Santé et Science

Santé et Science

Santé: bonjour le privé !

Avec sa douleur chronique à la hanche et son horaire de PDG, Don Downing, de Vancouver, n’avait ni l’envie ni le temps d’attendre qu’une place se libère dans le système public de santé. Mais il ne voulait pas non plus se faire opérer aux États-Unis, même si les hôpitaux privés y pullulent. Après quelques recherches dans Internet, il a finalement acheté un billet d’avion et mis le cap sur… Montréal, où il a reçu une toute nouvelle hanche au début de décembre. « Ma femme et moi en avons profité pour louer un appartement à Montréal, dit l’homme de 59 ans. On a visité le Musée des beaux-arts, l’oratoire Saint-Joseph, le Vieux-Montréal dans le temps des Fêtes. C’était très agréable. » Cet homme d’affaires actif dans le domaine du pétrole est l’un des quelque 75 clients de l’extérieur du Québec opérés l’an dernier à la clinique orthopédique privée du Dr Nicolas Duval, à Laval. Ils sont loin d’être les uniques touristes médicaux à avoir choisi le Québec. À lui seul, le consultant Rick Baker, président de Timely Medical Alternatives, à Vancouver, oriente chaque année des centaines de clients venant d’un bout à l’autre du pays vers les dizaines de cliniques privées de toutes sortes qui ont éclos au Québec ces dernières années. « Beaucoup de mes clients sont ontariens, dit Rick Baker. Quand ils franchissent la rivière des Outaouais et mettent les pieds au Québec, ils font plus que changer de province : ils passent de la nuit noire de la médecine socialisée au jour éclatant de la médecine privée à la québécoise. » Pour cet adversaire acharné du système public de santé comme pour ses plus farouches défenseurs, le terreau le plus fertile à la médecine privée au pays n’est pas en Alberta et encore moins en Ontario. Contrairement aux idées reçues, il est au Québec. Dans nulle autre province on ne trouve une telle concentration de cliniques privées de radiologie (une quarantaine), où les patients peuvent payer pour des services normalement couverts par le régime public. Nulle part il n’y a autant d’ophtalmologistes désireux de vous débarrasser rapidement de votre cataracte — en échange de 1 500 à 3000 dollars. Et nulle part ailleurs on ne dénombre autant de médecins ne participant pas au régime public — le Québec en compte 151, soit 20 fois plus que toutes les autres provinces réunies. Ce foisonnement est particulièrement visible à Montréal. Zoltan Nagy, directeur de l’Association des cliniques médicales indépendantes du Canada, qualifie la métropole de « capitale canadienne des soins de santé privés au pays ». Les Montréalais ont l’embarras du choix s’ils désirent payer de leur poche pour se faire vacciner à la maison ou obtenir des analyses sanguines directement sur leur lieu de travail. Les patients qui ont le désir et les moyens de contourner les listes d’attente dans les hôpitaux ont le choix entre six cliniques de chirurgie, où ils peuvent subir de multiples interventions, allant d’une simple réparation de ligament à la pose d’une toute nouvelle hanche artificielle. Dernière tendance en vogue dans ce domaine en ébullition, Montréal accueille aussi un nombre grandissant de cliniques de médecine familiale privées, où se réfugient les citadins lassés des longs délais d’attente dans le public. En matière de santé, le contraste entre le Québec et l’Ontario ne saurait être plus frappant. Dès le début de son mandat, en 2003, le ministre ontarien de la Santé, le libéral George Smitherman, a adopté une loi extrêmement sévère — la Loi sur l’engagement d’assurer l’avenir de l’assurance-santé —, qui interdit aux médecins de se désaffilier du régime public et impose de lourdes peines aux contrevenants. Un Ontarien surpris à payer pour un service assuré par le régime public est passible d’une amende de 10 000 dollars. Le simple fait d’être au courant d’une pratique illégale sans la dénoncer illico peut entraîner une amende allant jusqu’à 1 000 dollars ! « On a claqué la porte au nez du système à deux vitesses », se réjouit Laurel Ostfield, porte-parole du ministre. Dans les provinces de l’Atlantique et des Prairies, les pouvoirs publics résistent aussi avec vigueur aux pressions exercées par le privé. Impossible d’y dénicher un seul médecin de famille exerçant hors du système public. L’Alberta, gouvernée par les conservateurs sans interruption depuis les années 1970 et réputée pour son ouverture aux entrepreneurs de tous les types, reste, malgré les préjugés à son égard, un modèle aux yeux des défenseurs du système public universel. Les Albertains plus fortunés qui désirent contourner le régime public n’ont d’autre choix que de se tourner vers le tourisme médical — ils se dirigent généralement vers les États-Unis, le Québec ou la Colombie-Britannique, seule autre province où fleurit une industrie médicale privée digne de ce nom. La côte ouest canadienne abrite notamment 14 cliniques privées de chirurgie, dont une, à Vancouver, est dotée de six salles d’opération. Vu du reste du Canada, le Québec demeure toutefois le leader incontesté des soins privés au pays. « Le Québec a la réputation d’être beaucoup plus innovateur en cette matière, c’est un modèle pour le reste du pays », dit Jim Viccars, agent d’assurances de Calgary qui offre à ses clients de se protéger contre les temps d’attente dans le réseau public, une première au Canada. « Nous suivons très attentivement » ce qui se déroule au Québec, dit Zoltan Nagy, de l’Association des cliniques médicales indépendantes du Canada, dont le siège social se situe à Vancouver. Selon lui, le Québec jouirait d’une plus grande marge de manœuvre pour « expérimenter de nouvelles façons de financer et d’offrir des soins de santé ». « Le fédéral veut éviter les affrontements avec le Québec et fait preuve de plus de souplesse à l’égard des initiatives qui en émanent », dit-il. Zoltan Nagy souligne aussi la « contribution exceptionnelle » du Québécois Jacques Chaoulli à la cause du privé. Ce médecin de famille est considéré comme un héros par une partie de la communauté médicale depuis son long combat en faveur du droit de contracter une assurance médicale privée. En juin 2005, la Cour suprême du pays lui a donné raison en invalidant les dispositions de deux lois qui interdisaient aux patients de contracter une assurance pour des services couverts par le régime public. « La preuve démontre que les délais du système public sont répandus et que, dans des cas graves, des patients meurent en raison de listes d’attente pour la prestation de soins de santé publics », écrit la Cour dans un jugement partagé (quatre juges contre trois). Dans ce contexte, concluent les juges majoritaires, l’interdiction de se procurer des assurances maladie privées « porte atteinte aux droits à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne protégés par la Charte canadienne ». Même s’il ne s’applique qu’au Québec, ce jugement a eu l’effet d’un électrochoc partout au Canada. Les gouvernements provinciaux ont tous compris qu’ils pourraient eux aussi être engagés dans des procès semblables s’ils ne s’attaquaient pas rapidement aux listes d’attente. « Le jugement Chaoulli marque un tournant », dit le Dr Robert Ouellet, radiologiste et président désigné de l’Association médicale canadienne (AMC), le plus important regroupement de médecins du pays. « Le système de santé a longtemps été vu comme une religion. Il était impossible de parler du privé sans être ostracisé. Chaoulli a brisé un tabou. » Tout en continuant d’appuyer l’existence d’un système de santé universel au pays, l’AMC ne se gêne plus, depuis quelques années, pour s’afficher publiquement en faveur d’une plus grande ouverture au privé. Son président actuel, le chirurgien orthopédiste Brian Day, s’est retiré du système public il y a plusieurs années et a ouvert le seul véritable hôpital privé au Canada, le Cambie Surgery Centre, à Vancouver. Robert Ouellet, qui lui succédera officiellement au prochain congrès annuel de l’AMC, l’été prochain à Montréal, partage la même vision. Il a également joué un rôle important dans la privatisation des services de radiologie au Québec. La loi 33, adoptée en décembre 2006 par le gouvernement québécois pour se conformer au jugement de la Cour suprême, a aussi contribué à donner une légitimité accrue aux partisans du privé. Cette loi controversée autorise le recours à l’assurance privée pour trois types d’interventions (hanche, genou et cataracte), qui devront obligatoirement avoir lieu dans des cliniques médicales spécialisées (CMS), où n’exercent que des médecins ne participant pas au régime public. Le chirurgien orthopédiste Nicolas Duval, dont la clinique ne dispose pour le moment que d’une licence municipale de centre de convalescence, devrait obtenir son permis de CMS d’ici juin. « Ça change tout pour moi. Avant, j’étais dans une zone grise — ni dans la légalité ni dans l’illégalité. » Quand il a quitté le réseau public, il y a sept ans, beaucoup de gens l’ont traité de « bandit », de « vendu au privé », dit-il. « L’attitude a changé complètement depuis l’arrêt Chaoulli et la loi 33. Le ton est beaucoup plus conciliant. » Ceux qui désirent conserver l’intégrité du régime public actuel s’inquiètent précisément de cette attitude conciliante. Selon Marie-Claude Prémont, professeure à l’École nationale d’administration publique et spécialiste de la santé, la loi 33 ouvre une véritable boîte de Pandore. « Les CMS vont créer des marchés exclusifs pour les médecins non participants, dénonce-t-elle. Le gouvernement Charest va plus loin que ce que demandait la Cour suprême et contribue à assurer la légitimité et la rentabilité du réseau privé à but lucratif qui émerge présentement. » La commission Castonguay, mandatée par Québec pour réfléchir à l’avenir du financement des soins de santé, propose d’aller encore plus loin et d’élargir immédiatement l’assurance privée à d’autres interventions déjà couvertes par le régime public. Elle recommande aussi de « décloisonner » la pratique médicale en permettant aux médecins de travailler dans le privé après avoir effectué un nombre minimal d’heures de service dans le public. Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, s’est montré ouvert à cette idée, même s’il ne la juge pas applicable pour le moment en raison de la pénurie de médecins. Si le Québec devait officiellement choisir la voie de la mixité, c’est le cœur même de la Loi canadienne sur la santé qui serait touché, estime Colleen Flood, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le droit et les politiques relatifs à la santé. « Un système mixte peut fonctionner si tous les médecins travaillent beaucoup plus qu’avant. Mais rien ne nous laisse croire que c’est ce qui se produirait. On n’aurait donc plus qu’à espérer que les médecins établissent un ordre de priorité entre leurs patients selon la gravité des cas et non selon l’épaisseur du portefeuille… » Cette professeure de l’Université de Toronto suit avec intérêt ce qui se passe au Québec. « Les discussions y sont beaucoup plus sereines qu’en Ontario, dit-elle. Ici, le débat soulève les passions. Le système de santé universel reste au cœur de l’identité des gens. C’est un terrain miné. » D’après elle, la vraie bataille risque de se jouer devant les tribunaux. Déjà, deux poursuites judiciaires — une en Alberta, l’autre en Ontario — invoquent le précédent créé par l’arrêt Chaoulli pour tenter de casser le monopole du système public. Surnommées « Ontario Chaoulli » et « Alberta Chaoulli », ces deux affaires reçoivent notamment le soutien financier de la Canadian Constitution Foundation, institut de Calgary dont la mission consiste à « protéger les droits constitutionnels des Canadiens ». « La saga ne fait que commencer », dit Colleen Flood.

