatiales NASA, A Brief History of the Pressure Suit (en anglais) International Space Station 07, How to go to the Bathroom in Space(en anglais)

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L’actualité en orbite!

Que sont devenus les symboles nationalistes d’antan? Les Américains veulent acheter notre Canadarm : le Canada n’aura bientôt plus de « bras » pour brandir sa feuille d’érable dans l’espace ! Par Michel Vastel Publié dans L’actualité du 1er mai 2008 Protecteur de vaisseaux spatiaux Le physicien Karl Fleury-Frenette fait partie des 30 Québécois qui font une différence. Ce qu’il élabore pour l’espace sert aussi aux aciéries. Publié dans L’actualité le 15 décembre 2006 Par Valérie Borde Le maître de l’espace L’avocat André Farand fait partie des 30 québécois qui font une différence. Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité le 15 décembre 2006 Out, le métier d’astronaute? À 52 ans, Steve MacLean est devenu, en septembre dernier, le premier Canadien à manoeuvrer le Canadarm2 – représentant de la deuxième génération du « bras canadien ». Il a aussi été le deuxième Canadien à marcher dans l’espace (après Chris Hadfield, en 2001). Pourquoi son séjour à bord de la Station spatiale internationale a-t-il eu si peu d’écho au pays? L’actualité s’est entretenu avec lui. Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité le 15 novembre 2006 Ils marcheront sur Mars Nos enfants iront sur la planète rouge, c’est maintenant acquis. Mais aucun pays n’a les moyens d’assumer seul les coûts du voyage. Mars deviendra-t-elle synonyme de collaboration entre les nations? Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité le 1er juillet 2005 Planète satellites Des centaines de satellites encerclent aujourd’hui la Terre! Télécommunications, surveillance militaire, météo, navigation: chacun a sa fonction, sa mission, son drapeau. Coup d’oeil sur une galaxie de plus en plus complexe où se préparent les guerres de demain. Par Jean-Benoît Nadeau Publié dans L’actualité le 1er janvier 2004 Ça carbure au soleil Aller puiser de l’énergie solaire directement dans l’espace? C’est le projet fou du Japon, si pauvre en énergie. Le défi est colossal. Mais une première phase est prévue pour 2010. Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité le 15 décembre 2003 La part du rêve Ceux qui s’opposent aux vols habités dans l’espace ont scientifiquement raison mais philosophiquement tort. Par Carole Beaulieu Publié dans L’actualité le 1er mars 2003 Sommes-nous seuls dans l’Univers? On y croyait tous un peu. Pas aux Martiens. Mais à la vie. Quelque part. Dans l’immensité de l’Univers. Les scientifiques remettent toutefois en question l’hypothèse de la pluralité des mondes intelligents. Par François Brousseau Publié dans L’actualité le 1er août 2001 Des projets fous, fous, fous Un musée consacré à la science-fiction a reçu une mission bien spéciale de l’Agence spatiale européenne: recenser les idées de Jules Verne ou de Star Trek qui pourraient devenir réalités… Par Michel Arseneault Publié dans L’actualité le 15 mars 2001 Le compte à rebours de Julie Payette Son entraînement terminé, la jeune astronaute québécoise attend le coup d’envoi de son premier voyage dans l’espace. Mission: la Station spatiale internationale. Demain la Lune? Mars? Par Luc Chartrand Publié dans L’actualité le 15 mai 1998

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Perdus dans l’espace

Dix ans après son premier vol à bord de Discovery, l’astronaute québécoise Julie Payette retournera dans l’espace en juillet prochain, cette fois à bord d’Endeavour. Elle sera la dernière Canadienne à s’embarquer dans une navette de la NASA à destination de la Station spatiale internationale (ISS). Car une fois la construction de celle-ci achevée, en 2010, les États-Unis abandonneront leur programme de navettes pour se concentrer sur l’observation et la colonisation de l’espace avec leur vaisseau Orion, dont le premier vol est prévu en 2014. L’ISS poursuivra cependant ses activités jusqu’en 2016, et d’autres Canadiens s’y rendront, puisque le robot Dextre (le « bras canadien ») sera sollicité. Ils voyageront alors avec d’autres astronautes de pays partenaires de la Station. Mais au-delà de 2016 ? L’Union européenne, la Russie et le Japon se préparent aussi à explorer la Lune et Mars. Le Canada doit donc redéfinir son engagement dans l’exploration de l’espace. Les quelque 5 000 personnes, dont un millier de Québécois, qui viennent de répondre à l’appel de candidatures de l’Agence spatiale canadienne auront-elles une chance de participer à cette extraordinaire aventure ? « Les astronautes sont les explorateurs des temps modernes, dit Julie Payette. Il faut leur donner les moyens et le temps de poursuivre leur quête. » L’actualité a rencontré l’astronaute, dont les médias saluent le parcours de « plus-que-parfaite ». Mère de famille, polyglotte, musicienne à ses heures, elle parle ici de sa grande passion : l’espace. Des scientifiques et des politiciens remettent en question l’utilité de l’ISS. Elle a coûté 100 milliards de dollars et elle n’a permis aucune découverte majeure. Qu’en pensez-vous ? — Que veulent-ils ? Qu’on ferme le laboratoire ? Voyons donc ! C’est comme si, dans les années 1900, les directeurs de l’Université McGill avaient dit à Ernest Rutherford : « Ça fait 10 ans que tu es ici et tu n’as rien produit, sauf quelques papiers qui n’intéressent que les spécialistes, alors on ferme ton labo. » L’humanité aurait été privée d’une découverte capitale, la structure de l’atome, qui a ouvert la porte à la physique nucléaire et qui a valu à Rutherford le prix Nobel de chimie, en 1908. L’ISS est un laboratoire qui fonctionnera bientôt au maximum de sa capacité, avec les infrastructures et le personnel nécessaires. Tout cela, dans l’environnement le plus hostile qui soit : l’espace. Une fois les choses en place, on pourra se livrer à bien plus d’activités scientifiques. On ne sait pas ce qui peut alors se produire. Fera-t-on une découverte majeure ? Peut-être ! Il se passe plein de choses dans la Station spatiale. On y apprend, entre autres, comment vivre de longues périodes de temps, en groupe, dans l’espace. En somme, l’ISS a permis aux scientifiques de tous les pays d’apprendre à travailler ensemble ? — À mon avis, c’est le plus grand succès de cette aventure internationale. On a conçu un module aux États-Unis, un autre en Russie. Il y a 20 ans, ces pays se détestaient. Première chose que l’on sait ? En 1998, les deux modules ont été imbriqués dans l’espace, sans problème. Pourtant, les États-Unis utilisent le système de mesure impérial et la Russie, le système métrique, et les ingénieurs des deux pays ne s’étaient jamais vus. La Station, ce sont les Nations unies qui fonctionnent ! Aujourd’hui, il y a des centres de contrôle de la Station spatiale et des missions dans plusieurs pays, et ça marche ! Et puis, on sait très bien que se rendre sur Mars, comme certains partenaires de l’ISS se préparent à le faire, ne sera pas l’entreprise d’un seul pays ; ce sera celle de l’humanité. Les coûts et les risques sont trop importants pour une seule nation. Nous avons besoin de l’ISS. La Station spatiale cessera ses activités en 2016. Le Canada restera-t-il engagé dans l’exploration de l’espace ? — Le Canada est à un tournant. Il doit décider dès maintenant s’il veut continuer d’être un acteur de la conquête spatiale. Parce que les États-Unis, le Japon, la Russie, l’Union européenne, eux, savent où ils vont. Ils ont pris une direction très claire et assez fascinante sur le plan de l’exploration : mettre les pieds sur Mars d’ici quelques décennies. Comme le Canada ne construit pas de fusées, il a besoin de partenaires pour continuer de participer à l’aventure spatiale. Le Canada avait trouvé son créneau dans la robotique. Il fournissait à l’ISS le bras manipulateur principal, auquel s’est ajoutée la main Dextre. Quelle sera désormais sa place ? — La robotique est un créneau intéressant pour le Canada. Mais il faut se rappeler comment cela a commencé, dans les années 1980. Les États-Unis ont dit : « Nous construisons une navette spatiale réutilisable, nous aimerions que vous soyez partenaire. Qu’est-ce que vous pourriez nous fournir ? Par exemple, nous aurons besoin d’un bras robotisé pour sortir du matériel de la soute. » Le Canada a accepté et a mis au point cette super-technologie, parce qu’on lui en avait fait la demande. Ça ne veut pas dire qu’il devrait se confiner à la robotique ou exclure toute participation dans un autre domaine. Nous avons beaucoup d’expertise dans bien des secteurs, comme l’imagerie ou les télécommunications par satellite. Si nous offrons un nouveau défi à nos ingénieurs, ils le relèveront. L’idée est de s’engager, de dire : « Voici la direction dans laquelle nous voulons aller. » Il y a énormément de discussions et d’enthousiasme dans le milieu aérospatial. Et j’espère que nous monterons dans le train de l’exploration. Sinon, d’autres vont le faire, et nous nous retrouverons en arrière. Vous disiez, lors d’une récente conférence, que l’exploration spatiale n’en est qu’à ses balbutiements. — Je le crois vraiment. Nous avons l’impression de tout savoir. Or, nous ne savons presque rien. Dans 1 000 ans, les gens riront de nos fusées, comme nous rions de la façon dont nos ancêtres se véhiculaient il y a 500 ans. C’est normal. Il est donc nécessaire de bien établir nos politiques et de mettre les choses en route en consacrant les budgets nécessaires. Car si le Canada dit qu’il veut collaborer à la conquête de Mars, mais qu’il ne peut fournir que deux sous sur les 200 millions de dollars à investir, on déclinera son offre. Nous avons les cerveaux, les institutions, le savoir, les compétences. Les pays qui misent le plus sur la recherche et le développement sont les plus prospères. Continuer de consacrer 2 % de notre PIB à la recherche ne nous mènera pas à la faillite. Au contraire. On s’enrichira et on pourra redistribuer la richesse aux moins nantis. Il y a longtemps que vous attendiez ce retour dans l’espace. Songez-vous à l’après-carrière ? — Pour l’instant, je me concentre sur la mission : mes partenaires et moi sommes soumis à un entraînement très intensif. Je me sens très privilégiée de retourner dans l’espace. J’ai été choisie pour jouer dans la « Ligue nationale », je fais en quelque sorte partie de l’équipe qui se rendra aux finales de la Coupe Stanley. C’est une grande mission qui nous attend : il faudra arrimer les derniers éléments du laboratoire Kibo, de l’Agence japonaise d’exploration spatiale, à l’ISS. Je serai ingénieure de bord en charge de la manipulation du bras robotisé canadien. Je savoure chaque moment de cette aventure. Mais j’aimerais bien un jour séjourner pendant une longue période dans la Station. Vous êtes astronaute depuis 1992, et on attend toujours d’autres Julie Payette. Or, la présence des femmes en sciences et en génie semble s’atténuer au Canada, comme aux États-Unis et en Europe. — Ça m’inquiète. Les femmes se dirigent majoritairement vers les sciences de la santé et la biologie, alors qu’elles sont moins nombreuses en génie électrique, en génie civil, en sciences pures et en informatique. C’est aberrant, dans la mesure où il y a des emplois à profusion. Une des missions de l’Agence spatiale canadienne est justement de promouvoir les sciences et les mathématiques, surtout auprès des jeunes. De manière plus générale, il faut trouver des moyens d’accroître la culture scientifique parmi la population, car je crains qu’elle soit à la baisse. De nombreuses personnes se demandent encore si la Terre tourne autour du Soleil ou si le Soleil tourne autour de la Terre ! Je suis tout de même optimiste. Si on a réussi à conscientiser les gens à la protection de l’environnement, on pourra sûrement en faire autant avec la science…

