Santé et Science

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Dans la forêt du « 514 »

Un logement de rêve! Douillet, tranquille et… à proximité du poulailler. Maman renard roux, confortablement installée avec sa marmaille sous le pavillon de la ferme du parc Angrignon, au cœur de l’île de Montréal, devait être bien fière de son coup. Jusqu’à ce qu’un emmerdeur allume des lampes et un poste de radio — au volume maximal et à une station rock! — juste à côté. Exaspérée, elle a plié bagage dans les 48 heures. L’emmerdeur s’appelle Denis Fournier et il est technicien en aménagement de la faune dans les parcs-nature de la Ville de Montréal. Son boulot: donner les meilleures conditions de vie à la faune qui peuple les 22 km2 de nature encore sauvage que compte la métropole. «La présence des renards est une bonne chose, parce qu’ils nous aident à contrôler les populations d’écureuils, de marmottes et de petits rongeurs. Mais cette mère était trop près des gens», dit le technicien, pas repentant du tout. «Et elle mangeait les poules!» Il a donc pris les grands moyens pour que, d’elle-même, elle décide de déménager. Elle vit maintenant quelque part dans un boisé du parc. Les habitués aperçoivent parfois une queue rousse dans les fourrés. D’où venait-elle? De Montréal, tiens! Des renards, il y en a toujours eu dans les parcs-nature, au Jardin botanique et un peu partout dans les boisés urbains. Et ils ne sont pas seuls. Combien de Montréalais savent qu’ils partagent leurs parcs, leurs terrains vagues, leurs champs et leurs bois avec des castors, des coyotes, des visons, des rats musqués? Que plus de 80 espèces de poissons nagent dans les eaux de leur île? Que de 250 à 300 espèces d’oiseaux, dont plusieurs de rapaces, en sillonnent le ciel? La ville a même une bonne centaine de cerfs de Virginie, qui, ces dernières années, se sont installés aux deux extrémités de l’île. «Certains, chassés de la Rive-Sud par l’étalement urbain, ont traversé le fleuve, puis les rues Notre-Dame et Sherbrooke, dit Denis Fournier. Au parc-nature Pointe-aux-Prairies, ils ont trouvé de la nourriture et des conifères pour se protéger du froid.» Combien de milliers de pigeons au centre-ville? Mystère. Combien de ratons laveurs ou de mouffettes au kilomètre carré dans les quartiers résidentiels? On ne sait pas. Aucun commandant Cousteau ne s’est encore donné pour mission de percer les secrets de la jungle urbaine. Les scientifiques connaissent mieux la faune arctique que celle de Rosemont. Ça s’explique. Inventorier une population animale, c’est coûteux et ça représente beaucoup d’ouvrage. Pour s’y résoudre, il faut qu’interviennent des facteurs économiques ou de santé publique (par exemple, on s’est beaucoup intéressé à la population de ratons laveurs dans la région de Dunham au cours des dernières années, à cause d’un cas de rage). Mais l’humanité n’a pas encore trouvé de raison de s’enthousiasmer pour la démographie des pigeons ou le recensement des mouffettes. On aurait pourtant beaucoup à apprendre de ces animaux qu’on côtoie depuis toujours et dont on sait bien peu de choses. Les chercheurs américains Michael Steele et John Koprowski — deux bestioles rares qui se sont longuement intéressées aux écureuils urbains — ont fait des découvertes fascinantes (voir leur livre North American Tree Squirrels, Smithsonian Institution Press). Par exemple, que l’écureuil peut, à l’odeur, distinguer un gland stérile d’un gland fertile et qu’il prendra la peine de dégermer ce dernier avant de l’entreposer ou de l’enfouir. Qu’il retrouve plus de 95 % des réserves qu’il a cachées un peu partout au cours de l’année. Qu’il espionne son voisin pour lui dévaliser son garde-manger et qu’il peut déménager le même gland deux ou trois fois dans l’espoir de berner son beau-frère, qui voudrait bien lui aussi venir puiser dans ses provisions… Les populations animales seraient en augmentation, finissent pourtant par avouer tous ceux — des biologistes aux destructeurs de nuisibles — qui s’occupent, de près ou de loin, de la jungle montréalaise. Pas parce que des hordes de ratons ou d’écureuils des forêts bouclent chaque année leur balluchon pour aller s’installer dans Saint-Henri. Mais parce que le raton des villes vit au paradis. Greniers, pavillons de jardin, entrepôts, cheminées: les abris potentiels y sont nombreux (et souvent chauffés!), les victuailles abondantes — vive les sacs d’ordures trois étoiles et les ruelles de restaurants! Ainsi logés et nourris à nos frais, mon écureuil et votre raton laveur feront davantage de petits, qui, à leur tour… Et comme ils n’ont à peu près pas de prédateurs, faut-il s’étonner que leur nombre grimpe? La nature envahit-elle la ville? «C’est plutôt le contraire, non?» demande André Dicaire, biologiste responsable de la gestion de la faune montréalaise au ministère des Ressources naturelles et de la Faune. «La ville s’étale et, du même coup, enclave ou détruit des habitats, coince la faune dans des territoires de plus en plus exigus.» Des espèces sauvages en viennent à s’adapter, dit le Dr Guy Fitzgerald, vétérinaire et directeur de la Clinique des oiseaux de proie de l’Université de Montréal. Il cite entre autres le faucon pèlerin, dont on compterait une dizaine de couples, qui nichent sur les gratte-ciel, sur les ponts et dans certaines carrières montréalaises. La plupart des spécialistes s’entendent: la faune urbaine ne constitue pas un problème. Elle rend même des services. «C’est en voyant mourir des oiseaux que les gens ont commencé à se questionner sur la toxicité des pelouses noyées de pesticides, dit le Dr Fitzgerald. Ils sont les sentinelles de la santé publique. Quant aux rapaces, aux coyotes, aux renards, ils contribuent à contrôler les populations de petits rongeurs.» Même les pigeons ne posent pas de problèmes majeurs, affirme David Bird, biologiste de l’Université McGill spécialisé en vie sauvage. «Tant qu’on ne touche ni à l’animal ni à ses déjections, le pigeon ne représente aucun danger, dit-il. Sauf s’il y en a des milliers au même endroit. Mais ils ne seront jamais des milliers… à moins qu’on ne les nourrisse.» La faune est là. Il faut donc la gérer. La Ville de Montréal a son Service d’aménagement de la faune, le ministère des Ressources naturelles aussi. Sans compter les entreprises privées d’aménagement faunique ou de gestion des animaux importuns. Tout ce beau monde travaille à concocter des accommodements raisonnables entre les Montréalais à deux pattes, à plumes et à fourrure. Premier objectif: la santé. En ville, les animaux aussi vivent entassés les uns sur les autres. Dans la nature, un couple d’écureuils règne sur un territoire d’un hectare environ. À Montréal, à cause de l’homme, qui les nourrit — volontairement ou non —, on en comptera plutôt de trois à cinq à l’hectare. Sans oublier les ratons laveurs, les renards, les chats, les chiens. «Milieu propice aux épizooties, très difficiles à gérer en zone urbaine», dit Denis Fournier. Ainsi, avant de brancher sa radio sur une station rock, au parc Angrignon, il avait pris soin de placer dans le terrier de la renarde des vaccins oraux (cachés dans une pièce de viande, ils se fichent dans la gencive de l’animal qui les croque), histoire de contrôler la propagation de la rage. Les ratons laveurs, eux, sont vaccinés à la main. Contre la rage et la maladie de Carré («distemper»), qui se transmet du chien au raton, au renard et à l’écureuil. Comme le distemper provoque des cataractes, l’animal devient désorienté et confus, et se laisse plus facilement approcher. Mais, s’il est affaibli, il est quand même assez vigoureux pour mordre. Chacun des ratons laveurs des grands parcs montréalais — il y en a une quarantaine au kilomètre carré dans le parc du Mont-Royal — est donc capturé au moyen d’une cage, vacciné, puis gratifié d’une micropuce qui permet de l’identifier précisément et de retrouver son dossier médical. Au parc du Mont-Royal seulement, plus de 50 ont bénéficié de ce traitement en 2006. Le vrai traitement de luxe, on le réserve cependant aux castors qui vivent un peu partout sur les berges de l’île. Ici, il ne s’agit plus de santé, mais de préservation de l’environnement. Castor égale barrage, égale milieu humide. Et, s’est-on aperçu, égale aussi de trois à cinq fois plus d’oiseaux, d’amphibiens et de reptiles qu’ailleurs. Le castor fournit donc sa part pour la sauvegarde de la richesse faunique. Mais un castor adulte abat de 100 à 200 arbres par an! — et dévore en entier ceux qui font moins de 2,4 cm de diamètre. En 1992, un castor qui avait élu domicile au bassin des écluses du Vieux-Port de Montréal avait dû être déplacé: il avait abattu 25 arbres en deux semaines! En l’absence de tout prédateur naturel (lynx, loutre, ours), le castor va proliférer… et «manger à blanc» les rives avant de s’en aller. Solution: on le vasectomise! «Ça fonctionne très bien, dit Denis Fournier. Entre autres parce que le castor, monogame, est fidèle toute sa vie durant. Et la vasectomie, contrairement à la castration, ne modifie pas le comportement du mâle.» Personne ne semble s’être préoccupé du moral de sa charmante épouse, ainsi privée de son rejeton annuel. On se satisfait simplement qu’elle n’engage pas de procédure de divorce. Sur la dizaine de couples stérilisés depuis cinq ans, plus de la moitié sont restés unis et continuent d’occuper le même territoire, interdisant donc à un couple fertile de venir s’y installer. Ce qui n’empêche pas le ministère des Ressources naturelles et de la Faune de permettre (voire d’encourager?) le piégeage. Une dizaine de trappeurs dûment agréés sont ainsi actifs à Montréal. Ils piègent le renard, le raton laveur (aussi connu sous le nom de chat sauvage), le vison, le castor, le rat musqué et même l’écureuil. «C’est une activité économique appréciable. Elle constitue un gagne-pain pour les trappeurs, qui fournissent de la matière première à l’industrie de la fourrure montréalaise, dit le biologiste André Dicaire, du Ministère. Mais c’est aussi une façon de contrôler les populations d’animaux qui, comme le renard ou le castor, n’ont aucun prédateur.» La vie sauvage en ville? Certains sont ravis. «Ce n’est pas tout le monde qui peut prendre sa bagnole pour aller faire un tour à la campagne. Le citadin aussi a droit à sa parcelle de nature», dit Mario Saint-Georges, qui dirige le Groupe de recherche et d’étude en biostatistique et environnement, organisme privé spécialisé en aménagement de territoires fauniques qui travaille surtout en milieu urbain. «Un enfant qui voit une grenouille des bois dans un parc reste sensibilisé à l’importance de la faune, de la biodiversité et des milieux naturels», précise David Bird, de l’Université McGill. Bien sûr, le propriétaire de condo qui vient de trouver — encore! — le contenu de sa poubelle éparpillé sur tout son balcon risque de soulever une objection ou deux. «Achetez de bonnes poubelles», implore Denis Fournier. Car la vie sauvage, c’est aussi ça. La mouffette qui emménage sous la remise, la colonie de chauves-souris dans le grenier, la smala d’écureuils dans les combles, ça arrive. Souvent. Que faire? Se procurer une cage, attraper la bête et l’exiler dans un parc ou un boisé? En dernier recours seulement, stipule le ministère des Ressources naturelles et de la Faune. Parce que c’est cruel et anti-écologique. Et généralement, parfaitement inutile, assurent les spécialistes. La SPCA avait déménagé un raton laveur femelle à 25 km de son Westmount natal il y a quelques années, après lui avoir fait une marque à la peinture sur le dos. «Deux jours plus tard, elle était de retour!» raconte Pierre Barnoti, directeur général de la SPCA de Montréal. «Et si ce n’est pas le même animal qui revient, un autre prendra sa place, dit Denis Fournier. Tout ce qu’on fait, c’est libérer le logement pour un nouveau résidant.» Sans compter que l’animal exilé se retrouve dans un territoire étranger — où il est souvent perçu comme un ennemi parce qu’il est dans le royaume d’un congénère — et qu’il risque de contaminer ce territoire par des maladies qu’il apporte de la ville. Autre problème: les petits. L’animal qu’on attrape, surtout au printemps, est probablement une mère. Abandonnés, les bébés vont mourir sous une remise ou dans une cheminée. C’est inhumain… et malodorant. Bonjour les ennuis. La vraie solution, c’est de s’arranger pour que l’animal s’en aille de lui-même, dit Kevin Strunga, de l’entreprise Contrôle humanitaire de la faune sauvage. Sa méthode: inspecter la maison pour trouver la tanière. S’il y a des petits, on les met dans une «caisse à bébés», isolée et chauffée, que l’on place à l’extérieur de la maison. Puis, on installe une porte à sens unique à l’endroit où la mère pénètre dans le grenier ou la cheminée. Une fois sortie, elle ne pourra plus entrer. Elle n’aura d’autre choix que de trouver elle-même un nouveau logement à son goût, naturel on l’espère, et d’y installer sa portée. Mais tout ce travail restera inutile si on ne colmate pas ensuite les brèches et les trous, explique Kevin Strunga. Car la meilleure façon d’apprécier la faune, c’est de s’organiser pour qu’elle reste à sa place. Dehors. · Les nourrir ou pas

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Et revoici le charbon Santé et Science

Et revoici le charbon

On croyait l’époque du charbon révolue. C’est tout le contraire : 159 projets de centrales sont à l’étude aux États-Unis. Cette source d’énergie ultra-polluante menace de saboter les efforts pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre sur le continent.

La bouffe de chez nous Santé et Science

La bouffe de chez nous

Que vaut-il mieux manger? Une pomme du Québec qui a fréquenté les pesticides? Ou un pamplemousse biologique du bout du monde qui a voyagé en avion, provoquant l’émission de gaz polluants? Notre journaliste a enquêté.

Sainte-Justine : 100 ans d'histoire Santé et Science

Sainte-Justine : 100 ans d’histoire

L’hôpital Sainte-Justine célèbre son centenaire cette année. D’un petit dispensaire de la rue Saint-Denis, l’établissement est devenu une institution pédiatrique de pointe dont la renommée internationale n’est plus à faire. Revivez son histoire en images, tirées de Naître, vivre, grandir: Sainte-Justine 1907-2007 (Boréal), de l’historienne Denyse Baillargeon.

Sainte-Justine: 100 ans d'histoire Santé et Science

Sainte-Justine: 100 ans d’histoire

L’hôpital Sainte-Justine célèbre son centenaire cette année. D’un petit dispensaire de la rue Saint-Denis, l’établissement est devenu une institution pédiatrique de pointe dont la renommée internationale n’est plus à faire. Revivez son histoire en images, tirées de Naître, vivre, grandir: Sainte-Justine 1907-2007 (Boréal), de l’historienne Denyse Baillargeon.

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Les cellules de la discorde

Les cellules souches embryonnaires proviennent, comme leur nom l’indique, d’embryons. Idéalement, d’embryons humains. D’embryons très petits, vieux de quelques jours seulement, comme les embryons «surnuméraires» abandonnés dans les cliniques de fertilité une fois que leurs propriétaires ont eu le ou les bébés qu’ils voulaient. (On obtient souvent un surplus d’embryons pendant qu’on fait une fécondation in vitro.) De nombreuses personnes, invoquant des croyances religieuses, s’opposent à leur utilisation. Le président Bush a décrété, en 2001, un moratoire sur les recherches qui font appel à ces cellules. Sa décision interdit au gouvernement fédéral américain de leur allouer des fonds par le truchement des National Institutes of Health, par exemple. Mais elle n’interdit pas ces recherches si elles sont financées par des fonds provenant des États ou du secteur privé. Pour beaucoup, cet embargo est injustifié: un amas de cellules de cinq ou six jours n’a aucun caractère «humain». Ainsi, pour des groupes de pression comme ceux qui ont entouré l’acteur américain Christopher Reeve, devenu tétraplégique après une chute de cheval et décédé à 52 ans, en 2004, cet interdit n’a pas sa raison d’être. La recherche sur les cellules souches embryonnaires était son seul et unique espoir de guérir. Nancy Reagan, dont le mari, l’ancien président des États-Unis Ronald Reagan, est mort en 2004 après un long naufrage dans la maladie d’Alzheimer, milite toujours en faveur des recherches sur les cellules souches. L’allégeance républicaine de Mme Reagan ne l’empêche pas de s’opposer ouvertement à la politique de l’actuel président. Ce combat, l’acteur américain d’origine canadienne Michael J. Fox, à qui l’on a diagnostiqué la maladie de Parkinson en 1991 — il avait à peine 30 ans! —, ne cesse de le mener lui aussi. Pour eux, comme pour des milliers de patients, les cellules souches sont les cellules de l’espoir. Mais pour les «pro-vie», toucher à l’embryon humain, pour quelque raison que ce soit, c’est commettre un meurtre, point à la ligne. Toute la controverse est là. Le débat est généralement moins polarisé à l’extérieur des États-Unis. En Grande-Bretagne, l’embryon est assimilé à du simple matériel biologique jusqu’à l’âge de 14 jours. En France, il n’a les attributs de la personne que s’il s’inscrit dans un «projet parental». Au Canada, on peut faire des recherches sur les embryons surnuméraires à condition qu’ils aient été donnés. Et vous, qu’en pensez-vous ? Exprimez-vous sur notre tribune !

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Les cellules de tous les espoirs

Les cellules de la discorde Les cellules souches embryonnaires proviennent, comme leur nom l’indique, d’embryons. Idéalement, d’embryons humains. D’embryons très petits, vieux de quelques jours seulement, comme les embryons «surnuméraires» abandonnés dans les cliniques de fertilité une fois que leurs propriétaires ont eu le ou les bébés qu’ils voulaient. (On obtient souvent un surplus d’embryons pendant qu’on fait une fécondation in vitro.) De nombreuses personnes, invoquant des croyances religieuses, s’opposent à leur utilisation. Le président Bush a décrété, en 2001, un moratoire sur les recherches qui font appel à ces cellules. Sa décision interdit au gouvernement fédéral américain de leur allouer des fonds par le truchement des National Institutes of Health, par exemple. Mais elle n’interdit pas ces recherches si elles sont financées par des fonds provenant des États ou du secteur privé. Pour beaucoup, cet embargo est injustifié: un amas de cellules de cinq ou six jours n’a aucun caractère «humain». Ainsi, pour des groupes de pression comme ceux qui ont entouré l’acteur américain Christopher Reeve, devenu tétraplégique après une chute de cheval et décédé à 52 ans, en 2004, cet interdit n’a pas sa raison d’être. La recherche sur les cellules souches embryonnaires était son seul et unique espoir de guérir. Nancy Reagan, dont le mari, l’ancien président des États-Unis Ronald Reagan, est mort en 2004 après un long naufrage dans la maladie d’Alzheimer, milite toujours en faveur des recherches sur les cellules souches. L’allégeance républicaine de Mme Reagan ne l’empêche pas de s’opposer ouvertement à la politique de l’actuel président. Ce combat, l’acteur américain d’origine canadienne Michael J. Fox, à qui l’on a diagnostiqué la maladie de Parkinson en 1991 — il avait à peine 30 ans! —, ne cesse de le mener lui aussi. Pour eux, comme pour des milliers de patients, les cellules souches sont les cellules de l’espoir. Mais pour les «pro-vie», toucher à l’embryon humain, pour quelque raison que ce soit, c’est commettre un meurtre, point à la ligne. Toute la controverse est là. Le débat est généralement moins polarisé à l’extérieur des États-Unis. En Grande-Bretagne, l’embryon est assimilé à du simple matériel biologique jusqu’à l’âge de 14 jours. En France, il n’a les attributs de la personne que s’il s’inscrit dans un «projet parental». Au Canada, on peut faire des recherches sur les embryons surnuméraires à condition qu’ils aient été donnés.

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Garde-chasse en ville !

Alain Dechêsne traque les braconniers, vient au secours des renards piégés ou blessés et ramène les chevreuils égarés dans le droit chemin. Rien d’original pour un garde-chasse. Sauf que son métier, il l’exerce à Montréal! «Quand je m’installe sous les manèges de La Ronde pour surveiller les pêcheurs d’esturgeons ou de brochets sous le pont Jacques-Cartier, je m’étonne toujours de travailler dans un milieu aussi urbain», dit-il en riant. Si les braconniers opèrent en ville, c’est qu’on y trouve beaucoup plus d’espèces animales qu’il n’y paraît. Les huit agents de protection de la faune — comme on appelle aujourd’hui les gardes-chasse — qui couvrent le grand Montréal ne manquent pas de boulot. «L’an dernier, nous avons dû intervenir au parc des Îles-de-Boucherville, où des Montréalais chassaient le chevreuil la nuit, raconte Alain Dechêsne. Ils se servaient d’arbalètes plutôt que de fusils, pour éviter que les coups de feu ne les fassent repérer. Nous avons aussi eu des cas de chasse au collet, dans le coin de Rivière-des-Prairies. Le plus souvent, les braconniers pistent le chevreuil ou pêchent, mais il y a de plus en plus de cas de captures illégales de chardonnerets, de petits oiseaux colorés, qui sont vendus sur le marché noir.» Le travail de ces gardes-chasse urbains ressemble un peu à celui des détectives. «Pour démanteler les réseaux, il faut d’abord découvrir leur modus operandi, les observer avec des télescopes et des lunettes de vision nocturne, dit Alain Dechêsne, qui a 30 ans de métier. Dans la forêt, on peut se cacher derrière les arbres, c’est facile. Mais quand on fait de la surveillance au milieu de la foule dans le Vieux-Port, où des gens pêchent illégalement le brochet et le doré, passer inaperçu avec tout notre équipement demande pas mal d’ingéniosité!» Mis à part les braconniers, les agents doivent faire face à des propriétaires d’animaux originaux. «Dans une ville comme Montréal, il y en a qui ont des goûts particuliers et qui se procurent illégalement des animaux exotiques. J’ai déjà saisi des alligators chez quelqu’un qui avait transformé son appartement de Rosemont en une véritable forêt tropicale. Le type avait des serpents venimeux et avait installé les alligators dans une pataugeoire pour enfants! Ça puait là-dedans…» Alain Dechêsne et ses collègues ne s’étonnent plus de ce genre de cas. L’homme sourit toutefois en évoquant la surprise des jeunes agents qui arrivent de la Gaspésie ou de la Côte-Nord et qui se retrouvent aux prises avec la faune urbaine. «Ils n’ont aucune idée de ce que le travail en ville exige. Par exemple, à Montréal, contrairement aux régions, on compte beaucoup de communautés culturelles. Et ces communautés sont souvent adeptes de chasse et de pêche. Il y a quelques années, nous avons découvert que des Chinois allaient à Rivière-des-Prairies pour y pêcher, même en période interdite, une espèce menacée: l’alose savoureuse. Pour réussir à faire respecter la loi en dépit de la barrière linguistique, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec a fait imprimer un petit livre qui énumère les règles dans une dizaine de langues.» Les gardes-chasse mettent souvent la main au collet des mêmes contrevenants. Les actes de braconnage relèvent du Code pénal et ceux qui se font prendre doivent payer une amende, souvent dérisoire. Mais Alain Dechêsne est optimiste: «Quand j’ai commencé à travailler, les petits braconniers étaient valorisés par leur entourage. Aujourd’hui, les mentalités ont changé, surtout en ville. Le sentiment antichasse y est fort et les gens sont prompts à dénoncer ceux qui s’en prennent aux animaux. En fait, le pire ennemi des agents qui travaillent à Montréal, ce sont les bouchons de circulation!»

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L’université des patenteux

Une voiture made in Québecqui fait 687 km au litre, ça vous dirait? Le Québec conçoit également les meilleurs sous-marins-robots, avions-cargos, hélicoptères intelligents, motoneiges silencieuses et sous-marins à propulsion humaine… Serait-il en train de monter secrètement une armée futuriste? Qu’on se rassure: il s’agit de prototypes d’engins élaborés par les clubs étudiants de l’École de technologie supérieure (ETS), la dernière-née des écoles d’ingénieurs du Québec. Depuis 10 ans, les étudiants de l’ETS s’illustrent dans presque toutes les compétitions interuniversitaires, battant souvent à plate couture des facultés aussi prestigieuses que celles du Massachusetts Institute of Technology ou du California Institute of Technology. Lors des compétitions 2005 de la série Mini Baja (véhicule tout-terrain amphibie), ils ont même dominé outrageusement, remportant les trois concours organisés par la Society of Automotive Engineers, une première en 100 ans. Et dire que le Québec n’a pas d’industrie automobile! La clé de ces succès: de petits débrouillards capables de concevoir leur propre transmission, de monter un banc d’essai pour hélice d’avion, d’assembler une carte électronique maison, d’usiner une roue de voiture de course… Cette performance s’explique par le fait que tous les étudiants arrivent à l’ETS avec, dans leur coffre à outils, un diplôme d’études collégiales en technologie plutôt qu’un DEC en sciences de la nature. Ce profil de technicien qualifié et de patenteux génial n’est qu’un des traits qui distinguent l’ETS des autres écoles et facultés de génie québécoises et même canadiennes. Ce jeune établissement, fondé en 1973, compte maintenant autant d’étudiants — près de 5 000 — que la vénérable École polytechnique, pourtant centenaire. Déjà, 8 000 des 48 000 ingénieurs du Québec sont issus de ses rangs et cette proportion est appelée à croître, puisqu’on y forme le quart des étudiants en génie de la province. Outre le profil particulier de ses recrues, l’ETS a trois autres particularités: des stages obligatoires; une pédagogie axée sur la pratique; et une approche appliquée du génie qui se décline dans ses laboratoires, ses clubs étudiants et son incubateur d’entreprises. L’ETS est en effet l’une des deux seules écoles de génie au Canada (avec l’Université de Waterloo, en Ontario) où les stages en entreprise — au nombre de trois — sont obligatoires depuis les débuts. Chaque année, 12 agents de l’École sillonnent le Québec et démarchent 9 000 entreprises pour permettre à 2 150 étudiants de mettre leurs connaissances à l’épreuve. La réponse du milieu est si enthousiaste que le tiers des stages ne trouvent pas preneur. «L’École de technologie supérieure a été créée pour aider le Québec à combler son retard technologique», dit Yves Beauchamp, son directeur général, qui ne perd pas de vue que l’établissement a deux «clientèles»: les étudiants, mais aussi l’industrie québécoise, qui occupe la moitié des sièges au conseil d’administration. Pierre Rivet, directeur des stages, explique pour sa part que l’École joue un rôle stratégique pour les PME. «Les employeurs aiment beaucoup nos stagiaires, qui sont d’entrée de jeu des techniciens qualifiés, qui connaissent les ateliers de production, les machines, qui maîtrisent le maniement d’un oscilloscope ou la lecture des plans… Et à la fin de leurs études, 40% d’entre eux seront embauchés par l’entreprise qui les avait accueillis.» Rémunérés à environ 11 000 dollars chacun, ces stages annuels assurent aux ingénieurs en herbe un revenu minimal et limitent d’autant leurs dettes d’études. Pierre Rivet a constaté que 20% des étudiants abandonnent s’ils attendent au troisième trimestre pour faire leur premier stage, alors que seulement 10% jettent l’éponge s’ils le font en 1re année. Retenir les étudiants est une question cruciale à une époque où le nombre de ceux qui s’intéressent aux sciences est en baisse, et à plus forte raison pour une école comme l’ETS, dont le profil de l’effectif n’est pas celui des «bollés» en maths, physique et chimie du secondaire. «Vous ne pouvez pas savoir combien d’étudiants qui pochaient les cours de sciences au secondaire sont venus me trouver pour me dire qu’ils étaient surpris qu’on ait pu non seulement leur faire comprendre ces matières, mais aussi les leur faire aimer», dit Robert Papineau, qui a dirigé l’ETS pendant 18 ans avant de passer à Polytechnique, en 2004. L’ETS a mis au point — deuxième grande particularité — une pédagogie axée sur la pratique et l’application. «Ses dirigeants consultent beaucoup l’industrie pour valider le contenu des cours offerts», confirme Réal Laporte, ancien de l’ETS devenu président d’Hydro-Québec Équipement et PDG de la Société d’énergie de la Baie James. La plupart des sujets de thèse de maîtrise et de doctorat de ses étudiants collent d’ailleurs de très près aux besoins de l’industrie. Les classes sont petites — 32 étudiants en moyenne et jamais plus de 50 —, alors qu’elles font facilement le double, voire le triple, dans les autres facultés. De plus, tous les cours sont suivis d’un labo obligatoire de deux heures par semaine ou, dans le cas des maths, d’un tutorat concernant les problèmes pratiques, contre 30% des cours à Polytechnique. «Et tous nos professeurs doivent avoir une expérience dans l’industrie, dit Yves Beauchamp. Les bons candidats qui n’en ont pas, nous les envoyons six mois ou un an se former en entreprise!» Christian Masson, titulaire de la Chaire sur l’aérodynamique des éoliennes en milieu nordique, lui-même un pur produit de Polytechnique, a adapté son enseignement. «Les étudiants connaissent très bien les produits existants et les fabricants, explique-t-il. Le diamètre d, la vitesse v, ça passe en classe, mais un élève demandera certainement comment l’équation marche avec une turbine de deux mètres de telle ou telle marque. Il est faux de croire que la plupart des étudiants en génie sont des petits vites qui ont gossé dans des moteurs de tondeuse. C’est cependant vrai des étudiants de l’ETS.» Et au terme de leur cursus, ils seront devenus des spécialistes à part entière, des «ingénieurs d’application». Un type dont la profession a grandement besoin, car les trois quarts des ingénieurs ont une formation beaucoup plus théorique. Selon le doyen de la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval, Jean Sérodes, «il n’y a pas de distinction fondamentale dans les programmes. Cela dit, des différences d’orientation vont faire que certains diplômés de l’ETS sont plus pratiques mais plus limités devant un problème théorique, plus manuels que cérébraux.» Alain Chabot, étudiant en génie mécanique de l’ETS et membre du club Formule SAE (qui construit des bolides de course), rétorque: «Un étudiant de Polytechnique qui tombe dans un trou va se demander pourquoi et comment. Nous, on cherche à sortir du trou.» «Au fil des années, sur le terrain, les différences de profil ont tendance à s’estomper», précise toutefois Réal Laporte. La troisième grande particularité de l’École de technologie supérieure est qu’elle consacre deux directions séparées à ses clubs étudiants et à son incubateur d’entreprises. Les étudiants sont fortement encouragés à y participer — même si ces activités périscolaires ne sont pas comptabilisées —, car les clubs et les entreprises en gestation sont une véritable école dans l’École, et leurs participants sont au bout du compte les candidats les plus recherchés lors des stages et à l’embauche. La raison: ces étudiants ont dû faire face à la réalité du travail; ils ont géré un budget de développement, trouvé les mots pour intéresser des commanditaires; ils ont travaillé au sein d’équipes multidisciplinaires et se sont même colletaillés aux autorités. Cet apprentissage ne se fait pas sans heurts. «L’année dernière, les douaniers américains ont jugé notre prototype suspect et nous sommes arrivés à San Diego avec seulement une moitié de sous-marin!» raconte Félix Pageau, étudiant en génie logiciel et capitaine de l’équipe du sous-marin-robot SONIA (pour «système d’opération nautique intelligent et autonome»), qui s’est malgré tout classé deuxième. «Pour récupérer les pièces saisies à la douane, ce fut une véritable course contre la montre!» L’incubateur d’entreprises participe du même projet pédagogique. Son fondateur, Jacques Fortin, était le comptable de l’ETS, mais surtout un passionné d’entrepreneuriat. Au début des années 1990, il s’est aperçu que rien n’était fait pour affûter le sens des affaires de ses étudiants. Dès 1995, il avait établi un système de parrainage. L’incubateur regroupe à ce jour 37 entreprises en devenir, sans compter les 28 autres qui volent déjà de leurs propres ailes et emploient près de 300 personnes. Parmi les vedettes, il y a le Groupe GBA, avec ses pieux vissés, SOE Technologie, avec sa transmission à 110 vitesses, et Théorème, qui conçoit une ampoule de serre utilisant seulement 25% de l’énergie d’une ampoule classique et durant de quatre à cinq fois plus longtemps! Difficile aujourd’hui de croire que l’ETS a failli mourir dans l’œuf parce que ses diplômés n’étaient pas reconnus par l’Office des professions du Québec et par l’Ordre des ingénieurs du Québec, ce dernier jugeant, en 1978, qu’ils n’avaient pas suffisamment de compétences et d’années d’études pour devenir ingénieurs. L’École fut sauvée grâce à l’intervention providentielle de Robert Papineau, ingénieur qui l’a dirigée de 1986 à 2004. Il a réglé la crise en rehaussant les standards de l’établissement, faisant passer le nombre d’unités de 70 à 105, et le temps de formation de deux ans à trois ans et demi. En trois ans, l’ETS obtient la reconnaissance officielle comme école d’ingénieurs et organise des séries d’examens extrêmement exigeants permettant aux anciens diplômés de devenir ingénieurs. Depuis cette renaissance, la maison d’enseignement a vu le nombre de ses étudiants quintupler et s’est établie au coin des rues Peel et Notre-Dame. Sa croissance est telle qu’elle lance un programme d’agrandissement de 64 millions de dollars — on manque de labos. Il règne une fébrilité particulière au sein du corps professoral de l’ETS. «Nous sommes une jeune école et tout est à bâtir», dit le professeur Louis A. Dessaint, titulaire de la Chaire de recherche TransÉnergie sur la simulation et la commande des réseaux électriques. Moins de deux ans après sa reconnaissance officielle, en 1990, l’École crée un premier programme de maîtrise, puis en ouvre un de doctorat, en 1998. Ses programmes de cycles supérieurs attirent aujourd’hui 1 000 étudiants, dont la moitié venus de l’étranger. Depuis 2003, elle a plus que doublé ses budgets de recherche et créé sept nouvelles chaires de recherche. L’École de technologie supérieure avait aussi pour mission d’aider le Québec à rattraper son retard économique. L’apport des écoles d’ingénierie à ce chapitre est mesurable: le nombre d’ingénieurs pour 100 000 habitants est passé au Québec de 77 à 125 en 15 ans. D’autres statistiques illustrent la contribution majeure de l’ETS au Québec de demain. Par exemple, 80% de ceux qui la fréquentent sont des étudiants universitaires de première génération, c’est-à-dire qu’aucun de leurs parents n’avait fréquenté l’université. Autre exemple: l’ETS envoie dans les régions — aux prises avec un fort exode rural — 20% de ses ingénieurs, alors que seulement 15% de ses étudiants en viennent. «L’ETS est un puissant message d’espoir pour les jeunes et le Québec», dit le professeur Kamal Al-Haddad, qui dirige le Groupe de recherche en électronique de puissance et commande industrielle. «Autrefois, ceux qui n’avaient pas de DEC en sciences de la nature se faisaient dire qu’ils resteraient des techniciens à vie. L’ETS leur permet non seulement de devenir ingénieurs, mais de faire une maîtrise, un doctorat et — qui sait? — d’obtenir le Nobel! The sky is the limit!»

Santé et Science

Beaux parleurs, petits faiseurs

Les résultats reposent sur 1 002 entrevues téléphoniques, dont 601 au Québec et 401 dans le reste du Canada. Les entrevues ont été réalisées du 11 au 22 janvier 2007. La marge d¹erreur de l¹échantillon québécois est de plus ou moins 4%, celle de l¹échantillon hors Québec, de plus ou moins 5%. Vous habitez une petite ville où le taux de chômage est de 15%. Une usine veut s’y installer, mais ses eaux usées rendraient impossibles la baignade et la pêche dans un lac voisin. Devrait-on autoriser l’usine? Québec Autres provinces 2007 1992 2007 1992 OUI, si elle crée 100 emplois 14 % 16 % 14 % 10 % OUI, si elle crée 1 000 emplois 10 % 15 % 6 % 15 % NON 76 % 69 % 80 % 75 % Seriez-vous prêt à payer plus d’impôts pour protéger l’environnement et empêcher la pollution? Québec Autres provinces 2007 1992 2007 1992 A) 10 % D’IMPÔTS DE PLUS Prêt 55 % 46 % 66 % 60 % Pas prêts 44 % 49 % 33 % 35 % B) 2 % D’IMPÔTS DE PLUS Prêt 76 % 64 % 82 % 77 % Pas prêt 22 % 29 % 17 % 18 %