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Santé et Science

Santé: bonjour le privé !

Avec sa douleur chronique à la hanche et son horaire de PDG, Don Downing, de Vancouver, n’avait ni l’envie ni le temps d’attendre qu’une place se libère dans le système public de santé. Mais il ne voulait pas non plus se faire opérer aux États-Unis, même si les hôpitaux privés y pullulent. Après quelques recherches dans Internet, il a finalement acheté un billet d’avion et mis le cap sur… Montréal, où il a reçu une toute nouvelle hanche au début de décembre. « Ma femme et moi en avons profité pour louer un appartement à Montréal, dit l’homme de 59 ans. On a visité le Musée des beaux-arts, l’oratoire Saint-Joseph, le Vieux-Montréal dans le temps des Fêtes. C’était très agréable. » Cet homme d’affaires actif dans le domaine du pétrole est l’un des quelque 75 clients de l’extérieur du Québec opérés l’an dernier à la clinique orthopédique privée du Dr Nicolas Duval, à Laval. Ils sont loin d’être les uniques touristes médicaux à avoir choisi le Québec. À lui seul, le consultant Rick Baker, président de Timely Medical Alternatives, à Vancouver, oriente chaque année des centaines de clients venant d’un bout à l’autre du pays vers les dizaines de cliniques privées de toutes sortes qui ont éclos au Québec ces dernières années. « Beaucoup de mes clients sont ontariens, dit Rick Baker. Quand ils franchissent la rivière des Outaouais et mettent les pieds au Québec, ils font plus que changer de province : ils passent de la nuit noire de la médecine socialisée au jour éclatant de la médecine privée à la québécoise. » Pour cet adversaire acharné du système public de santé comme pour ses plus farouches défenseurs, le terreau le plus fertile à la médecine privée au pays n’est pas en Alberta et encore moins en Ontario. Contrairement aux idées reçues, il est au Québec. Dans nulle autre province on ne trouve une telle concentration de cliniques privées de radiologie (une quarantaine), où les patients peuvent payer pour des services normalement couverts par le régime public. Nulle part il n’y a autant d’ophtalmologistes désireux de vous débarrasser rapidement de votre cataracte — en échange de 1 500 à 3000 dollars. Et nulle part ailleurs on ne dénombre autant de médecins ne participant pas au régime public — le Québec en compte 151, soit 20 fois plus que toutes les autres provinces réunies. Ce foisonnement est particulièrement visible à Montréal. Zoltan Nagy, directeur de l’Association des cliniques médicales indépendantes du Canada, qualifie la métropole de « capitale canadienne des soins de santé privés au pays ». Les Montréalais ont l’embarras du choix s’ils désirent payer de leur poche pour se faire vacciner à la maison ou obtenir des analyses sanguines directement sur leur lieu de travail. Les patients qui ont le désir et les moyens de contourner les listes d’attente dans les hôpitaux ont le choix entre six cliniques de chirurgie, où ils peuvent subir de multiples interventions, allant d’une simple réparation de ligament à la pose d’une toute nouvelle hanche artificielle. Dernière tendance en vogue dans ce domaine en ébullition, Montréal accueille aussi un nombre grandissant de cliniques de médecine familiale privées, où se réfugient les citadins lassés des longs délais d’attente dans le public. En matière de santé, le contraste entre le Québec et l’Ontario ne saurait être plus frappant. Dès le début de son mandat, en 2003, le ministre ontarien de la Santé, le libéral George Smitherman, a adopté une loi extrêmement sévère — la Loi sur l’engagement d’assurer l’avenir de l’assurance-santé —, qui interdit aux médecins de se désaffilier du régime public et impose de lourdes peines aux contrevenants. Un Ontarien surpris à payer pour un service assuré par le régime public est passible d’une amende de 10 000 dollars. Le simple fait d’être au courant d’une pratique illégale sans la dénoncer illico peut entraîner une amende allant jusqu’à 1 000 dollars ! « On a claqué la porte au nez du système à deux vitesses », se réjouit Laurel Ostfield, porte-parole du ministre. Dans les provinces de l’Atlantique et des Prairies, les pouvoirs publics résistent aussi avec vigueur aux pressions exercées par le privé. Impossible d’y dénicher un seul médecin de famille exerçant hors du système public. L’Alberta, gouvernée par les conservateurs sans interruption depuis les années 1970 et réputée pour son ouverture aux entrepreneurs de tous les types, reste, malgré les préjugés à son égard, un modèle aux yeux des défenseurs du système public universel. Les Albertains plus fortunés qui désirent contourner le régime public n’ont d’autre choix que de se tourner vers le tourisme médical — ils se dirigent généralement vers les États-Unis, le Québec ou la Colombie-Britannique, seule autre province où fleurit une industrie médicale privée digne de ce nom. La côte ouest canadienne abrite notamment 14 cliniques privées de chirurgie, dont une, à Vancouver, est dotée de six salles d’opération. Vu du reste du Canada, le Québec demeure toutefois le leader incontesté des soins privés au pays. « Le Québec a la réputation d’être beaucoup plus innovateur en cette matière, c’est un modèle pour le reste du pays », dit Jim Viccars, agent d’assurances de Calgary qui offre à ses clients de se protéger contre les temps d’attente dans le réseau public, une première au Canada. « Nous suivons très attentivement » ce qui se déroule au Québec, dit Zoltan Nagy, de l’Association des cliniques médicales indépendantes du Canada, dont le siège social se situe à Vancouver. Selon lui, le Québec jouirait d’une plus grande marge de manœuvre pour « expérimenter de nouvelles façons de financer et d’offrir des soins de santé ». « Le fédéral veut éviter les affrontements avec le Québec et fait preuve de plus de souplesse à l’égard des initiatives qui en émanent », dit-il. Zoltan Nagy souligne aussi la « contribution exceptionnelle » du Québécois Jacques Chaoulli à la cause du privé. Ce médecin de famille est considéré comme un héros par une partie de la communauté médicale depuis son long combat en faveur du droit de contracter une assurance médicale privée. En juin 2005, la Cour suprême du pays lui a donné raison en invalidant les dispositions de deux lois qui interdisaient aux patients de contracter une assurance pour des services couverts par le régime public. « La preuve démontre que les délais du système public sont répandus et que, dans des cas graves, des patients meurent en raison de listes d’attente pour la prestation de soins de santé publics », écrit la Cour dans un jugement partagé (quatre juges contre trois). Dans ce contexte, concluent les juges majoritaires, l’interdiction de se procurer des assurances maladie privées « porte atteinte aux droits à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne protégés par la Charte canadienne ». Même s’il ne s’applique qu’au Québec, ce jugement a eu l’effet d’un électrochoc partout au Canada. Les gouvernements provinciaux ont tous compris qu’ils pourraient eux aussi être engagés dans des procès semblables s’ils ne s’attaquaient pas rapidement aux listes d’attente. « Le jugement Chaoulli marque un tournant », dit le Dr Robert Ouellet, radiologiste et président désigné de l’Association médicale canadienne (AMC), le plus important regroupement de médecins du pays. « Le système de santé a longtemps été vu comme une religion. Il était impossible de parler du privé sans être ostracisé. Chaoulli a brisé un tabou. » Tout en continuant d’appuyer l’existence d’un système de santé universel au pays, l’AMC ne se gêne plus, depuis quelques années, pour s’afficher publiquement en faveur d’une plus grande ouverture au privé. Son président actuel, le chirurgien orthopédiste Brian Day, s’est retiré du système public il y a plusieurs années et a ouvert le seul véritable hôpital privé au Canada, le Cambie Surgery Centre, à Vancouver. Robert Ouellet, qui lui succédera officiellement au prochain congrès annuel de l’AMC, l’été prochain à Montréal, partage la même vision. Il a également joué un rôle important dans la privatisation des services de radiologie au Québec. La loi 33, adoptée en décembre 2006 par le gouvernement québécois pour se conformer au jugement de la Cour suprême, a aussi contribué à donner une légitimité accrue aux partisans du privé. Cette loi controversée autorise le recours à l’assurance privée pour trois types d’interventions (hanche, genou et cataracte), qui devront obligatoirement avoir lieu dans des cliniques médicales spécialisées (CMS), où n’exercent que des médecins ne participant pas au régime public. Le chirurgien orthopédiste Nicolas Duval, dont la clinique ne dispose pour le moment que d’une licence municipale de centre de convalescence, devrait obtenir son permis de CMS d’ici juin. « Ça change tout pour moi. Avant, j’étais dans une zone grise — ni dans la légalité ni dans l’illégalité. » Quand il a quitté le réseau public, il y a sept ans, beaucoup de gens l’ont traité de « bandit », de « vendu au privé », dit-il. « L’attitude a changé complètement depuis l’arrêt Chaoulli et la loi 33. Le ton est beaucoup plus conciliant. » Ceux qui désirent conserver l’intégrité du régime public actuel s’inquiètent précisément de cette attitude conciliante. Selon Marie-Claude Prémont, professeure à l’École nationale d’administration publique et spécialiste de la santé, la loi 33 ouvre une véritable boîte de Pandore. « Les CMS vont créer des marchés exclusifs pour les médecins non participants, dénonce-t-elle. Le gouvernement Charest va plus loin que ce que demandait la Cour suprême et contribue à assurer la légitimité et la rentabilité du réseau privé à but lucratif qui émerge présentement. » La commission Castonguay, mandatée par Québec pour réfléchir à l’avenir du financement des soins de santé, propose d’aller encore plus loin et d’élargir immédiatement l’assurance privée à d’autres interventions déjà couvertes par le régime public. Elle recommande aussi de « décloisonner » la pratique médicale en permettant aux médecins de travailler dans le privé après avoir effectué un nombre minimal d’heures de service dans le public. Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, s’est montré ouvert à cette idée, même s’il ne la juge pas applicable pour le moment en raison de la pénurie de médecins. Si le Québec devait officiellement choisir la voie de la mixité, c’est le cœur même de la Loi canadienne sur la santé qui serait touché, estime Colleen Flood, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le droit et les politiques relatifs à la santé. « Un système mixte peut fonctionner si tous les médecins travaillent beaucoup plus qu’avant. Mais rien ne nous laisse croire que c’est ce qui se produirait. On n’aurait donc plus qu’à espérer que les médecins établissent un ordre de priorité entre leurs patients selon la gravité des cas et non selon l’épaisseur du portefeuille… » Cette professeure de l’Université de Toronto suit avec intérêt ce qui se passe au Québec. « Les discussions y sont beaucoup plus sereines qu’en Ontario, dit-elle. Ici, le débat soulève les passions. Le système de santé universel reste au cœur de l’identité des gens. C’est un terrain miné. » D’après elle, la vraie bataille risque de se jouer devant les tribunaux. Déjà, deux poursuites judiciaires — une en Alberta, l’autre en Ontario — invoquent le précédent créé par l’arrêt Chaoulli pour tenter de casser le monopole du système public. Surnommées « Ontario Chaoulli » et « Alberta Chaoulli », ces deux affaires reçoivent notamment le soutien financier de la Canadian Constitution Foundation, institut de Calgary dont la mission consiste à « protéger les droits constitutionnels des Canadiens ». « La saga ne fait que commencer », dit Colleen Flood.

Santé et Science

Répertoire des soins privés au Québec

Agence de voyages Assurances privées Avocats de la santé Cataractes Chirurgie Cliniques médicales – Médecine familiale Courtage médical Financement Médecine pour cadres Prélèvements Radiologie Agence de voyages Combien ? Exemples de prix dans les hôpitaux cubains (ils varient selon la gravité des cas) : Implant dentaire : 1 200 dollars. Greffe de cheveux : 1 100 dollars. Examen par résonance magnétique : 350 dollars. Prothèse de genou : entre 2 000 et 2 500 dollars. Prothèse de hanche : 11 000 dollars. Hernie discale : 4 000 dollars. Autres exemples: Prothèse de hanche en Inde: 6 000 dollars. En France: 15 000 dollars. GoSculptura 1200, rue Sherbrooke Ouest, bureau 2200 Montréal (QC) H3A 3L6 1 800 576-0942 www.gosculptura.com Spécialisée dans les voyages pour de la chirurgie esthétique. HealthTrips 1622 Michael Street Ottawa (Ont.) K1B 3T7 613 868-2428 www.healthtrips.com Organise des voyages en Inde. Meditours 1 866 717-6565 www.meditours.org Offre des voyages en Inde et en Chine. MedSolution 3114 Boundary Road Burnaby (B.C.) V5M 4A2 1 800 984-0457 www.medsolution.com Organise des voyages dans des cliniques et des hôpitaux dans un grand nombre de pays dont la France, la Pologne, la Turquie, l’Inde et l’Afrique du Sud. OneWorld Medicare 6081 No. 3 Road, 10th floor Richmond (B.C.) V6Y 2B2 1 800 533-8718 www.oneworldmedicare.com Organise des interventions chirurgicales et des traitements au Canada ou aux États-Unis. Sun Medical Group 410-119 West Pender Street Vancouver (B.C.) V6B 1S2 604 321-6012 1 888 288-5788 www.healthtourism.ca Offre des forfaits pour des hôpitaux en Malaisie, à Singapour et en Thaïlande. Surgical Tourism Canada 400-601 West Broadway Vancouver (B.C.) V5Z 4C2 604 871-4315 1 877 871-4315 www.surgicaltourism.ca Planifie des interventions notamment en Inde, à Abou Dhabi (Émirats arabes unis) et au Mexique. Timely Medical Alternatives 1275 West 6th Avenue, 3rd floor Vancouver (B.C.) V6H 1A6 604 714 4999 1 866 884-6359 www.timelymedical.ca Organise des traitements dans des cliniques privées canadiennes ou des installations américaines. Agence de voyages Assurances privées Avocats de la santé Cataractes Chirurgie Cliniques médicales – Médecine familiale Courtage médical Financement Médecine pour cadres Prélèvements Radiologie Assurances privées Combien ? À partir de 65 dollars par mois pour une famille. OneWorld Medicare 6081 No. 3 Road, 10th Floor Richmond (B.C.) V6Y 2B2 1 800 533-8718 info@oneworldmedicare.com www.oneworldmedicare.com Agence de voyages Assurances privées Avocats de la santé Cataractes Chirurgie Cliniques médicales – Médecine familiale Courtage médical Financement Médecine pour cadres Prélèvements Radiologie Avocats de la santé Combien ? Les honoraires des avocats spécialisés en politique de santé varient entre 250 et 750 dollars l’heure. Barry Stein 1203-5, Place Ville-Marie Montréal (Qc) H3B 2G2 514 875-2100 Agence de voyages Assurances privées Avocats de la santé Cataractes Chirurgie Cliniques médicales – Médecine familiale Courtage médical Financement Médecine pour cadres Prélèvements Radiologie Cataractes Combien ? Entre 1 500 et 3 000 dollars par œil. Temps d’attente, système public: entre 4 et 19 semaines, selon les régions. Temps d’attente, cliniques privées: une semaine. 100% Vision 100-2727, rue King Ouest Sherbrooke (Qc) J1L 1C2 819 346-2727 1 800 346-9389 www.100pour100vision.qc.ca ChirurgiVision Clinic 579, rue Laviolette Trois-Rivières (Qc) G9A 1V6 819 693-5757 1 800 693-5657 www.chirurgivision.com Clinique ChirurgiVision de Drummondville 103-350, rue St-Jean Drummondville (Qc) J2B 5L4 819 475-1050 1 888 429-1050 www.chirurgivision.com Cliniques Michel Pop 900-9001, boul. l’Acadie Nord Montréal (Qc) H4N 3H5 514 381-2020 R11-200, rue Montcalm Gatineau (Qc) J8Y 3B5 819 773-2020 1 800 661-6345www.cmpop.com La clinique de l’œil de Montréal Bureau de Montréal : 901-300, rue Léo-Pariseau Montréal (Qc) H2X 4B3 514 288-0088 1 888 844-8888 Bureau de Longueuil : 3298, boul. Taschereau Greenfield Park (Qc) J4V 2H6 450 465-8724 www.cdom.com Institut privé de chirurgie 180-801, Grande-Allée Ouest Quebec (Qc) G1S 1C1 418 687-7328 www.institutprivedechirurgie.com Clinique d’Ophtalmologie Iris (Les chirurgies ne sont pratiquées qu’à cette clinique, et non dans les autres centres de la chaîne.) 3030, boul. du Carrefour, bureau 1105 Laval (Qc) H7T 2P5 450 688-6574 1 877 656-4747 www.iris.ca Laservue Clinic 201-1100, avenue Beaumont Montréal (Qc) H3P 3H5 514 738-6666 1 888 734-6666 www.laservue.net Agence de voyages Assurances privées Avocats de la santé Cataractes Chirurgie Cliniques médicales – Médecine familiale Courtage médical Financement Médecine pour cadres Prélèvements Radiologie Chirurgie Combien ? Les prix (approximatifs) varient d’une clinique à l’autre. Prothèse de coude : entre 17 000 et 20 000 dollars. Prothèse de genou : 13 000 dollars. Prothèse de hanche : 12 000 dollars. Prothèse d’épaule : entre 5 000 et 8 000 dollars. Temps d’attente, système public : Le temps d’attente moyen selon les régions au Québec pour une prothèse de genou, de hanche, d’épaule ou de coude varie de 5 à 40 semaines. Temps d’attente, cliniques privées : Entre une et quatre semaines. André Perreault Clinique de chirurgie du pied de Montréal 200-2320, rue Fleury Est Montréal (Qc) H2B 1K9 514 387-3871 www.halluxvalgus.com Spécialiste des chirurgies du pied, de la cheville, mais aussi de la main et du poignet Clinique orthopédique Duval 1487 boul. des Laurentides Laval (Qc) H7M 2Y3 450 663-3901 www.duval.bz Chirurgie de la hanche et du genou et reconstruction de ligaments MédiClub 6100, avenue du Boisé Montréal (Qc) H3S 2W1 514 739-5646 www.mediclub.ca Orthopédie, cataractes, chirurgie générale Opmedic 300-1565, boul de l’Avenir Laval (Qc) H7S 2N5 450 662-9393 301-1361, avenue Beaumont Montréal (Qc) H3P 2W3 514-345-8535 1-866-999-3885 www.opmedic.com Chirurgie générale, ano-rectale, vasculaire RocklandMD 100, chemin Rockland Montréal (Qc) H3P 2V9 514 667-3383 www.rocklandmd.com Chirirgie générale et orthopédique Westmount Square Surgical Center 1 Westmount Square, bureau C190 Westmount (Qc) H3Z 2P9 514 931-5500 www.wssurgical.com Spécialisé en chirurgie orthopédique et en chirurgie de l’hernie Agence de voyages Assurances privées Avocats de la santé Cataractes Chirurgie Cliniques médicales – Médecine familiale Courtage médical Financement Médecine pour cadres Prélèvements Radiologie Cliniques médicales – Médecine familiale Combien ? Les coûts varient d’une clinique à l’autre : entre 150 et 300 dollars l’heure (avec un minimum de 100 dollars par visite). Des forfaits sont souvent offerts. Centre Multi-Medic 320, chemin du Golf Montréal (Qc) H3E 1A8 514 768-4717 www.multi-medic.com Médecine générale, médecine du sport et médecine préventive Centre de médecine privée Blouin-Valois 299, boul. Sir Wilfred Laurier Saint-Lambert (Qc) J4R 2L1 450 465-5541 Clinique médicale MD-Plus Centre médical René Laënnec 301-1100, avenue Beaumont Montréal (Qc) H3P 3H5 514 738-7587 514 738-4445 www.md-plus.ca Médecine familiale, entente avec un laboratoire privé et un service de radiologie Clinique médicale privée de Dr. Geneviève Préfontaine Seaforth Medical Building 540-3550, chemin Côte-des-Neiges Montréal (Qc) H3H 1V4 514 932-7578 Médecine familiale, santé de la femme et du nourrisson MédiClub 6100, avenue du Boisé Montréal (Qc) H3S 2W1 514 739-5646 www.mediclub.ca Médecine préventive, laboratoire, bloc opératoire, clinique santé-voyage RocklandMD 100, chemin Rockland Montréal (Qc) H3P 2V9 514 667-3383 www.rocklandmd.com Médecine préventive, médecine familiale Groupe Santé Physimed 6363, route Transcanadienne, bureau 121 Montréal (Qc) H4T 1Z9 514 747-8888 1 888 749-7463 www.physimed.com Médecine préventive, médecine d’entreprise, radiologie, prélèvements, médecine familiale, chirurgie Sentinelle Santé 260-4, rue Taschereau Gatineau (Qc) J8Y 2V5 819 778-1330 www.sentinellehealthgroup.ca Médecine familiale, chirurgie mineure, laboratoire Agence de voyages Assurances privées Avocats de la santé Cataractes Chirurgie Cliniques médicales – Médecine familiale Courtage médical Financement Médecine pour cadres Prélèvements Radiologie Courtage médical Combien ? 180 dollars l’heure. Des forfaits pour les membres sont également possibles. MedExtra 210-750, boul. Marcel-Laurin Montréal (Qc) H4M 2M4 514 522-8000 1 877 373-9872 www.medextra.com Agence de voyages Assurances privées Avocats de la santé Cataractes Chirurgie Cliniques médicales – Médecine familiale Courtage médical Financement Médecine pour cadres Prélèvements Radiologie Financement Taux d’intérêt : entre 9,95 % et 22,95 %. Medicard 1-888-689-9876 www.medicard.com Couvre tout le Canada. Site en anglais seulement. Crédit médical et Care Credit Agence de voyages Assurances privées Avocats de la santé Cataractes Chirurgie Cliniques médicales – Médecine familiale Courtage médical Financement Médecine pour cadres Prélèvements Radiologie Médecine pour cadres Combien ? Bilan de santé complet : entre 800 et 1 200 dollars. Services additionnels (comme la disponibilité d’un médecin au téléphone 24 heures sur 24) : entre 1 000 et 1 500 dollars par an, par employé. Medcan 1500-150 York Street Toronto (Ont.) M5H 3S5 416 350-5900 1 800 463-3226 www.medcan.com A des antennes à Vancouver, Edmonton, Calgary, Montréal, Ottawa, Dartmouth Medisys 500, rue Sherbrooke Ouest, 11e étage Montréal (Qc) H3A 3C6 514 845-1211 1 800 499-1394 www.medisys.ca Possède des bureaux à Calgary, Vancouver, Toronto, Ottawa, Montréal Agence de voyages Assurances privées Avocats de la santé Cataractes Chirurgie Cliniques médicales – Médecine familiale Courtage médical Financement Médecine pour cadres Prélèvements Radiologie Prélèvements Combien ? Entre 35 dollars (pour un prélèvement analysé dans un laboratoire public) et 675 dollars (pour un profil allergique complet, analysé dans un laboratoire privé). Laboratoire Biron 4105-F, boul. Matte, Longueuil (Qc) J4Y 2P4 514 866-6146 1 800 463-7674 info@laboratoirebiron.com www.laboratoirebiron.com Laboratoires CDL Siège social : 5990, rue Côte-des-Neiges Montréal (Qc) H3S 1Z5 514 344-8022 Centre médical Côte-Des-Neiges 5858, rue Côte-des-Neiges, bureau 318 Montreal (Qc) H8Z 1W5 514 345-8494 Centre-ville de Montréal 666, rue Sherbrooke Ouest, bureau 1900 Montréal (Qc) H3A 1E7 514 982-9696 Ouest de l’île 12 774, boul Gouin Ouest, bureau 30 Pierrefonds (Qc) H1Z 1W5 514 684-8460 service@laboratoirescdl.com www.laboratoirescdl.com Laboratoire Bio-Médic de l’Est Québec 4495 Boul. Wilfrid Hamel suite150 Québec QC Canada G1P 2J7 418 780-3322 1 866 624-3322 Sept-Îles 781 Boul. Laure Sept-Îles QC Canada G4R 1Y2 418 968-3322 1 877 968-3422 Centre Médical Sillery 1751 av. Sheppard, 2ième étage Québec QC Canada G1S 4G1 418 688-0664 418 780-6265 Baie-Comeau 189 Damasse Potvin Baie-Comeau QC Canada G4Z 2Y9 418 296-3321 1 877 596-3321 www.biomedic.cc Centre de prélèvements Myrrha Santé Inc. 68, rue Picard L’Épiphanie (Qc) J5X 2R1 514 774-1159 1 866 769-7742 www.myrrhasante.com Groupe Santé Physimed 6363, route Transcanadienne, bureau 121 Montréal (Qc) H4T 1Z9 514 747-8888 1 888 749-7463 www.physimed.com MédiClub 6100, avenue du Boisé Montréal (Qc) H3S 2W1 514 739-5646 www.mediclub.ca Sentinelle Santé 260-4, rue Taschereau Gatineau (Qc) J8Y 2V5 819 778-1330 www.sentinellehealthgroup.ca Agence de voyages Assurances privées Avocats de la santé Cataractes Chirurgie Cliniques médicales – Médecine familiale Courtage médical Financement Médecine pour cadres Prélèvements Radiologie Radiologie Tous les types d’examen Résonance magnétique Imagerie nucléaire, tomographie par émission de positrons et tomographie Assistée par ordinateur (TEP/CT) Mammographie Échographie Scopie en gastro-entérologie Combien ? Examen de résonance magnétique : entre 600 et 900 dollars. Tomographie par émission de positons : entre 2 350 et 2 850 dollars. Tomodensitométrie assistée par ordinateur : entre 225 et 675 dollars. Coloscopie virtuelle : 600 dollars. Tous les types d’examen Centre d’Imagerie médicale RésoScan 2984, boul. Taschereau Greenfield Park (Qc) J4V 2G9 450 671-6173 www.resoscan.com Léger et associés 1851, rue Sherbrooke Est, bureau 201 Montréal (Qc) H2K 4L5 514 523-2121 rum@legerradiologie.qc.ca www.legerradiologie.qc.ca Imagerie Médicale Westmount Square 1 Westmount Square, bureau C210 Westmount (Qc) H3Z 2P9 514 939-WSMI, poste 9764 www.radiologymontreal.com Radiologie Varad 4, Complexe Desjardins, Niveau 4 C.P. 91 – Succursale Desjardins Montréal (Qc) H5B 1B2 514 281-1355 www.radiologievarad.com Radiologie Laënnec 1100, avenue Beaumont Ville de Mont-Royal (Qc) H3P 3H5 514 738-6866 Centre de radiologie West Island 350-175, chemin Stillview Pointe Claire (Qc) H9R 4S3 514 697-9940 600, boul. Harwood Vaudreuil-Dorion (Qc) J7V 6A3 450 455-9301, poste 244 Centre d’imagerie RM Clarke 5885, chemin Côte-des-Neiges Montréal (Qc) H3S 2T2 514 739-1444 IRM Quebec / Clinique Radiologique Saint-Pascal 110-1900, rue Mailloux Québec (Qc) G1J 5B9 418 667-0060 (MRI) 418 667-6041 www.irmquebec.com Radiologie Ellendale 200-5950, chemin Côte-des-Neiges Montréal (Qc) H3S 1Z4 514 739-6169 Radiologie Saint-Denis 1-8415, rue St-Denis Montréal (Qc) H2P 2H1 514 387-8725 www.radiologiemedica.com Radiologie Montérégie 240-100, Place Charles-Lemoyne Longueuil (Qc) J4K 2T4 450 674-0909 1 877 674-0909 www.radiologiemonteregie.com Résonance magnétique Le centre d’imagerie par résonance magnétique de Medisys 5811, chemin Côte-des-Neiges Montréal (Qc) H3S 1Z2 514 341-5253 mri@medisys.ca IRM Trois-Rivières 105-1900, boul. des Récollets Trois-Rivières (Qc) G8Z 4K4 819 697-2474 877 797-2474 www.irmquebec.com Le centre de résonance magnétique de la Vallée de l’Outaouais 15, rue Papineau Gatineau (Qc) J8X 1T4 819 420-0130 1 866 222-9771 www.ottawavalleymri.com MRI IRM Plus 61, rue Laurier Gatineau (QC) J8X 3V7 819 771-1MRI [1674] 1 877 771-1MRI info@mriplus.ca www.mriplus.ca IRM St-Joseph 228, boul. Saint-Joseph Gatineau (Qc) J8Y 3X4 819 777-1MRI (1674) 1 877 677-1MRI (1674 ) info@stjosephmri www.stjosephmri.com Réso-Concorde / Réso-Carrefour 300, boul. de la Concorde Est Laval (Qc) H7G 2E6 503-3030, boul. le Carrefour Laval (Qc) H7T 2P5 450 668-7376 1 866 668-7376 www.resoconcorde.com Imagerie nucléaire, tomographie par émission de positrons et tomographie assistée par ordinateur (TEP/CT) Imagerie nucléaire et TEP/CT Ville-Marie 2345, rue Guy Montréal (Qc) H3H 2L9 514 933-5885 1 888 933-5885 www.villemariepetct.com Tomo Concorde 300, boul. de la Concorde Est Laval (Qc) H7G 2E6 450 629-8666 1 800 561-8666 www.tomoconcorde.com Imatech 500, Sherbrooke Ouest, 11e étage Montréal (Qc) H3A 3C6 imatech@medisys.ca 514 499-2791 1 877 314-6444 www.imatech.ca Mammographie Centre médical et centre de la santé de la femme Ville-Marie 1000-1538, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Qc) H3G 1L5 514 933-2778 www.villemariemed.com Échographie Clinique privée d’échographie 4, rue Taschereau, bureau 555 Gatineau (Qc) J8Y 2V5 819 771-1884 Ultrason@clinique-echo.com www.clinique-echo.com Le centre de fertilité de Montréal 5252, boul. de Maisonneuve Ouest, bureau 220 Montréal (Qc) H4A 3S5 514 369-6116 www.montrealfertility.com Cliniques Procrea 1361, avenue Beaumont, bureau 301 Ville de Mont-Royal (Qc) H3P 2W3 514 345-8535 1 888 776-2732 5600, boulevard des Galeries, bureau 401 Québec (Qc) G2K 2H6 418 260-9555 1 877 776-2732 177, rue Denison Est Granby (Qc) J2G 4C4 1 888 776-2732 www.procrea.com Scopie en gastro-entérologie Centre de gastro-entérologie 223, boul. St-Jean, bureau 223 Plaza Pointe-Claire Pointe-Claire (Qc) H9R 3J1 514 426 0090 www.gastrocentre.com Spécialistes MD 1 Westmount Square, bureau C200 Westmount (Qc) H3Z 2P9 514 904-0666 www.specialistesMDspecialists.com

Santé et Science

Wô la techno !

À sa naissance, chaque petit Québécois subit une piqûre dans le talon. On lui fait ainsi une prise de sang qui permet de dépister trois maladies métaboliques héréditaires graves touchant un nouveau-né sur 3 500. Mais en utilisant une nouvelle technique d’analyse, la spectrométrie de masse en tandem, pour analyser cet échantillon de sang, on pourrait déceler jusqu’à 30 maladies métaboliques d’un coup. En Amérique du Nord et en Europe, cette technologie s’est répandue et on l’utilise, selon les pays, pour détecter de 2 à 29 de ces maladies. Mais est-ce vraiment un plus pour la population ? Le Québec est un des rares endroits où on a soumis la question à des spécialistes en évaluation des technologies médicales. Pourquoi ? Entre autres parce que l’équipement coûte cher (plus de 250 000 dollars), que la technique n’est pas entièrement fiable pour toutes les maladies, dont certaines sont très rares (un cas sur un million), et que le dépistage systématique de défauts génétiques soulève de nombreuses questions éthiques. Après avoir compilé une multitude d’études menées partout dans le monde sur divers aspects de la question, du taux de succès de l’analyse pour déceler chaque maladie aux répercussions du dépistage sur la santé des enfants atteints en passant par la réorganisation des services, les chercheurs de l’Agence d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé (AETMIS) ont rendu leurs conclusions il y a quelques mois et conseillé au gouvernement de ne pas s’emballer. Le Québec a ainsi évité d’investir trop et trop vite dans une technologie qui n’est peut-être pas aussi performante qu’elle en a l’air. Mais une telle démarche est très rare. « La plupart des décisions en matière de techniques médicales ne sont pas basées sur des évaluations complètes et rigoureuses. Elles reposent sur la pression des lobbys, sur des considérations politiques ou sur la volonté collective de disposer de la technologie dernier cri », dénonce Renaldo Battista, directeur du Département d’administration de la santé de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé. Diplômé de Harvard, ex-président de l’AETMIS, ce chercheur croit qu’on n’a plus le choix : il faut accepter, collectivement, de prendre des décisions éclairées. Et de renoncer à des innovations quand elles ne se justifient pas. L’actualité l’a rencontré. — Vous dites que l’évaluation des technologies fait partie des solutions à la crise des systèmes de santé. Pourquoi ? — Partout, les coûts de santé ont explosé, notamment parce que les technologies et les médicaments sont de plus en plus chers. Les services publics ont atteint un plafond dans leur capacité de payer. Les décideurs savent qu’il faut faire des choix, et les gens sont conscients que ces choix doivent s’appuyer sur des analyses rigoureuses. Car on sait bien que tout ce qui est nouveau — médicament ou technique — n’est pas forcément meilleur : il faut pouvoir comparer la valeur ajoutée de chaque solution à celle des autres. Une technologie peut être prometteuse sur le papier, mais inopérante parce qu’incompatible avec le mode d’organisation des soins ou éthiquement inacceptable. Tout comme un médicament qui, au bout du compte, n’est guère plus efficace qu’un autre, 10 fois moins coûteux. Une évaluation objective, qui tient compte des aspects médicaux, économiques, sociaux, organisationnels et éthiques, est nécessaire pour minimiser le risque d’erreurs. C’est une sorte de contrepoids à la manière naturelle de prendre des décisions, fondée sur des critères pas toujours rationnels. Pourtant, on sait que les erreurs peuvent coûter très cher… — Oui, car une fois introduite, une technologie médicale ne sera pas éliminée avant des années, même si on en trouve une meilleure. C’est le principe de la substitution partielle, un des phénomènes à l’origine de l’augmentation des coûts. Ainsi, quand les hôpitaux ont investi dans la tomographie par émission de positrons, le PET scan, pour diagnostiquer certaines tumeurs, ils n’ont pas éliminé les tomodensitomètres, ou scanners. Et ils ont conservé les PET scan quand l’imagerie par résonance magnétique est devenue plus performante. Mais on n’a pas pour autant déterminé la manière optimale de répartir les analyses entre ces trois techniques. Il y a eu addition des coûts plutôt que substitution. A-t-on vraiment les outils nécessaires pour évaluer tout cela de façon fiable ? — L’évaluation en santé est née dans les années 1970, à partir de disciplines telles que l’épidémiologie, la recherche clinique, les sciences économiques et sociales. Elle n’a cessé de progresser, jusqu’à devenir une spécialité à part entière qui compte des experts partout dans le monde. Au début, on essayait surtout d’établir le ratio coût-efficacité d’une technologie, par exemple la tomodensitométrie, pour savoir s’il valait la peine d’investir dans un appareil coûteux. Puis, on a élargi l’analyse. Dans les années 1990, on a commencé à réfléchir en fonction de la maladie. On s’est demandé quels étaient les meilleurs médicaments ou modes d’intervention pour traiter le cancer du sein. Aujourd’hui, c’est toute l’organisation des services qu’on évalue : on peut ainsi déterminer le rôle optimal que devraient jouer les infirmières dans la prise en charge du traitement du cancer. Les méthodes d’évaluation actuelles sont éprouvées : depuis les années 2000, toutes les commissions d’enquête et instances internationales qui se sont penchées sur la question insistent sur l’importance primordiale que devrait avoir l’évaluation dans les processus de décision. Comment cette évaluation est-elle organisée actuellement ? — En 1972, les États-Unis ont été les premiers à se doter d’un organisme national chargé de conseiller le gouvernement, l’Office of Technology Assessment. [NDLR : L’organisme a été supprimé par les républicains en 1995, mais Hillary Clinton a promis de le ressusciter si elle est élue.] La plupart des pays industrialisés ont suivi. Le Québec a été un pionnier au Canada en créant, en 1988, le Conseil d’évaluation des technologies de la santé, qui est devenu, en 2002, une agence indépendante, l’AETMIS. L’Office canadien de coordination de l’évaluation des technologies de la santé a été mis sur pied en 1989, puis remplacé, en 2006, par l’Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé. Toutes ces instances peuvent, dans une certaine mesure, partager leurs résultats, mais elles doivent replacer leur évaluation dans le contexte local. Au cours des dernières années, certains hôpitaux universitaires, comme celui de l’Université McGill, ont créé leurs propres services d’évaluation, qui tentent d’insuffler cette culture à l’intérieur même de l’établissement, où de nombreuses décisions sont prises. Pourtant, la plupart des décisions d’investissement ou de réorganisation ne s’appuient pas sur de telles évaluations… — L’évaluation est le parent pauvre de la santé. Le budget annuel de l’Aetmis stagne depuis plusieurs années à environ trois millions de dollars et les budgets des services d’évaluation des hôpitaux sont minimes, alors que le Québec dépense chaque année 23 milliards pour le système de santé. Dans l’ensemble du Canada, on consacre moins de 30 millions à l’évaluation, pour 125 milliards en santé. En 2002, quand je présidais l’Aetmis, j’avais calculé avec un expert du ministère de la Santé et des Services sociaux que 20 millions de dollars permettraient aux spécialistes de répondre aux demandes les plus pressantes des décideurs. Nous sommes en 2008 et on en est encore loin… Si on consacrait 0,5 % du budget de la santé aux évaluations, on ferait un immense pas en avant ! Certains pays l’ont compris, comme la Grande-Bretagne, dont le National Institute for Health and Clinical Excellence, le NICE, dispose à lui seul de près de 60 millions de dollars par an pour évaluer technologies, médicaments et modes d’intervention (voir l’encadré). Vous constatez tout de même des progrès ? — Oui, les mentalités changent, et dans les hôpitaux, de plus en plus de décisions se fondent sur des évaluations. On en est au stade où un grand nombre de décideurs sont convaincus de la justesse de l’approche, mais les spécialistes en évaluation ne suffisent pas à répondre à la demande. Il faut augmenter le nombre d’experts et les rapprocher des gens qui décident des investissements. On observe aussi des progrès chez les concepteurs d’équipement ou de médicaments, qui sont de plus en plus conscients des limites de la capacité de payer des services publics. Ma collègue Pascale Lehoux, titulaire de la Chaire de recherche sur les innovations en santé, cherche à créer des forums interactifs entre décideurs et concepteurs pour accélérer cette prise de conscience et faire en sorte qu’on dispose de technologies plus efficaces et mieux arrimées aux besoins du système de santé. Pourquoi, alors, tarde-t-on à réagir ? — Faire des choix éclairés veut dire renoncer ouvertement à certaines solutions, ce qui n’est jamais populaire. Cela implique aussi de réfléchir, collectivement, à la façon dont on aborde la santé, la vie et la mort, trois concepts indissociables. C’est un défi dans nos sociétés occidentales, où l’on pense que toutes les solutions sont technologiques et qu’on a besoin d’elles pour repousser la mort à tout prix. Il faudrait plus de débats publics sur ces questions. Mais l’évaluation en santé est aussi une discipline très aride. Pour les journalistes, elle est bien moins glamour quand il s’agit de séduire le lecteur que les dernières inventions capables de sauver des vies ! Les spécialistes en évaluation doivent aussi faire mieux connaître leur travail, comme le fait Pascale Lehoux dans un blogue sur le sujet [Innovations en santé : Pour s’y retrouver !, www.hinnovic.org]. De mon côté, je travaille à mettre au point une méthode pour mesurer les effets de l’évaluation sur les décisions d’investissement : quand on saura chiffrer précisément ce qu’il en coûte de ne pas baser nos choix sur la raison, on changera peut-être nos pratiques !

Santé et Science

La médecine du NICE

En Grande-Bretagne, le National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE) a été créé en 1999 pour évaluer les médicaments et les traitements pris en charge par l’État et rationaliser la prise de décisions. Nombre de ses avis ont entraîné de vastes débats publics et l’organisme est régulièrement pris à partie par des groupes de malades, des médecins, ou encore par des sociétés pharmaceutiques qui ont vu leurs produits retirés de la liste des médicaments remboursés à la suite d’évaluations des experts. Ces dernières années, le NICE a notamment conseillé au gouvernement de restreindre le remboursement de deux médicaments anticancer particulièrement coûteux, le Gleevec, contre la leucémie, et l’Herceptin, contre le cancer du sein. En novembre, un expert du NICE affirmait qu’en 2006 il avait fallu débourser 100 millions de livres [environ 200 millions de dollars] pour traiter avec l’Herceptin 5 000 femmes, dont seulement 500 avaient réellement tiré profit du médicament. Selon lui, la même somme investie en radiothérapie aurait permis de traiter… 30 000 personnes.

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Carences et délinquance

Pour valider son hypothèse, il mènera une vaste étude au cours des trois prochaines années. Ses cobayes : 500 détenus de trois prisons britanniques, qui devront avaler une dose quotidienne recommandée de vitamines, de minéraux et d’acides gras. Pendant la même période, 500 autres détenus prendront des placebos. L’hypothèse du Dr Stein tire son origine d’une étude semblable menée sur 231 volontaires, pendant neuf mois, par l’association caritative britanniqueNatural Justice. Les résultats, parus en 2002 dans le British Journal of Psychiatry, sont surprenants : les prisonniers mieux alimentés avaient commis 26,3 % moins d’infractions au règlement que leurs compagnons et 37 % moins de crimes violents. L’expérience a été reproduite aux Pays-Bas, où les délits ont cette fois chuté de moitié ! Dans sa nouvelle expérience, le Dr Stein étudiera en détail le mécanisme des nutriments en prélevant des échantillons sanguins sur les sujets et en suivant leur rythme cardiaque. La variabilité du rythme cardiaque serait indicative du degré de contrôle qu’une personne a sur son système nerveux. Selon le chercheur, le fonctionnement des membranes des cellules nerveuses et de leurs molécules de signalisation dépend étroitement d’un apport adéquat de nutriments. Bien entendu, l’alimentation n’est pas la seule cause d’agressivité, mais les chercheurs pensent que l’augmentation de la consommation de « calories vides » au cours des 50 dernières années aurait contribué à l’accroissement de la violence dans la société. Conseil du mois Vous voulez maigrir ? Oubliez les boissons hypocaloriques. Car mieux vaut absorber du sucre que des édulcorants. C’est ce que suggèrent des études menées à l’Université Purdue, en Indiana. Les chercheurs ont nourri des rats avec du yogourt sucré au sucre ordinaire, et d’autres, à la saccharine. Les rats avaient aussi droit à un buffet à volonté de leur nourriture habituelle. Cinq semaines plus tard, les rats nourris à la saccharine avaient gagné davantage de poids que les autres. Les chercheurs pensent que les édulcorants perturberaient une fonction inconsciente du métabolisme. Le corps se servirait de la quantité de sucre ingérée pour déterminer le nombre de calories assimilées et envoyer un message de satiété. Les édulcorants désactiveraient ce mécanisme qui régule l’appétit en faussant la relation entre le nombre de calories avalées et la sensation de satiété ressentie par le mangeur.

Santé et Science

Grande séduction en Outaouais

Dès son arrivée au bureau, le matin, André O. Rodier, directeur général du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Gatineau, parcourt les quotidiens de la région. Les deux hôpitaux du CSSS font la manchette pour ainsi dire chaque semaine depuis presque un an… « Le palmarès de L’actualité a été ma première crise médiatique à gérer », dit le gestionnaire de 55 ans, en poste depuis un an. L’Hôpital de Hull et celui de Gatineau ont terminé tout à la fin de la liste du Bilan de santé des hôpitaux de L’actualité (1er avril 2007), qui mesurait l’accessibilité aux soins. La durée moyenne du séjour sur civière aux urgences y était respectivement de 18 et de 27 heures, et plus du tiers des patients avaient attendu plus de six mois pour une opération non urgente. Aujourd’hui, la situation s’est un peu améliorée. Le ministère de la Santé assure que le déficit sera épongé d’ici le 31 mars 2008. D’avril 2007 à janvier 2008, personne n’a dû patienter plus de six mois pour une opération de la hanche, du genou ou de la cataracte. Mais dans les urgences, le séjour sur civière est toujours aussi long. À la fin de l’été 2007, deux urgentologues de Hull ont démissionné. Trois mois plus tard, c’était au tour du chef du Service d’obstétrique-gynécologie de Gatineau — il continue cependant de traiter des patientes. Surmenés, trois de ses collègues ont menacé de quitter le navire. Et en janvier, des infirmières de Hull ont fait un sit-in à la cafétéria, refusant de faire leur quart de travail avec un personnel réduit… En Outaouais, la pénurie de main-d’œuvre dans le système de santé est criante. En juin dernier, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a d’ailleurs reconnu le « statut particulier » de la région et lui a accordé 20 millions de dollars, entre autres pour recruter du personnel. Les établissements doivent en effet y ferrailler contre ceux d’Ottawa, où une infirmière gagne environ 5 000 dollars de plus par an qu’au Québec. Et la concurrence sera plus grande encore lorsque, en 2009, l’hôpital universitaire francophone Montfort, à Ottawa, aura doublé sa superficie et embauché 700 nouveaux employés. André O. Rodier, lui, a fait le chemin inverse : il vient de l’Hôpital général de Hawkesbury, près d’Ottawa. « Ce qui m’a attiré ici, dit-il, c’est le défi. » Et c’en est tout un ! Avec ses quelque 5 000 employés et médecins, le CSSS de Gatineau (deux hôpitaux, trois CLSC, quatre CHSLD et une maison de naissance) est le deuxième employeur en importance dans l’Outaouais, après l’administration fédérale. « Notre CSSS est un gros bateau », explique le capitaine Rodier, un grand costaud à la barbichette blanche. « Le bateau n’est ni en train de couler ni à la dérive. Il entreprend un virage dans la bonne direction. » Changer de cap prendra encore un an, prévient-il de sa voix calme comme une mer d’huile. L’opération « grande séduction » va bon train. En janvier dernier, le CSSS a invité 10 étudiantes en soins infirmiers du Saguenay à visiter ses établissements — et la région — durant une fin de semaine. « Neuf ont confirmé qu’elles viendraient travailler chez nous ! » dit Johanne Robertson, directrice des ressources humaines. Elles ont de bonnes chances d’avoir alors un mentor, une infirmière expérimentée qui les soutiendra. Depuis l’automne, l’Agence de la santé et des services sociaux de l’Outaouais offre un « cadeau de bienvenue » : 3 000 dollars aux diplômés qui arrivent d’une autre région. Les spécialistes (tels que les gynécologues obstétriciens, la priorité), eux, reçoivent 20 000 dollars par année, pendant trois ans. On mise également sur la formation. L’Agence a lancé cet automne, en collaboration notamment avec Emploi-Québec, un programme destiné aux infirmières auxiliaires qui voudraient devenir infirmières : pendant leurs études, elles reçoivent une rémunération hebdomadaire équivalente à 25 heures de travail. Recruter, c’est bien. Mais encore faut-il garder la main-d’œuvre embauchée, fait remarquer Micheline Blais, infirmière de 58 ans en retraite progressive. « On est à bout de souffle », dit cette belle grande femme, attablée à la cafétéria. Il y a un an et demi encore, elle faisait régulièrement des heures supplémentaires à la salle d’opération. Maintenant, elle rencontre les patients pour les préparer à l’intervention. « Le plus beau poste de ma carrière », dit-elle avec une brève étincelle dans ses yeux pâles fatigués. D’avril à décembre 2007, le CSSS de Gatineau a embauché 86 infirmières. Mais 85 autres sont parties, certaines pour la retraite, d’autres pour un nouvel emploi… En février dernier, la direction a organisé, avec les syndicats, un « forum de mobilisation ». Une centaine d’employés ont causé de sources d’irritation au travail et de pistes de solution. Malgré tout, Élizabeth Leduc, 54 ans, présidente du syndicat des infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes du CSSS, peine à cacher son scepticisme. Depuis 2000, la direction a changé cinq fois. « M. Rodier a de bonnes intentions, dit-elle, les yeux baissés. Il est à l’écoute des gens. Peut-être que cette fois, cela va fonctionner… » Pour encourager les troupes, des primes (de 10 %) ont été offertes aux infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes affectés aux urgences et aux soins intensifs. Même chose pour ceux qui travaillent le soir et la nuit (12 % plutôt que 4 %). Il est également possible de travailler 12 heures par jour à un salaire supérieur (de 7 %). « Ce dont on a besoin, ce ne sont pas des primes, mais des gens », dit calmement Patrice Tremblay, infirmier de 28 ans, qui travaille à l’Hôpital de Hull depuis 2003. En mai, il a marché avec 800 autres personnes dans les rues de Gatineau à l’invitation d’Outaouais à l’urgence, phase 2, coalition formée de représentants du public, d’organismes communautaires et de professionnels de la santé. Au début des années 1970, celle-ci a contribué à l’obtention d’équipement médical pour l’Outaouais. Relancée en 2007 (d’où le « phase 2 »), elle dénonce le sous-financement de la région par rapport à d’autres, comme le Saguenay. Elle réclame de Québec 150 millions de dollars de plus par an. Quelque 40 000 personnes ont jusqu’à présent signé sa pétition. Afin de pallier la pénurie, la coalition propose aussi de mettre sur pied un centre de formation, affilié à l’Université McGill, qui formerait, en français et sur place, en Outaouais, des professionnels de la santé (ergothérapeutes, médecins, nutritionnistes, etc.). « La population augmente très rapidement en Outaouais », dit le Dr Gilles Aubé, urgentologue à l’Hôpital de Hull — notamment en raison du taux de natalité plus élevé que la moyenne québécoise. Le Dr Aubé soutient que la région n’a que 1,5 lit de soins de courte durée pour 1 000 habitants, contre 2 pour 1 000 en moyenne au Québec. « