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EEStor

Cette société texane dit avoir mis au point un nouveau type de supercondensateur qui pourrait fournir au moins deux fois plus d’électricité, pour un même poids, que la meilleure batterie existante. ZENN, entreprise torontoise qui construit ses petites voitures électriques à Saint-Jérôme, a annoncé en mars qu’elle vendrait dès 2009 sa première voiture équipée de ces supercondensateurs. La cityZENN aura une vitesse maximale de 125 km/h, une autonomie de 400 km et pourra être rechargée… en moins de cinq minutes ! Prix annoncé : entre 25 000 et 30 000 dollars.

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La forêt comme une arme

L’acteur américain Leonardo DiCaprio et le groupe rock Pink Floyd le sont depuis quelques années. Les boutiques Body Shop aussi. La ville de Newcastle, en Angleterre, est en voie de le devenir, tandis que le Congrès forestier mondial, qui s’est tenu à Québec en septembre 2003, le sera dès le printemps. Et vous, serez-vous un jour carbo-neutre?La « carbo-neutralité » est la toute dernière trouvaille des amants de la nature pour lutter contre le dioxyde de carbone (CO2), une des principales causes du réchauffement de la planète. Leur outil? Les arbres. Des millions d’arbres, qui, pour croître, se nourrissent du CO2 qu’ils captent dans l’atmosphère. Pour obtenir un bilan carbone neutre, il suffit de planter assez d’arbres pour absorber la même quantité de CO2 que l’on émet, par exemple, en conduisant sa voiture.Une entreprise britannique, Future Forests, a flairé la bonne affaire. Elle vend des crédits de carbone. En d’autres termes, ses clients la paient pour qu’elle plante des arbres en leur nom, certificat à l’appui, afin de compenser les émissions de CO2 dont ils sont responsables. Le prix: une vingtaine de dollars l’arbre. D’après les calculs de Future Forests, six arbres suffisent pour neutraliser les émissions annuelles de CO2 d’une voiture de taille moyenne, tandis qu’il en faut huit pour rendre carbo-neutre une résidence familiale de trois chambres à coucher. Bien sûr, rien n’empêche ceux qui n’ont que faire du certificat délivré par Future Forests de planter eux-mêmes leurs arbres.Des sociétés européennes ont compris qu’il est désormais de bon ton d’être carbo-neutre et elles ont repris l’idée pour en faire un outil de marketing très tendance. Lors du lancement de son modèle Demio, en 1998, Mazda s’est engagée auprès des acheteurs britanniques à planter cinq arbres en leur nom, question de compenser le CO2 libéré par la voiture au cours de la première année d’utilisation. L’entreprise de location de véhicules Avis voit vert, elle aussi. En Europe, elle plante pour chacun de ses clients le nombre d’arbres correspondant à la quantité de gaz carbonique que la voiture aura produit pendant la période de location.Ce qui est bon pour Leonardo DiCaprio l’est aussi pour les grands pollueurs. Se fondant sur le principe de la carbo-neutralité, des géants canadiens – dont certaines sociétés pétrolières – se sont découvert une passion dévorante pour les arbres et en plantent à qui mieux mieux, créant ce qu’on appelle des « puits de carbone ». C’est le grand retour à la terre! ATCO Pipelines, BC Hydro, Shell Canada, Ontario Power Generation, Nova Scotia Power, Gulf Canada et Petro-Canada, entre autres, ont fait des arbres leurs alliés dans la lutte contre les gaz à effet de serre. La plupart de ces sociétés se sont associées à la Fondation canadienne de l’arbre pour créer des forêts. En une décennie, la Fondation a repiqué 75 millions de plants au Canada. Assez pour couvrir d’arbres 50 000 hectares. C’est l’île de Montréal au complet.À elle seule, la société Shell Canada a, depuis 2001, reboisé 407 hectares de terres agricoles abandonnées dans la région de Fort Saskatchewan, au nord d’Edmonton. En tout, 445 000 épinettes, peupliers, pins, bouleaux, trembles et érables ont été plantés. Au cours des 80 prochaines années, ils absorberont ensemble 236 000 tonnes de CO2.Mais si l’on considère que, en 2002 seulement, Shell Canada a rejeté 7,2 millions de tonnes d’oxyde de carbone dans l’atmosphère, ces 236 000 tonnes captées en 80 ans ne pèsent pas bien lourd dans la balance. « La plantation d’arbres n’est qu’une des solutions adoptées en vue d’améliorer notre bilan environnemental, précise Ronnie Sadorra, conseiller au Bureau des changements climatiques de Shell. Par exemple, nous générons notre propre électricité grâce à une turbine alimentée avec nos rejets thermiques. Nous évitons ainsi d’acheter celle produite par les centrales au charbon d’Alberta Power. »Les forêts sont considérées comme des puits de carbone depuis la signature du protocole de Kyoto, en 1997. Selon les termes de cette entente internationale, les pays signataires ont jusqu’en 2012 pour ramener leurs émissions de gaz à effet de serre à un niveau inférieur à celui enregistré en 1990. Pour le Canada, cela signifie procéder à une diminution de 240 millions de tonnes par année, l’équivalent de la pollution causée annuellement par 60 millions de voitures! S’il n’y parvient pas, le nombre de tonnes qu’il n’aura pas réussi à supprimer, plus une pénalité de 30%, sera ajouté aux objectifs que lui fixera un éventuel Kyoto 2. Ainsi, s’il lui reste un excédent de 20 millions de tonnes de gaz à effet de serre, il devra en éliminer 26 millions, en plus des nouvelles exigences. Les entreprises devront contribuer, sous peine d’amendes. « Mais sans l’apport des arbres, le Canada ne parviendra jamais à atteindre l’objectif fixé par Kyoto », estime le forestier Fabrice Lantheaume, directeur des produits forestiers à SGS, une entreprise de certification internationale qui a des bureaux à Montréal.La carbo-neutralité fait aussi une percée au Québec. Et avec éclat: on y a organisé la plus importante manifestation carbo-neutre de l’histoire. Rien de moins. En septembre 2003, à Québec, les 5 000 participants au Congrès forestier mondial ont pollué. Beaucoup. Leur transport – par avion, automobile ou autocar – a généré 8 000 tonnes de CO2 en sept jours, soit l’équivalent des émissions de 2 000 voitures… en un an. Or, grâce aux 13 600 arbres qu’elle plantera ce printemps dans l’est de l’Ontario, la Fondation canadienne de l’arbre « neutralisera » le tout. « Bien des gens voient les arbres comme une source de deux-par-quatre , dit Jeffrey Monty, président de l’organisme. Pour nous, ce sont des machines à air pur. »Le principe de la séquestration du carbone est simple. Les arbres absorbent ou « inspirent » du CO2 et en conservent le carbone, qui entre dans la composition du bois. Ils rejettent ou « expirent » ensuite l’oxygène. « Plus les arbres capteront de CO2, moins important sera l’effort que les entreprises devront fournir pour permettre au Canada de respecter l’engagement pris à Kyoto », explique Fabrice Lantheaume.Autrefois vice-président de l’Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN), Fabrice Lantheaume certifie des forêts depuis huit ans. Il inspecte les exploitations forestières des entreprises qui en font la demande afin d’attester qu’elles satisfont aux normes environnementales – FSC, ISO, SFI, etc. (voir « Le bonheur est dans le bois… certifié! », 1er mars 2001) – pour lesquelles elles souhaitent obtenir une certification. Son employeur, SGS, certifie depuis 1999 la quantité de carbone séquestrée par les arbres. La fondation Face (acronyme de Forests Absorbing Carbondioxide Emissions), ONG néerlandaise qui se consacre à la promotion de la gestion durable des forêts, a confié à l’entreprise la certification d’une forêt qu’elle a aménagée en Ouganda en 1994. Une fois la certification obtenue, Face compte vendre aux grandes sociétés pollueuses des crédits de carbone provenant de cette forêt. Un droit de polluer, quoi! « Jusqu’à un certain point, admet Fabrice Lantheaume. Mais jamais les puits de carbone ne neutraliseront la totalité des émissions de gaz à effet de serre d’une entreprise. Il y a des limites au potentiel d’absorption des arbres. »Une Bourse du carbone, fonctionnant sur le même principe qu’un marché où se négocient des actions, est en train de voir le jour à Chicago. Au lieu d’actions, on y échangera des crédits de carbone! Des ONG environnementales comme la fondation Face de même que des entreprises qui auraient réussi à réduire plus que prévu leurs émissions de CO2 pourront y « vendre » leurs surplus.La possibilité que des sociétés aménagent des forêts dans un pays autre que celui où elles polluent a été entérinée en 2001, à Marrakech, après des débats houleux entre les signataires du protocole de Kyoto. Pour les entreprises, le reboisement dans les pays chauds comporte un avantage non négligeable: les forêts y poussent rapidement. Elles ingurgitent donc beaucoup de carbone. Par exemple, une forêt d’eucalyptus croît 20 fois plus rapidement que la forêt boréale québécoise. Elle séquestre donc 20 fois plus de carbone, ce qui signifie 20 fois plus de crédits… Par contre, l’eucalyptus est avide d’eau et il assèche les sols. La validité de ces crédits de carbone divise toutefois l’Amérique et l’Europe, même si les forêts devront être certifiées par des entreprises reconnues par l’ONU, qui se chargera de compiler les données et de tenir un registre officiel. Le Canada, les États-Unis ainsi que l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Japon y souscrivent, tandis que la plupart des pays d’Europe se montrent sceptiques quant à leur utilité. La Suisse, en particulier, s’inquiète. « Nous avons des réserves sur ces projets d’échange de crédits de carbone à l’échelle internationale, car nous craignons que la quantité de carbone séquestrée ne finisse par être surévaluée », dit Markus Nauser, collaborateur scientifique à l’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage du gouvernement helvétique.Dans son bureau de l’arrondissement de Pointe-Claire, dont la seule fenêtre donne sur un boulevard très fréquenté, Fabrice Lantheaume est à mille lieues des puits de carbone. Rasé de près, la cravate bien nouée, il est aussi très loin de l’image qu’on se fait du forestier. Pourtant, il passe au moins quatre mois par année en plein bois. Pour évaluer la séquestration de carbone d’une forêt, le certificateur observe la composition de celle-ci, la diversité des essences, l’âge des arbres, la limpidité des ruisseaux, etc. Puis, il délimite un échantillon d’un certain nombre d’arbres, mesure le diamètre des troncs et calcule ainsi, par extrapolation, la croissance de la forêt et la quantité de CO2 qu’elle captera.Selon les accords de Marrakech, seule l’augmentation de l’absorption de carbone résultant de gestes concrets faits par l’homme – comme le reboisement ou le réaménagement de terres boisées – entre dans le calcul des crédits. La croissance naturelle des arbres n’est pas prise en compte. « Ce serait beaucoup trop simple! » dit Fabrice Lantheaume.Au Canada, les experts gouvernementaux accueillent plutôt bien l’aménagement des puits de carbone, tout en étant conscients qu’ils ne sont pas une panacée. « Leur rôle dans la lutte contre les gaz à effet de serre ne peut être que temporaire, car la séquestration de carbone par les arbres n’est pas infinie, dit Pierre Bernier, chercheur scientifique au Service canadien des forêts. Une fois que la forêt a fini de croître, elle ne capte presque plus rien. »Et si les arbres peuvent emmagasiner du carbone, ils peuvent aussi en devenir une source importante, d’où la mise en garde de Hank Margolis, professeur de science des écosystèmes à l’Université Laval. « Il suffit qu’une forêt soit détruite par une infestation d’insectes ou par le feu pour que tout le carbone séquestré par les arbres soit soudain rejeté dans l’atmosphère », dit-il. Les organismes québécois et canadiens de défense de l’environnement appuient du bout des lèvres le principe des puits de carbone. « Réduisons d’abord nos émissions polluantes et investissons dans les énergies renouvelables », dit Christine Lucyk, du Fonds mondial pour la nature Canada (WWF Canada).Pour Éric Duchemin, de l’Union québécoise pour la conservation de la nature, les puits de carbone sont intéressants dans la mesure où ils encouragent la reforestation. Mais gare aux excès, dit-il. « Il ne faudrait pas que l’on en vienne à raser des forêts vierges dans le but de capter du carbone en reboisant. »Les industries voudraient s’en remettre à la reforestation tous azimuts pour optimiser la séquestration de carbone qu’elles ne le pourraient pas. « Au Canada, nous estimons que, de 2008 à 2012, les puits de carbone absorberont environ 30 millions de tonnes de CO2 par année, soit 15% de l’effort à déployer pour atteindre nos objectifs fixés par le protocole de Kyoto », précise Michel Girard, du Bureau des changements climatiques du ministère de l’Environnement du Canada. Le reste devra provenir des améliorations technologiques apportées aux usines, de l’utilisation d’énergies propres, comme le vent et le soleil, et des efforts fournis par la population pour réduire sa consommation d’énergie.Quant à l’aménagement de puits de carbone à l’extérieur du pays, le Canada n’a pas l’intention d’y avoir recours. Les entreprises canadiennes qui voudront obtenir des crédits en aménageant des forêts hors frontières se verront imposer des limites. Pas question qu’elles continuent à polluer allégrement ici pendant qu’elles plantent des forêts d’eucalyptus au Chili, par exemple. « Au Canada, les crédits maximaux provenant de programmes d’atténuation des changements climatiques à l’étranger sont limités à six millions de tonnes par année », explique Michel Girard.Fabrice Lantheaume rappelle cependant que les gaz à effet de serre n’ont pas de frontières. « Ce que nous émettons ici peut se retrouver trois jours plus tard sous les tropiques et vice versa, dit le forestier. Ne perdons pas de vue que le réchauffement de la planète est un problème… planétaire. »

