Santé et Science

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Des Japonais plus verts que le thé

Dans la spacieuse cuisine moderne de Raoul Holland, à Nagoya, au Japon, cinq petites poubelles en plastique gris sont placées en oblique, les unes au-dessus des autres, bien à la vue sur leur support en métal noir, à côté de la porte qui mène au balcon. Les journaux sont empilés dehors sur son blacon (M. Holland habite dans une copropriété), tout comme les magazines et les boîtes de carton. À l’instar de ses concitoyens, ce Canadien anglais de 62 ans originaire de Victoria, qui enseigne la littérature française depuis 26 ans à l’Université catholique Nanzan, doit trier ses déchets valorisables… en 10 catégories ! Plus une pour les matières combustibles (nourriture, mouchoirs, etc.) et une pour les matières non combustibles (vaisselle cassée, gants de caoutchouc, etc.) ! Son devoir ne s’arrête pas là. Le jour de la collecte, il doit placer le contenu de chaque poubelle dans des sacs vendus au supermarché — des rouges pour les matières combustibles, des verts pour les non combustibles, des bleus pour les matières valorisables — et déposer les bouteilles dans un bac en plastique bleu et les canettes dans un bac jaune ! « Ça ne m’ennuie pas du tout, dit-il. Le contraire serait aberrant. Quand on pense qu’il y a 10 ans on ne faisait rien de cela, ça paraît inconcevable. » Lorsque Raoul Holland prend le métro pour aller au centre-ville, il peut entendre, dans les couloirs de certaines stations, des chants d’oiseaux diffusés par les haut-parleurs. Aux feux de circulation du chic quartier commercial Sakae, où il fait des courses à l’occasion, c’est le coucou des oiseaux qui indique aux aveugles s’ils peuvent traverser la rue… Bienvenue à Nagoya, ville de 2,2 millions d’habitants — l’agglomération en compte plus de huit millions — de la superficie de Montréal, qui est en voie de devenir l’écocapitale du Japon ! Tout commence en 1998, lorsque le maire, Takehisa Matsubara, alors fraîchement élu pour un premier mandat, annonce que le sanctuaire d’oiseaux migratoires Fujimae devra être transformé en lieu d’enfouissement. Cela fait 17 ans que la municipalité y songe, mais là, le temps presse : le volume de déchets est en croissance depuis 5 ans, et dans 2 ans, il n’y aura plus de place pour enfouir le million de tonnes de déchets que produisent annuellement les habitants de cette ville industrielle prospère — 456 kilos par personne, contre 480 kilos pour un Montréalais à la même époque. Dès l’annonce du maire, une clameur digne des Oiseaux, d’Alfred Hitchcock, s’élève dans la population ! Les Japonais vouent un véritable culte aux oiseaux et à la protection de leur habitat naturel. Les Nagoyans s’organisent donc pour tuer dans l’œuf le projet du maire. Ils peuvent compter sur le soutien des 45 000 membres de la Société de protection des oiseaux du Japon, le groupe environnemental le plus important au pays. On interpelle les élus, la presse s’en mêle et des citoyens forment l’association Sauvons Fujimae avec l’aide du Réseau d’action pour la protection des zones humides du Japon. Pour se rendre au sanctuaire Fujimae, dans la baie d’Ise, sur la côte du Pacifique, il faut traverser un secteur industriel isolé. De grands espaces sont occupés par des graminées et des arbres à petits fruits. À côté du poste d’accueil, il y a une pinède. Au Japon, le pin est le symbole de la jeunesse, de la longévité et de la dignité. Lorsqu’on s’approche du rivage, la vue de toutes ces industries, au loin, et de ces structures qui ressemblent à des tours de forage détonne… Le biologiste Shin Ito, 36 ans, habitué des lieux depuis son enfance et aujourd’hui responsable du site, a appris à faire abstraction de ce décor : « Avec mes jumelles, je ne vois que la beauté des oiseaux. Je me concentre sur le particulier et je ne vois pas l’ensemble. » Chaque année, des oiseaux de plus de 150 espèces font escale dans la baie d’Ise, dont certains ont fait le voyage depuis la Sibérie ou l’Alaska. C’est pour la protection de ces 323 hectares (trois fois la superficie des plaines d’Abraham) que commence une bataille déterminante dans l’histoire de la quatrième ville du Japon. Après un an de controverses, en janvier 1999, le maire Matsubara conclut un pacte avec les particuliers et les entreprises. Pour éviter d’avoir à convertir le sanctuaire en lieu d’enfouissement, les habitants de Nagoya devront réduire leurs déchets de 20 % d’ici 2001. Les entreprises devront aussi fournir leur part et payer le secteur privé pour la collecte de leurs déchets et matières valorisables. C’est un nouvel effort pour tous, puisque la Ville s’était déjà engagée en 1997 à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 10 % par rapport à celles de 1990. Soit presque deux fois les objectifs du gouvernement central du Japon et du Canada (6 % pour chacun). Pour atteindre les objectifs du maire, tout est à faire, malgré le travail déjà amorcé par le groupe écologiste Chubu Recycle, qui organise depuis les années 1980 des collectes de journaux, plastiques et métaux dans les stationnements de supermarchés. Il faut implanter un système de collecte sélective dans les 16 arrondissements, mettre à contribution les supermarchés, les groupes communautaires, les écoles, et mobiliser les 3 000 Nagoyans responsables des associations de voisinage de la ville. Le programme est si complexe que les fonctionnaires municipaux doivent retéléphoner à 100 000 résidants pour répondre à leurs questions ! Et plus de 200 000 personnes participeront à des séances d’information (voir « Écocapitale en 12 temps »). Qu’à cela ne tienne, deux ans plus tard, les habitants avaient réduit leurs déchets non pas de 20 %, mais de 23 %. Et aujourd’hui, 35 % des ordures ménagères sont revalorisées — presque deux fois plus qu’à Montréal (19 %). La quantité de déchets incinérés a également diminué de 30 %. Pour les Nagoyans, toute cette gestion des ordures demande un temps fou, selon Hélène Hamana, Française pleine de vie qui enseigne le français dans une université pour jeunes filles de Nagoya depuis 28 ans. « Vous savez, les gens râlent un peu, mais on doit le faire. Le réchauffement climatique, c’est grave. Il serait impensable ici de ne pas respecter les normes. Même moi, avec mon caractère de Française rouspéteuse, je me plie au règlement sans presque y déroger. » On participe de bonne grâce, dit-elle, principalement pour ne pas crouler sous les détritus dans sa maison. Car sans tri, pas de ramassage. « C’est l’argument le plus convaincant. Mais je pense aussi que le tri sélectif fait partie d’une morale collective à laquelle il est difficile d’échapper. Quand on promène son chien, on a toujours un petit sac. Alors pour les ordures, c’est la même chose, on ne les jette pas n’importe comment. » Ce sens du devoir et des responsabilités est partagé par Harumi Iwahara, 42 ans, femme pleine d’humour qui a déjà vécu en France et en Afrique du Sud avec sa famille et son mari, lequel travaille pour Toyota. Elle explique qu’elle doit se transformer en sympathique superviseure avant de sortir les sacs : « Je vérifie si mon mari et les enfants ont bien trié les bouteilles et les plastiques. C’est contraignant, mais heureusement, je ne travaille pas à l’extérieur. C’est un devoir de citoyen et je le fais avec plaisir pour l’avenir de mes enfants. » Lorsque vient le temps de se débarrasser d’un appareil électroménager, d’un téléviseur ou d’un ordinateur, Harumi Iwahara et ses voisins n’ont d’autre choix que de les rapporter, à leurs frais, chez le détaillant, ou de les amener à l’un des deux centres de récupération de la ville. La collecte des journaux, magazines, boîtes de carton et vêtements usagés est réservée, quant à elle, aux groupes communautaires et aux écoles, pour financer leurs activités. Ils ont leur propre camion et effectuent le ramassage deux fois par mois. Le jour de la collecte sélective des déchets domestiques, dès 6 h 30, l’énergique Setsuko Oota, dans la jeune cinquantaine, se poste sur le trottoir, près du commerce de vélos qu’elle tient avec son mari. Elle accueille ses voisins venus porter leurs sacs de plastique transparent arborant le logo bleu, la couleur des matières valorisables. Elle inspecte tout et s’assure que le tri a été bien fait. La municipalité lui verse 210 dollars par année pour ce travail. Setsuko Oota fait partie de l’une des 3 000 associations de voisinage de la ville — on en retrouve partout au pays. Pour ces gens qui veillent notamment à la propreté du quartier, la supervision des sacs de recyclage s’est ajoutée naturellement. Setsuko Oota, qui effectue ses tâches avec sérieux, n’a pas l’impression de faire un boulot qui relève de la municipalité : « Ce sont les gens qui produisent les déchets, c’est à eux de les gérer. » C’est partout le même discours : chaque citadin est responsable de ses gestes et de son environnement. Le professeur de psychologie du Département de l’environnement de l’Université de Nagoya, Yukio Hirose, a fait une étude pour comprendre pourquoi les habitants se sont pliés à des exigences aussi sévères. « C’est parce que le programme de collecte était équitable et que le bien-être de la collectivité était en jeu. Leur motivation vient de là. » Raoul Holland, ce Canadien qui vit à Nagoya depuis 26 ans, y voit aussi des traits culturels. « Les Japonais forment un peuple assez homogène, conformiste et très discipliné, ce qui explique que cette façon minutieuse de trier marche tellement bien, malgré quelques exceptions. » Mais la jeune génération perd peu à peu, dit-il, « certaines des vertus que sont l’abnégation, le sens du devoir et le civisme envers la collectivité, quicaractérisaient les vieilles générations ». Nous sommes dans le quartier résidentiel Midoro, où habitent de jeunes familles de la classe moyenne. C’est là qu’a pignon sur rue le supermarché de la chaîne Apita, réputée pour ses éclairages doux et ses rayons arrangés avec goût. À l’extérieur, un abri a été aménagé pour accueillir quatre bacs de récupération. Les employés se relaient pour les vider. Un très grand nombre de supermarchés de la ville ont ainsi installé des bacs pour répondre aux besoins des personnes qui n’ont pas de place à la maison. Depuis octobre dernier, la majorité des commerçants du quartier Midoro participent à une expérience-pilote : ils vendent leurs sacs de plastique cinq cents chacun. Chez Apita, en moins d’un mois, 88 % des clients apportaient leur cabas ! Il faut voir l’étalage, à la sortie du magasin, de jolis fourre-tout réutilisables, dont certains, bleu azur et orangé, ressemblent à des sacs de plage ! Pour atteindre le « plein recyclage », la Ville sait qu’elle devra faire du compostage. Elle a mis sur pied un projet-pilote, auquel participe 60 % des résidants de deux quartiers. Elle attend les résultats avant de se lancer dans cette aventure sur une grande échelle. En février 2007, des membres d’associations de quartiers où l’on compte de grandes tours d’habitation ont observé un certain laisser-aller dans le tri des déchets. Le maire s’est empressé de déclencher une campagne de sensibilisation. « Je voulais donner un signal fort, montrer que la Ville ne pouvait tolérer de tels écarts. » Le maire Matsubara et ses concitoyens ne sont pas les seuls à faire des efforts. Ils peuvent compter sur le dynamisme des éco-entreprises de la région, dont 305 ont formé l’Environmental Partnership Organizing Club (EPOC). Elles ont la certification environnementale ISO 1400, attestant qu’elles réduisent au minimum les effets dommageables de leurs activités sur l’environnement, ou sont sur le point de l’obtenir. Parmi elles, la multinationale Brother. Ce fabricant de matériel électronique de bureau et de machines à coudre a aménagé sur le toit de son siège social, à Nagoya, un jardin qui fleurit toute l’année et qui procure de la fraîcheur au dernier étage. Le jour de notre visite dans cette oasis couverte de gazon, des employés s’y reposaient, assis sur des bancs en bois, admirant les massifs de fleurs et les rocailles. Sur le toit du bâtiment d’en face, appartenant aussi à Brother, on pouvait apercevoir des panneaux solaires. Même si les économies d’énergie sont plutôt faibles, le président du conseil de la multinationale, Yoshihiro Yasui, défend ces initiatives : « Je ne crois pas qu’il faille arrêter un projet pour des raisons économiques. Au Japon, il y a un dicton qui dit que “la continuité, c’est la puissance”. Nous voulons que toutes nos installations dans le monde aient des toits verts ou des panneaux solaires. Les toits verts sont utiles pour réduire les îlots de chaleur dans la ville. » Yoshihiro Yasui, homme distingué de 69 ans aux cheveux gris argent, attire notre attention sur son porte-documents noir en cuir, orné de tissus soyeux aux teintes vives. Il s’agit de cravates qu’il ne portait plus et qu’il a fait assembler en mosaïque. « Je voulais montrer qu’avec un peu d’imagination on peut réutiliser des choses à d’autres fins. » Malgré tous les efforts des particuliers et des entreprises, les émissions de GES n’ont été réduites que de 1,4 % depuis 1999. Cela peut sembler timide, mais seulement six grandes villes du Japon ont réussi à diminuer leurs émissions polluantes au cours de la même période. Les neuf autres les ont augmentées en moyenne de 7 %. Si on peine à réduire les émissions de GES, c’est en bonne partie à cause de l’automobile. « Il est difficile de convaincre les automobilistes de changer leurs habitudes », reconnaît le maire. Et leur nombre ne cesse d’augmenter depuis le début des années 1970. Le développement économique de Nagoya, née il y a presque 400 ans mais détruite par les bombardements américains durant la Deuxième Guerre mondiale, est intimement lié au monde de l’automobile. La ville de Toyota, à une vingtaine de kilomètres au sud-est, abrite le siège social et sept usines du nouveau numéro un mondial de l’auto. C’est d’ailleurs à Nagoya que s’est vendu le premier véhicule de marque Toyota, en 1935. Durant les heures d’affluence, cependant, le pourcentage de déplacements faits en voiture (37 %) reste en deçà de celui que connaît Montréal (68 %). D’ailleurs, n’a pas une auto qui veut, puisqu’il faut prouver à l’administration municipale de Nagoya que vous disposez d’une place de stationnement à la maison. Pour faciliter les 900 000 déplacements quotidiens en vélo (le troisième moyen de transport, après l’auto et la marche), la Ville désire tripler les actuels 32 km de voies réservées sur les larges trottoirs. Car de ce côté, beaucoup reste à faire. Le maire Matsubara pourra sans doute s’inspirer de l’expérience de Montréal (et de Vélo Québec) lorsqu’il accueillera son homologue montréalais, dans deux ans, pour la 10e Conférence internationale sur la biodiversité, qui se tiendra à Nagoya. Qui aurait pu prédire, il y a 10 ans, que la bataille pour la préservation de Fujimae — inscrit en 2002 sur la liste sélecte de la Convention internationale de Ramsar en tant que milieu humide essentiel à la faune — allait faire de Nagoya l’un des chefs de file des grandes villes du Japon en matière de lutte pour la protection de l’environnement ? — (Reportage effectué grâce à la bourse Québec-Japon, du Foreign Press Center of Japan et du ministère des Relations internationales du gouvernement du Québec.)

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Écocapitale en 12 temps

• Dix bacs pour les déchets valorisables à la maison, plus un pour les déchets combustibles et un pour les non combustibles. • Collecte des journaux, magazines, cartons et vêtements usagés effectuée uniquement par les écoles et les groupes communautaires, pour financer leurs activités. Deux fois par mois, ils installent 52 postes de récupération dans des stationnements de centres commerciaux ou des lieux publics. • Frais de 2 à 12 dollars pour se débarrasser d’objets encombrants (tapis, vélos, etc.). • Frais de transport pour le retour au détaillant des appareils électroménagers, climatiseurs, téléviseurs et ordinateurs désuets. • Bacs de récupération dans les supermarchés. • Bacs de récupération dans le métro (trois catégories de déchets valorisables). • Projet-pilote de compostage dans deux quartiers : taux de participation de 60 %. • Écopoints échangeables contre des produits écologiquement acceptables ou utilisables pour la plantation d’arbres, afin d’encourager l’utilisation de sacs à emplettes réutilisables. • En 2010, fin de la gratuité des sacs de plastique dans les commerces. • Ouverture d’une école de l’environnement pour enfants et adultes (déjà, 21 000 personnes y ont suivi des cours). • Ouverture d’un centre d’éducation sur l’environnement dans une station de métro. • Préservation et revitalisation de la forêt Higashiyama, poumon vert de Nagoya, qui abrite le jardin botanique et le zoo. Japon-Canada Un Japonais émet deux fois moins de GES qu’un Canadien et consomme deux fois moins d’énergie. Il génère deux fois moins de déchets domestiques et utilise deux fois moins d’eau à des fins domestiques et municipales. À LIRE Comprendre les Japonais, par les anthropologues américains Edward T. Hall et Mildred Reed Hall (Seuil). Pour dépasser l’étiquette et mieux comprendre le milieu du travail et des affaires nippon.

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Pèlerinage en Chine

Ils sont des centaines — tétraplégiques, autistes, parkinsoniens — à se rendre dans des hôpitaux chinois en quête d’un miracle. Là-bas les attend un traitement aussi novateur que controversé : l’injection, dans la moelle épinière, de cellules souches extraites de cordons ombilicaux ou de fœtus. Pour beaucoup de chercheurs, ces cellules ouvrent la voie à la médecine de demain. Mais en ce qui concerne le traitement chinois, les experts occidentaux crient à l’hérésie, car la science en sait encore trop peu sur la façon d’utiliser les cellules souches. Pourtant, Richard Duhaime y croit. Ce Jonquiérois condamné au fauteuil roulant souffre de l’ataxie de Portneuf, maladie neuromusculaire causée par une dégénérescence du cervelet. Il revient tout juste de Chine, où il a passé un mois. Avant de s’embarquer, il a fureté dans les blogues de nombreuses personnes qui avaient tenté le voyage avant lui : certaines ont vu leur état s’améliorer un peu, alors que d’autres se sont dites presque guéries. « Mes espoirs étaient énormes, confie-t-il. C’est sur mes deux jambes que j’espérais revenir. » Au lieu de ça, une semaine après son retour, il ne ressent qu’un sensible desserrement de la gorge. Pour 22 500 dollars, somme qui ne comprend ni le voyage ni l’hébergement, il a reçu cinq injections de cellules souches ainsi que divers traitements : acupuncture, stimulations électriques, massages, etc. « Pourquoi cinq injections, ni plus ni moins ? Les spécialistes chinois ne le savent même pas », dit le Dr Jacques Galipeau, directeur du groupe de recherche sur les cellules souches de l’Université McGill. « Ils émettent l’hypothèse, plausible en soi, que ces injections entraînent une amélioration du système nerveux, mais leurs essais n’ont aucune valeur scientifique. » Les médecins chinois restent convaincus de l’innocuité des traitements et rappellent que les patients n’ont pas le temps d’attendre les résultats des essais cliniques. Avec l’accord tacite de l’État, plus de 100 hôpitaux offrent ce traitement en Chine. Cosméceutique Quand la cosmétique flirte avec la pharmaceutique, on parle de cosméceutique, mot à la mode que de plus en plus d’entreprises emploient avec fierté. Selon elles, les produits cosméceutiques — anti-âge, coup d’éclat et autres — ont des « bénéfices thérapeutiques », et la complexité de leur composition est comparable à celle des médicaments. La Food and Drug Administration et le ministère de la Santé du Canada ne savent toutefois à quelles règles les assujettir : s’agit-il de médicaments ou de produits cosmétiques ? Pour le moment, cette industrie en pleine croissance n’est soumise à aucune législation particulière et il faut, le plus souvent, se fier à l’étiquette des fabricants ainsi qu’à son propre jugement. Les sans-pilules Les enfants composent le tiers de la population mondiale et sont les premiers affectés par les épidémies. Pourtant, les responsables de la santé publique sont enclins à les oublier. Selon l’Organisation mondiale de la santé, au moins 60 médicaments essentiels au traitement de maladies qui tuent de nombreux enfants, comme le sida, le paludisme et la tuberculose, n’existeraient que dans des versions pour adultes. En Europe, moins de la moitié des médicaments donnés aux enfants auraient été testés et autorisés. Cette situation force les travailleurs de la santé à administrer des fractions de doses, ce qui ne constitue pas une solution, puisque les enfants (en particulier les bébés) métabolisent les médicaments très différemment des adultes. Cliniques « pignon sur route » À côté des postes d’essence, dépanneurs et restoroutes, les camionneurs américains trouveront bientôt sur leur chemin des cliniques médicales ! L’entreprise Roadside Medical Clinics, de l’État de la Géorgie, a annoncé la création d’une chaîne de cliniques sans rendez-vous dont les succursales seront dispersées sur les grandes routes de tout le pays. Une cinquantaine d’entre elles verront le jour d’ici les deux prochaines années. Pour des tarifs mensuels variant de 15 à 30 dollars, les camionneurs bénéficieront de services médicaux de base pour soigner des maux tels que traumatismes légers, problèmes digestifs, troubles du sommeil ou respiratoires. Bedon révélateur ? Lorsque le ventre d’une femme enceinte est bas, c’est qu’elle attend un garçon ; sinon, c’est une fille. Ce refrain qu’on ressasse depuis des siècles a été mis à l’épreuve par des chercheurs de l’Université Johns Hopkins, à Baltimore, qui ont examiné 104 femmes enceintes. Ils ont conclu que la forme du ventre de la mère n’était pas un bon indice du sexe du bébé. Et si ce mythe a traversé les âges, c’est que les pronostics ont une chance sur deux d’être justes !

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Guérison garantie ou argent remis !

Imaginez un monde où les sociétés pharmaceutiques rembourseraient le prix des médicaments si le traitement ne s’avérait pas efficace. C’est ce que promet Johnson & Johnson au système public de santé du Royaume-Uni, le National Health Service, par un accord novateur conclu en novembre dernier. L’entente porte sur le Velcade, médicament destiné à traiter le myélome multiple, une des formes de cancer du sang les plus répandues. Plus précisément, Johnson & Johnson s’engage à rembourser au régime public d’assurance le coût du traitement (qui s’élève à 48 000 dollars par patient) si à la suite de celui-ci des tests sanguins ne révèlent pas un recul suffisant de l’affection. Mais les deux parties ne s’entendent pas encore sur ce que peut être une « réduction suffisante » de la maladie. Cette situation illustre bien un des obstacles majeurs à ce type de pratique : la difficulté de définir les critères de réussite ou d’échec d’un traitement. Malgré tout, d’autres accords semblables, quoique moins radicaux, sont en voie d’être signés au Royaume-Uni et en France, ce qui pourrait marquer le début d’un changement des mentalités au sein de l’industrie pharmaceutique. Depuis plusieurs années, les gouvernements européens hésitent à autoriser de nouveaux traitements, très coûteux, avivant ainsi la concurrence entre les sociétés pharmaceutiques. Et souvent, un refus des autorités ferme définitivement l’accès d’un médicament à tout un marché. C’est d’ailleurs parce que Johnson & Johnson avait essuyé un tel refus avec le Velcade, il y a deux ans, que l’entreprise en est venue à proposer cette nouvelle approche. Voilà donc une façon d’assurer aux patients une plus grande diversité de traitements. Et de stimuler la recherche pharmaceutique. Techno Qu’est-ce qui permet à la fois de naviguer dans Internet, d’utiliser des logiciels de bureautique et de faire des échographies du cœur ? Le nouvel ordinateur portable Acuson P50 de Siemens. Conçu pour accélérer les diagnostics dans les salles d’opération et les services d’anesthésie, il comprend des capteurs et des émetteurs d’ondes ultrasonores, le nécessaire pour faire des échographies de stress — qui mesurent la contraction de la paroi cardiaque —, ainsi qu’une panoplie de logiciels de cardiologie. Insolite « Jeune homme célibataire, non fumeur, sans enfants, sans infections transmissibles sexuellement, certificat de bonne santé sexuelle no 23432. » C’est le type de fiche que l’on pourrait bientôt trouver dans les sites de rencontre en ligne si les ambitions de la société américaine SSP BioAnalytics se concrétisent. Depuis le 1er décembre, l’entreprise technologique délivre en effet des certificats de santé sexuelle (www.safesexpassport.com). Des droits d’adhésion de 75 dollars sont exigés, puis le nouveau membre passe des analyses sanguines à un des laboratoires affiliés de SSP, pour un coût de 225 dollars. Les résultats sont ensuite acheminés à la base de données de l’entreprise. L’utilisateur reçoit alors une carte de membre avec son numéro de dossier, ainsi qu’un certificat virtuel accessible en ligne, qu’il peut ajouter à son profil dans un site de rencontre ou dans sa page MySpace. Mais il faut y mettre le prix, car les tests, ainsi que les droits d’adhésion, doivent être renouvelés tous les six mois ! Quoi de neuf au Québec ? Notre flair nous fournirait beaucoup plus d’information qu’on ne le pense, affirment les chercheurs de l’Institut neurologique de Montréal. Nous serions capables de distinguer avec précision l’odeur d’un ami de celle d’un inconnu. Des participants ont été invités à identifier quatre odeurs — la leur, celle d’un inconnu, celle d’un ami et une odeur familière — tandis qu’ils se trouvaient dans un appareil d’imagerie cérébrale. Ils ont perçu l’odeur de l’inconnu comme plus intense et moins agréable que les autres. Les chercheurs ont pour leur part observé que cette odeur activait les zones cérébrales associées à la peur ou au danger, soit le noyau amygdalien et l’insula.

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Pas pour les enfants

Les experts du ministère de la Santé du Canada réévaluent actuellement l’utilité — ainsi que l’étiquetage — de plus de 700 médicaments vendus sans ordonnance au pays. Consultations, études, analyses des résultats, impossible encore de connaître le temps nécessaire pour faire le tour de la question. En attendant, le Ministère conseille aux parents d’éviter tout surdosage et tout cocktail de médicaments en soignant leurs enfants, et de ne pas donner de sirop contre la toux ou les symptômes du rhume aux nourrissons. Cette annonce est un effet secondaire des recommandations troublantes émises en octobre dernier par le comité d’experts de la Food and Drug Administration, aux États-Unis, qui ont été beaucoup plus radicaux sur le sujet. Selon ces spécialistes, les enfants de moins de 6 ans ne devraient jamais prendre de médicaments pour soulager la toux ou les symptômes du rhume. Et il s’en est fallu de peu pour que ces experts élargissent cet avis aux enfants de 6 à 11 ans. Car ces produits sont potentiellement dangereux. Les recommandations touchent ceux qui contiennent les ingrédients suivants : décongestifs, antihistaminiques et antitussifs. Malgré plusieurs décennies de tradition médicale et maternelle, et des milliards de doses vendues annuellement, il faudra faire de nouvelles recherches. Car en un demi-siècle, seulement 11 études ont testé des médicaments contre la toux et le rhume sur les enfants. Et aucune n’a prouvé leur efficacité, selon les experts. Aussi l’industrie s’appuie-t-elle sur des recherches menées sur des adultes, dont les résultats ont été extrapolés, sans doute à tort, aux enfants. En octobre, 14 des grandes marques de sirop ont volontairement retiré des marchés américain et canadien un certain nombre de médicaments destinés aux enfants de moins de deux ans. Parmi eux, Dimetapp, Triaminic, Tylenol, Benylin. Bref, même s’il est cruel d’entendre son enfant tousser et éternuer, inutile de courir à la pharmacie, car un rhume ordinaire ne se soigne pas au moyen de sirops. Il passe de lui-même en quelques jours. La meilleure solution est de s’en tenir à l’acétaminophène ou à l’ibuprofène, de faire boire de l’eau, d’assurer du repos et de prodiguer beaucoup d’amour. Mot d’actualité Diabète double Les personnes qui présentent à la fois les symptômes du diabète de type 1 et ceux du type 2 sont dites atteintes de diabète double, ou diabète 1,5, maladie dont la prévalence a décuplé au cours des dernières années. Le diabète de type 2, souvent associé à l’obésité, est épidémique. Celui de type 1, aussi appelé diabète de naissance, est quant à lui une des affections chroniques les plus répandues chez les enfants. Le phénomène fait jaser les spécialistes : la distinction catégorique entre les deux maladies, établie dans les années 1980, est-elle artificielle ? Les diabètes de type 1 et 2 constituent-ils deux affections distinctes ou une seule maladie pouvant évoluer de deux façons différentes ? Les chercheurs enquêtent. Quoi de neuf au Québec ? Dans la lutte contre le Clostridium difficile, bactérie à l’origine d’une infection nosocomiale particulièrement coriace, la palme revient à l’eau chaude et au savon. Elle a été décernée par des chercheurs du Centre hospitalier universitaire McGill. L’expérience qu’ils ont menée révèle que les nettoyants à base d’alcool sont à peu près inefficaces et que les serviettes désinfectantes ne suppriment que 95 % des bactéries, alors que l’eau chaude et le savon en éliminent 98 %. Pour les besoins de cette recherche, des volontaires se sont sali les mains avec du C. difficile, puis les ont lavées selon cinq protocoles différents, chaque fois dans des conditions semblables à celles qui règnent dans un hôpital. Conseil du mois Vous digérez mal les ailes de poulet de votre souper ? Dormez sur le flanc gauche pour éviter les reflux acides, recommande Anthony A. Starpoli, gastroentérologue et professeur au New York Medical College. Le chercheur en est venu à cette conclusion en observant l’angle selon lequel l’œsophage est relié à l’estomac. Lorsque l’on dort sur le côté droit, l’estomac se trouve légèrement plus haut que l’œsophage, ce qui facilite le retour des acides gastriques. En dormant sur le flanc gauche, on met donc la gravité à notre service. Cliquez santé Grossesse, allaitement, alimentation, apprentissage du langage, débuts à l’école… Une toute nouvelle encyclopédie sur le développement des enfants de 0 à 5 ans vient d’être lancée dans Internet. Sous la coordination du Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants, à Montréal, 270 auteurs de 11 pays ont rassemblé les meilleures connaissances scientifiques sur le sujet. Ce site, qui est le fruit de huit ans de travail, ne cessera de s’améliorer au cours des prochaines années. (www.enfant-encyclopedie.com)

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Danger, pergélisloche !

En cette sombre matinée d’hiver nordique, Elijah Ningiuruvik rigole. Carabine en bandoulière, visage écarlate fouetté par le vent glacial, il pousse sa motoneige à 90 km/h au milieu du lac Kivinilik gelé. Assis derrière lui, malmené comme un cowboy sur un taureau furieux, je me cramponne à la monture. Nous allons chasser le natsiq (le phoque) sur le détroit d’Hudson. Soudain, à mi-parcours, Elijah arrête sa motoneige et s’éloigne de quelques pas. À l’aide d’un pic, il prélève un bloc de l’eau gelée du lac, puis le jette dans le traîneau attaché derrière le bolide. « C’est pour le thé, dit-il. L’eau du lac est pure. Et bien meilleure que celle du village. » Comme beaucoup d’Inuits, Elijah Ningiuruvik, 32 ans, consomme de l’eau non traitée, qu’il préfère à celle qui coule des robinets de sa maison. Difficile de le blâmer. L’eau potable, à Kangiqsujuaq et dans tous les villages inuits de l’extrême nord du Québec, est chlorée puis livrée par camion-citerne à chaque résidence, où elle dort pendant des jours dans de grands réservoirs. En plus de dégager une forte odeur de piscine, elle a souvent un arrière-goût de plastique. Rien n’indique cependant que l’eau de son bloc de glace soit plus pure. « Les changements climatiques influencent à la fois la quantité et la qualité de l’eau potable », dit le scientifique Daniel Martin, de l’Unité de recherche en santé publique du Québec. En juin 2005, il a fait 28°C à Umiujaq, 29°C à Kuujjuaq, 31°C à Kuujuarapik. C’est 20°C au-dessus des normales saisonnières. Les étés nordiques étant de plus en plus chauds, le débit des cours d’eau diminue. Certains ruisseaux disparaissent, asséchés par le soleil, qui tape plus que jamais. Selon Daniel Martin, cela oblige les villageois à puiser l’eau à de nouvelles sources, dans des ruisseaux et des rivières qu’ils ne connaissent pas. « Comment savoir si, en amont d’une nouvelle source, il n’y a pas des milliers de caribous qui ont laissé des excréments, par exemple ? » demande ce chercheur spécialisé dans l’eau potable. À l’automne 2004, Daniel Martin et une équipe de scientifiques se sont embarqués à bord du brise-glace Amundsen et ont visité 12 des 14 villages inuits établis le long des côtes de la baie d’Ungava, du détroit et de la baie d’Hudson. Chaque fois, ils ont prélevé des échantillons d’eau à même les sources d’approvisionnement naturelles des villageois. Ce que les chercheurs ont découvert n’a rien de rassurant. Coliformes, Escherichia coli (E. coli) et entérocoques, entre autres, ont été observés à des concentrations jusqu’à 20 fois supérieures à la norme acceptable. Près de 85 % des sources d’approvisionnement analysées étaient contaminées par les coliformes ! Il n’y a pas eu de cas encore, mais « les Inuits risquent de souffrir de gastroentérites chroniques, qui peuvent à leur tour entraîner de graves problèmes de déshydratation. Ils risquent aussi d’être intoxiqués par la bactérie E. coli, avec les conséquences que l’on sait », dit Daniel Martin. En mai 2000, cette bactérie a tué sept personnes et en a rendu 2 300 autres malades à Walkerton, en Ontario. Toutes avaient bu de l’eau contaminée. Il est difficile de déterminer la provenance exacte des bactéries E. coli trouvées dans les rivières du Grand Nord, estime le chercheur. Mais il reste que le territoire inuit est traversé chaque année par un million de caribous, qui laissent derrière eux beaucoup plus que des traces de sabots dans la neige… Pourtant, au printemps 2005, à Puvirnituq, village inuit planté sur les rives de la baie d’Hudson, les caribous se faisaient rares. Dans l’entrepôt congélateur municipal — le garde-manger communautaire —, le spectacle était désolant. Des peaux en lambeaux jonchaient le plancher. Dans un coin de la pièce, des têtes de caribous gisaient, congelées, yeux ouverts et langue pendante. Cette banque alimentaire version inuite ne contenait que des carcasses. Pas de viande. « C’est inhabituel, s’inquiète Levi Amarualik, maire de la municipalité. Normalement, il devrait être rempli de caribous. » Mais voilà, le gibier n’était pas au rendez-vous. Du jamais-vu, de mémoire d’Inuit. Les hardes qui, d’ordinaire, passent tout près de Puvirnituq lors des migrations annuelles ont changé de trajet. Au printemps 2006, elles se trouvaient à plusieurs centaines de kilomètres du village. Les bonnes années, plus d’une centaine de caribous dépecés — les Inuits les mangent souvent crus — sont gardés au frais dans cet entrepôt congélateur situé au cœur de Puvirnituq. Ils sont offerts gratuitement à tous et en tout temps. « Jamais un Inuit ne mourra de faim », lance le maire, avec un large sourire. À condition que les caribous ne s’éloignent pas davantage de son village. Et rien n’est moins sûr, croit Tracy O’Hearn, qui dirigeait jusqu’à récemment le Centre Ajunnginiq, de l’Organisation nationale de la santé autochtone, qui suit de près la santé physique et mentale des populations aborigènes. Les glaces se formant plus tard en automne et fondant plus tôt au printemps, les caribous doivent modifier leurs trajets migratoires. « Pour la santé des Inuits, les conséquences sont désastreuses », déplore-t-elle. Le caribou est un aliment sain, nourrissant. « Une viande maigre, faible en gras saturés », précise Tracy O’Hearn. Selon le ministère de la Santé du Canada, à portion égale, un steak de caribou contient deux fois plus de protéines, deux fois moins de calories, six fois moins de gras et quinze fois moins de sel que la saucisse de bœuf fumée que peuvent se procurer les Inuits à la Coop de leur village. « Et la chasse est un excellent exercice physique ! » ajoute-t-elle. « L’alimentation traditionnelle des Inuits — basée sur les produits de la chasse, de la pêche et de la cueillette — les protégeait contre les maladies cardiovasculaires », dit le médecin-conseil Pierre Gosselin, coordonnateur du programme Santé et changement climatique à l’Institut national de santé publique du Québec et au consortium Ouranos (qui travaille à l’avancement des connaissances sur les enjeux liés aux changements climatiques). Le jour où le gros gibier aura quitté le territoire, les Inuits devront se rabattre, encore plus qu’ils ne le font maintenant, sur la « nourriture du Sud », comme Tracy O’Hearn appelle ce que consomme la population vivant au sud du 50e parallèle. « À ce moment-là, ce sera bonjour le diabète, le cholestérol et l’hypertension ! » dit-elle. La disparition des caribous n’est pas pour demain, tempère Serge Couturier, biologiste à la Direction de la recherche sur la faune, au ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec. On a déjà vu des troupeaux modifier leur trajet migratoire et y revenir quelques années plus tard. « Si les grandes chaleurs estivales devaient perdurer, il n’est pas exclu que les caribous migrent un jour plus au nord. Mais ce n’est pas demain la veille… » N’empêche. Harry Tulugak, activiste inuit de 50 ans, s’inquiète. Ce résidant de Puvirnituq, né dans un igloo — insiste-t-il —, estime que le mode de vie de son peuple bascule. Selon lui, l’absence de caribous dans le village est un des symptômes de ce phénomène. « La planète vit une période de grands bouleversements, et nous, les gens du Nord, sommes aux premières loges. » Même les moules sauvages, dont les Inuits sont friands, pourraient les tuer. La cause : l’Alexandrium tamarense, algue microscopique désormais présente dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Cette algue, dont se nourrissent les moules sauvages, voyage dans les eaux de ballast des navires. Si elle atteint l’océan Arctique, ce sera dramatique, estime l’océanographe Louis Fortier, directeur scientifique du réseau d’études nordiques ArcticNet. « Plus l’eau est froide, plus l’algue est toxique », dit-il. Chez les humains, l’algue Alexandrium tamarense peut entraîner la paralysie et la mort. « Seules les moules sauvages peuvent être contaminées, tient à préciser Louis Fortier. Pas les moules cultivées que nous consommons dans le sud du Québec. » Comme son concitoyen Harry Tulugak, le maire de Puvirnituq, Levi Amarualik, constate que quelque chose ne tourne pas rond. « Les hivers ne sont plus ce qu’ils étaient, résume-t-il. Depuis quelques années, personne ici n’a souffert d’engelures. » Bonne nouvelle, diront les Québécois du « Sud ». Les Inuits, de leur côté, n’y voient aucune raison de tuer le faon gras. « Au printemps et à l’automne, souligne le maire, la glace de la baie est plus mince et il devient de plus en plus difficile d’en évaluer la solidité. Nous pouvons y laisser nos vies. » Un commentaire qui trouve écho sur l’autre littoral du Nunavik, du côté de la baie d’Ungava. Il y a trois ans, Elijah Ningiuruvik a vu la mort de près. Revenant de la chasse au phoque, son cousin et lui filaient à motoneige sur les glaces du détroit d’Hudson lorsque la glace a cédé sous leurs bolides. Ils se sont retrouvés dans l’eau, à une dizaine de kilomètres du village. Ils ont réussi à se hisser sur la glace et se sont réfugiés dans un camp de chasse. Trempés, frigorifiés, ils y ont passé sept heures avant que des villageois les retrouvent. « À ce temps de l’année, la glace aurait pourtant dû être assez solide pour supporter notre poids, raconte-t-il. Ce n’est pas normal. » Elijah s’est bien remis de son expérience. Du moins si on en juge par la vitesse à laquelle nous fonçons vers le large sur le détroit d’Hudson, moi assis derrière, pieds et poings gelés, et lui devant, excité comme un gamin la veille de Noël. Nous parcourons quelques centaines de mètres sur la banquise, et la mer s’ouvre devant nous. Elijah ralentit. Puis s’arrête. Nous descendons de la motoneige et marchons vers l’eau, presque sur la pointe des pieds. Elijah, devant, pique à plusieurs reprises la glace avec son unaaq (son harpon) pour en tester la solidité. Ensuite, sourire en coin, il se met à sauter sur place. La glace, comme un trampoline, ondule sous notre poids. À défaut de voir Elijah dépecer un phoque — il a raté sa cible par trois fois —, j’aurai pu constater, non sans une certaine angoisse, la souplesse de la glace d’eau salée… À bien des endroits dans le nord du Québec, il est désormais dangereux d’aller chasser le phoque sur la glace, estime le géographe Michel Allard, du Centre d’études nordiques, à Québec. De 1989 à 2003, la température moyenne du mois de décembre a augmenté de 0,9°C par année. « En 10 ans, on a observé les augmentations de température prévues pour les 40 prochaines années », dit-il. Résultat : au printemps et en automne, les Inuits sont confinés à l’intérieur des limites de leurs villages. « Il y a souvent trop de glace pour permettre la navigation, et cette glace est aussi trop mince pour qu’on puisse y marcher, dit Michel Allard. Ou encore il y a trop de neige pour les quatre-roues et pas assez pour les motoneiges. » En été, c’est le pergélisol qui écope. Et ce n’est pas parce que les Inuits n’ont pas tenté de le préserver. Maisons, hôpitaux, commerces, aéroports sont construits sur des tréteaux d’acier d’un mètre de hauteur, afin d’éviter que la chaleur des bâtiments ne se transmette au sol et ne le fasse dégeler. Mais Dame Nature a déjoué leurs efforts. Le pergélisol, couche de sol jadis gelée 12 mois sur 12, commence à fondre. Une catastrophe. Les maisons se lézardent et les rues défoncées deviennent quasi impraticables. Pis : les pistes d’atterrissage se dégradent au point d’empêcher les avions de se poser. Les Inuits se trouvent alors complètement coupés du monde, le temps de faire les réparations. « Il y a 20 ans, nous tenions pour acquise la solidité du sol gelé », dit l’ingénieur civil Guy Doré, professeur à l’Université Laval et spécialiste du génie routier. « Aujourd’hui, nos hypothèses ne tiennent plus. » (Voir l’encadré) Le soleil, en été, tape aussi beaucoup plus fort. « Notre peau devient noire, dit Harry Tulugak. Au point que lorsqu’on voit un Inuit au loin, on ne sait plus s’il s’en vient ou s’il s’en va », blague-t-il, en expliquant que l’été le visage des Inuits est désormais aussi noir que leurs cheveux. Pierre Gosselin est moins d’humeur à rire. « Les coups de soleil, pour les Inuits, c’est nouveau, dit-il. Les cancers de la peau et les cataractes suivront. » Pour ce peuple du froid, la chaleur n’a rien de réjouissant. « Moins on est habitué à la chaleur, plus on y est sensible, ajoute le médecin-chercheur. Trois ou quatre jours consécutifs de 25°C ou 26°C suffisent pour que les Inuits souffrent de coups de chaleur. » « En août 2005, le mercure a grimpé jusqu’à 22°C à Puvirnituq », laisse tomber le maire Amarualik, avec l’air de quelqu’un qui s’en va se faire arracher les molaires. « Tout le monde a sauté dans la rivière. »

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Au royaume du nid-de-poule

Pourquoi les changements climatiques ont-ils des effets aussi dévastateurs sur les infrastructures des villages inuits ? — Dans le nord du Québec, le sol est composé, entre autres, de strates de glace. Les étés sont désormais si chauds que cette glace fond, laissant dans le sol des espaces vides. Les rues et les pistes d’atterrissage s’affaissent ou ondulent. Et la situation n’ira pas en s’améliorant. Il y a quelques années, des Inuits ont commencé à asphalter les quelques rues de leurs villages. Je peux les comprendre, ils passent l’été dans la poussière soulevée par les véhicules. Mais l’été, l’asphalte noir attire la chaleur et augmente la température du sol de plusieurs degrés. Les Inuits n’aident pas leur cause ! Il n’est pas possible de corriger facilement la situation ? — Jusqu’à maintenant, les équipes d’entretien ont pu faire les corrections nécessaires. Du moins sur les routes de gravier, où il suffit que la niveleuse passe et égalise la surface. Par contre, réparer les rues en asphalte est plus difficile. Les 14 villages de l’Extrême Nord se partagent une seule finisseuse. Une fois qu’elle a passé, c’est terminé. Salluit, par exemple, a asphalté ses rues il y a deux ans. Avec la chaleur, elles se sont rapidement détériorées. Aujourd’hui, ces rues sont remplies de trous, que les Inuits n’ont pu combler qu’avec du gravier… À long terme, pourrons-nous contrer les effets du réchauffement du climat sur les infrastructures du Nord ? — Si la température moyenne grimpe de 4°C ou 5°C, on pourrait stabiliser le sol sous les pistes d’atterrissage en provoquant son dégel, puis en le chauffant pour le garder dégelé en permanence. C’est une possibilité pour les villages où la couche de glace dans le sol est mince. Là où la glace a plusieurs mètres d’épaisseur, cette solution n’est pas viable. On pourrait alors lutter contre les effets de la chaleur en recouvrant la surface des rues ou des pistes d’un revêtement de couleur claire, qui réfléchirait la lumière du soleil, ou en extrayant la chaleur du sol l’hiver. Cela se fait en installant des drains thermiques dans les rues et les pistes d’atterrissage. Cette technique peut abaisser de 5°C la température du sol.

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Attention, les vieux arrivent !

Au début du 20e siècle, raconte le gériatre Réjean Hébert, les journaux étaient pleins de savantes analyses sur le grand problème de l’heure : le rajeunissement de la population. Jamais l’économie ne pourrait s’adapter à ces hordes de jeunes qui envahiraient le marché du travail, s’inquiétaient certains. Les prophètes de malheur ont toujours existé. Ceux d’aujourd’hui annoncent que l’économie et le système de santé s’effondreront sous le poids des personnes âgées de demain. Ils ont tort, encore une fois, prédit Réjean Hébert. Les personnes âgées et le vieillissement sont, pour lui, la passion d’une vie. Médecin gériatre, il est aussi diplômé en gérontologie (une branche des sciences sociales) de l’Université de Grenoble et en philosophie de l’Université de Cambridge. Gériatre depuis 1988, il a fondé le Centre de recherche sur le vieillissement de l’Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke ainsi que le Réseau québécois de recherche sur le vieillissement et un institut du vieillissement affilié aux Instituts de recherche en santé du Canada. Il est aussi — à temps perdu ? — doyen de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke et coprésident de la consultation publique sur les conditions de vie des aînés, lancée par la ministre Marguerite Blais. Depuis la fin août, on fait la tournée des régions du Québec, et le rapport de cette consultation doit être remis en décembre prochain. L’actualité a rencontré le Dr Hébert à son bureau de l’Université de Sherbrooke, à la mi-octobre. — La population vieillit, nous vieillissons. Mais nous posons toujours sur la vieillesse un regard très négatif. — L’âgisme existe. Le discours ambiant présente la personne âgée comme un fardeau et le vieillissement de la population comme une catastrophe économique qui remettra en question tout notre système de solidarité sociale. Il faut changer ça. Le problème n’est pas l’âge, c’est la maladie. Être malade, à 20 ans comme à 75, ce n’est pas drôle. Or, plus de 80 % des vieux ne sont pas malades. Une étude récente de l’Oxford Institute of Ageing évalue à 5,3 milliards de dollars la contribution des aînés au Canada, soit 3,1 milliards en bénévolat (si on l’évalue seulement au salaire minimum) et 2,2 milliards en taxes et impôts de toutes sortes. On ne fait pas ressortir cette image du retraité qui consomme, qui achète des billets d’avion et des services, qui fait tourner l’économie. Il y a beaucoup de discrimination. Des personnes âgées veulent un local de type « maison des aînés », des activités physiques et de loisirs ? La municipalité les envoie à la paroisse ou au Club de l’âge d’or. Mais l’aîné est un contribuable comme les autres ; il a droit aux services et à une place au soleil. Pas toute la place, mais une juste place. Les baby-boomers, qui atteindront cet âge bientôt, vont certainement s’arranger pour rendre la vieillesse in… — Les boomers arrivent avec plusieurs atouts. D’abord, ils ont toujours été des leaders dans l’évolution de la société québécoise et ils ont eu traditionnellement beaucoup d’influence sur les décisions sociétales et citoyennes. Ensuite, ils seront la première génération de personnes à avoir contribué toute leur vie au système de santé et de solidarité sociale mis en place en 1970. Ils pourront en revendiquer les bénéfices comme un droit. Troisièmement, ils constituent à peu près le quart de l’électorat, un poids politique important. Quatrièmement, ils sont bien plus riches que ne l’étaient leurs parents. Tous ces atouts vont faire changer la conception même du vieillissement. De plus, et toutes les études le prouvent, ils seront en bien meilleure santé que la génération actuelle des gens âgés. L’octogénaire de demain sera moins malade et coûtera moins cher que celui d’aujourd’hui. Mais s’il use trois stimulateurs cardiaques et deux paires de hanches artificielles, il va quand même coûter cher, non ? — On met sur le dos des vieux des problèmes du système de santé dont ils ne sont pas responsables. La technologie de pointe coûte cher, mais ceux qui en bénéficient le plus sont soit des patients âgés de moins d’un an, soit des adultes ayant entre 20 et 45 ans, atteints d’un cancer par exemple. Les petites extrapolations simplistes que certains font sur les coûts de santé ne tiennent pas compte de ces subtilités-là. Et ceux qui en tiennent compte, comme les chercheurs Mark Lee et Marcel Mérette, constatent que les trois plus importants générateurs de coûts (plus importants que le vieillissement) sont le prix des médicaments, la pénurie de main-d’œuvre et l’utilisation de la technologie avancée, dont les vieux ne sont pas de grands consommateurs. L’espérance de vie en bonne santé augmente. Les six mois précédant le décès sont les plus coûteux pour le système, mais plus vous êtes vieux au moment de vivre ces six derniers mois, moins ils coûtent cher. Il y a une transition à faire entre la vieillesse d’aujourd’hui et celle de demain. Et c’est l’objet de la consultation actuelle : comment effectuer ce passage-là. J’ai entendu des gens dire : « Encore une consultation publique ! » Oui, et j’espère que ce ne sera pas la dernière. On a passé 15 ans à parler de la couleur de la margarine, peut-on parler des conditions de vie des personnes âgées pendant une décennie ou deux ? On entend des histoires très tristes dans ces séances de consultation. Avez-vous des surprises ? Apprenez-vous des choses ? — C’est difficile, parce qu’on nous présente des cas pathétiques, par exemple des personnes âgées sans ressources, qui meurent dans un isolement total. Notre rôle n’est pas de régler ces situations, mais de les transcender, pour voir ce qu’on peut mettre en place pour que de tels cas ne puissent se reproduire, ou qu’on puisse les détecter. Bref, notre rôle est de généraliser à partir de ces cas d’espèce. On est mûrs pour un « chantier » des aînés. Québec a annoncé 30 milliards d’investissements dans les infrastructures : il est temps d’annoncer un chantier des aînés qui s’attaquerait à l’infrastructure même de notre société — maintien à domicile, revenu adéquat, adaptation de l’accès aux services. Les gens formulent beaucoup de demandes précises concernant le revenu. Qu’on améliore le crédit d’impôt, par exemple, ou qu’on assouplisse les critères d’admissibilité à AccèsLogis [NDLR : programme public qui aide à financer la construction de logements sociaux et communautaires]. Mais le problème est que les revenus des personnes âgées ne sont pas suffisants. La personne — et ça concerne surtout les femmes — qui n’a pas travaillé à l’extérieur parce qu’elle a élevé une famille, et qui n’a donc que sa pension de vieillesse et le supplément de revenu garanti, vit avec 13 000 dollars par an, sous le seuil de pauvreté. Est-ce acceptable dans une société civilisée qui se dit égalitaire ? On a fait l’équité salariale pour les travailleurs. Mais on ne l’a pas fait pour les aînés. Ne faudrait-il pas agir à la source, garantir un revenu décent aux personnes âgées ? Ce faisant, on réglerait, du moins partiellement, le problème de l’accès au logement, on réglerait une partie du problème de l’isolement, on permettrait une meilleure alimentation et donc une meilleure santé. J’espère qu’on n’arrivera pas, au terme de la consultation publique, avec une petite liste des trous qu’il faut colmater. Qu’on choisira la voie de la stratégie à long terme. Avec une idée assez claire du Québec qu’on veut pour les prochaines années, un Québec qui intègre les personnes âgées. Mon lecteur vous répondra que tout cela va coûter bien cher… — Votre lecteur paiera plus cher encore si on ne fait rien et qu’on se retrouve à mettre tout ce monde-là en centres d’hébergement et de soins de longue durée [CHSLD], à 65 000 dollars par an, sans compter les coûts d’immobilisation. Une autre grande demande formulée à la consultation, et qui confirme ce que je pense depuis 25 ans : il faut prendre le virage des soins à domicile. Pas seulement parce que ça coûte moins cher, mais parce que c’est ce que les gens veulent. On le sait depuis longtemps. Pourquoi ça ne se fait pas ? — On a commencé. Le virage ambulatoire de Jean Rochon, à la fin des années 1990, était dans cette veine-là. Faire des interventions en externe plutôt qu’à l’hôpital, puis faire le suivi à la maison. C’est un premier pas. Mais ce premier pas a eu des effets pervers, parce qu’on n’a pas augmenté les ressources pour ce qui est du maintien à domicile. Résultat : non seulement il n’y a pas plus de services à domicile pour les personnes âgées, mais il y en a moins. En ce moment, celui qui bénéficie de tels services, c’est le récent opéré du cœur qu’on renvoie chez lui après quelques jours. Pas la vieille dame diabétique qui se déplace difficilement. La population vieillit, et les gens vieillissants ont des maladies chroniques. Les soins de longue durée doivent donc être au cœur du système. Et il faut le centrer non pas sur l’hôpital, mais là où se passe la vie de la personne. Bref, il faut investir massivement dans les soins à domicile. L’argent n’est pas disponible… — L’idéal serait de prendre de l’argent frais pour diminuer la pression sur l’hébergement. Mais certaines régions ont choisi de s’y mettre, même sans nouveau budget. En Matapédia, on a décidé, malgré une liste d’attente, de fermer 20 lits de soins de longue durée et d’investir tout cet argent dans les soins à domicile. Deux ans plus tard, non seulement la liste d’attente avait disparu, mais la région comptait 20 lits inoccupés ! Bien sûr, il faut du courage pour fermer un lit qui se libère plutôt que de le donner à Mme Tremblay, qui l’attend depuis des mois. Mais en Estrie, en Mauricie, au Centre-du-Québec, on a commencé à ne pas remplacer automatiquement les patients lorsqu’ils décèdent. Partout, il ne faut que quelques mois pour sentir l’effet sur la liste d’attente en soins de longue durée. Quand il y aura des soins à domicile, des groupes de médecine familiale, il y aura diminution de la pression sur les urgences. Mais si on continue à n’investir qu’aux urgences, on n’y arrivera pas. Les urgences sont un gouffre sans fond. Comme les CHSLD, elles sont le bout de la ligne. C’est là que se répercutent toutes les insuffisances du système, mais pas là où il faut mettre les sous. Ce n’est pas là que se situe le vrai problème. À l’hôpital ou à domicile, il faudra de toute façon du personnel… — Quand on dit qu’on veut recruter des gens bien formés pour les CHSLD et pour les soins à domicile, s’est-on interrogé sur l’image qu’on donne d’eux ? Avec les premières pages des journaux portant sur un scandale ici ou là ? On devra revaloriser leur travail, mettre les bons coups en évidence, soigner l’image des professions d’aide aux personnes âgées pour y attirer des jeunes. En sciences infirmières, les spécialités les plus volontiers choisies sont davantage high-tech : urgences, chirurgie, soins intensifs. Les soins aux personnes sont moins glamour, mais humains et valorisants. Il va falloir faire ressortir ça. Il y a quelques années, on donnait des primes à ceux qui travaillaient en santé mentale, reconnaissant ainsi qu’il s’agissait d’un travail difficile sous certains aspects. Il faudrait peut-être trouver des mécanismes valorisant les soins aux vieux. Le secteur privé, auquel est favorable une partie de la population, pourrait-il jouer un rôle ? — Les opérations de la hanche et du genou qu’on fait au privé en ce moment s’adressent aux patients de 50 ou 60 ans en bonne santé. Le monsieur de 85 ans qui éprouve d’autres problèmes de santé, on le laisse au public. Parce que la même intervention coûtera plus cher dans son cas à cause des facteurs de risque, des complications possibles, de l’hospitalisation plus longue. Il n’y a pas d’argent à faire avec les personnes âgées. Pour le secteur privé, le client intéressant est le jeune qui va cotiser pendant 30 ans. C’est le paradoxe de l’approche des tenants du privé : ils utilisent l’épouvantail du vieillissement de la population pour apeurer la société et proposer quelque chose — une assurance pour personnes âgées — qu’ils ne voudront pas vendre. Le système public est la meilleure façon de répondre aux besoins de santé d’une société vieillissante. Je propose une caisse santé universelle, à laquelle on cotiserait en fonction de ses revenus, dans laquelle le gouvernement ne pourrait puiser, qui prévoirait l’augmentation des coûts de santé et fixerait les cotisations en conséquence. Un peu comme le fait la Régie des rentes dans son domaine. Une caisse distincte du grand magma de l’impôt sur le revenu. Ça existe dans certains pays européens. Personne au Québec n’a jamais fait une étude attentive d’un tel modèle. Le vieillissement démographique ne touchera pas que le système de santé. Quel autre type d’adaptation faudrait-il envisager ? — Il faut que la retraite change complètement. On en est encore à la retraite bismarckienne, inventée en 1873 et fixée à 65 ans, parce que l’espérance de vie était alors de 62 ans. Aujourd’hui, selon ces mêmes critères, il faudrait fixer l’âge de la retraite à 85 ans ! Nous en sommes encore à cette retraite brusque, un modèle qui n’est absolument pas adapté à la situation actuelle. La prestation calculée sur le revenu des cinq dernières années, par exemple, est un frein à la retraite progressive. Il faudrait toutes sortes d’aménagements qui permettraient aux gens de rester sur le marché du travail, de faire du mentorat pour assurer la transmission d’une foule de savoirs. Le savoir des aînés est une richesse naturelle bien mal exploitée. Il faudrait en faire un développement durable ! Qu’apportent les personnes âgées au discours social ? Des valeurs d’humanisme, de respect, de sagesse. Des connaissances, aussi. Il faut trouver un moyen de transmettre ça. Par le bénévolat, mais pas seulement. À 5 % de chômage, le Québec est en situation de plein-emploi et a besoin de tout son monde. Bien des gens resteraient au travail s’ils pouvaient mieux aménager leur horaire. En Finlande, on a remarqué que les jeunes employés s’absentaient souvent le lundi (parce que la fin de semaine a été dure), alors que les vieux, eux, veulent rester à la maison le vendredi (parce que la semaine a été longue). Quelle belle possibilité de partenariat ! On peut et on doit créer une organisation du travail plus humaine, basée sur les besoins des individus. Je pense qu’on peut y arriver. Le débat social est lancé.

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Mon lave-vaisselle me tue !

La pollution de l’air et la pollution lumineuse ont fait la une. Voilà maintenant qu’on pourrait nous rebattre les oreilles avec la pollution sonore. Car cette pollution tue. Selon les dernières études de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le brouhaha des villes cause la mort prématurée de milliers de personnes dans le monde et aggrave l’état de santé de gens malades. En Europe, le simple bruit quotidien du trafic automobile serait potentiellement en cause dans 3 % des décès attribués aux maladies cardiaques. Il pourrait aussi générer un stress chronique maintenant le corps dans un état d’alerte constant et provoquant la nervosité chez 15 % de la population. Une autre étude, menée par l’Agence fédérale allemande de l’environnement, démontre que, même quand nous dormons, notre corps et notre cerveau continuent à réagir aux sons et à augmenter la production d’hormones de stress, comme le cortisol et l’adrénaline. À long terme, ces substances peuvent causer des changements physiologiques et entraîner divers troubles : hypertension, crise cardiaque, déficit immunitaire, accident vasculaire cérébral. Plus concrètement, un bruit ambiant d’un niveau d’intensité de 35 décibels (dB) suffit à nuire à l’apprentissage des enfants. À 42 dB, le sommeil est perturbé, et à 50 dB, un bruit constant peut provoquer des maladies cardiovasculaires. Un simple lave-vaisselle produit un son d’environ 50 dB. Les chercheurs de l’OMS devront fixer des valeurs guides pour aider les gouvernements à réglementer le bruit et ainsi améliorer la santé publique. D’ici quelques mois, une mesure européenne obligera les villes de plus de 250 000 habitants à dresser des cartes géographiques de la répartition des bruits sur leur territoire. L’information recueillie facilitera les études sur les effets du bruit sur la santé ainsi que l’élaboration de stratégies antibruit, consistant par exemple à dévier la circulation automobile loin des hôpitaux et des écoles ou à installer des écrans acoustiques. Quoi de neuf au Québec ? Stressés, anxieux, complexés, à vos claviers ! Le nouveau jeu vidéo MindHabits, produit à Montréal, vous aidera à réduire votre stress et à bâtir votre confiance personnelle. Selon ses créateurs, les exercices qu’il propose favorisent un état d’esprit positif. Dans l’un d’eux, il s’agit de cliquer sur des photos de visages souriants tout en évitant les visages fâchés. Cet exercice aurait pour effet de vous habituer à ne pas prêter attention aux attitudes négatives dans la vie quotidienne. Le jeu s’appuie sur 10 ans de travaux en psychologie et en intelligence sociale menés à l’Université McGill. Au revoir, Tetris ? Techno Environ le tiers des fécondations in vitro aboutissent à la naissance d’un enfant. Une invention nippone pourrait améliorer de beaucoup cette proportion. L’ingénieur Teruo Fujii et ses collègues, à l’Université de Tokyo, ont créé un womb on a chip, ou « utérus sur puce ». Ce mini-incubateur est capable de reproduire un environnement semblable au milieu utérin. Les médecins pourront y fusionner spermatozoïdes et ovules, et de petites pompes préprogrammées injecteront régulièrement les fluides nécessaires à la survie des embryons. Le tout constitue une nette amélioration par rapport aux boîtes de Petri, dans lesquelles croissent actuellement les embryons et qui ont très peu en commun avec leur milieu de croissance naturel. Conseil du mois Vous vivez des moments difficiles ? Dépoussiérez votre journal intime et consignez-y vos mauvaises expériences. Des dizaines d’études parviennent à la même conclusion : coucher régulièrement sur le papier ses sentiments négatifs les plus profonds est très bénéfique pour la santé psychologique et, dans la plupart des cas, se révèle au moins aussi efficace que la consultation d’un psychologue. À long terme, l’« écriture expressive » améliorerait même le système immunitaire et la pression artérielle. Les recommandations des experts : écrivez seulement vos expériences négatives, consacrez au moins 15 minutes à chaque séance d’écriture, concentrez-vous sur vos sentiments intimes et enfin, ne vous tourmentez pas avec les règles de grammaire et les fautes d’orthographe !

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Un espoir pour les trisomiques

Jusqu’ici, la médecine n’avait aucun traitement à offrir aux personnes atteintes de trisomie 21, anomalie génétique qui frappe un bébé sur 700 au Canada. Mais dans les laboratoires de l’Université Stanford, en Californie, l’équipe du Dr Craig Garner pense avoir réussi l’impossible pour ceux qui sont condamnés à être marginalisés par des troubles permanents du langage, de l’apprentissage, de la mémoire et de la perception de l’abstraction. Elle a découvert qu’une simple molécule, le pentylénététrazol (PTZ), pouvait réduire certains de ces symptômes. Les chercheurs ont fait boire quotidiennement à des souris trisomiques du lait dans lequel ils avaient introduit le fameux PTZ. Après deux semaines à peine, les souris ont commencé à reconnaître de nouveaux objets, à mieux réussir les tests d’apprentissage et à retrouver plus rapidement leur chemin dans un labyrinthe. Le PTZ bloque l’action d’une substance produite en quantité excessive par l’organisme des personnes trisomiques, le GABA, qui atténue l’activité des neurones intervenant dans le processus d’apprentissage. Le PTZ était prescrit aux États-Unis jusque dans les années 1950 afin de stimuler le système nerveux de patients souffrant de dépression ou de psychose. Le médicament provoquait toutefois des crises d’épilepsie. Il s’agit donc, pour l’équipe du Dr Garner, de mieux comprendre le mécanisme d’action et les effets indésirables du PTZ ainsi que de trouver le dosage approprié. La découverte a fait sensation dans la communauté médicale, même si la route est encore longue avant que les chercheurs puissent prouver que le PTZ fonctionne aussi bien chez les humains que chez les souris. Au moins sait-on à présent qu’il existe des pistes pour améliorer les conditions de vie des trisomiques. Du tabac dans les gènes Voici un nouvel avertissement qu’on devrait imprimer sur les paquets de cigarettes : le tabagisme peut altérer le fonctionnement de vos gènes de façon irréversible. Les chercheurs du Centre de recherche sur le cancer de Colombie-Britannique ont observé que, même chez d’anciens fumeurs, des gènes jouant un rôle dans la réparation des voies respiratoires et dans la lutte contre le cancer du poumon restaient désactivés de façon permanente. Ce phénomène pourrait expliquer pourquoi les ex-fumeurs courent un plus grand risque d’être touchés par un cancer du poumon que le reste de la population. Mauvaise nouvelle Regarder trop souvent la télévision pendant l’enfance nuit à la capacité de concentration à l’adolescence. Des chercheurs néo-zélandais ont suivi plus d’un millier d’enfants sur une période de 13 ans. Ceux qui avaient passé plus de temps devant le petit écran entre l’âge de 5 et 11 ans présentaient davantage de problèmes de concentration à l’adolescence et étaient plus facilement distraits. L’explication des scientifiques : à côté de l’action incessante et des changements de scène rapides des émissions de télé, la vie ordinaire et la lecture sont peu stimulantes et captent difficilement l’attention des enfants. Techno La bonne vieille seringue risque d’avoir de la concurrence : un timbre transdermique électronique qui administre les médicaments sans douleur. Cette technologie s’inspire de la tête d’impression des imprimantes à jet d’encre. Hewlett-Packard, spécialiste dans le domaine, travaille à ce nouvel instrument d’injection, fait de 400 petits réservoirs reliés à 150 micro-aiguilles et mesurant 2,5 cm de côté sur 3 mm d’épaisseur. Les réservoirs pourraient contenir des médicaments aujourd’hui injectés par seringue. Leur contenu serait diffusé à travers la peau de la même manière que l’encre est projetée sur le papier. Une puce électronique contrôlerait les dosages afin de gérer l’administration de plusieurs médicaments à différents moments du jour ou à des intervalles réguliers. L’entreprise prévoit les premières applications vers 2010. On entend déjà les soupirs de soulagement des patients… MOT D’ACTUALITÉ Stimulation magnétique transcrânienne La stimulation magnétique transcrânienne (SMT) éveille de grands espoirs chez les neurobiologistes, qui espèrent grâce à elle pouvoir un jour traiter sans médicament la dépression, la migraine ou même le stress post-traumatique. On sait que le cerveau fonctionne à l’électricité et que les neurones communiquent entre eux au moyen de petites décharges. La SMT permet d’interférer avec ces communications. Il suffit d’exposer certaines zones bien choisies du cerveau à des champs magnétiques pour arrêter, intensifier, bref, modifier l’activité cérébrale. Des scientifiques rêvent même de donner du bonheur sur demande ou de provoquer de super-siestes extraordinairement efficaces ! Cliquez santé Ponctualité, compétence et gentillesse. C’est à partir de ces trois critères que le site Web www.ratemds.com invite les internautes à évaluer les médecins et les spécialistes de la santé. On peut aussi y consulter les commentaires de patients sur l’un ou l’autre des 10 200 professionnels de la santé répertoriés au Québec. Malheureusement, pour le moment, le site est seulement consultable en anglais…

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Coupe à l’indienne

Soudain, après quelques heures de survol des territoires rasés qui encerclent Chibougamau, des tas de branches grisonnantes et des terres labourées par la machinerie, une oasis de verdure surgit. Nous sommes tout près du lac Mistassini. Au sol, on constate qu’il y a bel et bien eu exploitation forestière. Mais quelque chose de différent s’est passé ici… Ce sont les terres privées (« de Catégorie 1 ») des Cris! « Ils ne coupent qu’en hiver », explique Gervais Rheault, technicien forestier aux Ressources naturelles dans la région de Chibougamau. Les sols gelés, protégés par la neige, ne subissent presque pas de dommages: on ne voit aucune ornière, et les chemins comme les aires de coupe ont reverdi. De plus, les coupes sont éloignées les unes des autres. « Les Cris n’ont pas vraiment de normes, poursuit-il. Mais, au lieu de laisser une bande boisée de 30 m autour des cours d’eau [comme le prévoient les normes gouvernementales], ils en laissent une de 100 m à 150 m, à l’oeil. » Mais, au-delà de leurs terres privées, les Cris voient leurs territoires de trappe rétrécir de jour en jour. Dans L’Erreur boréale, Richard Desjardins affirme que 42 des 55 lots de trappe des Cris de Waswanipi ont été « pillés ». Qu’entend-il par là? « Piller, ça veut dire enlever les biens d’un endroit avec violence. À Waswanipi, il y a 42 lots où on ne peut plus trapper. » Aux Ressources naturelles, on nous répond qu’aucun lot des Cris de Waswanipi n’a été coupé à plus de 30%. Allons voir… Waswanipi est un gros village désolé le long de la route entre Chapais et Lebel-sur-Quévillon. À l’Association des trappeurs cris, je tombe sur Paul Dixon, longs cheveux noirs en queue de cheval, qui sourit tout le temps et se définit comme traditionaliste: « J’aurais préféré que la foresterie n’ait jamais été inventée! » Sa famille exploite le lot de trappe W23A. Je consulte les chiffres du ministère et lui annonce que 29,51% de la superficie du lot a été coupée. Il n’en revient pas! « Quatre-vingts pour cent de notre territoire a été coupé à blanc », jure-t-il. Qui dit vrai? En étudiant mieux les données du ministère, je constate qu’on a calculé le pourcentage de la superficie coupée en fonction de la totalité du lot, y compris les lacs, les marais et les terrains dits improductifs! En outre, ces chiffres datent de 1994. Appel au ministère… En fin de compte, on évalue que c’est plutôt 57% du territoire boisé qui a été coupé. Comme les 43% qui restent comprennent les bandes de 30 m autour des lacs, les bosquets et les brise-vent entre les aires de coupe, on doit raisonnablement conclure que près de 70% du lot est devenu inutilisable pour la trappe et la chasse. Les Cris ont déposé cet été une demande d’injonction pour empêcher Québec d’accorder de nouveaux contrats aux sociétés forestières dans leur région et ils demandent que les contrats de 27 exploitants ne soient pas renouvelés. La Convention de la Baie James, argumentent-ils, garantit qu’ils pourront « indéfiniment jouir, s’ils le désirent, de leur mode de vie traditionnel ». Mais leur propre compagnie, Nabakatuk Forest Products, de Waswanipi, a été épargnée par la demande d’injonction…

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Bébés guérisseurs

Il y a déjà sept ans que le premier bébé-médicament est né, aux États-Unis. Le petit Adam Nash a été conçu in vitro dans le but de sauver sa sœur Molly, atteinte d’une maladie mortelle : l’anémie de Fanconi. Mais avant qu’Adam puisse voir le jour, 14 embryons avaient été examinés, puis détruits. Car le bébé doit être parfaitement compatible avec la personne qu’il est appelé à guérir. Une compatibilité que seuls la fécondation in vitro et le diagnostic préimplantatoire peuvent garantir. Quelles devraient être les limites de l’application de telles méthodes ? En Grande-Bretagne, où une loi adoptée en 2005 permet la conception de bébés-médicaments pour traiter des personnes souffrant de maladies mortelles, notamment des maladies sanguines rares, on se pose la question. Dans un rapport déposé en septembre, le Parlement suggère d’assouplir la loi afin qu’on puisse aider des enfants victimes de maladies graves, mais pas forcément mortelles, comme des troubles aux reins ou à la colonne vertébrale. Cette proposition soulève la controverse, car la frontière est mince entre l’eugénique et la sélection de propriétés génétiques pour sauver un enfant. Au Canada, la Loi sur la procréation assistée — une des plus complètes au monde — permet le diagnostic préimplantatoire s’il s’agit de dépister d’éventuelles anomalies génétiques. Il est seulement interdit de s’en servir pour choisir le sexe de l’enfant. Rien n’empêche donc que des bébés-médicaments aient pu voir le jour au pays… Afin d’éviter le recours à ce moyen controversé, les scientifiques espèrent mettre au point des cellules capables de guérir les maladies génétiques, sans passer par la conception d’un enfant. C’est tout l’enjeu de la recherche sur les cellules souches. Techno La forme du nez, des mâchoires, des oreilles ou de la tête recèle une foule d’indices sur la présence de maladies d’origine génétique chez un individu. En fait, plus de 700 syndromes génétiques auraient une incidence sur les traits du visage, notamment le syndrome de Williams et celui de Down, communément appelé trisomie 21. Grâce à un nouveau logiciel mis au point au University College de Londres, la numérisation des visages en trois dimensions et l’analyse des traits aideront les médecins à déceler rapidement des mutations génétiques rares. Pour le moment, le logiciel sait reconnaître une trentaine de pathologies. Taux de réussite : 90 % ! Le conseil du mois Si vous dormez mal, éteignez votre téléviseur ou votre ordinateur de deux à trois heures avant d’aller au lit. La qualité de votre sommeil en sera améliorée. Selon une étude menée auprès de 5 875 Japonais, les personnes qui terminent la soirée rivées à un écran dormiraient le même nombre d’heures que les autres, mais se sentiraient moins reposées au petit matin. Quoi de neuf au Québec ? Les médecins qui ont échoué à l’examen d’aptitudes en communication avec les malades (EAC) du Conseil médical du Canada font beaucoup plus souvent l’objet de plaintes de la part de leurs patients que ceux qui ont obtenu une note élevée. Les candidats pénalisés à l’examen sont ceux qui adoptaient une attitude condescendante, offensante, etc. C’est ce qu’a révélé une étude dirigée par la professeure Robyn Tamblyn, de l’Université McGill, dont l’équipe a suivi pendant 10 ans 3 424 médecins québécois et ontariens. La chercheuse suggère d’intégrer l’EAC au processus d’admission dans les écoles de médecine. Chikungunya C’est le nouveau virus qu’il faut craindre, selon les épidémiologistes. Comme ils le redoutaient, le chikungunya, présent dans les pays de l’océan Indien, vient de faire son entrée en Europe en se faufilant par l’Italie, où plus de 160 cas de personnes atteintes ont été signalés ces dernières semaines. Les symptômes ressemblent à ceux du paludisme ou de la dengue : douleurs musculaires et articulaires pouvant clouer le patient au lit pendant plusieurs mois, forte fièvre, éruptions cutanées. Les autorités italiennes ont confirmé que ce virus, autrefois rare, a muté en une souche virulente qui se répand rapidement. La maladie se serait installée au sein des colonies italiennes de moustiques, qui constituent le principal vecteur de transmission. Depuis 2005, le chikungunya a infecté au moins 1,4 million d’Indiens et en a tué plusieurs milliers.