Santé et Science

L'Inde protège la planète Monde

L’Inde protège la planète

On l’imagine polluée. Elle l’est. Mais l’Inde se convertit peu à peu aux industries propres, qui lui permettent de tirer profit des crédits de carbone. Les contrats affluent de partout!

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Un prophète nommé Guilbeault Santé et Science

Un prophète nommé Guilbeault

Il incarne, presque à lui seul, la préoccupation des Québécois pour l’environnement. Omniprésent dans les médias, courtisés par les partis politiques, Steven Guilbeault est aux yeux du public la star incontestée des écolos. Histoire d’une ascension.

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Radiographie d’un bilan

Critiqué par certains, encensé par d’autres, notre premier Bilan de santé des hôpitaux du Québec fait déjà jaser… La présidente de l’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux, à qui nous avons présenté les résultats avant leur publication, juge que c’est un «exercice périlleux» et d’un «intérêt limité». «Les hôpitaux ne représentent qu’une petite partie de l’accès aux soins, dit Lise Denis. Pour un portrait plus complet, il aurait aussi fallu mesurer l’accès aux médecins de famille, aux soins de santé mentale, aux soins à domicile ainsi que la disponibilité des places dans les centres d’hébergement de longue durée.» Ce que L’actualité entend faire dans l’avenir — quand ces données seront disponibles. Anne Lemay, professeure adjointe au Département d’administration de la santé de l’Université de Montréal et spécialiste de l’évaluation et de l’organisation des soins, met en doute la fiabilité des données transmises au Ministère par certains établissements. «Il est crucial, quand on évalue des hôpitaux, d’avoir une information de qualité. Il faut que les cadres sur la production de l’information soient très clairs, qu’il y ait un mécanisme de validation, comme il y en a un pour les données financières.» Or, dit-elle, ce n’est pas le cas présentement. «Il peut être hasardeux d’utiliser certaines données, comme les temps d’attente aux urgences.» David Levine s’appuie pourtant quotidiennement sur ces mêmes données, qui lui parviennent chaque matin et chaque après-midi, pour évaluer la gravité de la situation dans les hôpitaux montréalais. Le directeur général de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal ne remet pas en cause leur validité. Il voit même d’un bon œil la publication d’un tel classement des hôpitaux. «La reddition de comptes, ça n’existait pas avant. Les changements qu’on veut apporter au réseau, il faut pouvoir les mesurer pour voir si on va dans la bonne direction.» Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, salue aussi la démarche, même si certains indicateurs utilisés lui semblent «perfectibles». Il y voit une mesure qui incitera les établissements à s’améliorer, même s’il s’inquiète déjà de la réaction de certains directeurs d’hôpitaux. «La réaction classique d’un établissement ciblé comme moins performant, c’est de dénoncer le manque de ressources, dit-il. Or, on trouve dans l’étude des hôpitaux de régions comparables, jouissant d’un financement semblable, dont la performance est totalement différente.» Que faire avec ces établissements «sous-performants»? Pénaliser leurs équipes de direction et sabrer leur budget, comme on le fait en Grande-Bretagne? Ce serait courir le risque de désavantager la population. Augmenter le budget des hôpitaux moins performants? «C’est peut-être la pire chose à faire, dit Philippe Couillard. Le message qu’on enverrait aux hôpitaux les mieux gérés, c’est que leurs efforts sont inutiles.» Beau dilemme… Le bilan complet des hôpitaux du Québec vous attend à la page 29 de votre magazine! Pour le bilan détaillé de votre hôpital et plus encore, cliquez ici.