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Où est l’argent?

L’an dernier, l’Agence spatiale canadienne (ASC) n’a pas réussi à convaincre l’État de lui accorder les 100 millions de dollars nécessaires à sa collaboration à la mission européenne vers Mars. C’est ce qui aurait provoqué, dit-on, la démission de Laurier Boisvert, neuf mois à peine après son arrivée au poste de président. Le Canada a bien investi 10 millions de dollars dans le programme ExoMars, de l’Agence spatiale européenne. Mais les principaux fournisseurs de l’ASC, dont MacDonald, Dettwiler et associés (MDA), estiment qu’il devrait y investir 10 fois plus. L’ASC traverse par ailleurs une période turbulente. Depuis que Marc Garneau en a abandonné la direction, en 2005, elle a vu défiler quatre présidents, dont trois intérimaires. Le dernier en lice est Guy Bujold, ex-sous-ministre adjoint responsable des programmes spéciaux au ministère de l’Industrie du Canada. Ces changements successifs inquiètent les gens du secteur de l’aérospatiale. Plus de 200 entreprises au pays travaillent dans ce domaine, et toutes souhaitent que le Canada demeure un « intervenant de taille » dans la conquête de l’espace et retrouve l’élan des belles années. En mai, le ministre de l’Industrie, responsable de l’ASC, Jim Prentice, a soutenu, mais sans fournir plus de détails, que nous étions « au seuil d’une ère nouvelle de réalisations canadiennes dans l’espace ». Il a formé un comité consultatif chargé de le conseiller sur les perspectives de l’Agence. La Canada, a-t-il rappelé, doit rester à la fine pointe de la recherche et du développement dans des domaines comme les satellites de communication, la robotique spatiale et l’observation de la Terre (RADARSAT). À ce titre, l’ASC collabore avec la NASA et l’Agence spatiale européenne à la construction du télescope spatial géant James Webb. Elle fournira deux instruments : un détecteur de guidage de précision et une caméra à filtre accordable. Sa contribution s’élèvera à 130 millions de dollars (le télescope en coûtera 4,5 milliards). En retour, l’ASC bénéficiera de 5 % du temps d’observation. Tout cela est bien beau, selon l’industrie. Mais le salut du programme spatial passe tout de même par un engagement substantiel (plus de 100 millions de dollars) auprès des Européens dans la conquête de Mars.

Vive les logiciels libres! Santé et Science

Vive les logiciels libres!

Cessons de vider nos poches pour acheter des droits sur des logiciels qui ne nous appartiennent pas. L’État français l’a compris, lui, et fait d’importantes économies! Qu’est-ce que le Québec attend!

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Montréal-Québec en canot, le journal de bord

IntroductionC’est en regardant mes courriels entre deux périodes des séries éliminatoires Canadiens contre les Bruins que le projet a pris forme. Un journaliste, Jean-Benoît Nadeau, recherche un partenaire de canot pour descendre le fleuve Saint-Laurent de Montréal à Québec. J’avais déjà pensé faire ce périple auparavant mais il y avait tellement d’autres beaux affluents. On communique ensemble par courriel, on se parle au téléphone et on se rencontre pour l’organisation. Je prends quelques informations à la Fédération québécoise de canot et de kayak de mer. Après une soirée de discussion et de planification, je sais plus à quoi il faut s’attendre. Pour ce voyage, j’ai pensé me fabriquer une voile pour mon canot. En recherchant sur Internet, je trouve la compagnie Spirit Sails qui fabrique des voiles pour les canots et les kayaks de mer. Le produit est simple, ingénieux et il y a possibilité d’ajuster l’angle de la voile. Je me commande une voile chez Boréal Design à Québec et j’installe la plaque de fixation sur mon joug de portage de façon à ce que je puisse l’enlever et le réinstaller facilement. Le mât est souple et la toile est très légère, ce qui réduit le risque que les rafales nous fassent chavirer. Aussi j’achète une toile de pontage chez Horizon Nature qui est fait sur mesure pour mon canot Canyon Esquif. La toile risque d’être utile en cas de fortes vagues. Jean-Benoît s’est occupé de l’achat des cartes marines, de l’atlas des marées et il a fait une reconnaissance terrestre tout le long de notre trajet. Nous en concluons que nous pourrons alterner entre du camping, des motels et des gîtes, et qu’il faut prévoir une durée de six à dix jours pour cette expédition. Jour 1: samedi 6 juin 2008Le départ de Montréal36,5 km, en 5 heuresC’est au volant de mon vieux Vanagon Westfalia 82 que je vais chercher Jean-Benoît. Le départ se fait juste à coté de la marina de Longueuil. La température est d’environ 25 degrés et le soleil est de la partie. Lorsqu’il fait beau sur le Saint-Laurent, le vent souffle généralement sud-ouest donc dans notre dos. Notre canot est chargé – le matériel est dans des barils étanches – mais pas à l’extrême parce que nous nous approvisionnerons tout au long de notre voyage. Le vent souffle très légèrement. Nous croisons plusieurs bateaux à moteur qui s’en vont probablement dans le Vieux-Port pour la fin de semaine du Grand Prix. Après avoir dépassé le port de Montréal, nous nous dirigerons vers la rive nord. Au loin, on voit un cargo. Le vent se lève tranquillement et la voile prend toute son utilité. Avec la voile et un vent favorable, on file à une vitesse de 8 à 10 km/h en pagayant normalement, ce qui réduit nos dépenses d’énergie. On arrête manger à l’île Sainte-Thérèse chez un sympathique monsieur et sa famille. Son voisin arrive tout juste avec son nouveau jouet, une Amphicar 1964 rouge. Il venait de traverser le Saint-Laurent avec cette voiture. On repart et le vent prend de l’intensité. Notre voile fonctionne à plein régime. Je dirige de façon sportive et continue afin de conserver le canot dans le bon angle car le vent est légèrement de côté. On passe l’embouchure de la rivière des Prairies, les îles de Repentigny, la ville de Lachenaie pour arriver à notre destination : l’île Ronde située en face de Saint-Sulpice. Après un bon repas et un beau coucher de soleil, je relaxe sur le balcon du gîte. C’est d’ailleurs là que je passerai la nuit. Jour 2 : les îles de Berthier50 km, en 7 heuresAvant le départ, nous prenons quelques clichés d’une ancienne voiturette scolaire avec un poêle à bois à l’intérieur. Départ 8h30 sur l’eau, le soleil est toujours de la partie et le vent est calme ce matin. Une heure plus tard, le vent se lève avec un angle parfait de 100 % dans notre dos. Nous parcourons 28 km sans trop forcer avant midi. Nous arrêtons manger sur une île face à la marina de Berthier. Sur l’autre rive, on voit Sorel et ses grosses usines. Après un repas consistant, nous reprenons le large pour entrer dans les îles de Berthier. Dans le chenal bordé de belles propriétés, le vent diminue car il est protégé par les arbres. Notre vitesse diminue, mais les paysages sont magnifiques. Nous remontons un chenal sur 1 km pour aller prendre des renseignements à la Pourvoirie du lac Saint-Pierre. La météo annonce un orage imminent et nous poursuivons jusqu’à la marina du Nid de l’aigle. Il n’y a pas de vent, l’air est chaud et humide. Nous arrivons juste à temps à la marina, où nous mangeons au sec et au chaud avec une bonne bière. Nous passons la nuit dans une cabine sur pilotis. À 21 heures, je m’endors avec mon livre de Jack Kerouac au visage. Jour 3 : le Nid de l’aiglereposQuoi de mieux pour une journée de congé forcé qu’un endroit comme le Nid de l’aigle ? Les vents sur le lac Saint-Pierre ne sont pas favorables. Ils sont du nord. On le sait grâce au site Internet windguru.com qui nous informe sur les prévisions de vent. Le lac Saint-Pierre est un endroit craint par les capitaines pour les hauts-fonds un peu partout sur le lac, mais aussi les grosses vagues et les forts vents. Pour le lendemain, la météo annonce un vent favorable du sud-ouest de 10 nœuds, ce qui est modéré. Donc aujourd’hui repas, écriture, lecture et une petite balade en canot pour observer cette masse d’eau qu’est le lac Saint-Pierre. Soirée arrosée et animée avec deux joyeux drilles. Jour 4 : la traversée du lac St-Pierre29 km, en 6 heuresAprès un bon déjeuner, le départ se fait à 8h45. Une légère brise de face et c’est parti ! Nous franchirons le lac en trois sections, suivant toujours la rive nord. Le soleil est au rendez-vous et nous nous arrêterons d’abord à l’embouchure de la rivière du Loup, au sud de Louiseville. Sur notre chemin, nous rencontrons un pêcheur au varveau. En pagayant à travers les longues herbes, nous arrivons enfin à notre première étape. Malgré le sol vaseux, nous débarquons pour s’étirer les jambes et grignoter une collation. Prochain arrêt : l’embouchure de la rivière Yamachiche. Après un lunch dans la vase, on repart vers Pointe-du-Lac, qui sera la dernière étape de la traversée du lac. À mi-chemin, on entend un coup de tonnerre. On se tourne et un orage se prépare. Nous accélérons