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Draguer par Internet, un art!

Le flirt en ligne est exactement l’inverse du processus de séduction traditionnel. On apprend d’abord à se connaître en dévoilant ses goûts, ses opinions, ses rêves. Le test de la rencontre physique vient plus tard. On découvrira alors la voix, la façon de bouger, l’odeur. Dans l’anonymat de l’Internet, les hommes perdent leur timidité et n’hésitent pas à complimenter les femmes sur leur beauté, dit le président de l’agence de rencontre Intermezzo, Jean-Marc Larouche, qui lancera sous peu un site de rencontre. Certaines femmes développent même une dépendance. «Elles n’ont qu’à mettre en ligne une photo aguichante pour qu’en l’espace de deux heures, une centaine d’hommes leur témoignent de l’intérêt!» La compétition est donc féroce et des prédateurs rôdent. Voici trois règles à suivre pour maximiser ses chances de succès. Peaufiner son profil Chercher l’amour dans Internet est comme chercher un emploi, dit le consultant en cyberséduction Evan Marc Katz. Les internautes devraient accorder autant d’attention à leur profil sur les sites de rencontre qu’à leur curriculum vitae. La photo est primordiale. C’est grâce à elle si les gens vont lire le dossier. Une lumière avantageuse, un sourire, un air confiant – il s’agit d’une pub, pour se vendre aux autres. Vient ensuite le texte. Les meilleurs auteurs seront avantagés. Il faut éviter d’ennuyer ses lecteurs avec une description trop commune. Aimer le cinéma, la musique et les voyages ne font pas de nous un être unique et intéressant. À oublier également, les généralités telles que: «J’ai un bon sens de l’humour». Une phrase qui fait rire sera beaucoup plus efficace. Attention aux fautes d’orthographe!. Elles peuvent réduire vos chances à néant si votre lecteur est un professeur de français ou une réviseure! Garder une part de mystère Les dragueurs virtuels initient une rencontre face à face après une moyenne de 10 séances de clavardage, indique une étude de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Pendant ce flirt à distance, l ‘erreur à éviter est d’écrire son autobiographie, disent les experts. Ils conseillent de rester bref dans les échanges de courriels. Ainsi, vous aurez encore des choses à dire lors de la rencontre en chair et en os. Beaucoup d’hommes font l’erreur de trop se dévoiler, dit la consultante en séduction Marie-France Archibald. «Une femme qui le rencontre aura l’impression de recevoir un cadeau déjà déballé», dit-elle. Rester prudent «Internet, c’est pas net! On est tous un p’tit peu malhonnêtes», chante Jamil. Certains le sont plus que d’autres. Un mot: prudence. La règle d’or est de ne jamais donner son numéro de téléphone ou son adresse à un soupirant virtuel. Pour le premier rendez-vous, choisissez un café ou un restaurant, et n’acceptez pas qu’il vienne vous chercher en voiture. Vous éviterez ainsi qu’un candidat éliminé vous visite à l’improviste avec une boîte de pâtisseries. L’heure du midi est idéale pour un premier rendez-vous. Le temps de dîner est limité et on peut se dérober facilement si l’autre ne nous plaît pas. Pour le souper, il est sage de demander à un ami de nous téléphoner à une heure précise, histoire de vérifier si tout va bien. En cas de désastre, on pourra utiliser ce coup de fil pour prétexter une urgence!

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Querelle dynastique chez les hassidims

La mort d’un rabbin, à Brooklyn, provoque une âpre querelle de succession entre ses deux fils, querelle dont les échos se font entendre jusque dans les ruelles de l’arrondissement d’Outremont, à Montréal. L’enjeu: le titre de guide spirituel et politique des Satmar, qui constituent la plus importante communauté hassidique au monde, et la mainmise sur un parc immobilier d’un demi-milliard de dollars à Brooklyn. «Nous sommes divisés en deux camps, comme les Québécois en 1995», m’explique un client d’une épicerie kascher, à Montréal. Dans le brouhaha du commerce, les femmes font leurs courses en prévision du shabbat, les hommes causent politique à la caisse. «C’est moitié-moitié», m’explique le client, qui tient à garder l’anonymat. La succession du rebbe n’est pas sans conséquence. Dans le monde hassidique, le rebbe est considéré à la fois comme un pape et un roi. Il a le dernier mot sur les affaires économiques et politiques de son groupe. Il autorise chaque mariage. Les petits garçons portent son prénom, s’échangent des photos de lui ou de sa famille. Le rebbe décide aussi pour qui la communauté vote lors des élections. L’aîné des deux fils du rebbe Moshe Teitelbaum, Aaron, croyait qu’il succéderait à son père. Or, des conseillers influents le trouvent trop froid et trop arrogant pour susciter l’appui indéfectible des 120 000 membres de la communauté dispersés dans le monde, dont 2 000 à Montréal. Ils lui préfèrent le cadet, Zalmen, que les journaux hassidiques décrivent comme chaleureux et charismatique. En 1999, le vieux rebbe annonce à Aaron que Zalmen héritera de la fonction, de même que du parc immobilier à Brooklyn, estimé à 500 millions de dollars. L’aîné refuse. Pendant sept longues années, la guerre entre les frères ennemis se propage à l’ensemble de la communauté. Qui se divise lentement, mais sûrement, en deux camps aussi irréconciliables que les Montaigus et les Capulets. Le 25 avril dernier, Moshe Teitelbaum meurt, à 91 ans. Le soir même des funérailles, une bataille éclate à Brooklyn, envoyant le secrétaire du défunt rebbe à l’hôpital. La rumeur se répand rapidement et des échauffourées ont lieu un peu partout dans les endroits où sont installés les Satmar, même dans les ruelles d’Outremont. Quelques semaines plus tard, le New York Post rapporte qu’Aaron a engagé des hommes de main pour casser la gueule des partisans de son frère à la porte de la grande synagogue de Williamsburg, à Brooklyn. «Les juifs hassidiques sont des gens très pacifiques, qui ont très rarement recours à la violence, mais la succession du rebbe soulève tellement de passions qu’il n’est pas surprenant que certains perdent la tête. L’histoire des hassidim regorge de sagas semblables», explique l’anthropologue Pierre Anctil, de l’Institut d’études canadiennes de l’Université d’Ottawa. La lecture du testament, en mai 2006, aurait dû calmer le jeu. Les volontés de Moshe Teitelbaum sont claires. Il demande à ses fidèles de se ranger derrière son cadet. Loin de se résigner, Aaron porte l’affaire devant les tribunaux new-yorkais et accuse Zalmen d’avoir manipulé son père sénile. Le 11 juillet, la Cour se prononce: elle ne peut se mêler d’une dispute de nature religieuse et il n’est pas de son devoir de décider à qui reviendra la gestion du parc immobilier. Ce jugement est loin de mettre un terme aux prétentions d’Aaron et de ses partisans. Aaron Teitelbaum brandit la menace d’un schisme. Ce qui signifierait l’achat de nouveaux terrains, la construction de nouvelles écoles et synagogues. À Outremont, cette rupture pourrait être dramatique, d’autant plus que la plupart des familles vivent dans la précarité économique. «Je n’ai pas envie que cette querelle intestine se retrouve dans vos journaux, dit Alex Werzberger, porte-parole de la Coalition des juifs orthodoxes de l’arrondissement d’Outremont. Nous n’aimons pas laver notre linge sale en public.» À l’épicerie, à l’angle des rues Hutchison et Saint-Viateur, les journaux viennent d’arriver de Brooklyn. Les partisans d’Aaron achètent Der Blatte (la feuille) et ceux de Zalmen se précipitent sur Der Jude (le juif). Le jeune propriétaire de l’épicerie rigole. C’est un Satmar «mou». «Je n’aime pas la politique. Je préférerais Zalmen, mais je ne veux pas qu’on se sépare…»

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Maigrir pour ne pas mourir

Louis Audet déplie triomphalement son vieux jean de taille 56. Gigantesque, le vêtement flotte comme un drapeau dans le vent d’automne. Pour le gestionnaire des ventes de 40 ans, ce vêtement est la preuve tangible de sa victoire sur l’obésité. Car il faut savoir que cet homme à l’allure juvénile a déjà pesé 155 kilos (340 lb). Aujourd’hui, avec 65 kilos de moins, il pourrait se glisser dans une seule jambe de l’immense pantalon. «Sans la chirurgie, une telle perte de poids n’aurait jamais été possible», dit-il. Pour maigrir, il avait tout essayé, les régimes comme les programmes d’exercices. Enfant, il était sportif, et pourtant, c’était lui, le gros de la classe. Il a aussi pratiqué le judo, jusqu’au jour où, alors qu’il exécutait un mouvement brusque, un de ses orteils a cédé sous son poids. À 113 kilos (250 lb), il était devenu trop lourd pour être judoka. «Mes articulations étaient en train de lâcher, dit-il. À 30 ans, je souffrais déjà de douleurs au dos, aux genoux et aux pieds.» Alors, tout comme son père, sa sœur et sa femme avant lui, il a fait appel au scalpel. Car l’obésité est souvent une affaire de famille. Une cinquantaine de gènes y contribuent, dont plusieurs sont liés à la satiété. Les habitudes alimentaires, transmises par les parents, comptent aussi. Le père de Louis pesait 171 kilos; sa sœur, 109. Quant à sa femme, elle en pesait 122. Aujourd’hui, ses deux filles, des jumelles de 14 ans, luttent à leur tour contre l’obésité. Contrairement à la croyance populaire, perdre du poids n’est pas qu’une question de volonté. «Le corps est conçu pour résister à la famine, explique le Dr Simon Biron, le chirurgien qui a opéré Louis. Voilà pourquoi maigrir est une entreprise difficile.» On définit l’obésité à partir d’un indice de masse corporelle (IMC) de 30. Cet indice est établi en divisant le poids en kilos par le carré de la taille (hauteur) en mètres. À partir d’un IMC de 40, on parle d’obésité morbide, parce qu’elle entraîne dans son sillage des maladies comme le diabète, l’hypertension, les troubles cardiaques et certains cancers. L’Organisation mondiale de la santé reconnaît que la chirurgie bariatrique (du grec baros: poids) est le traitement le plus efficace pour les gens qui en sont atteints. Les opérations de chirurgie bariatrique sont de trois types. Certaines réduisent le volume de l’estomac, pour diminuer la capacité de manger du patient. D’autres visent plutôt à limiter l’absorption des gras. Enfin, certaines interventions combinent les deux approches. Louis Audet, sa sœur et sa femme ont subi une intervention mixte appelée «dérivation biliopancréatique avec gastrectomie pariétale et commutation duodénale». Un nom compliqué pour une technique mise au point, il y a 15 ans, par les Drs Simon Biron et Picard Marceau, de l’Hôpital Laval, à Québec. On rapetisse d’abord l’estomac, pour provoquer une sensation de satiété plus précoce. Ensuite, on raccourcit l’intestin grêle des deux tiers. Puis, sur le dernier mètre de cette portion écourtée, on dérive le liquide biliopancréatique. Résultat: les aliments séjourneront moins longtemps dans l’intestin grêle, qui ainsi n’aura pas le temps d’absorber les graisses. Dans les 18 mois qui suivent l’opération, le patient perd en moyenne 75% de son excès de poids. Cette intervention comporte des effets secondaires importants. Comme le fonctionnement du système digestif est altéré, certains patients se plaignent de diarrhées ou de selles nauséabondes. Ensuite, l’organisme ne peut plus assimiler les vitamines et les minéraux solubles dans les graisses. Le patient devra prendre des suppléments vitaminiques toute sa vie, de même que du fer et du calcium. Malgré tout, certaines carences peuvent se manifester. Ainsi, la femme de Louis est passée de la taille 26 à la taille 12, mais elle souffre d’ostéoporose et se sent fatiguée. Enfin, selon l’Agence québécoise d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé (AETMIS), le taux de mortalité associé à cette opération oscille entre 1% et 4%, ce qui est relativement élevé. «Mais l’obésité morbide multiplie par trois vos chances de mourir prématurément», rétorque Paul Boisvert, de la Chaire de recherche Merck Frosst – IRSC sur l’obésité. Les six chirurgiens de l’Hôpital Laval ne pratiquent que la dérivation biliopancréatique. À l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, on propose aussi d’autres interventions, comme la pose d’une bande gastrique, pour réduire le volume de l’estomac. Cette technique, pratiquée par laparoscopie, présente peu de complications. Mais si le patient se nourrit mal, il recommencera à grossir, en dépit du fait que son estomac soit plus petit. Selon l’AETMIS, les approches chirurgicales mixtes, comme la dérivation biliopancréatique, seraient les plus efficaces à long terme. Une revue de 136 études, menée en 2004 aux États-Unis, arrive aux mêmes conclusions. Le fait que l’intestin n’absorbe presque plus les graisses serait un avantage, car même si le patient déroge à son régime, les écarts ont moins de conséquences sur son poids. Une autre explication possible, c’est que cette intervention stimulerait la production d’hormones de satiété. En effet, certaines de ces hormones coupe-faim sont sécrétées par la dernière partie de l’intestin grêle et par le côlon. «Comme l’intestin grêle a été raccourci, bien des aliments qui parviennent au côlon ne sont que partiellement digérés, explique Denis Richard, titulaire de la Chaire de recherche Merck Frosst – IRSC sur l’obésité. Un phénomène “anormal” qui incite les hormones à envoyer au cerveau le signal de cesser de manger.» Par ailleurs, tous les experts s’entendent sur un point: même si elle demeure un traitement de dernier recours, la chirurgie bariatrique sera de plus en plus utilisée. «Durant les 25 dernières années, le nombre de personnes obèses a augmenté de 50%, explique Paul Boisvert, de la Chaire de recherche sur l’obésité. Mais parmi elles, le groupe qui a progressé le plus rapidement est celui des obèses morbides, dont le nombre a triplé.» Or, ce sont ces gens, justement, qui sont des candidats à la chirurgie. D’ailleurs, au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, un groupe d’experts se penche sur la façon de rendre la chirurgie bariatrique accessible à un plus grand nombre de personnes. Ce type d’intervention coûte cher, mais les maladies liées aux problèmes de poids aussi. L’obésité a entraîné au Québec des dépenses de 700 millions de dollars en 1999-2000. Un plan d’action devrait donc être déposé en mai 2007; l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, l’Hôpital Laval de Québec et l’Hôpital Royal Victoria de Montréal feront partie des centres agréés pour la chirurgie bariatrique. «Il m’arrive encore d’être surpris par mon reflet dans le miroir, se réjouit Louis Audet. C’est moi, ça, le gars qui faisait rire de lui à l’école? J’ai recommencé à faire du sport et à organiser des activités avec mes filles. Je ne suis plus essoufflé et je peux enfin m’habiller comme tout le monde…»

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La Terre a-t-elle perdu la boule?

Quel invraisemblable hiver nous avons eu! La nature nous en a fait voir de toutes les couleurs. Du «jamais vu» en météo. Début janvier au Québec, une semaine de pluies verglaçantes sans précédent. Au même moment, des records de temps doux et les cerisiers en fleurs à Washington. En février, une tornade meurtrière en Floride, et l’une des pires tempêtes jamais enregistrées en Californie. Sans parler des pluies torrentielles et des inondations dans l’est de l’Afrique, au Pérou, en Équateur. Un peu plus, et Jean-Pierre Ferland, avec son surréaliste «il a neigé à Port-au-Prince», gagnait ses galons de météorologue: en décembre, il a bel et bien neigé à Guadalajara, au Mexique! Et le même jour, on jouait au golf en Saskatchewan. Mais cette série d’«événements extrêmes» – l’expression a gagné les médias et l’imagination populaire – remonte à plus loin: pensons aux gigantesques feux de forêts en Indonésie, l’automne dernier, causés par le retard de la mousson, aux débordements de la Rouge au Manitoba, au printemps 1997, et à l’inoubliable déluge au Saguenay, en juillet 1996. Décidément, serions-nous portés à conclure, l’effet de serre et le réchauffement de la planète sont à l’oeuvre. Le monde n’a plus toute sa raison climatique. Bref, la Terre a perdu la boule. Vrai? La réponse est loin d’être claire comme un ciel sans nuages. De tout temps, les Éole, Neptune et autres dieux de circonstance ont piqué d’homériques colères. Et ce n’est pas d’hier non plus que les marchands de paratonnerres font des affaires d’or après les gros orages. Mais les mortels ont la mémoire météo plutôt courte – qui se souvient à quoi ressemblait juillet à L’Anse-à-Gilles il y a 15, 23 ou 37 ans? Et plus que toute autre forme de mémoire peut-être, la mémoire météo carbure à l’anecdote et fonctionne comme une machine à sélectionner et à modifier, à oublier ou à amplifier les souvenirs. N’importe qui, y compris votre arrière-grand-père, s’il est encore vivant, vous dira que les hivers de son enfance étaient bien plus rigoureux que ceux d’aujourd’hui, et les étés, bien plus chauds. Difficile de ne pas évoquer aussi l’«effet médias». Les mortels, fait relativement nouveau, ont désormais les yeux vissés à la télévision. Les canaux d’information continue, les chaînes météo et même les émissions d’actualité générale possèdent le redoutable pouvoir de rapprocher, pour ne pas dire de grossir, le spectacle de la nature quand elle entre en furie. Les ouragans, les inondations et les pylônes effondrés font indubitablement de «bonnes images». D’où, en grande partie sans doute, l’impression que ces titanesques sautes d’humeur des éléments augmentent en nombre et en intensité. Mais les spécialistes, eux, sont beaucoup plus circonspects. «Scientifiquement parlant, il n’y a pas de preuves solides que les événements atmosphériques extrêmes soient devenus plus fréquents au cours des dernières années», dit Alain Bourque, climatologue au ministère de l’Environnement du Canada. Selon lui, nous ne disposons que de quelques études qui semblent indiquer une tendance à l’augmentation de certains phénomènes violents dans certaines régions de la planète, les pluies abondantes dans le Midwest, par exemple. Mais rien, par contre, sur le verglas. Cela ne veut pas dire, nuance toutefois Bourque, que nous ne connaîtrons jamais de changements: «Théoriquement, si la température de l’ensemble de l’atmosphère augmente, il y aura davantage d’énergie disponible pour faire naître et pour alimenter de tels événements climatiques.» De plus, ces événements n’ont souvent en commun que… d’être des catastrophes. Il n’est pas facile de mettre dans le même sac, du strict point de vue météorologique, l’inondation au Saguenay et le récent verglas. Comme ces événements sont locaux et ponctuels, ils se prêtent mal à l’analyse de longues séries, à la généralisation, à la découverte de tendances. Enfin, chose exécrable en science, ils sont particulièrement propices au péché de la relativité: tout dépend du lieu et du moment où on les observe. Ainsi, lors du mémorable orage du 14 juillet 1987, à Montréal, il est tombé 102 mm d’eau en deux heures à la station météorologique de l’Université McGill, en plein centre-ville; mais il en est tombé seulement trois à la station de La Prairie, de l’autre côté du Saint-Laurent. Les nuages auraient-ils crevé quelques kilomètres plus loin que la mémoire collective n’aurait jamais classé cet orage dans la catégorie des «événements extrêmes». Cela dit, si le temps a ses humeurs à court terme, le climat, lui, a ses inconstances et ses fluctuations à long terme. «Nous avons tendance à penser que le climat est stable, mais ce n’est pas vrai», rappelle Henry Hengeveld, conseiller scientifique sur le changement climatique au ministère de l’Environnement du Canada, à Downsview, en Ontario. Allant un peu plus loin que son collègue montréalais, il dit «personnellement soupçonner» que certains phénomènes atmosphériques violents deviennent plus fréquents. Il dit aussi croire que «cette augmentation est reliée au changement climatique», c’est-à-dire à des modifications du climat lui-même. Prenez le désormais célèbre El Niño, phénomène qui se manifeste par un réchauffement anormal du Pacifique au large des côtes sud-américaines et qui se produit tous les trois à sept ans environ. L’épisode de 1997-1998 restera dans les annales comme le plus fort du siècle – après celui de 1982-1983, qui avait aussi cogné très dur. Les pluies et les inondations au Pérou et en Équateur récemment, c’est lui. Les tempêtes en Californie l’hiver dernier, sans doute lui. Le verglas et le temps hivernal plutôt doux dans notre coin de continent, fort probablement en partie lui. La mousson en retard, la sécheresse et les feux de forêt en Asie du Sud-Est, l’automne dernier, c’est encore à lui qu’on peut largement les imputer. El Niño se ferait par ailleurs plus fréquent, et son comportement plus erratique. L’avant-dernier épisode, au début des années 90, s’est étendu sur plus de trois ans. Faut-il voir là, comme le dit Henry Hengeveld, «un changement de comportement d’El Niño»? Peut-on encore parler, à l’échelle non plus de une ou deux décennies, mais des 50, 100 ou 1000 dernières années, d’une variation dans les limites de la normale? El Niño a eu des cycles et des intensités extrêmement variables au cours des siècles et des millénaires, comme l’ont montré des études de récifs de coraux dans le Pacifique, de dépôts sédimentaires dans le nord du Pérou et de cercles de croissance d’arbres aux États-Unis et au Mexique. Mais ses dernières sautes d’humeur ne dépassent-elles pas les bornes? Et ne serait-il pas, à l’instar du climat de la planète tout entière, en train de perdre lui aussi la boule? Marc Lucotte dirige l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal. Quand on lui demande s’il y a changement climatique et si ce changement est d’ores et déjà perceptible chez nous, il refuse de se montrer alarmiste, mais se dit inquiet. La fameuse augmentation de la température moyenne de surface de la planète – de 0,3°C à 0,6°C depuis la fin du 19e siècle, selon le très officiel Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) – est pour lui «l’indice qu’il se passe quelque chose». Il ne faut pas grand-chose pour détraquer le climat, explique-t-il: «Au cours de la dernière période glaciaire, avec seulement 4°C de moins qu’aujourd’hui, il y avait quatre kilomètres de glace au-dessus de l’actuel Montréal.» Évidemment, il y a encore d’énormes incertitudes – et de solides controverses scientifiques – dans ce très compliqué dossier du changement climatique. Mais, selon Marc Lucotte, il y a au moins quelques certitudes. D’abord la tendance – «la seule qui soit absolument irréfutable» – à l’augmentation de la proportion de gaz carbonique dans l’atmosphère (le CO2 est le plus célèbre des gaz à effet de serre). Depuis l’ère préindustrielle, il y a environ 250 ans, cette proportion a augmenté de près du tiers, et il est sûr qu’elle va continuer d’augmenter. La concentration est due principalement – tout le monde s’entend là-dessus – à l’utilisation de combustibles fossiles, charbon et pétrole en tête, à la disparition des forêts et aux pratiques agricoles (les milliards d’animaux que nous élevons pour nous nourrir sont de redoutables émetteurs d’un autre gaz, le méthane). Autre fait établi, ajoute Marc Lucotte: les gaz à effet de serre ont bel et bien… un effet de serre. Ils emprisonnent la chaleur dans l’atmosphère et l’empêchent de se dissiper dans l’espace, exactement comme le toit d’une serre au soleil. Décrit au début du siècle dernier, ce mécanisme naturel assure à la Terre les températures nécessaires à la vie. Mais, quand la concentration de ces gaz augmente – et c’est ce qui se passe à un rythme accéléré depuis quatre ou cinq décennies -, les températures moyennes augmentent aussi, comme si l’on ajoutait une épaisseur au toit de la serre. Bref, comme l’écrivent les experts de l’IPCC dans leur rapport de 1995, «le bilan de la preuve suggère que les humains ont une influence perceptible sur le climat mondial». Et déjà, l’augmentation de la température moyenne depuis un siècle a causé une élévation du niveau moyen des océans de 10 à 25 cm. (Le phénomène n’est pas dû, comme on pourrait le croire, à la fonte des glaces, mais simplement à «l’expansion thermique»: l’eau, en se réchauffant, augmente de volume.) Minoritaires, mais agaçants, certains scientifiques refusent pourtant de hurler trop vite au grand-réchauffement-causé-par-les-méchants-humains-brûleurs-de-pétrole. «Le réchauffement mondial causé par l’effet de serre est devenu affaire de dogme», dit Pierre Gangloff, géographe et spécialiste de l’étude des climats anciens à l’Université de Montréal. La Terre a déjà eu et plus chaud et plus froid qu’aujourd’hui, note-t-il, bien avant qu’on puisse incriminer l’activité humaine. Sans remonter à Adam et Ève, on a par exemple assisté à une baisse des températures de 1,5°C à 2°C en Europe pendant ce qu’on a joliment appelé «le petit âge glaciaire», entre la fin du 16e siècle et le début du 19e; il se pourrait que la hausse mesurée au cours de la dernière centaine d’années ne corresponde qu’à un début de retour à ce qui prévalait au Moyen Âge. «On privilégie les données qui vont dans le sens de la théorie de l’effet de serre et du réchauffement du climat, et on oublie celles qui vont dans l’autre sens», dit encore Pierre Gangloff, reprochant à la communauté scientifique d’avoir perdu sa rigueur et son sens critique. Il rappelle, entre autres, la baisse des températures de 1,5°C dans l’Atlantique Nord entre 1955 et le début des années 80, ou le fait que la banquise antarctique a avancé entre 1980 et 1995. Ou encore, sur une plus grande échelle de temps, le fait que le climat de la Terre ait une tendance au refroidissement depuis 2500 ans. (La baisse des températures de 1955 à 1980 s’expliquerait par un effet tampon de particules polluantes émises en haute atmosphère par l’activité industrielle; ces particules, moins nombreuses depuis la chasse aux pluies acides, faisaient en quelque sorte office de parasol à la Terre.) Que dire aussi, notent les sceptiques, de l’influence de l’activité solaire, elle-même changeante, sur le climat de la petite planète bleue? Ou de la position, également variable, de la Terre par rapport au Soleil? Au-delà des controverses sur la réalité du réchauffement dit «anthropogénique» (causé par les humains) et surtout sur sa rapidité et son ampleur, une énorme question demeure: comment prévoir les effets, à moyen et à long terme, de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère? Le climat, on s’en rend de plus en plus compte, est un système d’une vertigineuse complexité. Chacun de ses deux grands sous-systèmes, l’atmosphère et l’océan, évolue à son rythme et selon ses propres lois et cycles, en même temps qu’il influence profondément l’autre. Les masses d’eau chaude d’El Niño se déplacent au gré des vents qui soufflent sur le Pacifique, puis réchauffent les masses d’air qui entrent en contact avec elles avant d’envahir le continent américain. Il existe dans l’Atlantique un très curieux cousin d’El Niño, l’oscillation de l’Atlantique Nord, qui a de profondes influences sur toute l’Europe et qui est sujette à des fluctuations et renversements encore fort mal compris. Et à l’autre bout du monde, une éruption volcanique comme celle du Pinatubo, en 1990, peut à elle seule projeter assez de cendres dans l’atmosphère pour bloquer une partie du rayonnement solaire et provoquer un refroidissement généralisé des températures au sol. Des dizaines d’autres phénomènes de cette nature et de cette ampleur entrent à tout moment dans la danse, conjuguent leurs effets ou au contraire se contrecarrent les uns les autres. Et sans cesse, la lente machine des océans échange énergie et chaleur avec l’insaisissable mécanique des vents et des courants d’air. Comment donc discerner des tendances, des directions, des lignes de force dans l’évolution du temps qu’il fait et qu’il fera? Sans compter que le climat de la Terre, pour reprendre une expression chère à Marc Lucotte, fonctionne selon les curieuses et presque impénétrables règles du… chaos. Dans un système chaotique, une même cause (par exemple un épisode El Niño de telle intensité) ne produit pas toujours les mêmes effets; pis, ils sont parfois totalement opposés à ce qu’on attendait. Un des scénarios de changement climatique envisage donc la possibilité, paradoxale et fort troublante, que le réchauffement entraîne un rapide et très net… refroidissement de la planète . La production agricole tomberait alors en flèche. Les réserves de nourriture – l’humanité n’en a que pour quelques mois dans son garde-manger – s’épuiseraient à toute allure. Mais qu’on cherche à prévoir le ciel qu’on aura demain ou le climat de la planète en 2050, reste que les phénomènes qu’on veut simuler sont si compliqués et si gigantesques, si évanescents aussi, que les plus puissants moyens informatiques sont encore trop faibles. Les «modèles» laissent une place énorme à l’approximation, à l’erreur ou même à la fantaisie de ceux qui les concoctent. Ainsi, l’un des reproches qu’on adresse à l’IPCC est d’avoir grandement surestimé, dans son rapport de 1990, l’ampleur du réchauffement climatique et de la montée du niveau des océans, phénomènes susceptibles de se produire d’ici l’an 2100. Dans son rapport de 1995, l’organisme reconnaît avoir exagéré de 30% en ce qui concerne la température et de 25% relativement à la mer. L’IPCC prévoit maintenant que la température moyenne de la Terre augmentera de 2°C d’ici 2100. Mais la fourchette est large puisque la hausse pourrait se situer entre 1°C et 3,5°C. Même chose pour le niveau des océans: l’organisme prévoit une augmentation de 50 cm… mais à l’intérieur d’une fourchette de 15 à 95 cm. Peut-on encore parler de «prévisions» avec de telles marges d’erreur? On est en droit de se le demander, surtout quand seules sont embouchées les trompettes de la catastrophe appréhendée. Et comment «prédire» avec un minimum de fiabilité les effets de ces changements sur l’environnement? Selon qu’on est alarmiste ou optimiste, on annonce le pire ou on dort sur ses deux oreilles. Géographe à l’Université de Montréal, Pierre Richard est de ceux qui doutent des idées à la mode sur l’effet de serre et sur l’origine essentiellement humaine du réchauffement. Il est aussi de ceux qui regardent les scénarios «catastrophe» d’un oeil méfiant. Bien sûr, concède-t-il, la Terre est «une énorme marmite», et il est extrêmement difficile de prévoir «où seront les lettres dans la soupe à l’alphabet qui y mijote». Mais ses études en paléobotanique (la science de la végétation du passé) et en paléoclimatologie (celle des climats du passé) le portent à penser que les changements notables de la végétation qu’on annonce ici et là sont loin d’être des certitudes. Pour lui, il est par exemple peu probable que la forêt boréale prenne d’un coup ses cliques et ses claques pour aller s’installer plus au nord, comme on l’a souvent dit. Faut-il pour autant faire le gros dos et attendre béatement? Peu de gens oseraient tenir une position aussi insouciante. Et même les esprits les plus critiques à l’endroit du grand cirque international des «sommets» de l’environnement trouvent que le brouillon d’entente issu de la Conférence de Kyoto , en décembre dernier, est mieux que rien. Marc Lucotte rappelle que les bouleversements du climat et leurs conséquences peuvent se produire – ça s’est vu – en l’espace d’une ou deux générations. Il remarque et regrette que «les gouvernements ne parlent déjà plus de contrôler le changement climatique, mais de s’y adapter». Les scientifiques ne sont pas encore tout à fait certains de leurs prédictions? Peu importe, rétorque-t-il, «les risques de ne rien faire sont trop grands». Les Hollandais, dit-il, viennent de rehausser toutes leurs digues de 1,5 m… Comme le déclarait au New York Times un biologiste de l’Université Stanford, en Californie, on peut bien attendre encore 10, 20 ou 30 ans pour avoir la preuve ultime qu’il y a bien réchauffement du climat et que le phénomène est dû aux actions humaines. «Mais, pendant ce temps, nous menons une expérience de laboratoire à la dimension de la planète. Et nous sommes tous dans l’éprouvette.»

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80 sortes de flocons!

La neige, c’est un peu comme un plat international: on la retrouve dans de nombreux pays du monde, mais chaque région a sa propre recette. Le chef, c’est la météo: plus il fait froid et sec — comme au Québec, dans les Rocheuses, dans le Grand Nord canadien ou scandinave —, plus les cristaux prennent une forme petite et compacte (semblable à celle d’une pierre taillée). En revanche, des températures plus clémentes et une saturation en eau plus importante donnent des «bonbons» plus ouvragés: des cristaux en étoile aux ramifications infinies, fréquents en France et ailleurs en Europe. Derrière ces recettes de base se cache une foule de variantes locales. Ainsi, les stations de ski proches du Saint-Laurent bénéficient d’une neige «à l’européenne», en raison de l’humidité apportée par le fleuve. Inversement, sur le plateau de la commune d’Autrans, dans le Vercors français, le relief provoque des spirales de vent qui façonnent des cristaux de neige de type canadien. Près d’Oslo, en Norvège, ou de Nagano, au Japon, les cristaux, énormes, collent aux skis. Particularité de ces deux villes: elles se trouvent près de la mer. Résultat, la neige est… salée. La Colombie-Britannique, elle, est le paradis de la poudreuse. Les nuages, promesses de flocons gras et humides, se heurtent d’abord à la chaîne Côtière, qui les force à prendre de l’altitude. Tel un concombre qu’on fait dégorger, l’air perd alors une partie de son humidité sous forme de chutes de neige (parfois très abondantes, comme à Whistler) et se refroidit. Lorsqu’il arrive sur la chaîne Columbia, le phénomène se reproduit. Dans le sud-est de la province, les chaînes Cariboo et Purcell ainsi que celles de Monashee et de Selkirk reçoivent une neige encore abondante, mais beaucoup plus sèche que celle de la côte: la poudreuse. Toujours plus à l’est, à Banff, on est au régime. Après avoir traversé une autre chaîne de montagnes, les Rocheuses, les nuages laissent tomber une neige encore plus sèche, mais les quantités sont beaucoup moins importantes. En Europe se mitonne parfois de la neige… rouge ou jaune! En fin de saison, de forts vents de secteur sud peuvent transporter par-delà la Méditerranée des particules de sable d’Afrique, soulevées par le sirocco. Les flocons se forment autour des grains de poussière désertique et colorent en ocre jaune à rouge les pans des montagnes alpines. S’il y a un endroit où les accumulations doivent être importantes, c’est bien l’Antarctique, pense-t-on. Eh bien non! Le pôle Sud est l’équivalent d’un désert. Il y fait tellement froid qu’à peine quelques centimètres de neige s’y déposent chaque année. Mais ces rares flocons ne fondent jamais. Le continent blanc confectionne depuis des millions d’années un gâteau géant de plusieurs milliers de mètres d’épaisseur, fait de couches de neige transformée en glace. Car une fois la neige tombée, elle change inexorablement. À cause des vents, du soleil, de la température, de la pluie, du poids des couches supérieures… Et là encore, les régions ne vont pas toutes utiliser ces ingrédients de la même manière. Sur les versants sud des montagnes, baignés de soleil, la neige fond rapidement. Les stations de ski ne s’y trompent pas: elles se sont le plus souvent installées sur les versants nord. Et inversement, bien sûr, dans l’hémisphère Sud. Sur l’île Sakhaline, dans l’est de la Sibérie, la neige au sol réagit d’une manière toute particulière. Par suite de la courte durée du jour en hiver, il existe de grandes différences de température entre la surface et l’intérieur du manteau neigeux. Les cristaux vont prendre la forme de gobelets roulant les uns sur les autres et former une neige très meuble. Lorsque les jours rallongent, l’humidité de la neige augmente et il y a peu de regel. Il peut alors se produire des avalanches très dangereuses de neige fondante. Les Rocheuses canadiennes, elles, peuvent concocter de belles avalanches de poudreuse. Recette: une couche de poudreuse dont on givre la surface grâce à un retour de temps plus clément. Puis, on dépose une nouvelle couche de poudreuse, qui se retrouve sur un matelas bien peu stable. Attention, danger! Vu ses températures froides, le Québec a tendance à garder une neige plutôt sèche. Elle se tasse moins, se transforme moins et reste meuble plus longtemps. La poudrerie y est aussi plus fréquente, car les flocons s’envolent comme du sucre glace même avec un vent peu important. Que ce soit la forme sous laquelle elle tombe ou la manière dont elle est ensuite «cuisinée» au sol, la neige prend bien des aspects différents. Seuls les spécialistes et leurs microscopes peuvent en distinguer tous les détails! Mais avec un peu d’attention, vous pourrez, vous aussi, apprécier quelques-unes de ses spécialités locales.

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Guérir par le jeu

Les jeux vidéo seront-ils un jour prescrits sur ordonnance? La question est moins loufoque qu’il n’y paraît: certains jeux remplissent d’ores et déjà un rôle thérapeutique. Ainsi, Re-Mission s’adresse aux jeunes patients atteints de cancer: ils sont chargés de poursuivre et d’abattre des cellules cancéreuses. En tout, 34 centres de lutte contre le cancer, dont trois au Québec, ont participé à l’évaluation de l’efficacité de ce jeu vidéo conçu par HopeLab, organisation sans but lucratif installée en Californie. Le tout a mobilisé des professionnels du jeu, des oncologues, des psychologues, des biologistes et 375 jeunes patients aux États-Unis, en Australie et au Canada. Depuis la parution du jeu, en avril dernier, quelque 50 000 exemplaires en trois langues (français, anglais et espagnol) ont été distribués dans 69 pays. «Il n’y a rien de pire que de s’engager dans une bataille sans connaître le visage ni les armes de son ennemi», explique Anne-Sophie Carret, pédiatre oncologue à l’Hôpital de Montréal pour enfants de l’Université McGill, qui a participé à l’évaluation du jeu. «Re-Mission permet de visualiser des notions abstraites, comme les plaquettes ou la moelle osseuse, et de se placer dans la peau d’un guerrier au service de la justice.» Résultat: Re-Mission améliore l’adhésion des jeunes patients au traitement. Or, le manque de discipline — avec les risques d’échec thérapeutique qu’il implique — est courant chez les jeunes malades. Re-Mission s’inscrit ainsi sur la liste des «jeux vidéo sérieux» les plus populaires. Apparu dans le domaine militaire, avec les programmes d’entraînement par simulation, ce type de jeux vise un objectif non ludique, médical ou éducatif par exemple. Pour cette raison, ces jeux ont souvent été conçus dans le cadre de partenariats public-privé. Le décollage commercial du secteur viendra sans doute de la formation en entreprise, important marché qui se prête bien à la création de jeux «sérieux». Ainsi, à Edmonton, en Alberta, la société Terris-Hill a conçu un programme ludique de formation des travailleurs de puits pétroliers. Structuré aux États-Unis autour de rencontres professionnelles et de la Serious Games Association (SGA), le secteur est en train d’émerger au Canada. Jim Parker, professeur de science informatique à l’Université de Calgary et fondateur de la jeune SGA Canada, reconnaît toutefois que la tâche n’est pas facile: «Il est difficile d’obtenir du financement quand on parle de jeux; il vaut mieux, pour le moment, parler de simulation participative!» Les applications possibles sont pourtant prometteuses. Au Québec, Stéphane Bouchard, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en cyberpsychologie clinique, a détourné des jeux vidéo afin de créer des environnements virtuels. «On les utilise pour traiter l’anxiété, c’est-à-dire permettre aux personnes phobiques d’affronter leurs peurs.» Autre exemple: Earthquake in Zipland. Elaboré par deux thérapeutes familiales, ce jeu aide les enfants à faire face aux situations de séparation parentale. Le joueur doit réagir à un tremblement de terre qui sépare en deux l’île de Zipland, une partie étant habitée par la reine, la seconde par le roi. Il doit composer avec la colère, la culpabilité, le conflit de loyauté… Stéphane Bouchard travaille aujourd’hui à la conception d’un outil de dépistage précoce des maladies de Parkinson et d’Alzheimer. Il existe déjà une série de jeux de mémoire, d’attention visuelle et de raisonnement appelés Happy Neuron, destinés à entretenir les capacités cognitives. Professeur de science informatique à l’Université de Calgary, Katrin Becker, qui prépare une thèse sur l’usage pédagogique des jeux vidéo, rêve quant à elle à «un moyen amusant d’apprendre les tables de multiplication». Enfin, le secteur humanitaire a généré de nombreux jeux vidéo sérieux. Outre Food Force, initiation à la problématique de la distribution de nourriture conçue par le Programme alimentaire mondial, signalons Force More Powerful, jeu où le joueur, un militant des droits de la personne, doit remplir diverses missions demanière pacifique: renverser un dictateur, défendre une minorité ethnique, etc.

L'erreur tropicale Monde

L’erreur tropicale

À Madagascar, la forêt se volatilise à un rythme effrené. Si rien n’est fait, disent les experts, dans 15 ans les arbres auront totalement disparu de l’île, et avec eux des espèces végétales uniques.

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Concours de photos: les gagnants

Le premier concours de photos de géographica, consacré à «L’arbre», en 2001, avait réuni 425 photographes. L’année suivante: 728 concurrents. L’an dernier, tout près d’un millier de photographes avaient soumis quelque 2 500 photos. Cette année, le sixième concours nous a valu 2 691 photos bien comptées. Est-ce là une conséquence de l’hégémonie du numérique, qui a de beaucoup réduit le coût de la photographie et facilité le travail technique?[…] Sur les 2 691 photos soumises, 277 ont été retenues lors d’une première vérification, dont 79 ont ensuite été sélectionnées en semi-finale. Un deuxième jury (formé de Louise Arbique, directrice du marketing français à Mountain Equipment Co-op; Paule Beaugrand-Champagne, éditrice de L’actualité; Pierre Dunnigan, photographe; Charles Grandmont, rédacteur en chef adjoint de L’actualité; et Jean Paré, directeur de géographica) a choisi ses cinq préférées dans chaque catégorie, puis a finalement désigné deux gagnants et accordé trois mentions. Les lauréats des quatre premiers prix reçoivent un chèque-cadeau de 1 000 dollars de Mountain Equipment Co-op; les gagnants des deuxièmes prix, un chèque-cadeau de 250 dollars de Mountain Equipment Co-op. LOISIRS ET PLEIN AIR Premier prix Steve Deschenes, de Québec Facile, cette fontaine scintillante: il suffit d’apprendre à pagayer et de suivre ce kayak à travers le lac Saint-Jean. Deuxième prix Mario Boutin, de Coaticook À Saint-Philémon de Bellechasse, on se prépare pour la prochaine ère glaciaire. Mentions Yanik Chauvin, de Gatineau David Thomassin, de Québec Keith Ewenson, de Dollard des Ormeaux FAUNE Premier prix Denis Samson, de Québec Ce canard qui sait prendre la pose est un habitué d’un étang artificiel «près de mon chalet, à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier». Deuxième prix Serge Chenard, de Sherbrooke Faune ou flore, au choix. Et c’était «chez la voisine». Mentions Julie Baribeau, de Montréal Claude Rochon, de St-Sulpice Guy Boudreau, de Rivière-du-Loup FLORE Premier prix Émilie Ouellet, de Vancouver Végétaux thallophytes chlorophylliens… À la plage Spanish Banks, à Vancouver, on dit simplement goémons. Deuxième prix Rodrigue Tremblay, de Saint-Eustache Roseaux partout, mais ceux-là sont du parc régional du Bois de Belle-Rivière, à Mirabel. Mentions: Manuel Filion, de Longueuil Serge Chenard, de Sherbrooke Suzanne Gagnon, de Québec PAYSAGES Premier prix Bernard Brault, de Longueuil Cap-à-l’Aigle, son église, un coup de main du ciel de Charlevoix, après un orage au-dessus du fleuve. Deuxième prix Simon Dutil-Paquette, de Montréal Sur la côte est de Terre-Neuve, on voit bien que la terre est ronde. Mentions Claudine Pinel, de Montréal Josée Laurendeau, de Sherbrooke Caroline Smith, de Montréal

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Raz-de-marée sur l’archipel

Le tourisme est devenu un pilier économique pour les îles de la Madeleine, ces «fleurs dans l’eau», comme disait Félix Leclerc. Avec environ 50 000 visiteurs annuels et des retombées de 50 millions de dollars, c’est le deuxième secteur économique après la pêche, qui rapporte encore environ 76 millions de dollars. Les visiteurs sont attirés par des paysages enchanteurs, des plages interminables, des eaux qui semblent de plus en plus chaudes, de bonnes tables et des bistrots sympathiques, une faune aviaire passionnante à observer. Mais le boom touristique des cinq dernières années a imposé l’adaptation non seulement des infrastructures d’accueil, mais aussi des Madelinots eux-mêmes. Cette manne indispensable peut même apparaître parfois comme une invasion pour les 13 425 habitants de l’archipel. «C’est sûr que 50 000 visiteurs par été, ça bouscule les habitudes d’une collectivité insulaire, dit Isabelle Cummings, responsable du marketing et des communications pour Tourisme Îles de la Madeleine. Plus la saison avance, plus les gens se sentent essoufflés et souhaitent retrouver leur rythme de vie.» Thérèse Bergeron est propriétaire de l’auberge Havre-sur-Mer depuis 1990 et a donc vu l’évolution de l’industrie touristique: «C’est un touriste québécois très éduqué qui fréquente les Îles, qui les adore, qui les respecte. Le problème, c’est que tout le monde arrive en même temps, entre le 15 juillet et le 15 août! Pour recevoir davantage de visiteurs à ces dates, il faudrait d’autres établissements et tout avoir en plus. Nous, les particuliers, avec nos petits budgets, on ne peut pas faire grand-chose. Nous recevons l’aide de l’Association touristique des Îles et nous sommes également affiliés au Québec maritime pour notre publicité, mais il n’est pas possible d’ajouter des services quand on a de la misère à arriver pendant les trois mois qui fonctionnent bien. Ce serait trop cher pour un mois dans l’année.» Une population qui double tout au long de juillet et d’août, ça veut aussi dire le double de déchets, le double de consommation d’eau. Jean Hubert est ingénieur et directeur adjoint du Service d’hygiène du milieu de la municipalité des Îles-de-la-Madeleine: «Pour l’eau, on connaît deux pointes: celle due aux usines de transformation du poisson, au printemps, et celle due aux touristes, en juillet et août. Nous sommes un des rares endroits au Québec où la totalité de l’approvisionnement vient de la nappe souterraine. Les réserves sont suffisantes et la gestion, très convenable. Pour les déchets, les gens qui louent une maison apprennent à faire le tri, comme les Madelinots. On recycle tout ou presque.» Mais il y a une autre invasion que celle du touriste de passage, une invasion plus discrète, plus pernicieuse: celle des «étranges»!Ce sont les «terriens» qui achètent des maisons, pour ne les habiter que quelques mois par année… ou les louer aux touristes. «Les saisonniers, c’est gentil, mais c’est pas la vie, dit Thérèse Bergeron. Ça nous fait des maisons vides et tristes autour, comme partout sur les bords de mer. J’ai vu en Espagne des villages complets qui étaient déserts. Aux Îles, c’est le même problème. Pour nous, c’est dur de nous faire une vie normale quand les gens sont absents.» «Une maison habitée seulement deux mois l’été, ça ne crée pas la même dynamique, confirme Isabelle Cummings. Et les Madelinots ont peur de perdre quelque chose qui leur a appartenu de tout temps.» Autres menaces: de monstrueuses résidences de plusieurs centaines de mètres carrés, semblables à celles qu’on retrouve dans les banlieues de Montréal et Québec, ont surgi ici et là, sinistres balafres dans ce paysage de dunes. Ce à quoi il faut ajouter la hausse du fardeau fiscal que provoque l’augmentation en flèche de la valeur des maisons et des terrains. L’évaluation de certains terrains est passée de 15 000 à 90 000 dollars en quelques années. Pour beaucoup, la chose est d’autant plus difficile qu’ils n’avaient déjà pas les moyens de rénover leurs vieilles maisons patrimoniales. Bien des investisseurs regrettent leur achat et désertent les Îles après quelques années, laissant derrière eux des maisons que les jeunes Madelinots qui reviennent, de plus en plus nombreux — c’est la seule région du Québec où le solde migratoire est positif —, ne pourront jamais s’offrir. «Il y a quelques années seulement, des maisons de 150 000 dollars aux Îles, ça n’existait pas, ni les sous pour rénover, dit Isabelle Cummings. Les maisons patrimoniales assurent la conservation du patrimoine bâti, ça fait partie de la culture, du vécu, mais si un étranger achète une telle maison, c’est important pour nous que le cachet demeure et qu’on n’impose pas une architecture qui gâterait le paysage.» «L’urbanisation est essentielle pour éviter l’étalement et pour réduire les coûts des services, dit Jean Hubert. Il faut arriver à un équilibre: les maisons patrimoniales dispersées sur le territoire pour garder le cachet, et l’aménagement urbain pour réduire les coûts collectifs.» L’activité touristique a aussi des effets visibles sur le paysage. Selon Pascal Poirier, technicien en aménagement de la faune, c’est le principal problème environnemental. L’organisme Attention FragÎles s’emploie à contrôler la circulation des tout-terrains sur les dunes et à protéger les pluviers siffleurs — les Îles sont le seul endroit au Québec où ils nichent — ainsi que les bécasseaux, les grands chevaliers et les grands hérons. Chaque année, une équipe de quatre personnes parcourt les plages à pied, pour protéger les dunes. Sans elles, les lagunes se transformeraient en baies, les réseaux hydroélectrique et routier seraient menacés. Depuis 1988, on tente de sensibiliser les écoliers. De son côté, Arrimage se consacre à la protection de la culture, pendant que la Société de conservation veille sur le patrimoine bâti. «Il faut conscientiser, informer, dit Isabelle Cummings. C’est au milieu de décider comment il veut développer son industrie touristique et quelle expérience il veut offrir aux visiteurs: culture, patrimoine bâti, insulaires eux-mêmes avec leur accent, leur façon de vivre, leur rythme de vie, leurs traditions. En fait, on en est au même point que l’Île-du- Prince-Édouard il y a une vingtaine d’années.» Pour le maire, Joël Arseneau, «il n’y a pas de quoi s’inquiéter. On est très sensibilisés depuis cinq ans. Les gens ont pris conscience qu’il n’y avait pas que de bons côtés au tourisme et qu’il fallait ralentir la cadence pour ne pas piller la ressource qui fait notre richesse.» Aujourd’hui, on peut dire que le déclin de la pêche est terminé. Désormais, les revenus se sont stabilisés. Les stocks de homards se maintiennent grâce à la vigilance des homardiers, qui s’imposent des restrictions sévères. La mariculture et sa production de moules — et bientôt de pétoncles — viennent compenser la disparition de la pêche traditionnelle. Et comme un peu partout, on assiste, grâce à de jeunes entrepreneurs, à une explosion des produits du terroir: moules d’élevage, poisson fumé, «pot-en-pot» (préparation de fruits de mer ou de poissons et de pommes de terre en croûte), terrines de homard, fines herbes, fromage, légumes biologiques, bière artisanale, alcools de petits fruits, vendus sur place et exportés sur le continent. De mai à octobre, si tout le monde — sauf les pêcheurs — travaille d’une façon ou d’une autre à accueillir la visite, l’automne ramène le repos. Puis, peu à peu, l’ennui s’installe et on rêve au retour du printemps, de la chasse aux phoques, de la pêche au homard, de l’activité… et pourquoi pas, des touristes.

Sa guerre a un goût d'espoir Santé et Science

Sa guerre a un goût d’espoir

Les livres sur les aliments anticancer du Dr Richard Béliveau ont fait des vedettes du chou-fleur et de la graine de lin. Le biochimiste a donné des armes à tous ceux qui veulent faire de la prévention au quotidien.

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La réponse est..en Arctique!

C’était un vieux brise-glace en chômage. Le NGCC Sir John Franklin était à quai à Terre-Neuve depuis 1996, au rancart après 17 ans de service. En 2000, seul le vérificateur général du Canada se souvenait de l’existence de ce bâtiment, dont l’entretien coûtait encore la bagatelle de 440 000 dollars par année. Mais en 2003, c’est la résurrection. À la demande d’un groupe de scientifiques, le brise-glace est vidé, récuré et rééquipé dans les chantiers maritimes de Verreault Navigation, aux Méchins, en Gaspésie. On y installe des instruments océanographiques tout neufs. La Fondation canadienne pour l’innovation, un organisme fédéral, paie 90% du remodelage, qui s’élève à 30 millions de dollars. Le ministère des Pêches et des Océans du Canada fournit l’appoint. Le Sir John Franklin est rebaptisé et devient le NGCC Amundsen. Mission: la recherche arctique, prédestinée pour un navire qui jusque-là avait porté le nom du célèbre explorateur anglais disparu en 1845 avec l’Erebus et le Terror, ainsi que leurs 134 hommes, en cherchant le mythique passage du Nord-Ouest. Avec l’Amundsen, nommé en l’honneur de l’explorateur norvégien qui, lui, découvrit ce passage reliant l’Atlantique au Pacifique par le nord, le Canada dispose — enfin — d’un navire océanographique conçu pour l’Arctique. L’histoire de l’Amundsen ressemble fort à celle de la science arctique au Canada. Un passé peu glorieux, une renaissance spectaculaire, mais un avenir incertain. Car on espère que la rouille ne resurgira pas sous les couches de peinture fraîche, par manque d’intérêt. Le Canada, en effet, n’a jamais beaucoup investi dans la connaissance du Nord, qui, avec ses 3,5 millions de kilomètres carrés, représente pourtant 30% de sa superficie. En 2000, les finances sont au plus bas: le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) du Canada accorde deux petits millions de dollars à la recherche arctique, pendant que son équivalent américain, la National Science Foundation, y consacre 450 millions! Dans un document-choc, Recherche nordique: De l’état de crise à la relance, le CRSNG et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada sonnent l’alarme. Avec les Instituts de recherche en santé du Canada, ils parviennent à convaincre le gouvernement de réinvestir massivement. La volte-face est spectaculaire: en 2004, le CRSNG disposait de près de 30 millions de dollars pour l’Arctique. «À l’échelle internationale, on était dans la cave; nous voilà dans le peloton de tête», dit Louis Fortier, l’océanographe qui est à l’origine de la métamorphose du Sir John Franklin. Professeur à l’Université Laval, Louis Fortier dirige aujourd’hui le réseau ArcticNet, qui regroupe une centaine de spécialistes du Grand Nord issus de 23 universités du Canada, de cinq ministères fédéraux et de neuf autres pays. De 2004 à 2011, Ottawa aura versé 6,4 millions de dollars par an au réseau ArcticNet, pour qu’il étudie les effets du réchauffement climatique sur le territoire canadien situé au-delà de la limite des arbres. Parmi les grands programmes de recherche internationaux sur l’Arctique, ArcticNet est le plus ambitieux et le mieux financé. «À eux seuls, les professeurs de l’Université Laval, fief de la recherche nordique au Canada, ont reçu environ 100 millions de dollars de subventions dans les dernières années», dit Martin Fortier, directeur général du réseau. Le Canada fait aussi figure de leader pour l’organisation de la quatrième Année polaire internationale (après celles de 1882, 1932 et 1957), qui débutera en mars prochain. Mais les scientifiques se gardent bien de crier victoire. «Nos lacunes sont encore énormes, alors que les enjeux socioéconomiques sont considérables, dit Gérard Duhaime, professeur à l’Université Laval. On ne connaît même pas le PIB du Nunavik ou l’importance réelle de l’économie de subsistance, car en dehors des anthropologues, très peu de spécialistes des sciences humaines étudient le Nord.» Louis Fortier partage son opinion: «On devrait investir au moins trois fois plus pour comprendre ce territoire et les bouleversements qu’il subit.» Car il faudrait équiper deux brise-glaces de plus, autant pour la recherche que pour la surveillance. «Le Nord ne livrera pas ses secrets à coups de petits projets. Ce qu’il nous faut, maintenant, c’est de la big science.» Car là-haut, la vie est en train de changer radicalement. Fin 2004, le rapport du Comité scientifique international sur l’Arctique confirmait que le climat de cette région de notre pays se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde. Près de deux millions de kilomètres carrés de banquise ont fondu depuis 30 ans, et l’épaisseur de ce qui reste a diminué de 35%. À ce rythme, l’Arctique sera libre de glace l’été vers 2050, voire plus tôt selon les dernières prévisions du GIEC. Le réchauffement modifie déjà les écosystèmes. «On commence à comprendre les effets planétaires du réchauffement, mais pas ses répercussions locales, à l’échelle humaine», explique Louis Fortier. Étudier ce qui se passe dans l’Arctique est crucial pour l’avenir du Nord, mais aussi pour prévoir les changements et les adaptations nécessaires plus au sud. Avec l’exploration et l’ouverture probable du passage du Nord-Ouest à la navigation commerciale d’ici 10 ou 15 ans, les questions de sécurité refont surface. Au Canada, aux États-Unis, au Danemark, en Russie: un peu partout, on dépoussière les vieux traités. En 1999, un brise-glace océanographique chinois, le Xue-Long (dragon de neige), était surpris au large de Tuktoyaktuk, dans les Territoires du Nord-Ouest. Déjà, ces dernières années, des immigrants illégaux ont été arrêtés à Iqaluit! Et en août 2005, pour la première fois depuis 30 ans, deux bâtiments de guerre canadiens ont sillonné la baie d’Hudson. «Si le Canada ne défend pas sa souveraineté, des pétroliers, des cargos vagabonds et des navires de croisière pourraient bientôt traverser les eaux canadiennes à l’abri des lois», affirme Suzanne Lalonde, professeure de droit international à l’Université de Montréal et membre d’ArcticNet. Face à ces défis, les chercheurs sont démunis. Alors que l’exploitation de l’Arctique progresse à pas de géant, on ne dispose encore que de données scientifiques éparses pour élaborer une réglementation de l’environnement. De grands pans du territoire restent mal connus, comme l’ouest de l’île de Baffin ou la baie d’Hudson, que l’Amundsen est un des premiers navires de recherche à explorer depuis des lustres. La plupart des renseignements sur les ressources naturelles appartiennent à des sociétés privées. Quasiment désert, l’Arctique canadien, qui compte pour 40% de toutes les terres arctiques (le reste est russe, américain et scandinave), ne se laisse pas facilement approcher. «L’accès au territoire est très difficile et l’équipement sur place est insuffisant», dit Yves Bégin, directeur du Centre d’études nordiques, à l’Université Laval. Malgré les millions de dollars des dernières années, la recherche souffre encore de multiples carences, à commencer par des infrastructures en piteux état. Le poste du ministère des Ressources naturelles du Canada installé en 1958 à Resolute Bay, sur l’île Cornwallis, à 3 500 km de Montréal, est le principal point d’entrée des chercheurs dans l’Arctique. Construit à la suite de la dernière Année polaire, il n’a jamais été rénové. Pour coordonner les déplacements d’environ 800 scientifiques par été (le poste est fermé l’hiver) sur un territoire deux fois grand comme le Québec, l’EPCP (Étude du plateau continental polaire) dispose d’un budget annuel de 6,3 millions de dollars. Elle n’a même pas ses propres avions et hélicoptères et doit donc louer à prix fort des appareils à des compagnies locales. «Notre budget a constamment diminué jusqu’en 1995. Depuis, il remonte très lentement», dit Bonni Hrycyk, directrice de l’EPCP, qui a fermé récemment sa base de Tuktoyaktuk pour cause de délabrement avancé. Une fois sur place, les chercheurs manquent de l’équipement de base qui permettrait de mieux rentabiliser les déplacements. Dans tout le Nord canadien, seulement trois laboratoires sont encore en activité: l’Aurora Research Institute, à Inuvik (Territoires du Nord-Ouest), le Nunavut Research Institute, à Iqaluit (Nunavut), et le Churchill Northern Studies Centre, à Churchill (Manitoba). Quelques lits et un atelier dans des baraques de chantier, du matériel scientifique rudimentaire… Là aussi, le manque d’argent est flagrant. Tous les chercheurs espèrent qu’une partie des fonds de l’Année polaire servira à rajeunir ces installations et à en construire de nouvelles, capables de rivaliser avec les stations du reste du monde. Le Centre d’études nordiques a demandé 3,5 millions de dollars à la Fondation canadienne pour l’innovation afin de rénover et d’équiper huit stations de recherche situées entre Radisson, près de la baie James, et l’île Ward Hunt, à la limite nord des terres émergées. Le réseau Qaujisarvik (station de recherche, en inuktitut), formé de près de 90 stations réparties sur 30º de latitude, permettrait, s’il voit le jour, de mieux analyser l’effet des changements climatiques selon la latitude. Il serait le plus vaste réseau de mesures environnementales de tout l’Arctique. Car pendant que le Canada boudait l’Arctique, d’autres l’ont gardé dans leur collimateur: à Barrow, village de 5 000 habitants dans l’extrême nord de l’Alaska, le gouvernement américain vient d’injecter 35 millions de dollars pour rénover ses laboratoires, en pleine zone d’exploration pétrolière. L’Europe compte une dizaine de stations de recherche dans l’Arctique. Le village de Ny-Ålesund, dans l’archipel norvégien de Svalbard, par 79º de latitude Nord, héberge environ 150 chercheurs dans le plus vaste complexe scientifique de l’Arctique. Huit pays (l’Allemagne, la France, l’Angleterre, l’Italie, le Japon, la Corée du Sud, la Chine et la Norvège) y disposent de laboratoires bien équipés et opérationnels toute l’année, contrairement aux installations canadiennes.Même en mer, les efforts du Canada sont loin d’être proportionnels à l’étendue de son territoire. L’Amundsen doit se limiter à l’exploration côtière, car il n’est pas assez puissant pour affronter la pleine mer! Deux autres brise-glaces, le Louis S. St-Laurent et le Sir Wilfrid Laurier, accueillent des scientifiques à l’occasion. Mais c’est peu à côté des navires étrangers (cinq russes, trois américains, un allemand, un suédois, un chinois, un coréen) qui sillonnent régulièrement l’Arctique. L’hiver, plusieurs d’entre eux explorent aussi l’Antarctique, pendant que l’Amundsen, lui, déglace bêtement le Saguenay… L’autre point noir, c’est la relève. Alors que la plupart des spécialistes du Nord arrivent à la retraite, les nouvelles têtes sont rares. On manque de chercheurs en taxinomie, en économie, en droit, en océanographie physique… «L’Arctique intéresse beaucoup les jeunes, mais on n’a pas de postes pour eux», dit Yves Bégin. Dans leur rapport de 2000, les organismes subventionnaires recommandaient la création de 24 chaires de recherche sur l’Arctique dans les universités canadiennes. Trois seulement ont vu le jour. «Avec le développement du Nord, de nouvelles questions surgissent, comme celle des pêcheries émergentes ou de l’invasion des eaux par des organismes vivant normalement plus au sud, mais nous n’avons pas plus de gens pour y répondre», regrette Marty Bergmann, qui dirige la soixantaine d’employés en sciences arctiques du ministère des Pêches et des Océans du Canada. «Il faudrait au moins 1 500 fonctionnaires pour l’Arctique dans ce ministère, compte tenu des enjeux», croit Louis Fortier. De nouveaux acteurs prennent peu à peu leur place: les habitants du Nord eux-mêmes, qui ne veulent plus se contenter du rôle d’observateurs impuissants qu’on leur a longtemps assigné. Signe des temps, toute recherche menée dans les trois territoires doit d’abord être approuvée par les autorités locales. La plupart des travaux comportent des échanges de connaissances entre les communautés inuites et les scientifiques. Trois décideurs autochtones siègent au conseil d’administration d’ArcticNet. Avec la grande tournée médicale de l’Amundsen, un premier pas a été franchi. «On ne doit plus faire de la recherche sur les Inuits, mais avec les Inuits, car nous avons beaucoup à apprendre d’eux», dit le Dr Éric Dewailly, de l’Institut national de santé publique du Québec, qui coordonne le plus important groupe de recherche en santé dans l’Arctique. «Tant que les études sur le Nord seront faites par des gens du Sud, on passera à côté de quelque chose.» Mais la manière traditionnelle de faire de la recherche au sud (avec des étudiants ou des spécialistes diplômés) ne peut pas être transférée telle quelle au nord, où il n’existe pas d’université et où ce sont surtout les anciens qui détiennent la connaissance. Les rares diplômés originaires de l’Arctique sont très convoités, et peu enclins à la recherche universitaire. «Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est une véritable politique nationale de recherche sur l’Arctique et de développement de cette région», dit Jean-Marie Beaulieu, directeur scientifique de la Commission canadienne des affaires polaires.

Le régime anticancer Santé et Science

Le régime anticancer

Le biochimiste Richard Béliveau fournit la preuve scientifique que certains aliments protègent contre le cancer. Attention, précise-t-il: manger mieux aide à prévenir, mais ne peut guérir.