Santé et Science

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Protecteur de vaisseaux spatiaux

Depuis qu’il a quitté le Québec, il y a 11 ans, pour s’installer à Liège, en Belgique, Karl Fleury-Frenette n’a pas eu le temps d’avoir le mal du pays. « Les premières années, je voyageais beaucoup; maintenant, j’ai trop de travail », raconte ce physicien de 36 ans, originaire de Donnacona, près de Québec. Directeur depuis six ans de l’activité « surfaces avancées » au Centre spatial de Liège, il a suivi le parcours classique du scientifique de sa génération, s’éloignant progressivement de sa ville natale pour se mêler au melting-pot mondial de la recherche scientifique: primaire et secondaire à Donnacona, baccalauréat international au Petit Séminaire de Québec, études en physique à l’Université McGill et à l’Université Laval. De là, il fait le grand saut pour l’Europe et passe son doctorat à l’Université de Liège, qu’il a choisie pour son excellente réputation, mais aussi par simple curiosité d’aller voir ailleurs. Il est ensuite embauché par le Centre spatial de Liège, qui regroupe une centaine de chercheurs. Avec son équipe d’étudiants et de techniciens, Karl Fleury-Frenette met au point des traitements de surface pour protéger les composants optiques destinés à être envoyés dans l’espace, comme le miroir du télescope spatial James Webb – qui sera lancé en orbite en 2013 pour succéder à Hubble. Ces dernières années, il a aussi participé à la création de matériaux pour la flottille de huit sondes que l’Agence spatiale européenne compte lancer, d’ici 2014, à la recherche de planètes comparables à la Terre hors de notre système solaire. « En parallèle, explique le scientifique, je m’occupe de transférer les technologies que nous concevons pour le spatial vers des industries telles que celle de l’acier. » Revenir au pays? Karl Fleury-Frenette n’y songe pas à court terme. En Belgique, il a trouvé un niveau de vie semblable à celui du Québec, dans une université qui ressemble fort à celles d’ici, dans une région francophone, la Wallonie, au sein d’un État fédéral aux prises avec des problèmes linguistiques. Il s’y sent parfaitement chez lui, d’autant plus qu’il y a aussi trouvé l’âme soeur…

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Rester le roi de la jungle Santé et Science

Rester le roi de la jungle

En milieu urbain, on retrouve des centaines de bestioles par kilomètre carré. Un jour ou l’autre, l’une de ces petites bêtes élira peut-être domicile dans votre cour. Que faire pour rester maître de votre territoire ?

Safari de banlieue Santé et Science

Safari de banlieue

La journaliste scientifique Hannah Holmes a passé un an à explorer les mystères de sa cour de banlieue, près de South Portland, dans le Maine.

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Dans la forêt du « 514 »

Un logement de rêve! Douillet, tranquille et… à proximité du poulailler. Maman renard roux, confortablement installée avec sa marmaille sous le pavillon de la ferme du parc Angrignon, au cœur de l’île de Montréal, devait être bien fière de son coup. Jusqu’à ce qu’un emmerdeur allume des lampes et un poste de radio — au volume maximal et à une station rock! — juste à côté. Exaspérée, elle a plié bagage dans les 48 heures. L’emmerdeur s’appelle Denis Fournier et il est technicien en aménagement de la faune dans les parcs-nature de la Ville de Montréal. Son boulot: donner les meilleures conditions de vie à la faune qui peuple les 22 km2 de nature encore sauvage que compte la métropole. «La présence des renards est une bonne chose, parce qu’ils nous aident à contrôler les populations d’écureuils, de marmottes et de petits rongeurs. Mais cette mère était trop près des gens», dit le technicien, pas repentant du tout. «Et elle mangeait les poules!» Il a donc pris les grands moyens pour que, d’elle-même, elle décide de déménager. Elle vit maintenant quelque part dans un boisé du parc. Les habitués aperçoivent parfois une queue rousse dans les fourrés. D’où venait-elle? De Montréal, tiens! Des renards, il y en a toujours eu dans les parcs-nature, au Jardin botanique et un peu partout dans les boisés urbains. Et ils ne sont pas seuls. Combien de Montréalais savent qu’ils partagent leurs parcs, leurs terrains vagues, leurs champs et leurs bois avec des castors, des coyotes, des visons, des rats musqués? Que plus de 80 espèces de poissons nagent dans les eaux de leur île? Que de 250 à 300 espèces d’oiseaux, dont plusieurs de rapaces, en sillonnent le ciel? La ville a même une bonne centaine de cerfs de Virginie, qui, ces dernières années, se sont installés aux deux extrémités de l’île. «Certains, chassés de la Rive-Sud par l’étalement urbain, ont traversé le fleuve, puis les rues Notre-Dame et Sherbrooke, dit Denis Fournier. Au parc-nature Pointe-aux-Prairies, ils ont trouvé de la nourriture et des conifères pour se protéger du froid.» Combien de milliers de pigeons au centre-ville? Mystère. Combien de ratons laveurs ou de mouffettes au kilomètre carré dans les quartiers résidentiels? On ne sait pas. Aucun commandant Cousteau ne s’est encore donné pour mission de percer les secrets de la jungle urbaine. Les scientifiques connaissent mieux la faune arctique que celle de Rosemont. Ça s’explique. Inventorier une population animale, c’est coûteux et ça représente beaucoup d’ouvrage. Pour s’y résoudre, il faut qu’interviennent des facteurs économiques ou de santé publique (par exemple, on s’est beaucoup intéressé à la population de ratons laveurs dans la région de Dunham au cours des dernières années, à cause d’un cas de rage). Mais l’humanité n’a pas encore trouvé de raison de s’enthousiasmer pour la démographie des pigeons ou le recensement des mouffettes. On aurait pourtant beaucoup à apprendre de ces animaux qu’on côtoie depuis toujours et dont on sait bien peu de choses. Les chercheurs américains Michael Steele et John Koprowski — deux bestioles rares qui se sont longuement intéressées aux écureuils urbains — ont fait des découvertes fascinantes (voir leur livre North American Tree Squirrels, Smithsonian Institution Press). Par exemple, que l’écureuil peut, à l’odeur, distinguer un gland stérile d’un gland fertile et qu’il prendra la peine de dégermer ce dernier avant de l’entreposer ou de l’enfouir. Qu’il retrouve plus de 95 % des réserves qu’il a cachées un peu partout au cours de l’année. Qu’il espionne son voisin pour lui dévaliser son garde-manger et qu’il peut déménager le même gland deux ou trois fois dans l’espoir de berner son beau-frère, qui voudrait bien lui aussi venir puiser dans ses provisions… Les populations animales seraient en augmentation, finissent pourtant par avouer tous ceux — des biologistes aux destructeurs de nuisibles — qui s’occupent, de près ou de loin, de la jungle montréalaise. Pas parce que des hordes de ratons ou d’écureuils des forêts bouclent chaque année leur balluchon pour aller s’installer dans Saint-Henri. Mais parce que le raton des villes vit au paradis. Greniers, pavillons de jardin, entrepôts, cheminées: les abris potentiels y sont nombreux (et souvent chauffés!), les victuailles abondantes — vive les sacs d’ordures trois étoiles et les ruelles de restaurants! Ainsi logés et nourris à nos frais, mon écureuil et votre raton laveur feront davantage de petits, qui, à leur tour… Et comme ils n’ont à peu près pas de prédateurs, faut-il s’étonner que leur nombre grimpe? La nature envahit-elle la ville? «C’est plutôt le contraire, non?» demande André Dicaire, biologiste responsable de la gestion de la faune montréalaise au ministère des Ressources naturelles et de la Faune. «La ville s’étale et, du même coup, enclave ou détruit des habitats, coince la faune dans des territoires de plus en plus exigus.» Des espèces sauvages en viennent à s’adapter, dit le Dr Guy Fitzgerald, vétérinaire et directeur de la Clinique des oiseaux de proie de l’Université de Montréal. Il cite entre autres le faucon pèlerin, dont on compterait une dizaine de couples, qui nichent sur les gratte-ciel, sur les ponts et dans certaines carrières montréalaises. La plupart des spécialistes s’entendent: la faune urbaine ne constitue pas un problème. Elle rend même des services. «C’est en voyant mourir des oiseaux que les gens ont commencé à se questionner sur la toxicité des pelouses noyées de pesticides, dit le Dr Fitzgerald. Ils sont les sentinelles de la santé publique. Quant aux rapaces, aux coyotes, aux renards, ils contribuent à contrôler les populations de petits rongeurs.» Même les pigeons ne posent pas de problèmes majeurs, affirme David Bird, biologiste de l’Université McGill spécialisé en vie sauvage. «Tant qu’on ne touche ni à l’animal ni à ses déjections, le pigeon ne représente aucun danger, dit-il. Sauf s’il y en a des milliers au même endroit. Mais ils ne seront jamais des milliers… à moins qu’on ne les nourrisse.» La faune est là. Il faut donc la gérer. La Ville de Montréal a son Service d’aménagement de la faune, le ministère des Ressources naturelles aussi. Sans compter les entreprises privées d’aménagement faunique ou de gestion des animaux importuns. Tout ce beau monde travaille à concocter des accommodements raisonnables entre les Montréalais à deux pattes, à plumes et à fourrure. Premier objectif: la santé. En ville, les animaux aussi vivent entassés les uns sur les autres. Dans la nature, un couple d’écureuils règne sur un territoire d’un hectare environ. À Montréal, à cause de l’homme, qui les nourrit — volontairement ou non —, on en comptera plutôt de trois à cinq à l’hectare. Sans oublier les ratons laveurs, les renards, les chats, les chiens. «Milieu propice aux épizooties, très difficiles à gérer en zone urbaine», dit Denis Fournier. Ainsi, avant de brancher sa radio sur une station rock, au parc Angrignon, il avait pris soin de placer dans le terrier de la renarde des vaccins oraux (cachés dans une pièce de viande, ils se fichent dans la gencive de l’animal qui les croque), histoire de contrôler la propagation de la rage. Les ratons laveurs, eux, sont vaccinés à la main. Contre la rage et la maladie de Carré («distemper»), qui se transmet du chien au raton, au renard et à l’écureuil. Comme le distemper provoque des cataractes, l’animal devient désorienté et confus, et se laisse plus facilement approcher. Mais, s’il est affaibli, il est quand même assez vigoureux pour mordre. Chacun des ratons laveurs des grands parcs montréalais — il y en a une quarantaine au kilomètre carré dans le parc du Mont-Royal — est donc capturé au moyen d’une cage, vacciné, puis gratifié d’une micropuce qui permet de l’identifier précisément et de retrouver son dossier médical. Au parc du Mont-Royal seulement, plus de 50 ont bénéficié de ce traitement en 2006. Le vrai traitement de luxe, on le réserve cependant aux castors qui vivent un peu partout sur les berges de l’île. Ici, il ne s’agit plus de santé, mais de préservation de l’environnement. Castor égale barrage, égale milieu humide. Et, s’est-on aperçu, égale aussi de trois à cinq fois plus d’oiseaux, d’amphibiens et de reptiles qu’ailleurs. Le castor fournit donc sa part pour la sauvegarde de la richesse faunique. Mais un castor adulte abat de 100 à 200 arbres par an! — et dévore en entier ceux qui font moins de 2,4 cm de diamètre. En 1992, un castor qui avait élu domicile au bassin des écluses du Vieux-Port de Montréal avait dû être déplacé: il avait abattu 25 arbres en deux semaines! En l’absence de tout prédateur naturel (lynx, loutre, ours), le castor va proliférer… et «manger à blanc» les rives avant de s’en aller. Solution: on le vasectomise! «Ça fonctionne très bien, dit Denis Fournier. Entre autres parce que le castor, monogame, est fidèle toute sa vie durant. Et la vasectomie, contrairement à la castration, ne modifie pas le comportement du mâle.» Personne ne semble s’être préoccupé du moral de sa charmante épouse, ainsi privée de son rejeton annuel. On se satisfait simplement qu’elle n’engage pas de procédure de divorce. Sur la dizaine de couples stérilisés depuis cinq ans, plus de la moitié sont restés unis et continuent d’occuper le même territoire, interdisant donc à un couple fertile de venir s’y installer. Ce qui n’empêche pas le ministère des Ressources naturelles et de la Faune de permettre (voire d’encourager?) le piégeage. Une dizaine de trappeurs dûment agréés sont ainsi actifs à Montréal. Ils piègent le renard, le raton laveur (aussi connu sous le nom de chat sauvage), le vison, le castor, le rat musqué et même l’écureuil. «C’est une activité économique appréciable. Elle constitue un gagne-pain pour les trappeurs, qui fournissent de la matière première à l’industrie de la fourrure montréalaise, dit le biologiste André Dicaire, du Ministère. Mais c’est aussi une façon de contrôler les populations d’animaux qui, comme le renard ou le castor, n’ont aucun prédateur.» La vie sauvage en ville? Certains sont ravis. «Ce n’est pas tout le monde qui peut prendre sa bagnole pour aller faire un tour à la campagne. Le citadin aussi a droit à sa parcelle de nature», dit Mario Saint-Georges, qui dirige le Groupe de recherche et d’étude en biostatistique et environnement, organisme privé spécialisé en aménagement de territoires fauniques qui travaille surtout en milieu urbain. «Un enfant qui voit une grenouille des bois dans un parc reste sensibilisé à l’importance de la faune, de la biodiversité et des milieux naturels», précise David Bird, de l’Université McGill. Bien sûr, le propriétaire de condo qui vient de trouver — encore! — le contenu de sa poubelle éparpillé sur tout son balcon risque de soulever une objection ou deux. «Achetez de bonnes poubelles», implore Denis Fournier. Car la vie sauvage, c’est aussi ça. La mouffette qui emménage sous la remise, la colonie de chauves-souris dans le grenier, la smala d’écureuils dans les combles, ça arrive. Souvent. Que faire? Se procurer une cage, attraper la bête et l’exiler dans un parc ou un boisé? En dernier recours seulement, stipule le ministère des Ressources naturelles et de la Faune. Parce que c’est cruel et anti-écologique. Et généralement, parfaitement inutile, assurent les spécialistes. La SPCA avait déménagé un raton laveur femelle à 25 km de son Westmount natal il y a quelques années, après lui avoir fait une marque à la peinture sur le dos. «Deux jours plus tard, elle était de retour!» raconte Pierre Barnoti, directeur général de la SPCA de Montréal. «Et si ce n’est pas le même animal qui revient, un autre prendra sa place, dit Denis Fournier. Tout ce qu’on fait, c’est libérer le logement pour un nouveau résidant.» Sans compter que l’animal exilé se retrouve dans un territoire étranger — où il est souvent perçu comme un ennemi parce qu’il est dans le royaume d’un congénère — et qu’il risque de contaminer ce territoire par des maladies qu’il apporte de la ville. Autre problème: les petits. L’animal qu’on attrape, surtout au printemps, est probablement une mère. Abandonnés, les bébés vont mourir sous une remise ou dans une cheminée. C’est inhumain… et malodorant. Bonjour les ennuis. La vraie solution, c’est de s’arranger pour que l’animal s’en aille de lui-même, dit Kevin Strunga, de l’entreprise Contrôle humanitaire de la faune sauvage. Sa méthode: inspecter la maison pour trouver la tanière. S’il y a des petits, on les met dans une «caisse à bébés», isolée et chauffée, que l’on place à l’extérieur de la maison. Puis, on installe une porte à sens unique à l’endroit où la mère pénètre dans le grenier ou la cheminée. Une fois sortie, elle ne pourra plus entrer. Elle n’aura d’autre choix que de trouver elle-même un nouveau logement à son goût, naturel on l’espère, et d’y installer sa portée. Mais tout ce travail restera inutile si on ne colmate pas ensuite les brèches et les trous, explique Kevin Strunga. Car la meilleure façon d’apprécier la faune, c’est de s’organiser pour qu’elle reste à sa place. Dehors. · Les nourrir ou pas

Et revoici le charbon Santé et Science

Et revoici le charbon

On croyait l’époque du charbon révolue. C’est tout le contraire : 159 projets de centrales sont à l’étude aux États-Unis. Cette source d’énergie ultra-polluante menace de saboter les efforts pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre sur le continent.

La bouffe de chez nous Santé et Science

La bouffe de chez nous

Que vaut-il mieux manger? Une pomme du Québec qui a fréquenté les pesticides? Ou un pamplemousse biologique du bout du monde qui a voyagé en avion, provoquant l’émission de gaz polluants? Notre journaliste a enquêté.

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Sainte-Justine : 100 ans d'histoire Santé et Science

Sainte-Justine : 100 ans d’histoire

L’hôpital Sainte-Justine célèbre son centenaire cette année. D’un petit dispensaire de la rue Saint-Denis, l’établissement est devenu une institution pédiatrique de pointe dont la renommée internationale n’est plus à faire. Revivez son histoire en images, tirées de Naître, vivre, grandir: Sainte-Justine 1907-2007 (Boréal), de l’historienne Denyse Baillargeon.

Sainte-Justine: 100 ans d'histoire Santé et Science

Sainte-Justine: 100 ans d’histoire

L’hôpital Sainte-Justine célèbre son centenaire cette année. D’un petit dispensaire de la rue Saint-Denis, l’établissement est devenu une institution pédiatrique de pointe dont la renommée internationale n’est plus à faire. Revivez son histoire en images, tirées de Naître, vivre, grandir: Sainte-Justine 1907-2007 (Boréal), de l’historienne Denyse Baillargeon.

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Les cellules de la discorde

Les cellules souches embryonnaires proviennent, comme leur nom l’indique, d’embryons. Idéalement, d’embryons humains. D’embryons très petits, vieux de quelques jours seulement, comme les embryons «surnuméraires» abandonnés dans les cliniques de fertilité une fois que leurs propriétaires ont eu le ou les bébés qu’ils voulaient. (On obtient souvent un surplus d’embryons pendant qu’on fait une fécondation in vitro.) De nombreuses personnes, invoquant des croyances religieuses, s’opposent à leur utilisation. Le président Bush a décrété, en 2001, un moratoire sur les recherches qui font appel à ces cellules. Sa décision interdit au gouvernement fédéral américain de leur allouer des fonds par le truchement des National Institutes of Health, par exemple. Mais elle n’interdit pas ces recherches si elles sont financées par des fonds provenant des États ou du secteur privé. Pour beaucoup, cet embargo est injustifié: un amas de cellules de cinq ou six jours n’a aucun caractère «humain». Ainsi, pour des groupes de pression comme ceux qui ont entouré l’acteur américain Christopher Reeve, devenu tétraplégique après une chute de cheval et décédé à 52 ans, en 2004, cet interdit n’a pas sa raison d’être. La recherche sur les cellules souches embryonnaires était son seul et unique espoir de guérir. Nancy Reagan, dont le mari, l’ancien président des États-Unis Ronald Reagan, est mort en 2004 après un long naufrage dans la maladie d’Alzheimer, milite toujours en faveur des recherches sur les cellules souches. L’allégeance républicaine de Mme Reagan ne l’empêche pas de s’opposer ouvertement à la politique de l’actuel président. Ce combat, l’acteur américain d’origine canadienne Michael J. Fox, à qui l’on a diagnostiqué la maladie de Parkinson en 1991 — il avait à peine 30 ans! —, ne cesse de le mener lui aussi. Pour eux, comme pour des milliers de patients, les cellules souches sont les cellules de l’espoir. Mais pour les «pro-vie», toucher à l’embryon humain, pour quelque raison que ce soit, c’est commettre un meurtre, point à la ligne. Toute la controverse est là. Le débat est généralement moins polarisé à l’extérieur des États-Unis. En Grande-Bretagne, l’embryon est assimilé à du simple matériel biologique jusqu’à l’âge de 14 jours. En France, il n’a les attributs de la personne que s’il s’inscrit dans un «projet parental». Au Canada, on peut faire des recherches sur les embryons surnuméraires à condition qu’ils aient été donnés. Et vous, qu’en pensez-vous ? Exprimez-vous sur notre tribune !

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Les cellules de tous les espoirs

Les cellules de la discorde Les cellules souches embryonnaires proviennent, comme leur nom l’indique, d’embryons. Idéalement, d’embryons humains. D’embryons très petits, vieux de quelques jours seulement, comme les embryons «surnuméraires» abandonnés dans les cliniques de fertilité une fois que leurs propriétaires ont eu le ou les bébés qu’ils voulaient. (On obtient souvent un surplus d’embryons pendant qu’on fait une fécondation in vitro.) De nombreuses personnes, invoquant des croyances religieuses, s’opposent à leur utilisation. Le président Bush a décrété, en 2001, un moratoire sur les recherches qui font appel à ces cellules. Sa décision interdit au gouvernement fédéral américain de leur allouer des fonds par le truchement des National Institutes of Health, par exemple. Mais elle n’interdit pas ces recherches si elles sont financées par des fonds provenant des États ou du secteur privé. Pour beaucoup, cet embargo est injustifié: un amas de cellules de cinq ou six jours n’a aucun caractère «humain». Ainsi, pour des groupes de pression comme ceux qui ont entouré l’acteur américain Christopher Reeve, devenu tétraplégique après une chute de cheval et décédé à 52 ans, en 2004, cet interdit n’a pas sa raison d’être. La recherche sur les cellules souches embryonnaires était son seul et unique espoir de guérir. Nancy Reagan, dont le mari, l’ancien président des États-Unis Ronald Reagan, est mort en 2004 après un long naufrage dans la maladie d’Alzheimer, milite toujours en faveur des recherches sur les cellules souches. L’allégeance républicaine de Mme Reagan ne l’empêche pas de s’opposer ouvertement à la politique de l’actuel président. Ce combat, l’acteur américain d’origine canadienne Michael J. Fox, à qui l’on a diagnostiqué la maladie de Parkinson en 1991 — il avait à peine 30 ans! —, ne cesse de le mener lui aussi. Pour eux, comme pour des milliers de patients, les cellules souches sont les cellules de l’espoir. Mais pour les «pro-vie», toucher à l’embryon humain, pour quelque raison que ce soit, c’est commettre un meurtre, point à la ligne. Toute la controverse est là. Le débat est généralement moins polarisé à l’extérieur des États-Unis. En Grande-Bretagne, l’embryon est assimilé à du simple matériel biologique jusqu’à l’âge de 14 jours. En France, il n’a les attributs de la personne que s’il s’inscrit dans un «projet parental». Au Canada, on peut faire des recherches sur les embryons surnuméraires à condition qu’ils aient été donnés.

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Garde-chasse en ville !

Alain Dechêsne traque les braconniers, vient au secours des renards piégés ou blessés et ramène les chevreuils égarés dans le droit chemin. Rien d’original pour un garde-chasse. Sauf que son métier, il l’exerce à Montréal! «Quand je m’installe sous les manèges de La Ronde pour surveiller les pêcheurs d’esturgeons ou de brochets sous le pont Jacques-Cartier, je m’étonne toujours de travailler dans un milieu aussi urbain», dit-il en riant. Si les braconniers opèrent en ville, c’est qu’on y trouve beaucoup plus d’espèces animales qu’il n’y paraît. Les huit agents de protection de la faune — comme on appelle aujourd’hui les gardes-chasse — qui couvrent le grand Montréal ne manquent pas de boulot. «L’an dernier, nous avons dû intervenir au parc des Îles-de-Boucherville, où des Montréalais chassaient le chevreuil la nuit, raconte Alain Dechêsne. Ils se servaient d’arbalètes plutôt que de fusils, pour éviter que les coups de feu ne les fassent repérer. Nous avons aussi eu des cas de chasse au collet, dans le coin de Rivière-des-Prairies. Le plus souvent, les braconniers pistent le chevreuil ou pêchent, mais il y a de plus en plus de cas de captures illégales de chardonnerets, de petits oiseaux colorés, qui sont vendus sur le marché noir.» Le travail de ces gardes-chasse urbains ressemble un peu à celui des détectives. «Pour démanteler les réseaux, il faut d’abord découvrir leur modus operandi, les observer avec des télescopes et des lunettes de vision nocturne, dit Alain Dechêsne, qui a 30 ans de métier. Dans la forêt, on peut se cacher derrière les arbres, c’est facile. Mais quand on fait de la surveillance au milieu de la foule dans le Vieux-Port, où des gens pêchent illégalement le brochet et le doré, passer inaperçu avec tout notre équipement demande pas mal d’ingéniosité!» Mis à part les braconniers, les agents doivent faire face à des propriétaires d’animaux originaux. «Dans une ville comme Montréal, il y en a qui ont des goûts particuliers et qui se procurent illégalement des animaux exotiques. J’ai déjà saisi des alligators chez quelqu’un qui avait transformé son appartement de Rosemont en une véritable forêt tropicale. Le type avait des serpents venimeux et avait installé les alligators dans une pataugeoire pour enfants! Ça puait là-dedans…» Alain Dechêsne et ses collègues ne s’étonnent plus de ce genre de cas. L’homme sourit toutefois en évoquant la surprise des jeunes agents qui arrivent de la Gaspésie ou de la Côte-Nord et qui se retrouvent aux prises avec la faune urbaine. «Ils n’ont aucune idée de ce que le travail en ville exige. Par exemple, à Montréal, contrairement aux régions, on compte beaucoup de communautés culturelles. Et ces communautés sont souvent adeptes de chasse et de pêche. Il y a quelques années, nous avons découvert que des Chinois allaient à Rivière-des-Prairies pour y pêcher, même en période interdite, une espèce menacée: l’alose savoureuse. Pour réussir à faire respecter la loi en dépit de la barrière linguistique, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec a fait imprimer un petit livre qui énumère les règles dans une dizaine de langues.» Les gardes-chasse mettent souvent la main au collet des mêmes contrevenants. Les actes de braconnage relèvent du Code pénal et ceux qui se font prendre doivent payer une amende, souvent dérisoire. Mais Alain Dechêsne est optimiste: «Quand j’ai commencé à travailler, les petits braconniers étaient valorisés par leur entourage. Aujourd’hui, les mentalités ont changé, surtout en ville. Le sentiment antichasse y est fort et les gens sont prompts à dénoncer ceux qui s’en prennent aux animaux. En fait, le pire ennemi des agents qui travaillent à Montréal, ce sont les bouchons de circulation!»