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Arbres au boulot!

Celle-là, la tordeuse des bourgeons de l’épinette ne l’a pas vue venir. Dans la lutte que lui livrent les humains, cette petite chenille verte pourrait affronter une nouvelle arme, fatale: l’épinette insecticide. Cet arbre a été créé de toutes pièces grâce aux progrès de la génétique. Des scientifiques sont parvenus à insérer dans son génome un gène de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt), qui entre dans la composition de l’insecticide biologique épandu sur les forêts du Québec. Bref, ils ont transformé les épinettes en fabriques d’insecticide. Dès qu’une tordeuse croque dans un de leurs bourgeons ou une de leurs aiguilles, elle avale du Bt. Et meurt. Après le maïs, le riz et le blé, après la tomate, le citron et la vigne, c’est au tour des arbres d’aviver l’ardeur les biogénéticiens. Depuis une dizaine d’années, des chercheurs, entre autres européens, chinois, américains et québécois, créent en laboratoire de nouvelles espèces aux propriétés étonnantes. S’il n’en tient qu’à eux, non seulement les épinettes produiront de l’insecticide, mais les eucalyptus pousseront plus vite, les pommiers viendront eux-mêmes à bout des champignons qui les infestent et les saules décontamineront les sols. Au milieu d’une clairière, dans une forêt au nord de Québec, 310 arbres transgéniques poussent depuis 2000 en formation serrée. Cette plantation, de 1 200 m2, a des airs de potager géant. Au lieu des rangs de carottes et de laitues, des peupliers et des épinettes. Outre le fait qu’ils sont plantés en retrait de la forêt, un peu comme des élèves en punition, rien ne les distingue de leurs cousins « naturels ». Même feuillage et même forme élancée pour les peupliers, mêmes aiguilles et même couleur vert bouteille pour les épinettes. Mais là s’arrêtent les points communs. Ces arbres sont une création de Nathalie Isabel et d’Armand Séguin, deux scientifiques du Service canadien des forêts, dont les bureaux et laboratoires voisinent avec l’Université Laval, à Québec. L’épinette Bt a nécessité une dizaine d’années de travail. Son effet insecticide a été éprouvé en laboratoire et en champ. Les épinettes et les peupliers des deux chercheurs servent donc essentiellement à étudier la persistance du gène greffé. Ces scientifiques observent si, avec les années, il continuera à s’exprimer ou s’il viendra à disparaître. Ils évaluent également si leurs arbres présentent des risques pour l’environnement et si le gène greffé finit par se retrouver dans le sol ou la flore tout autour. Depuis cinq ans, ils n’ont noté aucune contamination. « Lorsque les feuilles tombent, à l’automne, le gène présent dans celles-ci meurt avec elles », dit la généticienne Nathalie Isabel. Au Québec, la dernière épidémie de tordeuses des bourgeons de l’épinette a sévi de 1968 à 1987. Et la forêt y a goûté. Selon la Société de protection des forêts contre les insectes et les maladies (SOPFIM), les tordeuses auraient détruit plus de 235 millions de mètres cubes de bois, l’équivalent d’une décennie de récolte pour l’industrie forestière de la province. Malgré cela, la SOPFIM préfère des solutions moins draconiennes que la manipulation génétique. « Nous privilégions l’utilisation combinée de moyens dont l’efficacité est prouvée », dit l’ingénieur forestier Alain Dupont. Par exemple: l’épandage d’insecticide biologique, la sylviculture préventive – soit le reboisement avec des essences moins vulnérables à la tordeuse – et l’éclaircie précommerciale, qui consiste à couper certains arbres pour laisser plus de place à d’autres. Ceux qui restent ayant un feuillage plus abondant et plus fort, ils résistent mieux à la tordeuse. L’Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN) craint que la tordeuse ne devienne résistante à l’insecticide. Alors que l’épandage aérien du Bt est fait de façon ponctuelle, l’arbre sécrète celui-ci en permanence. Les insectes pourraient s’y habituer. « On risque de créer une super-tordeuse dont on ne sera plus capable de se débarrasser », dit Jean-François Lamarre, 30 ans, ingénieur forestier et chargé de projet pour les aires protégées et la foresterie. Devant ce mur d’appréhensions, les chercheurs se font rassurants. « Il existe déjà une panoplie de moyens pour éviter la création d’une super-tordeuse », dit le biologiste moléculaire Armand Séguin. « Et, de toute façon, il n’est pas question de reboiser le Québec avec ces arbres insecticides », ajoute sa collègue, en précisant qu’elle ne parle pas au nom de la planète entière… La Chine et la France, par exemple, ont créé des peupliers résistants aux insectes. Et en 2002, les autorités chinoises ont donné le feu vert à leur intégration en milieu naturel. Jusqu’à maintenant, rapportait en avril le quotidien China Daily, les peupliers transgéniques couvrent une superficie de 200 hectares, ce qui est peu en comparaison des 67 000 hectares reboisés avec des peupliers « naturels ». Pour les environnementalistes, ces peupliers, épinettes, eucalyptus et autres bouleaux transgéniques sont des arbres Frankenstein. « Les chercheurs jouent à l’apprenti sorcier », dit Jean-François Lamarre. « On ne crée pas des monstres! rétorque Nathalie Isabel. Ces arbres sont comme des souris de laboratoire. Ils nous aident à acquérir de nouvelles connaissances. » Greenpeace n’est pas rassuré pour autant. « Nous nous opposons à la dissémination des OGM dans l’environnement, car on ne connaît pas leurs effets à long terme », dit Éric Darier, responsable de la campagne contre les organismes génétiquement modifiés. Son commentaire trouve un écho en Finlande, où la recherche sur les arbres transgéniques est aussi avancée qu’au Québec et soulève autant d’inquiétudes. « Les scientifiques naviguent à courte vue, estime Hannes Tuohiniitty, président de l’Association finlandaise pour la biosécurité. Ils ne se préoccupent que de leur recherche, alors que les effets de leurs travaux se perpétueront sur des générations. » Cheveux châtain clair, yeux bleus, petit bouc roux lui barbouillant le menton, cet agronome de 28 ans porte un t-shirt beige arborant un message en faveur du retour aux fibres naturelles. Il vit près de Keuruu, à 250 km au nord d’Helsinki, dans un ekokylä, un écovillage. Sa petite localité de 25 habitants exploite une ferme biologique. Les moutons fournissent la laine; les poules, les oeufs; les vaches, le lait; et les arbres, le bois de chauffage. Difficile de faire plus écolo. Pour ce pur et dur, les arbres transgéniques ne respectent pas les principes du protocole de Carthagène sur la biosécurité. « Ne vous demandez pas pourquoi des groupes environnementalistes des quatre coins du monde exigent l’abandon de la recherche sur ces arbres. » En Finlande, les écologistes manifestent haut et fort leur opposition. Et dans ce pays de cinq millions d’habitants, traversé par le cercle polaire, ils ont joint le geste à la parole. En juin 2004, un commando d’environnementalistes a débarqué à Punkaharju, dans le sud-est du pays, où se fait presque toute la recherche en génétique forestière et où ont lieu les essais en pleine nature. Ils ont profité des quelques heures que dure la nuit estivale pour détruire la plantation du Metsäntutkimuslaitos, l’Institut de recherche forestière. Cela a ébranlé Tuija Aronen, chercheuse principale en génétique forestière à l’Institut. « Quatre cents bouleaux transgéniques ont été détruits, dit-elle, ce qui a anéanti cinq années de travail. » Nathalie Isabel et Armand Séguin ne craignent pas pareil coup d’éclat, car, assurent-ils, ils ont multiplié les mesures pour éviter que leurs arbres ne se reproduisent ou ne contaminent la nature environnante. « Nos peupliers sont des arbres femelles, précise Nathalie Isabel. Il n’y a donc aucun danger qu’ils rejettent du pollen dans la nature. » Mais ils pourraient être fécondés par le pollen des mâles « naturels » qui poussent non loin. D’où la surveillance accrue dont ils sont l’objet. « Toutes les deux semaines, dit Armand Séguin, nous inspectons la cime des arbres, à la recherche de fleurs. Dès qu’il en apparaît, nous les coupons. » Quant aux épinettes, qui portent les organes reproducteurs mâle et femelle, on les surveille de très près, même si les risques de propagation de l’espèce transgénique sont quasi nuls. « Les épinettes n’atteignent pas la maturité sexuelle avant l’âge de 10 ou 15 ans. Les nôtres n’en ont que 5 », dit Nathalie Isabel. À Greenpeace, on salue cette prudence, mais on émet tout de même des réserves. « Il faut être naïf pour croire que les scientifiques font de la recherche pour le plaisir », dit Éric Darier, pour qui il est évident que leurs travaux ont une implication commerciale. « Le jour où ces arbres seront plantés à grande échelle, ajoute l’environnementaliste au crâne rasé et aux lunettes mauves, je doute que les mêmes précautions soient prises. » Le Finlandais Hannes Tuohiniitty ne s’oppose pas, lui non plus, à la recherche: « Mais qu’on la fasse en serre. Pas dans la nature. » L’UQCN est encore plus catégorique. Les OGM, c’est non! Arbres, aliments et insectes confondus. « Les scientifiques créent des espèces qui n’existent pas à l’état naturel. Ils se prennent pour Dieu », lance l’ingénieur forestier Jean-François Lamarre. La remarque fait sourire Tuija Aronen, généticienne au Metsäntutkimuslaitos, situé à Punkaharju, où elle étudie la lignine, principal constituant, avec la cellulose, de la paroi des cellules du bois. Cette jeune femme de 38 ans, aux cheveux noirs et aux yeux noisette – une rareté dans ce pays blond aux yeux bleus -, n’a aucune prétention divine. Même si un évêque lui a déjà dit qu’elle était une collaboratrice de Dieu! Punkaharju, 4 500 habitants, égrène ses petites maisons de bois couleur acajou parmi les lacs et les eskers. La luxuriance de la végétation étonne: la municipalité se trouve à la même latitude que Salluit, dans le nord du Québec, où la végétation se limite à la mousse et aux lichens. Ici, pins, peupliers, bouleaux, sapins ont trouvé une température propice à leur croissance grâce au Gulf Stream, courant de l’Atlantique Nord qui réchauffe le climat européen. La route qui relie Helsinki à Punkaharju longe la frontière avec la Russie. Plus de 350 km de forêts, de lacs et de rares villages: la réserve faunique des Laurentides, montagnes en moins… et oeuvres d’art en plus. Pendant une partie du trajet, des sculptures monumentales égaient le paysage. Ici, une clôture d’une centaine de mètres de longueur transformée en partition musicale; là, un homme et une femme, grossièrement sculptés dans le granit, regardent passer les voitures; plus loin, une vingtaine de menhirs plantés à la queue leu leu bordent la route. À Punkaharju, une vingtaine de scientifiques – des Finlandais ainsi que des Espagnols, des Français et des Chinois – s’activent dans les laboratoires, les plantations et les serres de l’Institut de recherche. Ils se penchent sur trois essences en particulier: le mänty, le koivu et le kuusi (le pin, le bouleau et l’épinette), qui y poussent en abondance. Dans une serre isolée du monde extérieur par un sas, des bouleaux naturels et transgéniques de trois ans poussent côte à côte dans une atmosphère contrôlée. La différence entre les deux groupes est frappante: les « naturels » poussent droit vers le ciel, alors que les « mutants », dont on a modifié la lignine, semblent avoir perdu le nord. Repliés sur eux-mêmes, ils forment de petits amas rabougris de branches et de feuilles. Tuija Aronen ne s’en inquiète guère. « Le gène greffé a probablement perturbé la fonction des autres gènes », explique-t-elle. Mais le jour où les expériences sur la lignine seront concluantes, l’industrie des pâtes et papiers pourrait en retirer d’importants bénéfices. Car la lignine n’a aucune utilité dans la fabrication du papier. Les papetières doivent la dégrader pour ne conserver que les fibres de cellulose, principal composant du papier. Un procédé énergivore, polluant et qui nécessite de grandes quantités d’eau. « Les papetières finlandaises s’intéressent à nos recherches, avoue la scientifique de l’Institut. Même si leurs dirigeants ont affirmé qu’ils n’utiliseront jamais d’arbres transgéniques. Du moins, pas en Finlande. » Ces grandes entreprises exploitent cependant des forêts ailleurs dans le monde, notamment en Afrique… À l’Association des produits forestiers du Canada, pas question de se prononcer sur les arbres transgéniques, encore moins sur la recherche concernant la lignine. C’est l’omerta. En revanche, Hannu Hyvönen, président de l’Union finlandaise pour la foresterie écologique, organisme qui prône le retour à la culture biologique, ne se fait pas prier pour dénoncer l’ensemble de la recherche en génétique forestière. Cheveux fins en bataille, visage anguleux, le pomiculteur de 50 ans qui s’avance vers moi à la gare d’Helsinki semble tout juste sorti de son verger biologique. Ses ongles sont noircis par la terre; ses avant-bras, meurtris par le travail dans les arbres. Hannu Hyvönen passe en coup de vent dans la capitale finlandaise, où il présente une vidéo sur les conflits entre les sociétés forestières et les Lapons, ces « Inuits » de la Finlande. Il s’envole ensuite vers Montréal, où il participera à une conférence sur la biodiversité. Il y réclamera l’abandon des recherches en biotechnologie forestière. Dès la présentation vidéo terminée, nous sautons dans un taxi et filons à l’aéroport. Nous avons 30 minutes pour parler des arbres génétiquement modifiés, une « calamité », selon lui. En moins de temps qu’il n’en faut à un Finlandais pour dire Metsäntutkimuslaitos, il résume une des plus grandes craintes des groupes de défense de l’environnement. Les arbres font partie de la chaîne alimentaire, rappelle-t-il. Ils n’évoluent pas en vase clos. « Un jour ou l’autre, nous finirons par manger des produits contaminés par les arbres transgéniques. Nous ignorons les conséquences que cela aura sur nous. Et lorsque nous les connaîtrons enfin, il sera peut-être trop tard », conclut-il, quelques minutes avant l’embarquement. Pour en savoir plus Site officiel de l’Institut finlandais de recherche forestière. Organisme finlandais voué à la protection des écosystèmes naturels et s’opposant à la recherche génétique. Site présentant toutes les études sur la génétique des végétaux qui sont actuellement en cours en Europe. Section du site du ministère canadien des Ressources naturelles portant sur les études en biotechnologie forestière menées au Canada. Protocole de Carthagène Adopté en 2000, à Montréal, ce protocole vise entre autres à protéger les pays contre la contamination par des organismes génétiquement modifiés. En gros, il stipule que tous les produits OGM doivent être désignés comme tels, ce qui permettra à tous les pays d’en accepter ou non l’entrée sur leur territoire.

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L’auto verte est arrivée!

À quoi ressemblera votre prochaine voiture ? Sera-t-elle hybride, électrique, minuscule, communautaire, made in China ? Seule certitude, l’auto changera, et vite. La technologie, les stratégies industrielles, les habitudes de consommation sont déjà en plein bouleversement… « L’automobile va vivre une révolution dans les 10 prochaines années, et nul ne sait exactement ce qui en ressortira », croit Christian Navarre, professeur de gestion à l’Université d’Ottawa et spécialiste de l’auto. La course à la voiture de demain a démarré. Sur la ligne de départ, il y a les grands constructeurs américains, européens et asiatiques, qui s’affrontent depuis près d’un siècle. Mais ils ne sont plus seuls. Le groupe chinois BYD et l’indien Tata sont prêts à en découdre pour imposer leurs modèles partout sur la planète. Il y a aussi, toujours plus nombreuses, de petites sociétés indépendantes, des outsiders. Et des gens qui pensent davantage à la mobilité — comment se déplacer de manière pratique, économique et écologique — qu’à la mécanique. Tous ont commencé leurs tours de chauffe sous la pression environnementale. La tension est montée d’un cran cette année, à la suite de la publication des plans d’action antipollution de nombreux gouvernements. Dans quatre ans, les voitures vendues en Europe devront, en moyenne, émettre aussi peu de gaz carbonique qu’une Smart, une deux places au moteur de moins de 1 000 cm3 ! Au Québec, un projet de loi calqué sur celui de la Californie et d’une quinzaine d’autres États vise un objectif similaire, mais pour 2016. En attendant, encouragements fiscaux et taxes se multiplient : à Londres, l’accès au centre-ville est désormais gratuit pour les voitures émettant moins de 120 g de CO2 par kilomètre — un peu moins qu’une Smart. Celles dont les émissions dépassent 225 g/km sont admises pour un coût de… 47 dollars par jour ! En Amérique, c’est la hausse du prix de l’essence qui a fait passer le feu au vert ce printemps. En quelques mois, les ventes d’utilitaires sport se sont effondrées. Ford et General Motors ont déjà transformé des usines pour y construire de plus petits véhicules. En août, Toyota a annoncé que sa nouvelle usine du Mississippi, qui devait produire des utilitaires sport Highlander à compter de 2010, sera consacrée à la Prius — la doyenne des hybrides, vendue à plus d’un million d’exemplaires dans le monde depuis 1997. Et en 2007, pour la première fois depuis des décennies, la proportion de Canadiens allant travailler en voiture a baissé, particulièrement à Montréal. « On assiste à un changement très rapide des mentalités vis-à-vis de l’auto, ce qui va accélérer la mutation », dit Christian Navarre. Selon le cabinet de consultants Arthur D. Little, les ventes de véhicules énergivores diminueront de moitié d’ici 2012 : 40 % des ventes de voitures américaines seraient menacées, et 30 % des ventes d’allemandes. De nombreuses pistes s’offrent aux concurrents. Mais qui sait dans quels dédales elles les conduiront ! La prétendue voie rapide du bioéthanol a débouché sur une impasse : non seulement il n’a pas fait la preuve de ses bénéfices environnementaux, mais il a provoqué une crise alimentaire. Retour à la case départ, avec la promesse de biocarburants de deuxième ou de troisième génération, produits à partir de résidus agricoles ou forestiers, voire de déchets ménagers. Aujourd’hui, le chemin le plus direct semble celui du régime minceur : pour diminuer la consommation d’une voiture, il suffit de la faire plus petite et moins puissante. La Nano, voiture à bas coût du groupe indien Tata, pèse 530 kilos, deux fois moins qu’une Smart. Et elle émet quatre fois moins de CO2 que la limite fixée par la norme européenne à venir dans quatre ans ! « Loin d’être une voiture au rabais, la Nano a été conçue de manière très intelligente et a fait l’objet de nombreux brevets », dit Christian Navarre. Sorte de voiture en kit, elle peut être montée dans de petites usines bien plus flexibles et moins coûteuses que les immenses chaînes d’assemblage des grands constructeurs. Les automobilistes occidentaux seront-ils séduits par ce type de voiture ultra-simple ? Le succès de la Logan, vendue à un million d’exemplaires depuis 2004, prouve que les mentalités sont en train de changer : cette voiture à bas coût conçue par Renault pour les pays émergents a convaincu bien des Européens. Les constructeurs ont flairé là une piste : Toyota a promis une voiture à moins de 7 500 dollars pour bientôt, et Volkswagen prévoit pour 2011 sa nouvelle « voiture du peuple », la Up!, à moins de 10 000 dollars. C’est aussi sur la route des véhicules plus petits qu’on repère des amateurs de luxe. Pour frimer au volant, rien de tel désormais qu’un petit bijou de technologie, décapotable de préférence. Aux États-Unis et au Canada, la Mini Cooper fait un tabac depuis quelques mois. Les Européens, eux, craquent pour la minuscule Fiat 500, dont la version luxe n’a plus grand-chose à voir avec le « pot de yaourt » (c’était son surnom) des années 1970. Et 12 500 Canadiens ont acheté une Smart dans les dernières années, soit trois fois plus que prévu par Daimler ! Dès l’an prochain, Toyota proposera en Europe et au Japon sa IQ, une quatre places de trois mètres de long, qui émettra environ 100 g de CO2 par kilomètre, mais coûtera au moins 25 000 dollars. Pour les voitures plus imposantes, mieux adaptées aux familles, des solutions existent aussi. La première consiste à améliorer la performance des moteurs à essence et d’autres caractéristiques de ces voitures, comme l’aérodynamisme. Avec un peu de bonne volonté, on pourra ainsi baisser de 30 % les émissions de GES des modèles actuels dans les 10 prochaines années, sans sacrifier ni la puissance, ni le confort, ni le prix de vente… Mais la voie royale pour couper court aux émissions et à la consommation de pétrole, c’est l’électricité. Longtemps, ce chemin a tourné en rond, faute de techniques et de candidats matures. Plus maintenant. Depuis 2005, des entreprises telles Altairnano, A123Systems ou Saft ont mis au point des modèles de batteries au lithium-ion révolutionnaires, comme celles qui équipent les Roadster : les meilleures sont au moins 10 fois plus puissantes que les classiques batteries au plomb et peuvent stocker de trois à cinq fois plus d’énergie dans un même volume. Elles se rechargent complètement en 10 minutes, fonctionnent jusqu’à – 30 °C, voire moins, et ont une durée de vie pouvant aller jusqu’à 15 ans, à raison d’une recharge par jour ! Techniquement, il reste des progrès à faire, notamment pour réduire le risque de surchauffe. Mais la société texane EEStor annonce que ces batteries feront piètre figure par rapport à ses supercondensateurs… Pour l’instant, le coût des batteries — environ 10 000 dollars pièce — reste un obstacle. Mais peut-être plus pour longtemps. En janvier, Saft a inauguré dans le sud de la France la toute première usine consacrée exclusivement à la fabrication de batteries lithium-ion pour voitures. On s’attend à ce que le prix chute de moitié dans les prochaines années, grâce aux économies d’échelle. La majorité des grands constructeurs proposeront d’ici peu une version hybride de la plupart de leurs modèles milieu et haut de gamme. Chacun claironne ses ambitions : Toyota, par exemple, veut en vendre un million par an d’ici 2011 ! Mais on attend toujours l’hybride abordable et optimisée pour polluer moins. Le moteur électrique de la Prius lui permet, pour l’instant, de rouler uniquement à l’électricité jusqu’à 55 km/h, pendant au maximum deux kilomètres. Les prochaines versions déjà annoncées seront plus performantes… mais à quel prix ? « Idéalement, une hybride devrait rouler au moins 80 % du temps avec son moteur électrique et couvrir les petits trajets du quotidien sans recourir au moteur thermique », dit Pierre Langlois, physicien et auteur du livre Rouler sans pétrole (Éditions MultiMondes). D’où l’idée d’un raccourci : l’hybride rechargeable (plug-in hybrid electric vehicle, ou PHEV, en anglais), proposée par les militants de la California Cars Initiative. Al Gore, Barack Obama et le président d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, y voient la gagnante de la course à l’auto verte. Car