la cadence et décidons de couper vers l’église de Pointe-du-Lac pour se mettre à l’abri. À un moment, nous croyons que l’orage va nous dépasser à droite, mais un autre front arrive derrière nous et de longues vagues nous poussent vers notre destination. Finalement, nous arrivons juste à temps pour éviter la tempête. Un riverain, qui est pilote de cargo, nous offre de nous réfugier chez lui pour la nuit. Deux filles dans un pick-up regardant l’orage nous donnent un coup de main pour transporter le matériel. Nous mangeons un très bon repas et une fois de plus, nous avons rencontré des gens passionnés par la vie. J’adore voyager de cette façon. La nuit est bonne dans la tente roulotte, alors que Jean-Benoît dort dans le garage. Jour 5 : le record de vitesse 48 km, en 8 heures et demieNous sommes partis par un beau temps navigant sur 18 km avant le pont de Trois-Rivières. Apres un bon dîner au Sanctuaire de Notre-Dame–du-Cap, nous croisons un cargo qui navigue à une vitesse beaucoup plus rapide que les autres navires. Il fait des vagues immenses d’environ six pieds. Je tourne le canot face aux vagues pour ne pas les recevoir de côté parce que l’on dessalerait à coup sûr. Les vagues sont hautes mais longues ce qui nous aide à les traverser agréablement. Le vent se lève quelques minutes plus tard dans l’axe parfait. La navigation devient très sportive et les vagues sont assez grosses pour toucher les plats-bords du canot. Sous l’effet du vent, les mâts s’arquent tellement que la voile touche la tête de Jean-Benoît. Nous ferons 16 km en une heure et 5 minutes. Nous décidons de prendre une pause au village de Champlain. En voulant nous arrêter derrière la rampe de mise à l’eau, le vent nous pousse tellement fort dans le contre-courant que nous manquons de chavirer. Heureusement, un bon appui sur la pagaie nous a fait garder notre équilibre et nos vêtements au sec. Vive la technique ! Nous faisons une petite épicerie dans ce charmant village. On voit maintenant au loin un nouvel orage qui s’en vient, et nous décidons d’attendre qu’il passe avant de repartir.La pluie est si intense qu’il faudra vider le canot à la pompe manuelle avant de repartir. Le courant et le vent sont tombés mais la pluie, le tonnerre et les éclairs continuent. La berge est très à pic et nous naviguons à un mètre du bord pour se protéger des éclairs. Les propriétaires du gîte au Bois Dormant à Batiscan transportent notre équipement et nous dans la remorque de leur véhicule tout terrain pendant un demi-kilomètre. Le soleil revient et nous en profitons pour faire sécher notre matériel. La douche et le repas étaient excellents et je dormais déjà à 20h30. Jour 6 : le début des marées54,5 km en 7 heures et demieAujourd’hui c’est la première fois que nous allons naviguer avec les marées. Nous devons naviguer après la marée haute, c’est-à-dire quand elle recommence à redescendre, pour profiter du courant vers Québec. Autrement, nous pagayerions à contre-courant. Le vent est frais ce matin, on est presque au centre du fleuve, à environ deux kilomètres de chaque rive. La voile est levée et le vent souffle de travers. Les vagues sont hautes et l’eau entre à l’occasion dans le canot. Je dois sans cesse placer mon aviron en position d’écart pour maintenir l’angle du canot. La marée nous pousse à 12 kilomètres-heure. Jean-Benoît peut le mesurer aisément en minutant le temps entre les bouées, que nous longeons de près. Une bouée à toutes les dix minutes. Nous longeons maintenant la rive sud et d’immenses parois rocheuses d’environ 30 mètres. Nous arrêtons manger sur une magnifique pointe devant Deschambault, parce que la marée a maintenant recommencé à monter. C’est l’heure du dîner et du repos. Nous repartirons à 16 heures, quand la marée sera haute. Entre-temps, il faut remonter le canot à toutes les quinze minutes de la berge parce sinon il sera emporté par la marée montante. Au moment de repartir, le vent est régulier et les vagues sont belles. Après la pointe du cap Santé, nous voyons finalement le pont de Québec au loin. Notre destination finale approche, nous arrivons au Manoir de Neuville à 19h45. Nous mangeons et je me couche tôt, épuisé de cette longue journée. Jour 7 : Québec28,5 km, en 4 heures et demieDépart au lever du soleil. La marée est haute et pour en profiter, on s’approche de la voie maritime. Nous filons à nouveau à dix kilomètres à l’heure. Nous déjeunons dans le canot avec des barres tendres et des fruits pour ne pas perdre le courant de la marée. Le pont de Québec prend forme, nous observons à notre gauche le magnifique pont ferroviaire de Cap-Rouge. La marée commence à diminuer et lors de notre passage sous le pont de Québec, le courant est presque stagnant. Nous pagayons sur l’eau calme pendant une heure environ, admirant les travaux d’aménagement d’une magnifique piste cyclable longeant le boulevard Champlain. Nous faisons une pause à la marina de Sillery qui était notre plan B de sortie. Il nous reste seulement 4 km à pagayer avant notre point de sortie, le bassin Louise dans le Vieux-Québec : le plan A. Nous pagayons très fort pour ne pas se faire prendre par la marée montante. La circulation est plus dense sur l’eau et nous devons être vigilants. Nous laissons passer la traverse de Lévis puis nous pagayons rapidement pour leur libérer le passage. Nous arrivons finalement près du bassin Louise. On veut essayer d’avoir une permission spéciale pour prendre l’écluse. L’éclusier nous fait une faveur – car nous n’avons pas la radio VHF réglementaire. Les portes de l’écluse s’ouvrent et notre petit canot prend place pour une nouvelle expérience. Le niveau se met à monter jusqu’à ce que la porte opposée s’ouvre et voilà, notre objectif est atteint sous un soleil radieux. On prend quelques photos et on trouve une place pour accoster notre canot dans la marina avec tous ces bateaux à moteur et voiliers luxueux. Nous prenons un bon dîner et une bonne bière pour célébrer la fin de notre voyage. Ma sœur qui avait une conférence viendra nous chercher vers 17 heures. J’en profite pour aller me promener dans le Vieux-Québec pour profiter des festivités du 400èmee. C’est déjà la fin de cette belle aventure…Je tiens à remercier Jean-Benoît Nadeau de m’avoir choisi pour faire ce voyage qui fut une expérience hors de l’ordinaire.Merci!

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Montréal-Québec en canot

Entre Brossard et Longueuil, l’affreux boulevard Taschereau a bien des défauts, mais j’y ai trouvé la rampe d’accès idéale pour mettre à l’eau mon canot. Destination : Québec. C’est la façon que j’ai choisie de célébrer le 400e anniversaire de la ville : refaire, mais en sens inverse, le trajet des premiers explorateurs en descendant le Saint-Laurent, la plus vieille route du pays, quelque part entre l’autoroute 20 et la 40. Mon équipier, André Racette, et moi aurons parcouru 245 km en sept jours, le vent dans le dos, au fil du courant, téléphone cellulaire, horaire des marées, couette et café en prime.« En canot ? Êtes-vous fous ? »Cette question, nous l’avons bien entendue cent fois, posée par des riverains, des plaisanciers et des pêcheurs, étonnés de voir approcher deux gars avec leur barda dans un canot de 16 pieds équipé d’une voile.De notre côté, la principale surprise que nous réservera le fleuve, ce seront ses gens et ses îles. Toutes les grandes îles du Saint-Laurent sont des univers cachés. Depuis l’eau, on ne voit habituellement qu’un talus herbeux et, à l’occasion, le toit d’une grange. Mais quand on gravit la berge, une nouvelle perspective s’ouvre pour révéler des terres labourées, des bois parfois denses, des routes, des pistes de chevreuil, des cyclistes et même une voiture amphibie !Moins de deux heures après notre départ, les îles de Boucherville sont loin derrière, et nous faisons une pause pique-nique devant la bouée 37, chez Paul Clément, qui vit sept mois par année sur l’île Sainte-Thérèse, en face de Pointe-aux-Trembles. Son chalet, qu’il a entièrement aménagé avec tout le confort d’une maison, est situé devant une vieille grange abandonnée qui a abrité une salle de spectacle assez populaire dans les années 1960, la Grange de l’île Sainte-Thérèse. « La vieille scène est encore là », dit Paul Clément, 61 ans, frère de l’actrice Sophie Clément et bassiste de l’ancien groupe yéyé les Beachcombers. « Un de mes voisins est l’ex-batteur, un autre l’ex-guitariste ! » Sur cette île de propriété fédérale, près des trois quarts des 80 propriétaires de chalets sont des squatteurs, mais des squatteurs organisés : il y en a un au bout de l’île qui se construit une pizzeria ! « C’est mon petit paradis, j’y chasse même le chevreuil, à l’arc », dit Paul Clément, dont la conversation est une suite sans fin d’anecdotes.Et la nature, demanderez-vous ? Nous verrons sauter des centaines de brochets et s’envoler des hérons, plus nombreux que les écureuils sur le mont Royal. Mais la grande vedette, c’est le fleuve. Tantôt bordé de falaises sombres, de plages rouges ou de marais herbeux, parsemé de centaines d’îles, le Saint-Laurent est un géant apparemment tranquille, mais malcommode, qui s’agite au moindre coup de vent ainsi qu’à l’embouchure des affluents, et que la marée fait même couler à contresens à partir de Trois-Rivières. Les repères ne manquent pas : clochers, cheminées, bouées, baies, pointes. Mais il est parfois difficile d’évaluer les distances sur un fleuve dont la largeur dépasse la longueur de la plupart des lacs du Québec.Comme nous ne faisons pas un voyage ordinaire, nous recevons des dizaines de conseils : « Méfiez-vous du nordet » ; « Tenez-vous loin de la pointe » ; « Prenez le rapide Richelieu à la bonne heure. » Timides les premiers jours, nous nous tiendrons dans le chenal des petites embarcations, où il y a moins d’eau. Aux derniers jours, nous naviguerons en bordure du chenal des grands navires, histoire de profiter du puissant courant.Notre première étape pour la nuit est un endroit de rêve : l’île Ronde, devant Saint-Sulpice, que deux propriétaires se partagent. L’un, Jocelyn Lafortune, exploite un vignoble de 50 000 plants à moins de 35 km en canot du centre-ville de Montréal. Au moment de notre passage, nous détonnons un peu avec nos vêtements de plein air parmi la centaine d’invités à un mariage. Tiens, voilà justement l’hélicoptère nuptial avec la mariée à son bord !Nous passerons davantage de temps avec l’autre habitant de l’île, Guy Vandandaigue, qui a fait son miel dans l’immobilier commercial avant de rénover la maison seigneuriale, abandonnée, et de créer son gîte, la Seigneurie de l’île Ronde, renommé pour ses repas champêtres servis par des femmes qui portent le costume traditionnel des filles du Roy. « J’ai mis 10 ans à obtenir que l’île soit zonée territoire récréotouristique », dit-il.Je vous parle des gens : un des gars le plus colorés est certainement mon équipier, André Racette. Magasinier à la Société des casinos du Québec, ce canoteur hors pair a plus de 3 000 km de rapides dans le corps. Moi devant, je serai le navigateur et le moteur ; André, derrière, sera le barreur et le verbomoteur : toujours une histoire à raconter ! Il a parcouru toutes les rivières du Québec, il a sauté des chutes de cinq mètres, mais la seule rivière qu’il n’a pas descendue, c’est le fleuve ! Pour l’occasion, il a acheté une toile de pontage afin de couvrir l’embarcation en cas de mauvais temps, et surtout, une voile spécialement créée pour le canot, qui nous permettra d’avancer même par vent de travers avant. Mieux, cette voile de conception québécoise est faite pour plier par fort vent, ce qui réduit les risques de chavirage sous l’effet des bourrasques.André est comblé par sa voile. Le matin du deuxième jour, le vent favorable nous pousse à grand train. En deux heures, nous avons doublé Lavaltrie et Lanoraie — une distance de plus de 20 km.En début d’après-midi, devant Sorel, nous pénétrons dans un dédale : les îles de Berthier. Elles sont souvent confondues avec celles de Sorel, de l’autre côté du chenal principal, si bien qu’on parle de plus en plus des îles de Berthier-Sorel. Ce pays du Survenant sera l’univers le plus dépaysant que nous aurons l’occasion de sillonner. D’abord parce que cet archipel compte plus d’une quarantaine d’îles, séparées par des chenaux assez étroits, et portant des noms aussi colorés que l’île aux Rats, aux Liards, aux Fantômes, des Joncs et autres îles à Cochon. Certaines ont deux noms. Ainsi, l’île Dupas s’appelle aussi Madame. Ce double nom est à la fois le vestige du temps où un chenal divisait l’île en deux et le témoin de la puissance d’un fleuve en mouvement constant, capable dans sa furie de s’amputer un bras.Dès que l’on s’éloigne de la route 158, menant au traversier qui fait la navette entre Sorel et Saint-Ignace-de-Loyola, les chenaux des îles se transforment en un univers qui évoque davantage les bayous que le sud du Québec… alligators en moins. On y chasse le rat musqué et le canard, on y pêche le maskinongé et l’achigan, et certains habitants font pousser, dit-on, des herbes fines aux propriétés autres que gustatives. André pense à l’Afrique ; j’y vois la Louisiane. Quoi qu’il en soit, l’impression de dépaysement est très forte.À la pourvoirie du Lac Saint-Pierre, trois douzaines de bateaux de toutes tailles sont amarrés. Nous devions y faire étape pour la nuit — on y prépare, dit-on, une excellente friture de perchaudes —, mais les vents du lendemain s’annoncent défavorables. « Faites attention sur le lac Saint-Pierre, il est dangereux », nous prévient Nicolas, le pompiste du port de plaisance, le genre de petit débrouillard qu’on ne voit qu’à la campagne.Finalement, nous poursuivons notre chemin vers l’auberge Le Nid d’Aigle, près de Maskinongé, en face de la dernière île de l’archipel. Nous abordons devant l’auberge au moment où éclate un gros orage, qu’André et moi appréhendions depuis deux heures.Le port de plaisance, un peu défraîchi après sa deuxième faillite, est tenu par Raynald et Shantha Codey, de Terrebonne, qui l’ont racheté moins d’un mois plus tôt. Raynald est entrepreneur en construction. Shantha, originaire du Laos, a grandi à Sherbrooke, où elle a débarqué en 1979, à l’âge de trois ans, avec sa mère, ses cinq frères et sœurs et trois neveux. « Beau projet de rénovation ! » dit cette survivante que rien n’arrête.Au bar du Nid d’Aigle, nous tombons sur deux authentiques « agrès » — appelons-les Robert et Roméo —, qui font depuis toujours les 400 coups dans les chenaux. Nous ne sommes pas encore assis que Roméo nous raconte comment, à 12 ans, il braconnait les ouaouarons « au dard » (au harpon), avec son fanal et sa chaloupe. « On sortait ça au baril de 45 gallons ! » Ce genre de chasse est maintenant réglementée : « Une chance pour les ouaouarons ! » s’exclame Roméo dans un moment de lucidité, entre deux tournées. Roméo, qui a 47 ans et deux dents, vient d’obtenir son permis, après 14 ans à conduire son pick-up en toute illégalité. Mais ce n’est rien : il a piloté un hydravion pendant deux ans sans permis, avant de le couler, devant le port de plaisance, en 2006 ! « Attention au vent sur le lac Saint-Pierre. Visez la bouée 91, et n’y allez pas si le vent est du nord-est », nous répète sur tous les tons Robert, le plus sobre des deux.Le lac Saint-Pierre ! Cet élargissement du fleuve, large de 15 km et long de 25, se trouve entre Sorel et Trois-Rivières — son nom remonte au premier voyage de Champlain, en 1603, cinq ans avant la fondation de Québec. Presque entièrement bordé de marais, c’est un paradis pour les ornithologues, avec ses volées d’oies blanches et autres bipèdes ailés. L’Unesco l’a d’ailleurs désigné réserve de la biosphère. Pour les navigateurs, ce lac est la partie la plus dangereuse du fleuve : il est traître, imprévisible, cruel. Et tellement grand qu’on voit à peine de l’autre côté par beau temps. Comme presque personne n’habite ses rives, les repères sont rares. Au moindre coup de vent, il y monte une forte houle. À cause de sa faible profondeur, il est aisé de s’y échouer.Compte tenu de tous ces dangers, nous passons la troisième journée au Nid d’Aigle, attendant des conditions favorables. Et nous avons bien fait : le matin du départ, au quatrième jour, le lac est un miroir que pas une vaguelette ne vient rider, et nous avançons dans les hautes herbes sans tracas. Non loin devant, nous apercevons des perches et une chaloupe qui tourne autour. Nous nous approchons.Coup de bol : ce pêcheur, Roger Michaud, est le pêcheur, avec sa grosse barbe, ses gants, son gros pantalon de caoutchouc et sa grosse barque équipée d’un puissant moteur. « Je suis un des derniers survivants parmi les pêcheurs commerciaux. » Depuis 30 ans, cet habitant de Maskinongé ajuste ses perches et hale ses verveux (filets en forme d’entonnoir). Dans ses viviers, des anguilles et des barbottes — ces dernières forment la base de la gibelotte de Sorel, la bouillabaisse locale, dont il est devenu le fournisseur officiel. « On était 42 il y a 10 ans et on n’est plus que 6 depuis que l’État rachète les permis. Mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse, à 53 ans ? Il faudrait que je me recycle. Alors je garde mon permis. »Après l’embouchure de la Yamachiche, nous coupons à travers la dernière grande baie du littoral pour retrouver le courant du fleuve, dans l’espoir de doubler Trois-Rivières avant la fin du jour. Nous ne sommes pas très inquiets de nous éloigner de trois kilomètres de la rive : le temps est tranquille.Pas pour longtemps. Moins d’une demi-heure plus tard, d’énormes nuages sombres courent vers nous. Leur reflet dans le lac d’huile est sublime… et menaçant. Nous décidons de piquer droit vers le rivage. Il n’y a aucun vent, mais une houle étrange se lève. Quelques minutes plus tard, des éclairs raient le ciel à une dizaine de kilomètres derrière nous, produisant des roulements de tonnerre qui s’achèvent par un fracassant bloub-bloub, comme si la foudre fendait l’eau !Nous abordons sur une large plage, devant le clocher de Pointe-du-Lac, comme l’orage est presque sur nous. Je marche vers un homme qui prend des photos de la tempête avec ses deux mousses.« Il y a un dépanneur près d’ici ?— À sept kilomètres.— Un guichet automatique ?— À 300 mètres. Vous cherchez un refuge ? »Nous courons chez lui au moment où les premières rafales frappent : les feuilles volent dans toutes les directions. J’apprendrai le lendemain que nous avons évité ce même front qui a semé l’émoi autour de Montréal, avec sept camions renversés sur le pont Champlain, des grêlons gros comme ça et 315 000 abonnés d’Hydro-Québec débranchés.Vers 17 h, le beau temps est revenu, mais la houle et le vent restent forts. Nos hôtes, Gary Provencher et sa conjointe, Isabelle Ferron, nous gardent chez eux pour le souper et la nuit. Comme ils ont parcouru de grands bouts du fleuve en kayak, ils sont parmi les rares personnes que nous avons croisées à penser que notre aventure est parfaitement normale. Il se trouve que Gary est capitaine et pilote de cargos sur le Saint-Laurent : il a navigué sur toutes les mers du globe et obtenu tous les grades, de simple matelot à capitaine. Il a choisi et rénové cette maison, qui fait face à la seule plage libre de la région, par amour du plein air. Nous passerons la soirée à recevoir ses conseils de navigation.Au matin du cinquième jour, nous filons sous le pont Laviolette, fraîchement rénové et tout pimpant. Trois-Rivières, qui fut salement défigurée par un incendie qui a ravagé le tiers de la ville en 1908, est assez jolie vue du fleuve, si on fait abstraction des usines à papier. Nous nous arrêtons pour manger à la cafétéria du sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, à Cap-de-la-Madeleine. « On a vu votre canot approcher ! » nous disent les employées du restaurant, renversées d’apprendre que nous sommes partis de Montréal cinq jours plus tôt. Beau pèlerinage !Cet après-midi, un vent très fort nous pousse à 12 km/h, soit le double de notre vitesse moyenne, 6,5 km/h, déjà très rapide pour un canot. Un riverain nous envoie un signal lumineux codé. Mon morse étant assez rouillé, je le salue de la main. Après le village de Champlain, des orages nous retardent, puis le vent tombe. Loin avant Batiscan, nous ressentons la marée montante, dont l’amplitude est encore de moins de 60 cm, mais qui a pour effet d’annuler le courant.Nous arrivons vannés au Gîte au Bois Dormant, dans l’embouchure de la rivière Batiscan, après une longue journée de 55 km en sept heures, notre record. Ginette Lajoie, la propriétaire, nous attend avec une… brouette pour nous aider à « portager » jusqu’au gîte, de l’autre côté du port de plaisance. Constatation faite, elle contacte son mari, qui viendra nous prendre en 4 x 4 et remorque.Au restaurant du port de plaisance de Batiscan, tandis que le soleil se couche, André et moi étudions l’horaire des marées et les atlas des courants de marée, car c’est l’influence du fleuve qui rythmera nos prochains jours. Compliquée, la marée : les heures de haute et de basse marée sont différentes à Batiscan, Portneuf, Neuville et Québec. Par-dessus le marché, la marée agit comme une grosse vague qui renverse le courant quand elle monte. Elle a déjà sauvé la Nouvelle-France contre la flotte anglaise. Alors respect !Le matin du sixième jour, nous repartons à 8 h en sachant que nous profiterons d’une marée descendante jusqu’à 11 h 15 environ. Malgré le vent du nord, qui nous est contraire et qui produit de courtes vagues assez désagréables, le puissant courant nous porte à près de 10 km/h. Pour en bénéficier au maximum, nous longeons le chenal des grands navires, dont certaines bouées se déhanchent violemment.André est un peu nerveux, car Gary Provencher nous a rappelé l’existence des rapides Richelieu, devant Deschambault. André imagine un monstre, genre rapides de Lachine. Finalement, ils n’ont de rapides que le nom : le passage est étroit à marée basse, mais les cargos s’y engagent à marée haute. Les énormes rochers qui le bordent à marée basse sont les vestiges d’un formidable obstacle sur le fleuve. Avant les grands travaux de dragage du 19e siècle, les goélettes ne se risquaient à franchir ces rapides qu’à marée montante, le vent dans le dos, et rarement sans un pilote chevronné. Champlain ne s’y était pas trompé : dès 1633, sur l’île Richelieu, en bordure des rapides, il avait établi le poste de traite le plus avancé à l’ouest de Québec — il avait même fait fortifier l’île pour défendre le goulet. Et jusque vers 1850, la région est demeurée une escale importante, comme en témoignent les importants quais de Portneuf et de Grondines.Après les rapides Richelieu, il est midi et nous traversons pour la première fois vers la rive sud du fleuve, pour nous arrêter à Pointe-Platon, en contrebas du Domaine Joly-De Lotbinière. Nous y passerons trois belles heures sur la grève, en attendant la marée descendante, à regarder les cargos remonter avec la marée et à haler notre canot aux 10 minutes — la marée est de près de 2,5 m à Portneuf ce jour-là. Les galets sont doux sous les pieds. Il y a de gros rochers ronds et des saules paresseux.Vers 15 h 30, la marée redevient favorable et nous repartons. À quelques kilomètres en aval, un peu après Donnacona, le fleuve cesse de zigzaguer. Nous pouvons alors apercevoir les structures des ponts de Québec, 40 km plus loin.À Neuville, notre dernière étape, la nuit sera courte, car il faudra se lever à l’aube pour profiter, encore une fois, de la marée descendante. Nous déjeunerons sur l’eau, entre les bouées Q18 et Q20, en nous laissant porter par le fort courant. Nous avancerons si vite que nous franchirons les ponts de Québec avant que notre photographe ait pu prendre position. Finalement, à 10 h 30, le Château Frontenac se dressera à gauche, sur le cap, juste au-dessus de nous.Notre périple se termine en beauté à la marina du Bassin Louise, où l’éclusier, totalement enthousiasmé par notre voyage, accepte de laisser passer notre petit canot, même si nous n’avons pas la réglementaire radio VHF marine : nous sommes son premier canot ! Il veut même prêter sa petite péniche d’éclusier à notre photographe pour qu’il puisse avoir les meilleures prises de vues — la perspective sur la Haute-Ville est unique, avec le Grand Séminaire à l’avant-plan.Pour nous accueillir, des supersoniques fendent le ciel à basse altitude (en fait, ils répètent leur numéro pour le spectacle aérien du lendemain) et Robert Lepage finit ses tests de son pour le spectacle du 400e. Nous accostons en grande pompe, c’est-à-dire à côté de la pompe à essence de la marina, à midi, sous un ciel radieux et en l’absence de foule en délire. Histoire de profiter des douches, nous allons nous inscrire à la marina.« Votre longueur ? » me demande la préposée.— Pardon ?— Du voilier…— Du canot : 16 pieds.— Canot ? On n’a pas ça dans notre système. Mettons voilier ! »

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Deux Chrétien à la pêche

Notre dernière partie de pêche s’était terminée par une engueulade. Trente ans plus tard, je retourne pour la première fois taquiner la truite avec mon père. Je n’ai plus 13 ans : j’en ai 43. Malgré cela, je sens mon estomac se nouer. Serai-je à la hauteur de tout ce que mon père m’a enseigné ? Serai-je un bon pêcheur ? « Tiens la ligne entre ton pouce et ton index, et ne la relâche qu’à la fin du lancer. Quand elle sera à l’eau, laisse-la caler un peu. Puis ramène-la. Assez lentement pour attirer le poisson, mais pas trop, sinon tu vas te prendre au fond. » Combien de fois m’avait-il répété cette leçon de pêche 101 ? Nous sommes au milieu du lac Van Bruyssel, à la pourvoirie du lac Moreau, dans Charlevoix. Pendant trois jours, loin du béton et de l’asphalte, mon père et moi renouons avec un loisir familial qui a marqué mon enfance. Tout autour, les montagnes tranchent sur le ciel bleu. Des oiseaux chantent au loin. À part eux, seules la brise qui froisse la surface de l’eau et les vagues qui clapotent contre la chaloupe rompent le silence. Sur la rive, un orignal boit à grandes lampées, sans un regard pour nous. Mon père a tenu à ce que nous mettions la chaloupe à l’eau dès notre arrivée. Pas question de perdre du temps précieux à faire le tour des lieux. Mon premier lancer décrit un arc parfait et retombe avec un petit ploc sympathique. Je retiens un sourire de fierté : je sais que mon père m’observe du coin de l’œil. Il lance à son tour. Une fois, deux fois, trois, puis quatre. Rien à faire, ça ne mord pas. Ça fait la fine bouche. Ça se laisse désirer. Soudain, à une dizaine de mètres de notre embarcation, une truite saute, gobe un insecte qui passait par là, puis replonge. « Allons-y », dit mon père, excité et ragaillardi. Et là, tout autour de la chaloupe, des dizaines de minuscules truites gigotent. C’est la pêche miraculeuse qui nous attend ! Je lance ma ligne et… elle se prend au fond, puis casse. Moment redouté. Mais mon père, pourtant de nature bouillante, aborde le problème avec un côté zen étonnant. Décidément, rien ne l’atteint sur ce lac. Il ouvre son coffre, en sort fil et hameçon et me monte une nouvelle ligne avec la dextérité d’un chirurgien.Tout à l’heure, en roulant jusqu’ici, je songeais aux nombreuses expéditions en forêt que j’avais faites avec lui. J’essayais de comprendre pourquoi j’avais cessé de l’accompagner. L’adolescence ? Le désir de me démarquer de cet homme de lacs et de rivières qui élève au rang d’expérience mystique le portage — canot, glacière, moteur, attirail — dans une forêt hostile avec ses nuées de brûlots assoiffés ? Je me demandais aussi quelle serait son attitude. S’impatienterait-il si je lançais mal ? Et de quoi parlerions-nous ? Serions-nous condamnés au silence ?En fait, le silence, il a fallu se l’imposer, du moins sur l’eau. Si l’on veut que la truite succombe à l’offrande que nous lui passons sous le nez, il faut se la fermer.La valse des cannes reprend. Je lance ma ligne à tribord, mon père, à bâbord. Soudain, une touche ! J’émerge de la torpeur dans laquelle le cliquetis du moulinet m’avait plongé. D’un coup de poignet, je ferre le poisson. La remontée s’amorce. Des ridules marquent la surface de l’eau. La canne ploie, la ligne tremble, la prise résiste. Elle est sans doute énorme ! J’imagine son ventre dodu et je salive à l’idée de sa chair délicate et saumonée. Dans ma tête, l’Hymne à la joie joue en boucle ! Puis, plus rien. La prise a filé. Avec le ver.Ce premier jour, nous n’avons rien attrapé d’autre que des « ouitouches », comme mon père appelle les truites qui sont trop petites pour finir sur le gril. C’est à regret que je les ai remises à l’eau. Car je l’avoue, je pêche pour la casserole. Mais un autre pêcheur en profitera bien un jour. Nous mangeons quand même comme des rois. La pourvoirie du lac Moreau, membre du réseau de 600 pourvoiries disséminées sur le territoire québécois, accueille les pêcheurs qui aiment le luxe. « C’est la plus chère du Québec, surtout en raison de notre table », s’enorgueillit Jacquelin Tremblay, qui en est le propriétaire depuis 1990. L’auberge en bois rond, plantée au cœur de la pourvoirie, abrite un restaurant qui ferait pâlir d’envie bien des grandes tables de Montréal. Sa cave — 2 000 bouteilles, dont certaines coûtent jusqu’à 900 dollars —, ses repas cinq services, même le midi, incitent à passer autant de temps à table que sur l’eau. « Si on ne prend pas de poisson, au moins on aura bien mangé ! » se réjouit mon père.Jacquelin Tremblay fait remarquer que ses clients (de 1 500 à 2 000 par été) ne viennent pas tous pour pêcher. « Nous recevons beaucoup d’Européens qui veulent profiter du grand air et apprécier le paysage exceptionnel », dit-il. Pour lui, le séjour dans la nature sert d’abord à se détendre, à se réapproprier le silence. « Que l’on fasse une bonne pêche ou non importe peu », ajoute ce biologiste de formation. Mon père lui donne raison : « Le plaisir, c’est l’évasion, le calme, s’éloigner des tracas de la ville. » Ce qui ne les empêche pas, lui et mes oncles, de se lever à 5 h pour profiter de la pêche à l’aube, lorsqu’ils « s’évadent » à leur camp de pêche. Car le matin, les truites sont en période « d’activité alimentaire intense », comme l’écrit René Fallet dans Les pieds dans l’eau (Mercure de France). Mon père le sait et s’attarde rarement pour boire un deuxième café. Il peut bien prétendre aimer le calme, il suffit de voir le soin qu’il apporte à la cuisson de ses truites pour comprendre que ce qu’il aime par-dessus tout, c’est rentrer de la pêche la besace bien remplie. Et épater ses convives.De mon côté, c’est plus fort que moi. Je me suis mis à saliver dès que j’ai pris ma première truite. Mon père et moi n’avons pu nous faire à l’idée de tout remettre à l’eau : notre besace s’est peu à peu remplie et la fin de semaine a filé.Au moment de quitter mon père, je lui ai demandé s’il se rappelait notre dernière partie de pêche, 30 ans plus tôt. « Non. » L’engueulade qu’il m’avait passée ? « Non. » Mon cousin et moi, fatigués de pêcher avec nos pères, étions revenus à la camionnette. Pour tuer le temps, nous avions fait voler en éclats des bouteilles vides en les lançant contre des rochers en bordure du chemin de terre. Nos paternels avaient rappliqué et nous avaient engueulés comme du poisson pourri ! Au rappel de ce souvenir, mon père éclate de rire : « J’ai eu bien raison de te faire la leçon ! »Le dossier est clos ! Et moi, il me reste 30 ans de pêche à rattraper. De jeunes adeptes de la pêcheLa popularité de la pêche n’a jamais fléchi au Québec, selon la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), société d’État chargée de gérer et de développer les territoires naturels. Pourtant, de 1995 à 2007, le nombre de permis délivrés par le ministère des Ressources naturelles du Québec est passé d’un peu plus d’un million à environ 750 000. « C’est que les permis sont désormais familiaux et non plus individuels », dit Daniel Lebœuf, directeur des communications de la SEPAQ. Il y aurait tout de même 1,2 million de personnes qui vont à la pêche au moins une fois par année au Québec. « C’est pas mal, ajoute-t-il. Surtout que les jeunes, de nos jours, ont tant d’autres choses à faire. »Bilal Jamaleddin, 19 ans, d’origine libanaise, fait partie des jeunes passionnés de la pêche à la mouche. Il y a été initié voilà sept ans, à la maison de jeunes Le point de mire, à Verdun, où ce sport est au centre des activités. « Ce que j’aime le plus, dit-il, ce n’est pas d’attraper des poissons, c’est d’être au grand air, les deux pieds dans la rivière. » Propos qui font plaisir au directeur du Point de mire, Mario Viboux. En fait, la dizaine de membres du groupe de pêche gracient presque systématiquement leurs prises. Ils les remettent à l’eau. « De nos jours, on n’a plus besoin de pêcher pour se nourrir », dit le directeur à la longue tignasse noire.Va pour les barbottes et les crapets-soleils pêchés dans le fleuve. Mais il y a quelques années, Bilal a attrapé un saumon en Gaspésie. « Je me suis battu avec lui pendant 20 minutes afin de le sortir de l’eau, raconte-t-il avec fierté. Pour le remercier de l’expérience qu’il m’a fait vivre, je l’ai remis à l’eau. » Dire qu’à une autre époque Jésus lui-même a usé par deux fois de ses divins pouvoirs pour remplir de poissons les filets de pêche de ses apôtres !

Montréal-Québec en canot Santé et Science

Montréal-Québec en canot

Le journaliste Jean-Benoît Nadeau et son équipier André Racette ont pagayé pendant sept jours pour se rendre dans la capitale québécoise. Voici les images de leur aventure, au fil de l’eau…

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L’actualité dans le cyberespace

Les leaders de la croissance 2007: Grandir Incognito Anti-logiciel espion, antivirus, antifraude, contrôle parental, sauvegarde automatique des fichiers : Radialpoint propose une demi-douzaine de services à plus de deux millions de clients, qui ignorent pourtant son existence ! Par René Lewandowski Publié dans L’actualité, le 1er juillet 2007 Petit lexique des logiciels de sécurité Par René Lewandowski Publié dans L’actualité, le 1er juillet 2007 La folie Facebook Avec 200 000 nouveaux adeptes chaque jour, le site de réseautage Facebook se répand comme un virus autour de la planète. Effet de mode ou prochain Google ? Visite dans un univers en explosion. Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité du 1er décembre 2007 Le web à deux vitesses ? Des parlementaires américains tentent de préserver l’accès universel à la Toile. Les grandes sociétés de télécommunications, elles, rêvent de changer tout ça… Par Jean-Cosme Delaloye Publié dans L’actualité du 1er mai 2007 Mon journal en plastique Votre quotidien ou votre magazine préféré téléchargé sur un même support mince et flexible? C’est pour bientôt. Afin d’essayer les prototypes déjà existants, nos reporters sont allés au Japon, en Europe et aux États-Unis. Par Isabelle Grégoire et Michel Arseneault Publié dans L’actualité du 15 novembre 2006 Internet à pédales ? Non merci ! Télécharger une banque de données à l’aide d’une connexion Internet téléphonique ? Bonne chance. Mais bien souvent, c’est le seul moyen pour les internautes en région. Qui en ont marre. Et qui s’organisent. Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité du 15 octobre 2007 Qui contrôle vraiment Internet? L’administration américaine doit faire connaître d’ici la fin de septembre si elle entend garder son droit de veto sur la gouvernance d’Internet. Par Roch Côté Publié dans L’actualité du 1er octobre 2006 Allô la planète Le cyberespace permettait déjà d’échanger courriels, photos et vidéos. On peut maintenant y tenir des conversations. Le monde de la téléphonie Internet risque de bouleverser nos habitudes, en bikini comme en complet-veston. Par René Lewandowski Publié dans L’actualité du 15 juin 2006 Tasse-toi, ti-gars! Le cyberespace n’est pas qu’un jardin de roses. Au-delà des aubaines et des rendez-vous coquins qu’on peut y trouver, la violence, le harcèlement et l’indimidation – bien réels –sont aussi au menu. Par Isabelle Grégoire Publié dans L’actualité du 1er décembre 2005 Les meilleurs sites québécois où acheter Par René Lewandowski Publié dans L’actualité du 1er décembre 2005 Le français tisse sa Toile Pour les francophones, les séjours dans le cyberespace peuvent parfois s’avérer frustrants. Mais il y a de l’espoir au bout de la souris ! Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité du 1er décembre 2005 Au blogue, citoyens! La planète compte des dizaines de millions de blogueurs. Nous préparent-ils la démocratie de demain ou une indigestion de blabla ? Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité du 1er décembre 2005 Québec en ligne : veuillez patienter Les sites des ministères sont beaux et bien faits. Mais trop souvent inutiles. Par Marie-Eve Cousineau Publié dans L’actualité du 1er décembre 2005 Radio en liberté Télécharger son émission favorite pour l’écouter plus tard dans le train ou le métro: la baladodiffusion, c’est la radio qui largue les amarres! Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité du 1er décembre 2005 Guide Internet de la vie la moins chère Le commerce électronique fête ses 10 ans. Et la révolution que des experts prédisaient est sur le point de se réaliser. Par René Lewandowski Publié dans L’actualité du 1er décembre 2005 Une ferme d’ordinateurs? Bien sûr que non. Mais alors comment traduire compute farm? Chez Sun Microsystems, des pros ont planché pendant quatre ans pour traduire des concepts jusque-là exprimés en anglais seulement. Par Jean-François Gazaille Publié dans L’actualité du 15 octobre 2004

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‘FWD : Ceci est faux’ – Les rumeurs sur Internet

Vous prenez vos courriels un bon matin et, dans le courriel d’un bon ami, vous lisez la chose suivante: « Si vous êtes forcé par un voleur à retirer de l’argent à un guichet automatique, faites votre NIP à l’envers, et la police arrivera sur le champ. Faites suivre cette information à tous vos contacts ! » Il y a plusieurs raisons pour ne pas faire suivre ce genre de message. La première, c’est qu’en le faisant, on prend le risque de faire circuler son adresse électronique, donc d’attirer les pourriels. La deuxième, c’est qu’il vaut la peine de faire quelques vérifications au préalable. Tout ou partie des avertissements de ce genre est faux. La Sûreté du Québec, qui y est de plus en plus confrontée, a mis en ligne une page recensant les principaux canulars en circulation. Celle-ci, nous dit-on, sera mise à jour régulièrement. Heureusement, si Internet excelle dans l’art de faire passer des mensonges pour des vérités, il est tout aussi bon dans l’art de les débusquer. Il existe plusieurs sites qui se spécialisent dans la déconstruction de ces mythes modernes. Snopes est le site anglophone le plus connu. Malgré leurs noms, HoaxBuster et Hoaxkiller sont des sites francophones. « Oui mais, se dit-on, faire suivre un courriel pour aider à retrouver une fillette perdue, ça ne peut pas faire de mal ? » Non ? Parlez-en à Monzine Jang, une employée de l’Université de Calgary. Après qu’elle a fait suivre un courriel sur la disparition d’une certaine Penny Brown, sa signature automatique, contenant son nom, sa signature son numéro de téléphone et son adresse électronique est apparue au bas du message. Les personnes qui ont ensuite lu le courriel en ont conclu que Monzine était la mère de l’enfant. L’université a dû désactiver son compte courriel, et un message vocal de rectification a été enregistré pour informer la centaine de personnes qui appelaient chaque jour à ce sujet. Vérification faite, il s’avère aussi qu’aucune Penny Brown n’est portée disparue… Voilà un exemple qui fait réfléchir… mais nul besoin d’envoyer un courriel à tout le monde pour leur en faire part ! Quant à l’histoire (fausse) du NIP à l’envers, elle s’est tellement répandue que la police a communiqué avec le Mouvement des caisses Desjardins pour qu’il émette un démenti. Revenir à la section Technouilles