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Ruée vers la Baie-James

«Quand je pense à Fernande / Je bande, je bande / Quand j’pense à Félicie / Je bande aussi / Quand j’pense à Léonor / Mon dieu je bande encore / Mais quand j’pense à Lulu / Là je ne bande plus.» En écrivant les paroles de cette guillerette chanson, Georges Brassens ne pensait certainement pas qu’il allait un jour influencer l’une des plus importantes ruées vers l’or de l’histoire du Québec. Et pourtant.En juin 2001, quand Jean-François Ouellette et Michel Gauthier ont posé leur hydravion dans une baie du réservoir Opinaca, au cœur de la Baie-James, les deux prospecteurs d’or, fervents amateurs de Brassens, ont fait honneur à la tradition française voulant que l’on donne des noms de femmes aux veines et filons trouvés par les géologues. Excités par leurs observations sur le terrain, ils ont baptisé le site «Éléonore». «Nous nous sommes trompés», avoue Michel Gauthier, professeur de géologie à l’Université du Québec à Montréal, qui, cet été-là, avait mis son expertise au service de l’entreprise Virginia, en compagnie de Jean-François Ouellette, ancien étudiant maintenant consultant pour cette société d’exploration minière, dont le siège est à Québec. «Ça aurait dû être Léonor.»Il est vrai que la prononciation de Brassens prête à confusion. Qu’importe! Aujourd’hui, personne ne se soucie de ce menu détail. En 2006, Virginia a remporté le titre de prospecteur de l’année de l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs pour la découverte d’Éléonore: un gisement d’or qui, selon les prévisions, pourrait mener à l’une des plus grandes exploitations aurifères jamais vues au Québec. La vancouvéroise Goldcorp a récemment payé 500 millions de dollars à Virginia pour acquérir le site. Elle projette d’investir 300 millions de dollars supplémentaires pour y construire une mine, qui, si tout se déroule comme prévu, devrait produire ses premiers lingots en 2010.Le succès de Virginia a laissé pantois bien des géologues. «Peu d’entre nous auraient prédit qu’un gisement aussi important serait trouvé dans cette région», dit Benoît Dubé, chercheur à la Commission géologique du Canada et spécialiste des dépôts aurifères. Les prospecteurs de la Belle Province préféraient investir leurs efforts du côté de l’Abitibi ou dans le secteur sud de la Baie-James, là où se trouvent des ceintures de roches vertes. «Elles renferment des roches d’origine volcanique formées sous l’eau il y a environ 2,7 milliards d’années, explique Benoît Dubé. On y trouve des filons de quartz qui contiennent, par endroits, de l’or libre.»Au-delà du 51e parallèle, les roches vertes se font rares. «Le gisement découvert par Virginia se situe dans un tout autre contexte géologique, poursuit Benoît Dubé. L’or ne se trouve pas dans des roches volcaniques, mais plutôt dans des roches sédimentaires. De plus, il n’est pas visible à l’œil nu dans le quartz, mais disséminé dans le minerai.»La teneur en or moyenne évaluée dans le gisement Éléonore se situe entre 10 et 15 g par tonne de minerai. Il faudra, autrement dit, extraire et traiter environ une demi-tonne de matière brute pour produire un jonc standard de six grammes. À titre de comparaison, la teneur moyenne des gisements en exploitation en Abitibi ou dans le sud de la Baie-James varie plutôt de six à sept grammes par tonne. Étant donné qu’Éléonore s’étire sur 1,9 km — traçant une forme qui s’apparente vaguement à un croissant de lune — et plonge à une profondeur de plus d’un kilomètre, Goldcorp espère qu’elle pourra en tirer quatre millions d’onces d’or (110 tonnes), ce qui en ferait un gisement de classe mondiale.La nouvelle a eu l’effet d’une bombe au sein du milieu minier. «C’est complètement fou!» s’exclame Patrick Houle, géologue au bureau de Chibougamau du ministère des Ressources naturelles et de la Faune. «La carte des titres miniers — qui illustre les droits acquis par les sociétés d’exploration — est pour ainsi dire peinte en rouge, de la baie James jusqu’aux monts Otish, vis-à-vis de la rivière Eastmain. Il y a trois ans, c’était tout ouvert, et aujourd’hui, il n’y a presque plus de terrains disponibles. On voit apparaître des acteurs qu’on n’avait jamais vus auparavant.» Des petites compagnies aux multinationales, toutes espèrent trouver le prochain Éléonore.Pendant que les compétiteurs cherchent, les géologues de Goldcorp s’affairent à confirmer leurs premières prévisions. Dans le camp minier, cinq foreuses s’activent jour et nuit. Cet hiver uniquement, elles ont creusé environ 150 trous, perçant la glace pour recueillir des dizaines de kilomètres de carottes: de longs échantillons cylindriques de roche, extraits du sous-sol. Parce que le gisement s’étend sous le réservoir Opinaca, les sondages doivent parfois se prolonger de nombreux mètres sous l’eau. Les carottes sont coupées dans le sens de la longueur. Une moitié est envoyée vers un laboratoire externe qui analyse la concentration en or. L’autre est conservée sur le site. Entre la quarantaine de baraques qui composent le camp, les échantillons s’entassent par milliers.À la surface du gisement, les géologues ont également décapé la couche quaternaire: ils ont retiré tout le sol qui reposait sur la roche-mère, pour mieux comprendre et décrire l’aspect du minerai qui se cachait dessous. «Avec tous ces renseignements, nous allons modéliser le gisement en trois dimensions», explique Hervé Thiboutot, ingénieur géologue et chef du projet Éléonore pour Goldcorp.L’équipe pourra alors envisager la façon optimale d’exploiter la ressource. Déjà, le chef de projet prévoit qu’on pourra ouvrir une mine à ciel ouvert dans un premier temps, mais qu’il faudra ensuite recourir à des galeries souterraines pour extraire le minerai en profondeur. Cette étape sera repoussée le plus possible. Amener l’eau, l’air et l’équipement sous terre coûte un prix fou. «Pour une mine à ciel ouvert, les coûts d’exploitation se situent généralement entre 5 et 10 dollars par tonne de minerai. Avec les galeries, on parle plutôt de 60 à 90 dollars.»En regardant la carte du site, Hervé Thiboutot — qui a travaillé entre autres au Mexique, au Venezuela, en Tanzanie et dans divers pays d’Afrique de l’Ouest avant de s’installer à la Baie-James — rêve à l’avenir. «Les baraques actuelles seront déplacées pour faire place au moulin, où le minerai sera broyé, traité et transformé en lingots, dit-il. Ici, dans le réservoir, nous allons installer des digues pour repousser les eaux. Là, ce sera la piste d’atterrissage.» La compagnie minière prévoit aussi ouvrir une route de 65 km qui reliera son site à la route principale de la Baie-James en passant par La Sarcelle, où Hydro-Québec se propose de construire un barrage et un camp.Pour l’instant, tous les travailleurs de Goldcorp voyagent par hélicoptère jusqu’au camp, qui peut accueillir une centaine de personnes. Une barge sillonne le réservoir Opinaca pour livrer l’équipement lourd. «Le transport nous coûte une fortune», regrette Hervé Thiboutot. Les dirigeants de Goldcorp attendent les autorisations gouvernementales pour construire la nouvelle route, mais ils ont déjà négocié son emplacement avec la communauté crie de Wemindji, plus particulièrement avec la famille Mayappo, qui possède les droits ancestraux de trappe, de chasse et de pêche sur le territoire où se trouve Éléonore.Selon les droits autochtones définis dans la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, les compagnies minières doivent négocier avec les communautés cries qui occupent les territoires où elles veulent s’installer, explique Philip Awashish, conseiller auprès du Grand Conseil des Cris.Michael Mayappo a hérité de son père le titre de tallyman (maître de piégeage), en vertu duquel il doit défendre le territoire de trappe familial. Or, il voit plutôt d’un bon œil l’arrivée de Goldcorp dans la région. Il soutient que les activités minières n’occupent qu’une petite parcelle du territoire et ne pénalisent pas les pratiques ancestrales de sa famille. Il ajoute que la communauté de Wemindji est en croissance. «Nos jeunes ont besoin d’emplois.» Au camp de Goldcorp, 20% des employés sont des Cris originaires de Wemindji. En effet, l’attribution d’emplois fait généralement partie des négociations entre les compagnies et les communautés. Michael Mayappo lui-même travaille au camp, à différentes tâches manuelles. Ses enfants aussi.Fondé en 2002 pour promouvoir la participation des Cris au développement minier de la Baie-James, le Conseil cri sur l’exploitation minérale (CCEM) initie les membres des diverses communautés aux techniques de géologie. «On travaille en lien étroit avec les compagnies minières, explique Marlene MacKinnon, géologue au bureau du CCEM, à Mistissini. On leur demande de quel type de main-d’œuvre ils ont besoin, puis on monte des formations sur mesure.»Les cours ne se limitent pas nécessairement à l’enseignement des notions de base. On encourage les Cris à apprendre toutes les techniques de prospection. Le CCEM dispose d’ailleurs d’une enveloppe annuelle de 300 000 dollars pour aider les membres des communautés à acquérir des titres miniers et à effectuer leurs propres travaux d’exploration. Les compagnies Wemex, de Wemindji, Cree Gold, de Mistissini, et Nimsken, d’Oujé-Bougoumou, sont les plus actives. «Nous avons actuellement un projet en collaboration avec Virginia, pour mener de nouvelles explorations aurifères sur le territoire de la Baie-James, raconte Jim MacLeod, qui dirige Cree Gold. Nous partageons les coûts moitié-moitié. Je fournis la main-d’œuvre, l’équipement et tout ce qu’il faut pour ravitailler le camp. En même temps, je gagne des connaissances en géologie.»Michael Mayappo espère aussi devenir un jour propriétaire de sa propre mine d’or. Une roche rapportée par son grand-père lors d’une expédition de chasse s’est avérée un bon filon. Le tallyman a acquis, en collaboration avec Wemex, les droits miniers sur le territoire où son ascendant avait trouvé la pierre, il y a une quarantaine d’années, tout près d’Éléonore. Il est encore trop tôt pour savoir si la teneur en or est assez élevée pour qu’on espère ouvrir une mine.«C’est certain qu’il va y avoir d’autres découvertes», croit Régis Simard, ingénieur géologue et directeur général de la Table jamésienne de concertation minière, association qui regroupe des prospecteurs, des compagnies d’exploitation, des représentants cris, des organismes gouvernementaux et d’autres acteurs intéressés par le développement minier de la Baie-James. La Table plaide notamment pour la construction de la route des Otish, un parcours de 450 km qui relierait les monts Témiscamie à la route Transtaïga. «Les routes sont le nerf de la guerre», soutient le directeur. Il souligne que c’est en bonne partie grâce à l’inauguration de la route du Nord, qui relie Chibougamau à Nemiscau, que la mine de cuivre et d’or Troilus a pu ouvrir dans le secteur sud de la Baie-James.Pour Régis Simard, l’ouverture du territoire de la Baie-James aux compagnies minières est cruciale pour le développement non seulement de sa région, mais du Québec entier. Il rappelle que le cours de l’or a doublé dans les cinq dernières années. Il se vend aujourd’hui autour de 600 dollars américains l’once. Les métaux communs, comme le cuivre et le zinc, ont quintuplé de valeur. Selon les prévisions de l’Association minière du Québec, les prix devraient demeurer à la hausse pour les 15 prochaines années.«La Baie-James occupe 55% du territoire de la province et regorge de ressources qui sont encore méconnues, avance Régis Simard. On ne parle pas seulement d’or, mais d’une variété de métaux et même de diamants.» Le tandem Ashton-SOQUEM explore en effet la possibilité d’ouvrir la première mine diamantifère du Québec, dans la région des monts Otish.Président de Virginia, André Gaumond pense aussi que la Baie-James pourrait receler un véritable eldorado. Il souligne toutefois que les sociétés de prospection devront avoir les reins solides. Sa propre compagnie a passé huit ans à explorer la région avant que Jean-François Ouellette et Michel Gauthier posent finalement leur hydravion en bordure du site d’Éléonore, en 2001. Et la partie n’était pas encore gagnée.Trois années de labeur acharné se sont écoulées entre le moment où les géologues ont trouvé les premiers indices et celui où ils ont localisé le gisement. «En 2002, notre équipe a découvert une énorme pierre à très haute teneur en or. Celle-ci avait toutefois été déplacée à six kilomètres de son point d’origine, poussée par les glaciers. Il a fallu travailler d’arrache-pied pour retrouver la source. Il n’y avait qu’une minuscule parcelle qui affleurait à la surface du sol.»Benoît Dubé et son collègue Michel Malo, ingénieur géologue et chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique — Eau, Terre et Environnement, travaillent en collaboration avec Goldcorp pour étudier la géologie d’Éléonore. Ils espèrent qu’en comprenant comment le gisement s’est formé, ils pourront aider les compagnies à en trouver d’autres. Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune a aussi prêté main-forte et entrepris d’importants travaux de cartographie, afin de mieux documenter la géologie et le potentiel minéral de la région.Au cours de l’année 2007 seulement, Virginia prévoit investir 10 millions de dollars pour explorer quelques-uns des territoires de la Baie-James sur lesquels elle possède des droits. «Nous avons acquis des titres sur environ 5 000 km2», indique André Gaumond, dont la passion et la ténacité sont légendaires dans le métier. «C’est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin, mais notre équipe est plus que jamais déterminée.» Qui sait, la prochaine mine d’or de la Baie-James s’appellera peut-être Fernande.

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Sauver le roi du nord

Voici donc l’île Wabusk, comme l’appellent les Cris, du fait qu’elle est peuplée d’ours blancs (wabusk, en langue crie) pendant la saison où la mer est libre de glace. L’île aux Ours, en français, est sise à 25 km environ du cap Henrietta Maria, qui sépare les baies James et d’Hudson. De l’hélicoptère, j’aperçois quelques minuscules points blancs sur ce morceau de terre, comme des étoiles dans le ciel. Mais s’il y a de la poésie dans les étoiles, rien de la sorte devant Ursus maritimus! L’ours blanc et l’ours kodiak (Ursus arctos middendorffi),son cousin, sont les plus grands et les plus puissants carnivores de la planète. Un mâle peut peser jusqu’à 800 kilos. La femelle est environ deux fois plus petite. L’ours blanc, comme le grizzli (Ursus arctos horribilis, un autre proche parent), ne craint pas l’homme. Nous sommes au cœur de septembre. Il pleut des cordes. Il fait 5°C et il vente à écorner les bœufs. J’accompagne Martyn Obbard, du ministère des Ressources naturelles de l’Ontario. Ce spécialiste des ursidés participe à une recherche qui aura duré trois ans, l’une des plus importantes jamais consacrées à l’ours blanc. Le moment le plus angoissant est arrivé: nous allons atterrir sur l’île. Le pilote tente de trouver un coin de terre qui n’est pas occupé par l’un de ces géants. Nous sommes cinq à bord et je fais partie des trois qui devront descendre. Nous emportons une arme à feu de gros calibre, des munitions, une radio satellite, une radio bidirectionnelle et des fusées éclairantes. Nous devons descendre afin de réduire le poids de l’hélicoptère, car celui-ci risque d’avoir à effectuer des manœuvres périlleuses s’il veut talonner un ours d’assez près pour que Martyn Obbard puisse l’atteindre d’une fléchette anesthésiante. Jumelles vissées aux yeux, j’observe l’hélico qui poursuit un ours. Les patins de l’appareil frôlent parfois dangereusement la caillasse. Une fois l’animal touché, l’hélico s’éloigne de plusieurs mètres, pour ne pas le stresser pendant que les drogues agissent. En quelques minutes, le seigneur de la banquise ralentit, chancelle, puis s’affaisse. Environ neuf millilitres du cocktail administré suffisent à endormir un mâle de 500 kilos pendant plusieurs heures. Aussitôt que le nanuk cesse de bouger, on vient nous chercher pour que nous aidions à tourner l’énorme bête sur le dos. L’équipe effectuera en une heure de nombreuses tâches: prise de sang, tatouage de la gencive, prélèvement d’ADN, biopsie, marquage des oreilles, etc. Je jette régulièrement un regard inquiet à l’horizon, car si vous apercevez un ours, il y a de fortes chances qu’il vous ait vu aussi. Son odorat est très développé: il peut sentir une proie à un kilomètre. D’ailleurs, deux membres de notre équipe ont bien failli servir de festin à l’un de ces carnassiers la semaine même de ma visite. Le pilote avait déposé comme d’habitude les deux techniciens de la faune à l’endroit le plus sûr de l’île. Juste avant, ils avaient aperçu une femelle accompagnée de deux oursons, mais elle était loin et s’éloignait de leur point d’atterrissage. Après le départ de l’hélicoptère, elle s’est mise à humer l’air d’une manière curieuse, puis s’est dirigée vers les deux hommes, qui ont aussitôt lancé des S.O.S. Celui qui était armé hésitait à tirer: il était là pour étudier les ours blancs, non pour les abattre. Et l’ourse avait des petits. Elle allait montrer à sa portée que la chair humaine peut s’ajouter à un menu composé de phoques, d’algues, de poissons, d’œufs d’oiseaux, de morses, de bélugas et parfois de narvals. Seuls l’épaulard, le morse, l’homme et les autres ours peuvent représenter un danger pour l’ours blanc. Quand l’hélicoptère est enfin revenu, 10 m à peine séparaient les deux hommes de l’ourse, qui a fui, effrayée par l’appareil. Les chercheurs veulent vérifier l’effet réel du réchauffement de l’Arctique sur ces animaux étonnants. Car l’ours blanc — qui descend du grizzli et s’est distingué de cette lignée il y a de 100 000 à 300 000 ans — s’est si parfaitement adapté aux conditions des régions arctiques qu’il ne pourrait sans doute pas survivre à un brusque changement climatique. Son adaptation la plus importante est sa capacité de ralentir son métabolisme pour conserver son énergie. Et ses poils translucides conduisent (comme des fibres optiques) la lumière du soleil jusqu’à sa peau, qui est noire et absorbe la chaleur. Le cou s’est allongé, ce qui permet à l’animal de capturer le phoque annelé, sa proie de prédilection, dans les trous où celui-ci vient respirer. L’ours blanc est devenu un superbe nageur: ses pattes antérieures lui servent de rames et ses pattes postérieures, de gouvernails. L’espèce n’est pas en voie d’extinction. Au contraire, ses effectifs à l’échelle mondiale ont plus que doublé en 25 ans, passant de 10 000 à environ 25 000 individus (chiffres estimatifs). Le Canada en compterait à lui seul 15 000, répartis en 14 populations distinctes. Les limites de ces populations sont déterminées à partir de l’observation des déplacements d’ours étiquetés de même qu’au moyen d’études télémétriques. Ainsi, on sait que trois d’entre elles fréquentent le territoire québécois: ce sont celles du sud de la baie d’Hudson (SH), du bassin Foxe (FB) et du détroit de Davis (DS). La population SH, qu’étudie Martyn Obbard, serait de 1 000 individus environ. Ceux-ci passent l’été sur les côtes ontariennes des baies d’Hudson et James et se dispersent à l’arrivée des glaces jusqu’au milieu de la baie d’Hudson et dans le nord-ouest du Québec. Ces ours seraient d’une taille supérieure à ceux de l’ouest de la baie d’Hudson (WH), qu’on peut observer notamment à Churchill (Manitoba). Bien que les effectifs totaux de l’ours blanc aient augmenté, le COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada) l’a désigné en 1991 comme «espèce préoccupante» en raison de divers facteurs: un faible taux de reproduction (les femelles ne s’accouplent que tous les trois à six ans), l’augmentation de la pollution atmosphérique, le réchauffement climatique et la chasse par les autochtones, qui tuent plus de 600 ours blancs par année au Canada. Martyn Obbard comparera ses données avec celles d’une autre recherche, menée de 1984 à 1986. Cependant, les chercheurs ont déjà remarqué quelques changements notables. Le vétérinaire Marc Cattet constate que les ours semblent avoir le corps moins long qu’il y a 20 ans. «La cause pourrait être un manque de nourriture», dit-il. Les températures printanières sont plus élevées. La glace fond plus précocement. Tous ces facteurs forcent les ours à regagner la terre ferme plus tôt et à vivre une plus longue période de jeûne. À l’heure actuelle, l’ours des glaces est l’un des mammifères arctiques les mieux gérés. Si les dispositions et l’intention de l’Accord international sur la conservation des ours blancscontinuent à être respectées par tous les pays signataires, l’avenir de ce magnifique animal devrait être assuré. «De notre côté, souligne Martyn Obbard, nous pouvons également contribuer à la conservation du roi des glaces. Pour ce faire, il faut modifier nos habitudes de consommation en bannissant les produits qui sont nocifs pour l’environnement et qui causent la détérioration de son habitat.»

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Les dernières découvertes

Bactéries en gros Vous ne regarderez plus votre bureau de la même manière après avoir lu ce qui suit. Les études américaines sur les bactéries en milieu de travail sont légion. Une récente recherche faite par le réputé microbiologiste Charles P. Gerba, de l’Université de l’Arizona, se distingue par son ampleur. Gerba a prélevé des échantillons sur des milliers de surfaces dans des centaines de bureaux aux États-Unis. Parmi ses constats: les bureaux séparés par des cloisons contiennent plus de bactéries que ceux à aires ouvertes. Surprise: les bureaux des femmes sont trois fois plus «sales» que ceux des hommes. La raison, selon l’expert: les bureaux «féminins» contiennent plus d’objets et de nourriture, sources de bactéries. Les porte-monnaie des hommes renferment par contre plus de germes que n’importe quel autre objet, plus encore que les téléphones et les claviers, les autres objets les plus contaminés. L’étude a été commanditée par la société Clorox. Peigne au laser Un peigne au laser fait bel et bien repousser les cheveux, confirme la Food and Drug Administration américaine. La célèbre agence gouvernementale vient d’approuver la vente du gadget futuriste dont nous avions déjà parlé dans cette chronique. Une série d’essais cliniques a établi que le laser de faible intensité stimule les follicules, moins performants pour faire pousser les cheveux avec le temps. Cresson contre cancer Manger du cresson aide à prévenir les dommages causés à nos cellules. Ian Rowland et ses collègues, de l’Université de l’Ulster, ont fait manger un bol (85 g) de cresson de fontaine par jour, pendant huit semaines, à 30 hommes et 30 femmes. Le cresson (riche en fer, en calcium ainsi qu’en vitamines A, B, C et E) a réduit de 22,9% leur taux de lymphocytes anormaux. Ceux-ci sont un signe précurseur de dérèglement pouvant mener au cancer. Teintures d’ados L’allergie aux teintures augmente dans le monde. Le coupable: la PPD (paraphénylènediamine), ingrédient courant dans les deux tiers des teintures et colorants capillaires. Le taux d’allergie varie entre 5% et 7% selon les études, ce qui constitue le double de ce qu’on avait observé auparavant pour cette substance utilisée depuis une centaine d’années. Non seulement les cas d’allergie sont plus fréquents, mais ils surviennent de plus en plus tôt. La coloration des cheveux chez les adolescentes est en hausse, rapporte le British Medical Journal, sans toutefois citer de chiffres précis. Boire la tasse On vante les vertus santé du thé; or, peu savent que le café est lui aussi une très bonne source d’antioxydants. Ces substances s’attaquent aux radicaux libres, molécules instables qui contribuent à l’oxydation des tissus. Les buveurs de café souffrent moins de maladies cardiovasculaires que ceux qui n’en consomment pas. 49% C’est la proportion de Québécois adultes aux prises avec une dépendance au jeu qui ont fait appel au réseau de la santé pour s’affranchir d’une autre dépendance en 2002-2003. Un portrait des joueurs compulsifs fait par les autorités de santé publique du Québec révèle que 2% de la population adulte est victime d’une dépendance aux jeux de hasard et d’argent, soit environ 128 000 personnes de 15 ans et plus. Les deux tiers sont des hommes ayant entre 35 et 44 ans, qui, pour la plupart, occupent un emploi. Parmi tous ceux qui ont fait appel aux services des centres de traitement — comme le Centre Dollard-Cormier, à Montréal, et Le Virage, en Montérégie —, un sur quatre dit éprouver des problèmes de santé mentale; 28% souffrent d’une dépendance à l’alcool ou aux drogues. Le rapport est disponible ici. — Sources: American Journal of Clinical Nutrition, AP, BBC, British Medical Journal, Évaluation du programme expérimental sur le jeu pathologique, FDA, Institut national de santé publique du Québec, Mayo Clinic Women’s HealthSource et Université de l’Arizona.

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Bilan de santé des hôpitaux

Classement Le bilan détaillé de votre hôpital Faites votre choix Centre de santé de Chibougameau Centre hospitalier Anna-Laberge Centre hospitalier d’Amqui Centre hospitalier de Gaspé Centre hospitalier de Granby Centre hospitalier Pierre-Le Gardeur Centre hospitalier de Lac-Mégantic Centre hospitalier de Rouyn-Noranda Centre hospitalier de St. Mary Centre hospitalier de Verdun Centre hospitalier du Pontiac Centre hospitalier Hôtel-Dieu d’Amos Centre hospitalier La Sarre Centre hospitalier régional Baie-Comeau Centre hospitalier régional de Lanaudière Centre hospitalier régional de Trois-Rivières Centre Notre-Dame-de-Fatima CHU Sainte-Justine CHUL Cité de la Santé de Laval Hôpital Brome-Missisquoi-Perkins Hôpital Charles LeMoyne Hôpital de Baie-Saint-Paul Hôpital de Buckingham Hôpital de Chandler Hôpital de Chicoutimi Hôpital de Dolbeau-Mistassini Hôpital de Gatineau Hôpital de Hull Hôpital de Jonquière Hôpital de La Malbaie Hôpital de Lachine Hôpital de Lachute Hôpital de l’Archipel Hôpital de LaSalle Hôpital de l’Enfant-Jésus Hôpital de Maniwaki Hôpital de Maria Hôpital de Matane Hôpital de Memphrémagog Hôpital de Mont-Laurier Hôpital de Montréal pour enfants Hôpital de Notre-Dame-du-Lac Hôpital de Roberval Hôpital de Saint-Eustache Hôpital de Saint-Georges Hôpital de Sept-Iles Hôpital de Val-d’Or Hôpital des Monts Hôpital du Centre-de-la-Mauricie Hôpital du Haut-Richelieu Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal Hôpital du Saint-Sacrement Hôpital du Suroît Hôpital Fleurimont Hôpital Fleury Hôpital général de Montréal Hôpital général du Lakeshore Hôpital général juif Sir Mortimer B. Davis Hôpital Honoré-Mercier Hôpital Jean-Talon Hôpital Laurentien Hôpital Laval Hôpital Maisonneuve-Rosemont Hôpital Notre-Dame Hôpital Pierre-Boucher Hôpital régional de Rimouski Hôpital régional de Rivière-du-Loup Hôpital régional de Saint-Jérôme Hôpital Royal Victoria Hôpital Sainte-Croix Hôpital Sainte-Famille Hôpital Saint-François d’Assise Hôpital Saint-Joseph (La Tuque) Hôpital Saint-Joseph (Thetford Mines) Hôpital Santa Cabrini Hôpital Saint-Luc Hôtel-Dieu d’Alma Hôtel-Dieu d’Arthabaska Hôtel-Dieu de Lévis Hôtel-Dieu de Montmagny Hôtel-Dieu de Montréal Hôtel-Dieu de Québec Hôtel-Dieu de Sherbrooke Hôtel-Dieu de Sorel Institut de cardiologie de Montréal Le classement des services des urgences par région Faites votre choix 01-Bas-Saint-Laurent 02-Saguenay-Lac-Saint-Jean 03-Capitale-Nationale 04-Mauricie et Centre-du-Québec 05-Estrie 06-Montréal-Centre 07-Outaouais 08-Abitibi-Témiscamingue 09-Côte-Nord 10-Nord-du-Québec 11-Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine 12-Chaudière-Appalaches 13-Laval 14-Lanaudière 15-Laurentides 16-Montérégie L’accessibilité aux services de chirurgie par région Faites votre choix 01-Bas-Saint-Laurent 02-Saguenay-Lac-Saint-Jean 03-Capitale-Nationale 04-Mauricie et Centre-du-Québec 05-Estrie 06-Montréal-Centre 07-Outaouais 08-Abitibi-Témiscamingue 09-Côte-Nord 10-Nord-du-Québec 11-Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine 12-Chaudière-Appalaches 13-Laval 14-Lanaudière 15-Laurentides 16-Montérégie Quel rang votre hôpital occupe-t-il ? Pour le classement général, consultez la page 29 de votre magazine! Comment lire le bilan – Méthodologie – Glossaire Pour en savoir plus – Des listes d’attente branchées Les meilleurs sites pour accéder aux listes d’attente sur le Web! par Jonathan Trudel recherche: Yves Bolduc, assisté de Dominic Cournoyer Dans quels hôpitaux accède-t-on le plus rapidement aux soins? Où patiente-t-on le moins longtemps avant de passer sous le bistouri? Comment mon établissement se compare-t-il aux autres dans ma région ou à l’échelle du Québec? Soulever ces questions, jusqu’à encore récemment, c’était se heurter à un mur. Celui du silence. «C’étaient littéralement des secrets d’État», dit le ministre de la Santé du Québec, Philippe Couillard. À l’exception des directeurs d’hôpitaux et de certains hauts responsables du réseau de la santé, personne ne connaissait l’ampleur réelle des listes d’attente en chirurgie ou encore la durée moyenne des séjours aux urgences. En 2002, alors qu’il était ministre de la Santé dans le gouvernement du Parti québécois, François Legault avait lui-même publié un classement des hôpitaux (mal accueilli par les directions de ceux-ci), basé essentiellement sur le temps d’attente dans les salles d’urgences. Dès son élection, l’année suivante, Philippe Couillard a poussé l’expérience plus loin en dévoilant publiquement les délais d’attente dans des domaines comme la chirurgie cardiaque ou la radiothérapie. Mais personne n’avait encore brossé un tableau général, chiffres à l’appui, de l’accessibilité aux soins dans les principaux établissements du Québec. C’est ce que nous vous proposons avec ce tout premier Bilan de santé des hôpitaux. Ce classement ne prétend pas fournir un portrait complet de la situation. Loin de là! Avec les années, L’actualité compte l’enrichir en y ajoutant d’autres données (lorsqu’elles seront disponibles), comme l’accès aux médecins de famille, aux soins de santé mentale, aux soins à domicile… Il fallait bien commencer quelque part. Et tout d’abord vaincre la résistance du milieu médical à la diffusion de telles données dans le grand public. Classement Le bilan détaillé de votre hôpital Faites votre choix Centre de santé de Chibougameau Centre hospitalier Anna-Laberge Centre hospitalier d’Amqui Centre hospitalier de Gaspé Centre hospitalier de Granby Centre hospitalier Pierre-Le Gardeur Centre hospitalier de Lac-Mégantic Centre hospitalier de Rouyn-Noranda Centre hospitalier de St. Mary Centre hospitalier de Verdun Centre hospitalier du Pontiac Centre hospitalier Hôtel-Dieu d’Amos Centre hospitalier La Sarre Centre hospitalier régional Baie-Comeau Centre hospitalier régional de Lanaudière Centre hospitalier régional de Trois-Rivières Centre Notre-Dame-de-Fatima CHU Sainte-Justine CHUL Cité de la Santé de Laval Hôpital Brome-Missisquoi-Perkins Hôpital Charles LeMoyne Hôpital de Baie-Saint-Paul Hôpital de Buckingham Hôpital de Chandler Hôpital de Chicoutimi Hôpital de Dolbeau-Mistassini Hôpital de Gatineau Hôpital de Hull Hôpital de Jonquière Hôpital de La Malbaie Hôpital de Lachine Hôpital de Lachute Hôpital de l’Archipel Hôpital de LaSalle Hôpital de l’Enfant-Jésus Hôpital de Maniwaki Hôpital de Maria Hôpital de Matane Hôpital de Memphrémagog Hôpital de Mont-Laurier Hôpital de Montréal pour enfants Hôpital de Notre-Dame-du-Lac Hôpital de Roberval Hôpital de Saint-Eustache Hôpital de Saint-Georges Hôpital de Sept-Iles Hôpital de Val-d’Or Hôpital des Monts Hôpital du Centre-de-la-Mauricie Hôpital du Haut-Richelieu Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal Hôpital du Saint-Sacrement Hôpital du Suroît Hôpital Fleurimont Hôpital Fleury Hôpital général de Montréal Hôpital général du Lakeshore Hôpital général juif Sir Mortimer B. Davis Hôpital Honoré-Mercier Hôpital Jean-Talon Hôpital Laurentien Hôpital Laval Hôpital Maisonneuve-Rosemont Hôpital Notre-Dame Hôpital Pierre-Boucher Hôpital régional de Rimouski Hôpital régional de Rivière-du-Loup Hôpital régional de Saint-Jérôme Hôpital Royal Victoria Hôpital Sainte-Croix Hôpital Sainte-Famille Hôpital Saint-François d’Assise Hôpital Saint-Joseph (La Tuque) Hôpital Saint-Joseph (Thetford Mines) Hôpital Santa Cabrini Hôpital Saint-Luc Hôtel-Dieu d’Alma Hôtel-Dieu d’Arthabaska Hôtel-Dieu de Lévis Hôtel-Dieu de Montmagny Hôtel-Dieu de Montréal Hôtel-Dieu de Québec Hôtel-Dieu de Sherbrooke Hôtel-Dieu de Sorel Institut de cardiologie de Montréal Le classement des services des urgences par région Faites votre choix 01-Bas-Saint-Laurent 02-Saguenay-Lac-Saint-Jean 03-Capitale-Nationale 04-Mauricie et Centre-du-Québec 05-Estrie 06-Montréal-Centre 07-Outaouais 08-Abitibi-Témiscamingue 09-Côte-Nord 10-Nord-du-Québec 11-Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine 12-Chaudière-Appalaches 13-Laval 14-Lanaudière 15-Laurentides 16-Montérégie L’accessibilité aux services de chirurgie par région Faites votre choix 01-Bas-Saint-Laurent 02-Saguenay-Lac-Saint-Jean 03-Capitale-Nationale 04-Mauricie et Centre-du-Québec 05-Estrie 06-Montréal-Centre 07-Outaouais 08-Abitibi-Témiscamingue 09-Côte-Nord 10-Nord-du-Québec 11-Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine 12-Chaudière-Appalaches 13-Laval 14-Lanaudière 15-Laurentides 16-Montérégie Quel rang votre hôpital occupe-t-il ? Pour le classement général, consultez la page 29 de votre magazine! Comment lire le bilan – Méthodologie – Glossaire Pour en savoir plus – Des listes d’attente branchées Les meilleurs sites pour accéder aux listes d’attente sur le Web! Voici, en exclusivité, le tout premier Bilan de santé des hôpitaux. Un outil incontournable pour mesurer l’accessibilité aux soins dans les principaux établissements de santé du Québec. par Jonathan Trudel recherche: Yves Bolduc, assisté de Dominic Cournoyer «Les citoyens sont les usagers payeurs du réseau, ils sont en droit de connaître ces données», dit le Dr Yves Bolduc, directeur des services professionnels à l’Hôtel-Dieu d’Alma et spécialiste de l’organisation des soins hospitaliers, qui a collaboré à l’établissement de ce Bilan. Ce nouvel outil a pour objectif de permettre aux gens d’évaluer la performance de leur établissement et de faire des comparaisons. On y découvre que certains hôpitaux, petits ou grands, sont mieux organisés que d’autres! Et qui dit bonne organisation dit souvent accès plus rapide aux soins. Ce Bilan ne porte que sur l’accessibilité aux soins — il ne s’agit, en aucun cas, d’un jugement de valeur sur la qualité des soins offerts, plus difficile à mesurer. La plupart des Québécois se disent d’ailleurs satisfaits des services reçus. Encore faut-il avoir été soigné dans des délais raisonnables… «Dans les cas vraiment urgents, personne n’attend au Québec», insiste Lise Denis, présidente de l’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux, qui regroupe, entre autres, l’ensemble des hôpitaux. Les cas graves (les victimes d’accidents de la route, par exemple) représentent toutefois moins de 10% du total des patients opérés chaque année au Québec. Pour les autres, l’attente dépasse souvent les objectifs reconnus par les associations médicales. Trois critères éprouvés ont été utilisés aux fins de cette enquête: la durée moyenne des séjours sur civière, le pourcentage de patients en attente d’une intervention dite «élective» (non urgente) depuis plus de six mois et l’accessibilité ou non à des services de laboratoire sans rendez-vous. Résultat: une note sur 100, comme à l’école. «La note finale correspond à la réalité des hôpitaux. Il y en a de très bons et d’autres mauvais en matière d’accessibilité aux soins», dit Yves Bolduc.

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Draguer par Internet, un art!

Le flirt en ligne est exactement l’inverse du processus de séduction traditionnel. On apprend d’abord à se connaître en dévoilant ses goûts, ses opinions, ses rêves. Le test de la rencontre physique vient plus tard. On découvrira alors la voix, la façon de bouger, l’odeur. Dans l’anonymat de l’Internet, les hommes perdent leur timidité et n’hésitent pas à complimenter les femmes sur leur beauté, dit le président de l’agence de rencontre Intermezzo, Jean-Marc Larouche, qui lancera sous peu un site de rencontre. Certaines femmes développent même une dépendance. «Elles n’ont qu’à mettre en ligne une photo aguichante pour qu’en l’espace de deux heures, une centaine d’hommes leur témoignent de l’intérêt!» La compétition est donc féroce et des prédateurs rôdent. Voici trois règles à suivre pour maximiser ses chances de succès. Peaufiner son profil Chercher l’amour dans Internet est comme chercher un emploi, dit le consultant en cyberséduction Evan Marc Katz. Les internautes devraient accorder autant d’attention à leur profil sur les sites de rencontre qu’à leur curriculum vitae. La photo est primordiale. C’est grâce à elle si les gens vont lire le dossier. Une lumière avantageuse, un sourire, un air confiant – il s’agit d’une pub, pour se vendre aux autres. Vient ensuite le texte. Les meilleurs auteurs seront avantagés. Il faut éviter d’ennuyer ses lecteurs avec une description trop commune. Aimer le cinéma, la musique et les voyages ne font pas de nous un être unique et intéressant. À oublier également, les généralités telles que: «J’ai un bon sens de l’humour». Une phrase qui fait rire sera beaucoup plus efficace. Attention aux fautes d’orthographe!. Elles peuvent réduire vos chances à néant si votre lecteur est un professeur de français ou une réviseure! Garder une part de mystère Les dragueurs virtuels initient une rencontre face à face après une moyenne de 10 séances de clavardage, indique une étude de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Pendant ce flirt à distance, l ‘erreur à éviter est d’écrire son autobiographie, disent les experts. Ils conseillent de rester bref dans les échanges de courriels. Ainsi, vous aurez encore des choses à dire lors de la rencontre en chair et en os. Beaucoup d’hommes font l’erreur de trop se dévoiler, dit la consultante en séduction Marie-France Archibald. «Une femme qui le rencontre aura l’impression de recevoir un cadeau déjà déballé», dit-elle. Rester prudent «Internet, c’est pas net! On est tous un p’tit peu malhonnêtes», chante Jamil. Certains le sont plus que d’autres. Un mot: prudence. La règle d’or est de ne jamais donner son numéro de téléphone ou son adresse à un soupirant virtuel. Pour le premier rendez-vous, choisissez un café ou un restaurant, et n’acceptez pas qu’il vienne vous chercher en voiture. Vous éviterez ainsi qu’un candidat éliminé vous visite à l’improviste avec une boîte de pâtisseries. L’heure du midi est idéale pour un premier rendez-vous. Le temps de dîner est limité et on peut se dérober facilement si l’autre ne nous plaît pas. Pour le souper, il est sage de demander à un ami de nous téléphoner à une heure précise, histoire de vérifier si tout va bien. En cas de désastre, on pourra utiliser ce coup de fil pour prétexter une urgence!

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Querelle dynastique chez les hassidims

La mort d’un rabbin, à Brooklyn, provoque une âpre querelle de succession entre ses deux fils, querelle dont les échos se font entendre jusque dans les ruelles de l’arrondissement d’Outremont, à Montréal. L’enjeu: le titre de guide spirituel et politique des Satmar, qui constituent la plus importante communauté hassidique au monde, et la mainmise sur un parc immobilier d’un demi-milliard de dollars à Brooklyn. «Nous sommes divisés en deux camps, comme les Québécois en 1995», m’explique un client d’une épicerie kascher, à Montréal. Dans le brouhaha du commerce, les femmes font leurs courses en prévision du shabbat, les hommes causent politique à la caisse. «C’est moitié-moitié», m’explique le client, qui tient à garder l’anonymat. La succession du rebbe n’est pas sans conséquence. Dans le monde hassidique, le rebbe est considéré à la fois comme un pape et un roi. Il a le dernier mot sur les affaires économiques et politiques de son groupe. Il autorise chaque mariage. Les petits garçons portent son prénom, s’échangent des photos de lui ou de sa famille. Le rebbe décide aussi pour qui la communauté vote lors des élections. L’aîné des deux fils du rebbe Moshe Teitelbaum, Aaron, croyait qu’il succéderait à son père. Or, des conseillers influents le trouvent trop froid et trop arrogant pour susciter l’appui indéfectible des 120 000 membres de la communauté dispersés dans le monde, dont 2 000 à Montréal. Ils lui préfèrent le cadet, Zalmen, que les journaux hassidiques décrivent comme chaleureux et charismatique. En 1999, le vieux rebbe annonce à Aaron que Zalmen héritera de la fonction, de même que du parc immobilier à Brooklyn, estimé à 500 millions de dollars. L’aîné refuse. Pendant sept longues années, la guerre entre les frères ennemis se propage à l’ensemble de la communauté. Qui se divise lentement, mais sûrement, en deux camps aussi irréconciliables que les Montaigus et les Capulets. Le 25 avril dernier, Moshe Teitelbaum meurt, à 91 ans. Le soir même des funérailles, une bataille éclate à Brooklyn, envoyant le secrétaire du défunt rebbe à l’hôpital. La rumeur se répand rapidement et des échauffourées ont lieu un peu partout dans les endroits où sont installés les Satmar, même dans les ruelles d’Outremont. Quelques semaines plus tard, le New York Post rapporte qu’Aaron a engagé des hommes de main pour casser la gueule des partisans de son frère à la porte de la grande synagogue de Williamsburg, à Brooklyn. «Les juifs hassidiques sont des gens très pacifiques, qui ont très rarement recours à la violence, mais la succession du rebbe soulève tellement de passions qu’il n’est pas surprenant que certains perdent la tête. L’histoire des hassidim regorge de sagas semblables», explique l’anthropologue Pierre Anctil, de l’Institut d’études canadiennes de l’Université d’Ottawa. La lecture du testament, en mai 2006, aurait dû calmer le jeu. Les volontés de Moshe Teitelbaum sont claires. Il demande à ses fidèles de se ranger derrière son cadet. Loin de se résigner, Aaron porte l’affaire devant les tribunaux new-yorkais et accuse Zalmen d’avoir manipulé son père sénile. Le 11 juillet, la Cour se prononce: elle ne peut se mêler d’une dispute de nature religieuse et il n’est pas de son devoir de décider à qui reviendra la gestion du parc immobilier. Ce jugement est loin de mettre un terme aux prétentions d’Aaron et de ses partisans. Aaron Teitelbaum brandit la menace d’un schisme. Ce qui signifierait l’achat de nouveaux terrains, la construction de nouvelles écoles et synagogues. À Outremont, cette rupture pourrait être dramatique, d’autant plus que la plupart des familles vivent dans la précarité économique. «Je n’ai pas envie que cette querelle intestine se retrouve dans vos journaux, dit Alex Werzberger, porte-parole de la Coalition des juifs orthodoxes de l’arrondissement d’Outremont. Nous n’aimons pas laver notre linge sale en public.» À l’épicerie, à l’angle des rues Hutchison et Saint-Viateur, les journaux viennent d’arriver de Brooklyn. Les partisans d’Aaron achètent Der Blatte (la feuille) et ceux de Zalmen se précipitent sur Der Jude (le juif). Le jeune propriétaire de l’épicerie rigole. C’est un Satmar «mou». «Je n’aime pas la politique. Je préférerais Zalmen, mais je ne veux pas qu’on se sépare…»

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Maigrir pour ne pas mourir

Louis Audet déplie triomphalement son vieux jean de taille 56. Gigantesque, le vêtement flotte comme un drapeau dans le vent d’automne. Pour le gestionnaire des ventes de 40 ans, ce vêtement est la preuve tangible de sa victoire sur l’obésité. Car il faut savoir que cet homme à l’allure juvénile a déjà pesé 155 kilos (340 lb). Aujourd’hui, avec 65 kilos de moins, il pourrait se glisser dans une seule jambe de l’immense pantalon. «Sans la chirurgie, une telle perte de poids n’aurait jamais été possible», dit-il. Pour maigrir, il avait tout essayé, les régimes comme les programmes d’exercices. Enfant, il était sportif, et pourtant, c’était lui, le gros de la classe. Il a aussi pratiqué le judo, jusqu’au jour où, alors qu’il exécutait un mouvement brusque, un de ses orteils a cédé sous son poids. À 113 kilos (250 lb), il était devenu trop lourd pour être judoka. «Mes articulations étaient en train de lâcher, dit-il. À 30 ans, je souffrais déjà de douleurs au dos, aux genoux et aux pieds.» Alors, tout comme son père, sa sœur et sa femme avant lui, il a fait appel au scalpel. Car l’obésité est souvent une affaire de famille. Une cinquantaine de gènes y contribuent, dont plusieurs sont liés à la satiété. Les habitudes alimentaires, transmises par les parents, comptent aussi. Le père de Louis pesait 171 kilos; sa sœur, 109. Quant à sa femme, elle en pesait 122. Aujourd’hui, ses deux filles, des jumelles de 14 ans, luttent à leur tour contre l’obésité. Contrairement à la croyance populaire, perdre du poids n’est pas qu’une question de volonté. «Le corps est conçu pour résister à la famine, explique le Dr Simon Biron, le chirurgien qui a opéré Louis. Voilà pourquoi maigrir est une entreprise difficile.» On définit l’obésité à partir d’un indice de masse corporelle (IMC) de 30. Cet indice est établi en divisant le poids en kilos par le carré de la taille (hauteur) en mètres. À partir d’un IMC de 40, on parle d’obésité morbide, parce qu’elle entraîne dans son sillage des maladies comme le diabète, l’hypertension, les troubles cardiaques et certains cancers. L’Organisation mondiale de la santé reconnaît que la chirurgie bariatrique (du grec baros: poids) est le traitement le plus efficace pour les gens qui en sont atteints. Les opérations de chirurgie bariatrique sont de trois types. Certaines réduisent le volume de l’estomac, pour diminuer la capacité de manger du patient. D’autres visent plutôt à limiter l’absorption des gras. Enfin, certaines interventions combinent les deux approches. Louis Audet, sa sœur et sa femme ont subi une intervention mixte appelée «dérivation biliopancréatique avec gastrectomie pariétale et commutation duodénale». Un nom compliqué pour une technique mise au point, il y a 15 ans, par les Drs Simon Biron et Picard Marceau, de l’Hôpital Laval, à Québec. On rapetisse d’abord l’estomac, pour provoquer une sensation de satiété plus précoce. Ensuite, on raccourcit l’intestin grêle des deux tiers. Puis, sur le dernier mètre de cette portion écourtée, on dérive le liquide biliopancréatique. Résultat: les aliments séjourneront moins longtemps dans l’intestin grêle, qui ainsi n’aura pas le temps d’absorber les graisses. Dans les 18 mois qui suivent l’opération, le patient perd en moyenne 75% de son excès de poids. Cette intervention comporte des effets secondaires importants. Comme le fonctionnement du système digestif est altéré, certains patients se plaignent de diarrhées ou de selles nauséabondes. Ensuite, l’organisme ne peut plus assimiler les vitamines et les minéraux solubles dans les graisses. Le patient devra prendre des suppléments vitaminiques toute sa vie, de même que du fer et du calcium. Malgré tout, certaines carences peuvent se manifester. Ainsi, la femme de Louis est passée de la taille 26 à la taille 12, mais elle souffre d’ostéoporose et se sent fatiguée. Enfin, selon l’Agence québécoise d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé (AETMIS), le taux de mortalité associé à cette opération oscille entre 1% et 4%, ce qui est relativement élevé. «Mais l’obésité morbide multiplie par trois vos chances de mourir prématurément», rétorque Paul Boisvert, de la Chaire de recherche Merck Frosst – IRSC sur l’obésité. Les six chirurgiens de l’Hôpital Laval ne pratiquent que la dérivation biliopancréatique. À l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, on propose aussi d’autres interventions, comme la pose d’une bande gastrique, pour réduire le volume de l’estomac. Cette technique, pratiquée par laparoscopie, présente peu de complications. Mais si le patient se nourrit mal, il recommencera à grossir, en dépit du fait que son estomac soit plus petit. Selon l’AETMIS, les approches chirurgicales mixtes, comme la dérivation biliopancréatique, seraient les plus efficaces à long terme. Une revue de 136 études, menée en 2004 aux États-Unis, arrive aux mêmes conclusions. Le fait que l’intestin n’absorbe presque plus les graisses serait un avantage, car même si le patient déroge à son régime, les écarts ont moins de conséquences sur son poids. Une autre explication possible, c’est que cette intervention stimulerait la production d’hormones de satiété. En effet, certaines de ces hormones coupe-faim sont sécrétées par la dernière partie de l’intestin grêle et par le côlon. «Comme l’intestin grêle a été raccourci, bien des aliments qui parviennent au côlon ne sont que partiellement digérés, explique Denis Richard, titulaire de la Chaire de recherche Merck Frosst – IRSC sur l’obésité. Un phénomène “anormal” qui incite les hormones à envoyer au cerveau le signal de cesser de manger.» Par ailleurs, tous les experts s’entendent sur un point: même si elle demeure un traitement de dernier recours, la chirurgie bariatrique sera de plus en plus utilisée. «Durant les 25 dernières années, le nombre de personnes obèses a augmenté de 50%, explique Paul Boisvert, de la Chaire de recherche sur l’obésité. Mais parmi elles, le groupe qui a progressé le plus rapidement est celui des obèses morbides, dont le nombre a triplé.» Or, ce sont ces gens, justement, qui sont des candidats à la chirurgie. D’ailleurs, au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, un groupe d’experts se penche sur la façon de rendre la chirurgie bariatrique accessible à un plus grand nombre de personnes. Ce type d’intervention coûte cher, mais les maladies liées aux problèmes de poids aussi. L’obésité a entraîné au Québec des dépenses de 700 millions de dollars en 1999-2000. Un plan d’action devrait donc être déposé en mai 2007; l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, l’Hôpital Laval de Québec et l’Hôpital Royal Victoria de Montréal feront partie des centres agréés pour la chirurgie bariatrique. «Il m’arrive encore d’être surpris par mon reflet dans le miroir, se réjouit Louis Audet. C’est moi, ça, le gars qui faisait rire de lui à l’école? J’ai recommencé à faire du sport et à organiser des activités avec mes filles. Je ne suis plus essoufflé et je peux enfin m’habiller comme tout le monde…»

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La Terre a-t-elle perdu la boule?

Quel invraisemblable hiver nous avons eu! La nature nous en a fait voir de toutes les couleurs. Du «jamais vu» en météo. Début janvier au Québec, une semaine de pluies verglaçantes sans précédent. Au même moment, des records de temps doux et les cerisiers en fleurs à Washington. En février, une tornade meurtrière en Floride, et l’une des pires tempêtes jamais enregistrées en Californie. Sans parler des pluies torrentielles et des inondations dans l’est de l’Afrique, au Pérou, en Équateur. Un peu plus, et Jean-Pierre Ferland, avec son surréaliste «il a neigé à Port-au-Prince», gagnait ses galons de météorologue: en décembre, il a bel et bien neigé à Guadalajara, au Mexique! Et le même jour, on jouait au golf en Saskatchewan. Mais cette série d’«événements extrêmes» – l’expression a gagné les médias et l’imagination populaire – remonte à plus loin: pensons aux gigantesques feux de forêts en Indonésie, l’automne dernier, causés par le retard de la mousson, aux débordements de la Rouge au Manitoba, au printemps 1997, et à l’inoubliable déluge au Saguenay, en juillet 1996. Décidément, serions-nous portés à conclure, l’effet de serre et le réchauffement de la planète sont à l’oeuvre. Le monde n’a plus toute sa raison climatique. Bref, la Terre a perdu la boule. Vrai? La réponse est loin d’être claire comme un ciel sans nuages. De tout temps, les Éole, Neptune et autres dieux de circonstance ont piqué d’homériques colères. Et ce n’est pas d’hier non plus que les marchands de paratonnerres font des affaires d’or après les gros orages. Mais les mortels ont la mémoire météo plutôt courte – qui se souvient à quoi ressemblait juillet à L’Anse-à-Gilles il y a 15, 23 ou 37 ans? Et plus que toute autre forme de mémoire peut-être, la mémoire météo carbure à l’anecdote et fonctionne comme une machine à sélectionner et à modifier, à oublier ou à amplifier les souvenirs. N’importe qui, y compris votre arrière-grand-père, s’il est encore vivant, vous dira que les hivers de son enfance étaient bien plus rigoureux que ceux d’aujourd’hui, et les étés, bien plus chauds. Difficile de ne pas évoquer aussi l’«effet médias». Les mortels, fait relativement nouveau, ont désormais les yeux vissés à la télévision. Les canaux d’information continue, les chaînes météo et même les émissions d’actualité générale possèdent le redoutable pouvoir de rapprocher, pour ne pas dire de grossir, le spectacle de la nature quand elle entre en furie. Les ouragans, les inondations et les pylônes effondrés font indubitablement de «bonnes images». D’où, en grande partie sans doute, l’impression que ces titanesques sautes d’humeur des éléments augmentent en nombre et en intensité. Mais les spécialistes, eux, sont beaucoup plus circonspects. «Scientifiquement parlant, il n’y a pas de preuves solides que les événements atmosphériques extrêmes soient devenus plus fréquents au cours des dernières années», dit Alain Bourque, climatologue au ministère de l’Environnement du Canada. Selon lui, nous ne disposons que de quelques études qui semblent indiquer une tendance à l’augmentation de certains phénomènes violents dans certaines régions de la planète, les pluies abondantes dans le Midwest, par exemple. Mais rien, par contre, sur le verglas. Cela ne veut pas dire, nuance toutefois Bourque, que nous ne connaîtrons jamais de changements: «Théoriquement, si la température de l’ensemble de l’atmosphère augmente, il y aura davantage d’énergie disponible pour faire naître et pour alimenter de tels événements climatiques.» De plus, ces événements n’ont souvent en commun que… d’être des catastrophes. Il n’est pas facile de mettre dans le même sac, du strict point de vue météorologique, l’inondation au Saguenay et le récent verglas. Comme ces événements sont locaux et ponctuels, ils se prêtent mal à l’analyse de longues séries, à la généralisation, à la découverte de tendances. Enfin, chose exécrable en science, ils sont particulièrement propices au péché de la relativité: tout dépend du lieu et du moment où on les observe. Ainsi, lors du mémorable orage du 14 juillet 1987, à Montréal, il est tombé 102 mm d’eau en deux heures à la station météorologique de l’Université McGill, en plein centre-ville; mais il en est tombé seulement trois à la station de La Prairie, de l’autre côté du Saint-Laurent. Les nuages auraient-ils crevé quelques kilomètres plus loin que la mémoire collective n’aurait jamais classé cet orage dans la catégorie des «événements extrêmes». Cela dit, si le temps a ses humeurs à court terme, le climat, lui, a ses inconstances et ses fluctuations à long terme. «Nous avons tendance à penser que le climat est stable, mais ce n’est pas vrai», rappelle Henry Hengeveld, conseiller scientifique sur le changement climatique au ministère de l’Environnement du Canada, à Downsview, en Ontario. Allant un peu plus loin que son collègue montréalais, il dit «personnellement soupçonner» que certains phénomènes atmosphériques violents deviennent plus fréquents. Il dit aussi croire que «cette augmentation est reliée au changement climatique», c’est-à-dire à des modifications du climat lui-même. Prenez le désormais célèbre El Niño, phénomène qui se manifeste par un réchauffement anormal du Pacifique au large des côtes sud-américaines et qui se produit tous les trois à sept ans environ. L’épisode de 1997-1998 restera dans les annales comme le plus fort du siècle – après celui de 1982-1983, qui avait aussi cogné très dur. Les pluies et les inondations au Pérou et en Équateur récemment, c’est lui. Les tempêtes en Californie l’hiver dernier, sans doute lui. Le verglas et le temps hivernal plutôt doux dans notre coin de continent, fort probablement en partie lui. La mousson en retard, la sécheresse et les feux de forêt en Asie du Sud-Est, l’automne dernier, c’est encore à lui qu’on peut largement les imputer. El Niño se ferait par ailleurs plus fréquent, et son comportement plus erratique. L’avant-dernier épisode, au début des années 90, s’est étendu sur plus de trois ans. Faut-il voir là, comme le dit Henry Hengeveld, «un changement de comportement d’El Niño»? Peut-on encore parler, à l’échelle non plus de une ou deux décennies, mais des 50, 100 ou 1000 dernières années, d’une variation dans les limites de la normale? El Niño a eu des cycles et des intensités extrêmement variables au cours des siècles et des millénaires, comme l’ont montré des études de récifs de coraux dans le Pacifique, de dépôts sédimentaires dans le nord du Pérou et de cercles de croissance d’arbres aux États-Unis et au Mexique. Mais ses dernières sautes d’humeur ne dépassent-elles pas les bornes? Et ne serait-il pas, à l’instar du climat de la planète tout entière, en train de perdre lui aussi la boule? Marc Lucotte dirige l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal. Quand on lui demande s’il y a changement climatique et si ce changement est d’ores et déjà perceptible chez nous, il refuse de se montrer alarmiste, mais se dit inquiet. La fameuse augmentation de la température moyenne de surface de la planète – de 0,3°C à 0,6°C depuis la fin du 19e siècle, selon le très officiel Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) – est pour lui «l’indice qu’il se passe quelque chose». Il ne faut pas grand-chose pour détraquer le climat, explique-t-il: «Au cours de la dernière période glaciaire, avec seulement 4°C de moins qu’aujourd’hui, il y avait quatre kilomètres de glace au-dessus de l’actuel Montréal.» Évidemment, il y a encore d’énormes incertitudes – et de solides controverses scientifiques – dans ce très compliqué dossier du changement climatique. Mais, selon Marc Lucotte, il y a au moins quelques certitudes. D’abord la tendance – «la seule qui soit absolument irréfutable» – à l’augmentation de la proportion de gaz carbonique dans l’atmosphère (le CO2 est le plus célèbre des gaz à effet de serre). Depuis l’ère préindustrielle, il y a environ 250 ans, cette proportion a augmenté de près du tiers, et il est sûr qu’elle va continuer d’augmenter. La concentration est due principalement – tout le monde s’entend là-dessus – à l’utilisation de combustibles fossiles, charbon et pétrole en tête, à la disparition des forêts et aux pratiques agricoles (les milliards d’animaux que nous élevons pour nous nourrir sont de redoutables émetteurs d’un autre gaz, le méthane). Autre fait établi, ajoute Marc Lucotte: les gaz à effet de serre ont bel et bien… un effet de serre. Ils emprisonnent la chaleur dans l’atmosphère et l’empêchent de se dissiper dans l’espace, exactement comme le toit d’une serre au soleil. Décrit au début du siècle dernier, ce mécanisme naturel assure à la Terre les températures nécessaires à la vie. Mais, quand la concentration de ces gaz augmente – et c’est ce qui se passe à un rythme accéléré depuis quatre ou cinq décennies -, les températures moyennes augmentent aussi, comme si l’on ajoutait une épaisseur au toit de la serre. Bref, comme l’écrivent les experts de l’IPCC dans leur rapport de 1995, «le bilan de la preuve suggère que les humains ont une influence perceptible sur le climat mondial». Et déjà, l’augmentation de la température moyenne depuis un siècle a causé une élévation du niveau moyen des océans de 10 à 25 cm. (Le phénomène n’est pas dû, comme on pourrait le croire, à la fonte des glaces, mais simplement à «l’expansion thermique»: l’eau, en se réchauffant, augmente de volume.) Minoritaires, mais agaçants, certains scientifiques refusent pourtant de hurler trop vite au grand-réchauffement-causé-par-les-méchants-humains-brûleurs-de-pétrole. «Le réchauffement mondial causé par l’effet de serre est devenu affaire de dogme», dit Pierre Gangloff, géographe et spécialiste de l’étude des climats anciens à l’Université de Montréal. La Terre a déjà eu et plus chaud et plus froid qu’aujourd’hui, note-t-il, bien avant qu’on puisse incriminer l’activité humaine. Sans remonter à Adam et Ève, on a par exemple assisté à une baisse des températures de 1,5°C à 2°C en Europe pendant ce qu’on a joliment appelé «le petit âge glaciaire», entre la fin du 16e siècle et le début du 19e; il se pourrait que la hausse mesurée au cours de la dernière centaine d’années ne corresponde qu’à un début de retour à ce qui prévalait au Moyen Âge. «On privilégie les données qui vont dans le sens de la théorie de l’effet de serre et du réchauffement du climat, et on oublie celles qui vont dans l’autre sens», dit encore Pierre Gangloff, reprochant à la communauté scientifique d’avoir perdu sa rigueur et son sens critique. Il rappelle, entre autres, la baisse des températures de 1,5°C dans l’Atlantique Nord entre 1955 et le début des années 80, ou le fait que la banquise antarctique a avancé entre 1980 et 1995. Ou encore, sur une plus grande échelle de temps, le fait que le climat de la Terre ait une tendance au refroidissement depuis 2500 ans. (La baisse des températures de 1955 à 1980 s’expliquerait par un effet tampon de particules polluantes émises en haute atmosphère par l’activité industrielle; ces particules, moins nombreuses depuis la chasse aux pluies acides, faisaient en quelque sorte office de parasol à la Terre.) Que dire aussi, notent les sceptiques, de l’influence de l’activité solaire, elle-même changeante, sur le climat de la petite planète bleue? Ou de la position, également variable, de la Terre par rapport au Soleil? Au-delà des controverses sur la réalité du réchauffement dit «anthropogénique» (causé par les humains) et surtout sur sa rapidité et son ampleur, une énorme question demeure: comment prévoir les effets, à moyen et à long terme, de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère? Le climat, on s’en rend de plus en plus compte, est un système d’une vertigineuse complexité. Chacun de ses deux grands sous-systèmes, l’atmosphère et l’océan, évolue à son rythme et selon ses propres lois et cycles, en même temps qu’il influence profondément l’autre. Les masses d’eau chaude d’El Niño se déplacent au gré des vents qui soufflent sur le Pacifique, puis réchauffent les masses d’air qui entrent en contact avec elles avant d’envahir le continent américain. Il existe dans l’Atlantique un très curieux cousin d’El Niño, l’oscillation de l’Atlantique Nord, qui a de profondes influences sur toute l’Europe et qui est sujette à des fluctuations et renversements encore fort mal compris. Et à l’autre bout du monde, une éruption volcanique comme celle du Pinatubo, en 1990, peut à elle seule projeter assez de cendres dans l’atmosphère pour bloquer une partie du rayonnement solaire et provoquer un refroidissement généralisé des températures au sol. Des dizaines d’autres phénomènes de cette nature et de cette ampleur entrent à tout moment dans la danse, conjuguent leurs effets ou au contraire se contrecarrent les uns les autres. Et sans cesse, la lente machine des océans échange énergie et chaleur avec l’insaisissable mécanique des vents et des courants d’air. Comment donc discerner des tendances, des directions, des lignes de force dans l’évolution du temps qu’il fait et qu’il fera? Sans compter que le climat de la Terre, pour reprendre une expression chère à Marc Lucotte, fonctionne selon les curieuses et presque impénétrables règles du… chaos. Dans un système chaotique, une même cause (par exemple un épisode El Niño de telle intensité) ne produit pas toujours les mêmes effets; pis, ils sont parfois totalement opposés à ce qu’on attendait. Un des scénarios de changement climatique envisage donc la possibilité, paradoxale et fort troublante, que le réchauffement entraîne un rapide et très net… refroidissement de la planète . La production agricole tomberait alors en flèche. Les réserves de nourriture – l’humanité n’en a que pour quelques mois dans son garde-manger – s’épuiseraient à toute allure. Mais qu’on cherche à prévoir le ciel qu’on aura demain ou le climat de la planète en 2050, reste que les phénomènes qu’on veut simuler sont si compliqués et si gigantesques, si évanescents aussi, que les plus puissants moyens informatiques sont encore trop faibles. Les «modèles» laissent une place énorme à l’approximation, à l’erreur ou même à la fantaisie de ceux qui les concoctent. Ainsi, l’un des reproches qu’on adresse à l’IPCC est d’avoir grandement surestimé, dans son rapport de 1990, l’ampleur du réchauffement climatique et de la montée du niveau des océans, phénomènes susceptibles de se produire d’ici l’an 2100. Dans son rapport de 1995, l’organisme reconnaît avoir exagéré de 30% en ce qui concerne la température et de 25% relativement à la mer. L’IPCC prévoit maintenant que la température moyenne de la Terre augmentera de 2°C d’ici 2100. Mais la fourchette est large puisque la hausse pourrait se situer entre 1°C et 3,5°C. Même chose pour le niveau des océans: l’organisme prévoit une augmentation de 50 cm… mais à l’intérieur d’une fourchette de 15 à 95 cm. Peut-on encore parler de «prévisions» avec de telles marges d’erreur? On est en droit de se le demander, surtout quand seules sont embouchées les trompettes de la catastrophe appréhendée. Et comment «prédire» avec un minimum de fiabilité les effets de ces changements sur l’environnement? Selon qu’on est alarmiste ou optimiste, on annonce le pire ou on dort sur ses deux oreilles. Géographe à l’Université de Montréal, Pierre Richard est de ceux qui doutent des idées à la mode sur l’effet de serre et sur l’origine essentiellement humaine du réchauffement. Il est aussi de ceux qui regardent les scénarios «catastrophe» d’un oeil méfiant. Bien sûr, concède-t-il, la Terre est «une énorme marmite», et il est extrêmement difficile de prévoir «où seront les lettres dans la soupe à l’alphabet qui y mijote». Mais ses études en paléobotanique (la science de la végétation du passé) et en paléoclimatologie (celle des climats du passé) le portent à penser que les changements notables de la végétation qu’on annonce ici et là sont loin d’être des certitudes. Pour lui, il est par exemple peu probable que la forêt boréale prenne d’un coup ses cliques et ses claques pour aller s’installer plus au nord, comme on l’a souvent dit. Faut-il pour autant faire le gros dos et attendre béatement? Peu de gens oseraient tenir une position aussi insouciante. Et même les esprits les plus critiques à l’endroit du grand cirque international des «sommets» de l’environnement trouvent que le brouillon d’entente issu de la Conférence de Kyoto , en décembre dernier, est mieux que rien. Marc Lucotte rappelle que les bouleversements du climat et leurs conséquences peuvent se produire – ça s’est vu – en l’espace d’une ou deux générations. Il remarque et regrette que «les gouvernements ne parlent déjà plus de contrôler le changement climatique, mais de s’y adapter». Les scientifiques ne sont pas encore tout à fait certains de leurs prédictions? Peu importe, rétorque-t-il, «les risques de ne rien faire sont trop grands». Les Hollandais, dit-il, viennent de rehausser toutes leurs digues de 1,5 m… Comme le déclarait au New York Times un biologiste de l’Université Stanford, en Californie, on peut bien attendre encore 10, 20 ou 30 ans pour avoir la preuve ultime qu’il y a bien réchauffement du climat et que le phénomène est dû aux actions humaines. «Mais, pendant ce temps, nous menons une expérience de laboratoire à la dimension de la planète. Et nous sommes tous dans l’éprouvette.»

Santé et Science

80 sortes de flocons!

La neige, c’est un peu comme un plat international: on la retrouve dans de nombreux pays du monde, mais chaque région a sa propre recette. Le chef, c’est la météo: plus il fait froid et sec — comme au Québec, dans les Rocheuses, dans le Grand Nord canadien ou scandinave —, plus les cristaux prennent une forme petite et compacte (semblable à celle d’une pierre taillée). En revanche, des températures plus clémentes et une saturation en eau plus importante donnent des «bonbons» plus ouvragés: des cristaux en étoile aux ramifications infinies, fréquents en France et ailleurs en Europe. Derrière ces recettes de base se cache une foule de variantes locales. Ainsi, les stations de ski proches du Saint-Laurent bénéficient d’une neige «à l’européenne», en raison de l’humidité apportée par le fleuve. Inversement, sur le plateau de la commune d’Autrans, dans le Vercors français, le relief provoque des spirales de vent qui façonnent des cristaux de neige de type canadien. Près d’Oslo, en Norvège, ou de Nagano, au Japon, les cristaux, énormes, collent aux skis. Particularité de ces deux villes: elles se trouvent près de la mer. Résultat, la neige est… salée. La Colombie-Britannique, elle, est le paradis de la poudreuse. Les nuages, promesses de flocons gras et humides, se heurtent d’abord à la chaîne Côtière, qui les force à prendre de l’altitude. Tel un concombre qu’on fait dégorger, l’air perd alors une partie de son humidité sous forme de chutes de neige (parfois très abondantes, comme à Whistler) et se refroidit. Lorsqu’il arrive sur la chaîne Columbia, le phénomène se reproduit. Dans le sud-est de la province, les chaînes Cariboo et Purcell ainsi que celles de Monashee et de Selkirk reçoivent une neige encore abondante, mais beaucoup plus sèche que celle de la côte: la poudreuse. Toujours plus à l’est, à Banff, on est au régime. Après avoir traversé une autre chaîne de montagnes, les Rocheuses, les nuages laissent tomber une neige encore plus sèche, mais les quantités sont beaucoup moins importantes. En Europe se mitonne parfois de la neige… rouge ou jaune! En fin de saison, de forts vents de secteur sud peuvent transporter par-delà la Méditerranée des particules de sable d’Afrique, soulevées par le sirocco. Les flocons se forment autour des grains de poussière désertique et colorent en ocre jaune à rouge les pans des montagnes alpines. S’il y a un endroit où les accumulations doivent être importantes, c’est bien l’Antarctique, pense-t-on. Eh bien non! Le pôle Sud est l’équivalent d’un désert. Il y fait tellement froid qu’à peine quelques centimètres de neige s’y déposent chaque année. Mais ces rares flocons ne fondent jamais. Le continent blanc confectionne depuis des millions d’années un gâteau géant de plusieurs milliers de mètres d’épaisseur, fait de couches de neige transformée en glace. Car une fois la neige tombée, elle change inexorablement. À cause des vents, du soleil, de la température, de la pluie, du poids des couches supérieures… Et là encore, les régions ne vont pas toutes utiliser ces ingrédients de la même manière. Sur les versants sud des montagnes, baignés de soleil, la neige fond rapidement. Les stations de ski ne s’y trompent pas: elles se sont le plus souvent installées sur les versants nord. Et inversement, bien sûr, dans l’hémisphère Sud. Sur l’île Sakhaline, dans l’est de la Sibérie, la neige au sol réagit d’une manière toute particulière. Par suite de la courte durée du jour en hiver, il existe de grandes différences de température entre la surface et l’intérieur du manteau neigeux. Les cristaux vont prendre la forme de gobelets roulant les uns sur les autres et former une neige très meuble. Lorsque les jours rallongent, l’humidité de la neige augmente et il y a peu de regel. Il peut alors se produire des avalanches très dangereuses de neige fondante. Les Rocheuses canadiennes, elles, peuvent concocter de belles avalanches de poudreuse. Recette: une couche de poudreuse dont on givre la surface grâce à un retour de temps plus clément. Puis, on dépose une nouvelle couche de poudreuse, qui se retrouve sur un matelas bien peu stable. Attention, danger! Vu ses températures froides, le Québec a tendance à garder une neige plutôt sèche. Elle se tasse moins, se transforme moins et reste meuble plus longtemps. La poudrerie y est aussi plus fréquente, car les flocons s’envolent comme du sucre glace même avec un vent peu important. Que ce soit la forme sous laquelle elle tombe ou la manière dont elle est ensuite «cuisinée» au sol, la neige prend bien des aspects différents. Seuls les spécialistes et leurs microscopes peuvent en distinguer tous les détails! Mais avec un peu d’attention, vous pourrez, vous aussi, apprécier quelques-unes de ses spécialités locales.