en branchant une hybride dans une prise de courant pour la recharger, on peut accroître nettement la distance qu’elle est capable de parcourir en mode tout électrique. Le moteur thermique devient accessoire. « Si elle se généralise, l’hybride rechargeable pourrait changer complètement nos perspectives énergétiques en s’intégrant aux réseaux de distribution d’électricité », estime Michel Gendron, professeur de finance à l’Université Laval et promoteur du projet-pilote PHEV Québec. Aux États-Unis et au Canada, les « tests de véhicule au domicile » se multiplient : on recharge l’auto la nuit, quand l’électricité est peu coûteuse, puis on utilise cette énergie le jour pour rouler sans consommer d’essence. Ou pour alimenter la maison en électricité. AllianceBernstein, important groupe de capital de risque américain, estime que la moitié des voitures seront hybrides d’ici 2015. Et que la majorité seront rechargeables. Toyota, Ford et des nouvelles venues comme Fisker Automotive ont toutes annoncé l’arrivée de modèles rechargeables pour 2010 ou 2011. Mais une société chinoise est déjà prête : dès 2009, BYD (pour Build Your Dream, « construisez votre rêve »), conglomérat qui maîtrise toute la chaîne de production, depuis les mines de lithium jusqu’à l’assemblage des véhicules, vendra en Chine une berline hybride rechargeable, d’une autonomie de 100 km en mode tout électrique, pouvant atteindre 160 km/h, à un prix variant entre 20 000 et 30 000 dollars. Tout un défi pour les autres ! La voie du tout-électrique est aussi en chantier. Les promesses vont-elles enfin se réaliser ? Après avoir abandonné sa célèbre EV1 au tournant des années 2000, GM annonce cette fois qu’elle est même prête à perdre de l’argent avec la Volt, prévue pour 2010. En Norvège, Think, entreprise dérivée de Ford, propose un véhicule révolutionnaire à bien des égards. Faite de moins de 1 000 pièces, la Think City sera commercialisée comme un cellulaire : on paie 30 000 dollars pour la voiture configurée à la demande par Internet, mais on loue la batterie, recharge et entretien inclus, pour un forfait d’environ 300 dollars par mois… selon le modèle de batterie, qu’on choisit en fonction de ses besoins ! « Grâce à un modèle d’affaires vraiment nouveau dans l’industrie automobile, qui ressemble plus à la manière de faire de Coca-Cola qu’à celle des grands constructeurs, Think annonce qu’il lui suffira de vendre 25 000 véhicules par an pour faire des bénéfices. C’est la confirmation que l’auto électrique peut vraiment marcher », estime Christian Navarre. Le chantier avance à grands pas. Au début de l’année, la poste française a commandé 500 voitures électriques aux groupes PSA et Fiat, et compte en utiliser 10 000 d’ici 2012. Un record ! En Israël, Better Place voit grand. Son objectif : implanter l’auto électrique à l’échelle du pays par le moyen d’un partenariat avec Renault, qui offrira à compter de 2011 une berline dotée d’une autonomie de 100 km. Ses batteries lithium-ion en feront un véhicule comparable, en matière de performance, à une voiture à essence de 1,6 litre de cylindrée. L’État israélien est partenaire et offrira d’alléchants encouragements fiscaux aux automobilistes. Better Place a déjà commencé à mettre en place un réseau de bornes de recharge dans tout le pays, qui devrait compter 500 000 prises. Là aussi, on louera les batteries, pour environ 100 dollars par mois. Dans la course à l’auto de demain, il y aura certainement des accidents, voire des sorties de route. Déjà, la piste de l’hydrogène, que soutiennent notamment les sociétés pétrolières, semble de plus en plus cahoteuse. Les premières stations-service à hydrogène, ouvertes en Californie, ont dû mettre la clef sous la porte. Avant de se lancer à tombeau ouvert dans la voie de l’électrique, il faudrait aussi estimer clairement les impacts environnementaux liés à la production de l’électricité et aux batteries usagées. « Quand on analyse le cycle de vie des véhicules de l’avenir, on peut juste dire pour l’instant que le meilleur sera petit et fera peu de kilomètres », estime Heather Maclean, professeure à l’Université de Toronto et experte de la question. Il reste cependant bien des pistes à explorer, comme celle du moteur-roue, lâché par Hydro-Québec mais auquel de nombreux observateurs prédisent un brillant avenir. L’Eliica, conçue par le professeur Hiroshi Shimizu, de l’Université Keio, fait réfléchir : avec ses huit moteurs-roues et sa batterie lithium-ion, cette berline devance, en accélération de 0 à 160 km/h, une Porsche 911 Turbo, qui pèse pourtant 500 kilos de moins ! Et il ne faudrait surtout pas oublier que les transports collectifs, la marche et le vélo caracolent bien loin devant l’auto en tête des solutions les plus durables pour se déplacer. D’autant que les autobus hybrides, voire tout électriques, gagnent aussi du terrain. « Mais ne rêvons pas : au Québec, en dehors de Montréal, Québec et Gatineau, l’étalement urbain fait que le transport en commun ne pourra pas rivaliser avec l’auto avant des décennies », dit le chercheur en urbanisme Gilles Sénécal, de l’Institut national de la recherche scientifique. D’où l’idée d’un tout autre chemin pour arriver au but : desserrer le lien entre l’homme et sa voiture. L’autopartage progresse à pas de géant : 600 villes dans le monde disposent déjà d’un service d’autos à frais partagés, comme celui offert par Communauto à Québec, Montréal, Sherbrooke et Gatineau, et la clientèle ne cesse d’augmenter. Le maire de Gatineau s’y est converti pour ses déplacements professionnels, et celui de Paris veut aller encore plus loin : il propose à ses concitoyens un système d’autos électriques en libre-service, l’Autolib, calqué sur le modèle du système de vélos implanté l’an dernier. Objectif : 4 000 voitures électriques et un réseau de 700 bornes réparties dans Paris et sa banlieue d’ici 2010. Coût annoncé : environ 350 dollars par mois tout compris, soit beaucoup moins que pour une voiture particulière…

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PHEV Québec

Depuis cet été, une première Prius rechargeable équipée de batteries au lithium-ion et bardée de capteurs circule sur le campus de l’Université Laval, qui dispose d’un réseau électrique géré indépendamment de celui d’Hydro-Québec. Des bornes de recharge ont été installées, et une cinquantaine d’autres hybrides seront converties en voitures rechargeables dans les prochaines années. On veut étudier la viabilité économique, technique et écologique de ce type de véhicule en fonction des besoins des conducteurs. Et tester à échelle réduite son impact sur un réseau de distribution d’électricité. L’initiative regroupe des chercheurs en finance et en génie. Des partenaires s’y sont déjà associés, comme le fabricant de batteries américain EnerSys, Desjardins et la Ville de Québec.

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À chacun son éolienne

La société Vertica de Sorel-Tracy a mis au point une turbine éolienne en forme de cylindre, de la taille d’un spa, qu’on peut fixer sur le toit d’un immeuble. Elle peut produire jusqu’à 2 800 kilowattheures par année, soit 10 % de la consommation moyenne d’une maison individuelle. Mais son prix en fait une source d’énergie très coûteuse : de 15 000 à 20 000 dollars. À ce prix-là, l’éolienne, qui pourrait réduire la facture d’Hydro-Québec de 200 dollars par année, sera remboursée en 90 ans ! Il n’y a donc pas de marché au Québec pour les éoliennes personnelles, pas tant que le prix de l’électricité traditionnelle sera aussi bas, dit Jean-Pierre Binda, président de Vertica. En attendant, l’État peut s’inspirer du Royaume-Uni, qui subventionne l’achat de turbines éoliennes dans le cadre de son Low Carbon Buildings Programme. Les propriétaires de maisons peuvent recevoir un remboursement allant jusqu’à l’équivalent de 5 000 dollars, ou 30 % du prix de l’éolienne qu’ils fixent sur leur toit. Vertica n’a vendu que cinq éoliennes depuis l’été 2007. La Biosphère de Montréal en arbore une, tout comme l’Université Laval, le cégep de Sorel-Tracy et deux autres écoles du Québec. Mais avant que cette éolienne de toit qui pèse 600 kilos gagne les quartiers résidentiels, « il va falloir construire les maisons en conséquence », dit Daniel Blanchette, représentant commercial à Vertica.

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Dehors, les microbes !

Gants Non, non et non, il ne faut pas en mettre, sauf si l’on a une blessure ou un pansement sur les mains. Les gants ne sont pas stériles. Après quelques minutes, ils risquent d’avoir été en contact avec tout ce qu’il y a dans la cuisine : aliments, ustensiles, comptoirs, poignée du réfrigérateur et boutons de la cuisinière. Les bactéries adhèrent plus facilement au latex qu’à l’épiderme. Et quand on porte des gants, on a moins tendance à se laver les mains. Couteaux Évitez de les passer à grande eau, car l’eau les émousse rapidement. Il faut néanmoins les nettoyer avec soin : prêtez une attention particulière à la jointure lame-manche, où se cachent souvent de petites particules de nourriture. Comptoirs Les surfaces et plans de travail des cuisines modernes, où l’on trouve souvent des carreaux de céramique, donc des joints, peuvent favoriser l’accumulation et la croissance des bactéries. Nettoyez-les à fond régulièrement, par exemple au début de chaque fin de semaine, où vous cuisinerez davantage. Mêmes conseils d’entretien pour les surfaces en inox et en granit, mais attention aux produits conçus spécialement pour nettoyer ces matériaux : ils peuvent laisser des résidus qui altéreront la saveur des aliments. Planches à découper Ayez-en deux, et de couleurs différentes : l’une pour les viandes crues, l’autre pour les viandes cuites. Vous pourriez même en posséder une troisième pour les légumes. Tous les membres de la famille doivent savoir quelle planche (quelle couleur) est associée à chaque utilisation. Et ne vous contentez pas de les passer sous l’eau chaude du robinet avec un peu de savon, mais lavez-les en profondeur ou mettez-les au lave-vaisselle. Mains Lavez-les fréquemment. Et surtout, prenez le temps de bien le faire. Pendant 20 à 30 secondes… autrement dit, le temps qu’il faut pour chanter « Joyeux anniversaire ». Se laver les mains, c’est aussi se laver les ongles avec une brosse qu’on garde près du robinet. Essuyez-vous les mains avec un papier essuie-tout plutôt qu’avec un torchon, pas toujours absolument propre. Contenu du frigo En restauration, on indique sur une étiquette la date d’entrée d’un produit. Il n’est peut-être pas nécessaire d’en faire autant chez soi, mais il est conseillé de pratiquer une bonne rotation des aliments que contient le réfrigérateur. Appliquez la méthode PEPS (premier entré, premier sorti), de façon à utiliser d’abord les aliments qui s’y trouvent depuis le plus longtemps. Contenants de plastique Utilisez-les et réutilisez-les pour ranger, conserver, congeler ou réchauffer les aliments tant que les contenants restent en bon état, c’est-à-dire tant que leurs surfaces demeurent dures, lisses et lavables. Quand ils sont égratignés ou ébréchés, remplacez-les par des neufs. Pour les usages de plus de quelques jours ou pour le micro-ondes, évitez les contenants de type pots de yogourt : leur plastique n’est pas d’assez bonne qualité. Et n’oubliez pas qu’il y a mieux que le plastique : le verre. Température du frigo Dans les établissements publics, elle doit se situer (c’est le règlement) entre 0 °C et 4 °C. Ce devrait être la même chose à la maison. Gardez le congélateur à – 18 °C, température à laquelle vous pouvez former une belle boule de crème glacée. Pourquoi ne pas conserver un thermomètre à portée de la main pour vérifier régulièrement ces températures ? Ustensiles On doit les nettoyer, puis les assainir. Pour nettoyer : prélavez (enlevez les particules visibles avec un linge), rincez, puis lavez avec un bon détergent. Oubliez les savons antibactériens à la mode, chers et contenant très peu de substances bactéricides ; un savon normal suffit. Pour assainir, utilisez de l’eau additionnée d’un peu de Javel, une cuillère à soupe dans un évier d’eau. Rangement des aliments dans le frigo Placez les aliments cuits dans le haut, les crus dans le bas (une viande qui perd un peu d’eau contamine ce qui se trouve en dessous). Règle générale : conservez les plats préparés et les restes de nourriture dans des contenants hermétiques. Sous l’évier… … mais placé de manière bien visible pour qu’on ne l’oublie pas : un vaporisateur contenant une solution faite d’une cuillère à café de Javel et de trois tasses d’eau. Ça ne coûte rien. Et ça vaut tous les produits du monde pour assurer l’hygiène de votre cuisine. Torchons à vaisselle Changez-les et lavez-les régulièrement. Pour ne pas oublier de le faire, suivez un horaire fixe (par exemple, tous les samedis matin). Chiffons Aussi appelées « guenilles ». Changez-les encore plus souvent que les torchons. Pendant que vous cuisinez, mettez-les à tremper dans un petit récipient d’eau tiède additionnée d’un bouchon de Javel : ils resteront plus propres et, du même coup, vous vous désinfecterez les mains en les prenant et en les essorant. * Nos experts : Jordan LeBel, professeur associé au Département de marketing de l’École de gestion John-Molson (Université Concordia), et Ginette Bourgeois, ex-inspectrice des aliments à la Ville de Montréal, actuellement formatrice en hygiène et salubrité des aliments à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ).

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Genèse d'un blogue écolo Santé et Science

Genèse d’un blogue écolo

Dire adieu aux factures d’électricité et de chauffage, ça vous tenterait? Vivre dans une maison écologique qui produit autant d’énergie qu’elle en consomme, c’est trop beau pour être vrai?

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Le bonheur est dans le bois… certifié!

Acheter des bardeaux de cèdre de Maibec, à Saint-Pamphile, à l’est de Montmagny, ou des planchers de bois franc de Groleau, à Sainte-Thècle, en Mauricie, c’est un peu faire sa part pour sauver les forêts. Ces deux entreprises sont parmi les premières au Québec à offrir des produits faits avec du bois provenant de forêts « certifiées FSC ». Une sorte de sceau « écologique » de plus en plus populaire aux États-Unis et qui fait lentement son entrée au Québec. Les Québécois sont plus sensibles qu’avant à la question de l’exploitation des forêts, notamment depuis la diffusion du documentaire-choc L’Erreur boréale, du poète Richard Desjardins et de Robert Monderie, en 1999 (L’actualité, 15 déc. 99). Pour ceux qui ont à coeur le sort de la forêt, Maibec, Groleau et quelques autres, avec leur « garantie écolo », indiquent peut-être une voie à suivre. « La certification, c’est un outil mis à la disposition de la population pour qu’elle exige de l’industrie forestière une meilleure gestion de la ressource », dit Jamal Kazi, coordonnateur à l’Initiative québécoise de développement de standards FSC, organisme chargé de promouvoir ce label auprès des consommateurs et des entreprises. Au Canada, la certification FSC, créée à l’occasion d’une rencontre internationale tenue à Toronto en 1993, est venue s’ajouter à deux autres normes de « gestion écologique de la ressource », l’ISO 14 001, de l’International Standard Organization, et la CSA Z809, de l’Association canadienne de normalisation (CSA). Au Québec, seule l’ISO met pour l’instant son sceau sur certaines exploitations forestières, mais la CSA s’apprête à délivrer ses premiers certificats. Pourquoi alors un troisième label? FSC, ce sont les initiales de Forest Stewardship Council, dont le siège se trouve à Oaxaca, au Mexique. Cet organisme international sanctionne le bois, mais aussi les entreprises forestières qui le coupent et le transforment ainsi que les forêts d’où il provient. « Par exemple, si une table est construite avec du bois « certifié FSC », son sceau garantit que le bois vient de tel arbre, et que cet arbre vient de telle forêt elle-même certifiée », explique Jamal Kazi. En clair: à chaque étape – de la forêt au détaillant en passant par la scierie, le grossiste, le fabricant et le distributeur -, le bois a été traité selon des critères écologiques rigoureux. C’est ce que, dans le jargon du FSC, on appelle la « chaîne de continuité ». Et c’est cette chaîne, disent les promoteurs, qui lui confère un net avantage sur les deux autres certifications. Le concept, si noble soit-il, n’a réalisé jusqu’ici qu’une percée bien timide au Québec: on n’y compte aucune forêt certifiée par l’organisme. Mais les choses pourraient changer puisque le géant américain Home Depot, débarqué en août, s’est engagé à offrir exclusivement du bois certifié FSC dès 2002. Pour l’instant, la rareté du produit et sa nouveauté font qu’aucun des nombreux architectes et ébénistes avec qui nous avons communiqué n’exige un tel bois. La plupart n’ont d’ailleurs pas la moindre idée de ce dont nous parlons. Au milieu des « deux-par-quatre », au magasin Réno-Dépôt, les deux commis à qui nous avons demandé si leur bois était « certifié » ne le savaient pas. Ceux de Home Depot – où l’on veut pourtant promouvoir la certification forestière – ignoraient même la signification du mot. Il semble qu’il ne faudra pas, pour l’instant du moins, compter sur le personnel des grandes surfaces pour faire de l’éducation populaire… D’autant que la demande est jusqu’ici presque nulle. Au point que Groleau, qui vient de recevoir du Nouveau-Brunswick ses premières livraisons de bois certifié, expédiera toute sa production de lattes de plancher de bois franc à Dublin, en Irlande. Maibec, pour sa part, achète son bois de Seven Islands, un exploitant forestier du Maine. Si les forêts du fournisseur n’étaient pas certifiées par le FSC, Maibec s’y approvisionnerait-il tout de même? « On n’a pas le choix, répond Charles Tardif, directeur des approvisionnements. C’est notre seule source dans les environs… » Du côté de Maibec aussi la demande est faible. Aussitôt transformés, presque tous ses produits faits de bois labellisé prennent la route des États-Unis. « Depuis sept ans, les commandes de bardeaux de cèdre certifié se comptent sur les doigts de la main, dit Charles Tardif. Toutefois, ces derniers temps, on sent un intérêt dans les salons d’exposition; les gens en parlent de plus en plus. » Pour offrir des meubles, des planchers et des bardeaux fabriqués avec du bois certifié, il faut avoir la foi, si on en croit Claude Boulanger, directeur des ventes de Matériaux Blanchet, également à Saint-Pamphile, dont le bois d’oeuvre porte le fameux sceau. « Un architecte qui exigerait un tel bois passerait pour être assez original, dit-il. Mais les choses vont finir par changer. Les jeunes ont des habitudes de consommation plus écologiques. » Luc Bouthillier, professeur de politique forestière à l’Université Laval, estime lui aussi que les changements passeront par les consommateurs, mais également par les offensives du mouvement de protection de l’environnement. « Un jour, dit-il, les producteurs qui refuseront de faire certifier leur bois perdront leur clientèle au profit de ceux qui le feront. » Selon lui, lorsque le concept sera mieux connu, les consommateurs préféreront – à prix égal – acheter des biens fabriqués avec ce bois. « Cela déculpabilise l’être humain par rapport au produit qu’il consomme. » En attendant, pour que ses opérations forestières reçoivent le sceau d’approbation FSC, une entreprise doit débourser jusqu’à 100 000 dollars pour l’étude de son dossier, processus qui peut durer de deux mois à un an. Et son label ne sera valable que pour un maximum de cinq ans. Elle s’attend donc à ce que tout ça rapporte. Or, « ce n’est pas encore le cas », dit Claude Boulanger. Une étude américaine, publiée en février 1999 dans le Journal of Forestry, confirme en effet que les consommateurs n’acceptent pas de payer plus cher pour des produits de bois certifié écologique. À l’Initiative québécoise de développement de standards FSC, on aura fort à faire pour implanter les 10 principes et les 60 critères du Forest Stewardship Council. Car l’industrie forestière québécoise ne jure que par la norme ISO 14 001. Mais les écologistes, eux, la jugent nettement insuffisante. Ainsi, Louis Bélanger, vice-président de l’Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN), exprime des doutes quant à son efficacité pour assurer une exploitation durable de la forêt: « Ce sont les exploitants qui définissent eux-mêmes leurs objectifs environnementaux. Et souvent, ils se contentent de respecter le Règlement sur les normes d’intervention en milieu forestier. » Ce règlement, décrété en 1987 par le gouvernement du Québec, ne suffit pas, selon lui: « Par exemple, il n’exige pas l’aménagement intégré de la forêt ni la conservation de la biodiversité. » « En soi, la norme ISO 14 001 n’est pas mauvaise », ajoute, diplomate, l’ingénieur Nicolas Blanchette, de l’Initiative FSC. « Sauf qu’elle s’applique à tous les secteurs; elle n’est pas conçue spécifiquement pour la forêt. » Il explique qu’une entreprise peut choisir de faire labelliser un seul aspect de ses activités, le transport du bois ou l’entretien mécanique de la machinerie, par exemple. « Le FSC, lui, certifie un territoire complet, et toutes les opérations qui y sont effectuées. » Tony Rotherham, directeur pour ce qui a trait aux forêts à l’Association canadienne des pâtes et papiers (ACPP), perd vite son calme lorsqu’on lui parle du FSC. « Cet organisme se targue de défendre l’Univers, dit-il, mais nous avons déjà toutes les normes qu’il nous faut au Canada, et elles sont excellentes. » Rotherham en a surtout contre la façon de faire du FSC, qui achète des pages entières de publicité dans les quotidiens américains pour dire aux lecteurs quelles entreprises vendent des produits de bois certifié. Ainsi, dans des magazines et sur des panneaux-réclames, aux États-Unis mais aussi en Colombie-Britannique, on peut voir l’acteur Pierce Brosnan (un des James Bond) enjoindre aux consommateurs de ne pas acheter de produits en bois si ceux-ci ne portent pas le fameux sceau FSC. « Certaines publicités font même la liste des entreprises qui n’en vendent pas. C’est presque de la dictature! » dit Tony Rotherham. Actuellement, au Canada, 21,5 millions d’hectares, soit 17% des forêts accessibles, affichent le label ISO 14 001. Trois millions ont également le sceau CSA Z809. Et seulement 21 300 hectares portent celui du FSC. Du côté des entreprises forestières, seules une forêt exploitée par Domtar aux États-Unis, une autre par Tembec en Ontario et une dernière par Irving au Nouveau-Brunswick satisfont aux normes FSC. Est-ce à dire qu’elles sont plus rigoureuses que les deux autres? « De toutes les normes que je connaisse, celles du FSC sont les plus strictes », dit Gary Hartshorn, de l’Organization for Tropical Studies, organisme américain voué à la sauvegarde de la forêt tropicale. Et elles gagnent en popularité, dit-il. « Déjà, en Europe, des sociétés chargées de l’octroi de certificats, comme Smartwood, la Silva Forest Foundation et de nombreuses autres, sont certifiées par le FSC. » Le FSC s’intéresse à la fois à la forêt et aux gens qui y évoluent. Une entreprise forestière qui veut recevoir son label doit s’engager à respecter 10 principes. Par exemple, elle doit veiller à ce que la forêt soit méticuleusement étudiée et reboisée selon sa diversité biologique originale; pas question de ne replanter que les arbres dont elle a besoin. Elle doit aussi garantir que les peuples autochtones vivant à proximité des forêts ont eu voix au chapitre lors de la planification des opérations forestières. Mieux, que des emplois leur ont été réservés. Éric Lessard est directeur de la société de consultants KPMG, l’un des principaux « certificateurs » au Québec. « On a tendance à dire que satisfaire aux normes du FSC exige plus de travail de la part de l’entreprise, dit-il. Et que la norme ISO est moins compromettante que celle de la CSA ou du FSC. » L’Association canadienne de normalisation, pour sa part, n’a octroyé son label CSA Z809 à aucune forêt du Québec pour le moment. C’est l’industrie forestière elle-même qui lui avait confié, en 1996, le mandat d’élaborer une norme spécifique pour le Canada. « Celle-ci est axée sur la qualité et assez difficile à satisfaire », dit Luc Bouthillier. Peter Johnson, directeur du développement à QMI, division de l’Association canadienne de normalisation, délivre des certificats CSA aux forêts canadiennes. « Beaucoup d’entreprises forestières sont étonnées de la complexité de ses exigences. Ce qui explique que seulement six d’entre elles possèdent cette certification au Canada. Au Québec, il n’y en a encore aucune, mais ça s’en vient. » ISO, CSA, FSC outils de marketing? Les avis sont partagés. Mais pour les promoteurs de la certification forestière, quelle qu’elle soit, il y a beaucoup à faire pour sensibiliser les consommateurs. « On a déjà essayé, ces dernières années, de promouvoir le fait que nous vendons du bois certifié FSC. Il n’y a pas eu de réaction », dit Claude Boulanger, de Matériaux Blanchet. Sylvain Toutant, vice-président au marketing et au développement de Réno-Dépôt, pense aussi qu’il ne sert à rien d’essayer de faire du marketing avec le label: « Il n’y a pas de demande. » Cela n’empêche pas la chaîne suédoise Ikea de souligner à gros traits le fait que le bois qui entre dans la fabrication de ses meubles provient de forêts bien gérées. Elle le clame sur une affiche… dans les toilettes, au-dessus des urinoirs! De tous les magasins à grande surface qui vendent du bois ou des produits faits de bois, elle est la seule à arborer ainsi ses couleurs. « Depuis le 1er septembre, aucun bois massif qu’on utilise ne provient de forêts anciennes ou vierges, à moins qu’il ne soit certifié par le FSC, dit Laurence Martocq, porte-parole de la société. Et le bois des forêts tropicales, comme le teck et l’acajou, doit obligatoirement être certifié, toujours par le FSC. » Les protecteurs de l’environnement ne cessent de le répéter: les forêts anciennes – celles âgées de 250 ans au Québec, par exemple, ou de 1 500 ans en Colombie-Britannique – et les forêts vierges, les poumons de la planète, doivent être laissées en paix. Mais encore faut-il savoir où elles se trouvent. Le réseau international de données et de cartographie Global Forest Watch s’affaire justement à tracer une quinzaine de cartes où sera clairement visible l’état des forêts canadiennes (voir l’encadré). Les premières devraient être prêtes en 2001. Selon Peter Lee, coordonnateur de l’organisme au Canada, on peut s’attendre à des surprises. De l’eau au moulin des promoteurs de la certification de la forêt? « Le système FSC n’est pas encore parfait, dit Bill Mankin, membre fondateur du Forest Stewardship Council. Mais c’est tout de même le plus fiable. Et de loin. » LA CARTE DES FORÊTS Pour éviter de piller les forêts non exploitées, encore faut-il savoir où elles se trouvent… L’été prochain, Global Forest Watch, un réseau international de données et de cartographie, dévoilera le portrait des forêts canadiennes. À partir de 150 images-satellite, cet organisme, dont la mission est de fournir des informations précises sur les forêts du monde, tracera une quinzaine de cartes géographiques. Global Forest Watch planche actuellement sur une carte de la forêt boréale de la Colombie-Britannique et des Prairies. Ce sera ensuite le tour de l’Ontario, du Québec et des Maritimes. Doit-on s’attendre à des révélations-chocs? « Il est trop tôt pour dévoiler quoi que ce soit, dit Peter Lee, coordonnateur de l’organisme au Canada. Mais à l’été 2001, on parlera de la forêt boréale comme jamais auparavant. » Les cartes indiqueront aussi où se trouvent, à 30 m près, les dernières forêts non encore exploitées. « Les entreprises seront ainsi en mesure d’exiger que le bois qu’elles achètent ne provienne pas de là », ajoute Peter Lee. Global Forest Watch a été créé il y a un peu plus de deux ans à la demande du géant Home Depot, le plus grand acheteur de bois en Amérique du Nord. Ikea y a investi la somme la plus importante: 2,5 millions de dollars américains. « Ces sociétés affirment ne plus vouloir acheter de bois provenant de forêts menacées par l’exploitation industrielle; il fallait donc commencer par savoir où elles se trouvent », explique Peter Lee. « Pour Ikea, le bois est la matière première par excellence. Nous voulons éviter de nous approvisionner dans les régions où il y a une exploitation abusive, dit Laurence Martocq, porte-parole de l’entreprise au Canada. C’est une ressource naturelle qui, si elle est bien gérée, pourra continuer à se renouveler. » Les forêts de huit autres pays, dont la Russie, l’Indonésie, le Cameroun et le Venezuela, seront aussi scrutées à la loupe par l’organisme. Toutes les cartes de Global Forest Watch, de même que les 150 images-satellite qui auront aidé à les créer, seront accessibles dans Internet à l’adresse www.globalforestwatch.org.

Santé et Science

Gare au cocktail de jus et de médicaments !

Si le mélange médicaments et alcool désole, l’effet des médicaments et celui du jus s’excluent… Boire du jus d’orange, de pomme ou de pamplemousse réduirait presque à néant l’efficacité de nombreux antibiotiques et médicaments, comme ceux pour traiter l’hypertension, les maladies cardiovasculaires et le cancer. Ce sont les conclusions auxquelles sont parvenus des chercheurs de l’Université de Western Ontario, à London. Selon leurs expériences, la narangine, substance à l’origine de l’amertume de certains fruits, empêcherait certaines molécules médicamenteuses de filtrer vers le système sanguin. Mieux vaudrait donc attendre quatre heures après avoir pris un médicament avant de boire un verre de jus. Pour un meilleur vaccin contre la grippe Le vaccin contre la grippe saisonnière a eu des ratés en Amérique du Nord l’hiver dernier. Alors que le taux de protection du vaccin se situe habituellement entre 70 % et 90 %, il n’a été que d’environ 44 %, et les hôpitaux ont accueilli un nombre record de patients grippés qui avaient pourtant été inoculés. C’est qu’une souche du virus avait été mal choisie, et le vaccin ne pouvait lutter contre cette forme de grippe. Afin de mieux protéger la population, des chercheurs réclament donc que le processus de décision relatif à la composition du vaccin soit revu. Chaque année, on retrouve dans le vaccin trois des grandes familles du virus de la grippe — H3N2, H1N1 et influenza B —, des souches qui évoluent constamment et subissent régulièrement des modifications génétiques. Chaque année, un groupe restreint d’experts — composé des membres des centres de surveillance de la grippe de l’OMS, des représentants des fabricants du vaccin et des organismes nationaux de réglementation des médicaments — se réunit donc pour déterminer les souches grippales qui entreront dans la composition du vaccin pour la saison à venir. Une rencontre a lieu en février pour l’hémisphère Nord et en septembre pour l’hémisphère Sud. Pourquoi si tôt ? Parce qu’il faut six mois pour cultiver les substances immunisantes. Mais cette réunion se tient à huis clos. Et c’est ce manque de transparence que le bio-informaticien Steven Salzberg reproche à l’OMS dans une critique qu’il a récemment publiée dans Nature. En ouvrant la discussion à l’ensemble du milieu scientifique, au lieu de réserver le débat aux quelques participants invités, les chercheurs pourraient profiter de l’expertise internationale de généticiens, d’épidémiologistes et d’autres spécialistes, et ainsi éviter le désastre de la dernière année. Il suggère aussi de rendre publics les éléments présentés lors des discussions — y compris les données d’expériences effectuées en laboratoire et les fragments du code génétique des différentes souches de grippe. Ces derniers restent confidentiels, bien qu’ils constituent une des plus importantes sources d’information pour l’avancement de la recherche. Bref, dans ce cas comme partout en science, l’heure est à la collaboration et au partage des données, et non à une culture du secret désuète. Mots d’actualité Radicaux libres persistants On savait que la combustion de carburant produisait des radicaux libres nocifs pour la santé, mais qui étaient éliminés aussitôt libérés. Les scientifiques viennent cependant de découvrir un nouveau type de radicaux libres, qu’ils qualifient de « persistants », car ils peuvent se maintenir dans l’air indéfiniment et voyager sur de grandes distances. Ces particules chimiques oxydantes de taille nanométrique, qu’on trouve en suspension dans l’air des villes, auraient les mêmes effets néfastes que le tabac : elles seraient à l’origine de maladies cardiovasculaires et de certains cancers du poumon des citadins. Les scientifiques évaluent que, selon le niveau de pollution du quartier où elle vit, une personne pourrait respirer l’équivalent de 25 à 300 cigarettes par jour. Conseil santé Vous vous êtes blessé ? Léchez votre plaie ! Des chercheurs néerlandais ont découvert une substance contenue dans la salive, l’histatine, qui non seulement aurait des propriétés antibactériennes, mais qui faciliterait la cicatrisation des blessures. Cela expliquerait pourquoi certains animaux lèchent instinctivement leurs écorchures. Cette découverte pourrait faire de la salive une nouvelle source de médicaments destinés aux personnes qui souffrent de blessures chroniques, comme celles liées au diabète. Et puisque l’histatine serait peu chère à produire, elle pourrait devenir aussi répandue que l’alcool à friction ou les crèmes antibiotiques. Quoi de neuf au Québec ? Alors que le jeu compulsif commence à peine à être étudié dans le domaine de la santé mentale, une nouvelle accoutumance fait son apparition : la dépendance à Internet. Une première étude effectuée dans le réseau de la santé du Québec révèle que, sur 40 000 patients, une centaine ont déjà consulté une personne-ressource à ce sujet. C’est encore peu, mais les chercheurs s’attendent à une augmentation du nombre de consultations. Il existe actuellement très peu de données sur cette dépendance. C’est pour cette raison que les chercheurs de l’Institut universitaire sur les dépendances de Montréal tenteront de mieux comprendre ce phénomène et d’élaborer des techniques d’intervention. « Si le problème n’est pas encore très répandu, nous connaissons toutefois des cas lourds d’adolescents qui ne sortent plus, n’ont plus de relations interpersonnelles et sont isolés depuis deux ou trois ans devant leur écran d’ordinateur ; leur langage se limite à celui des personnages des jeux auxquels ils s’adonnent avec d’autres joueurs en réseau », affirme Louise Nadeau, professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal.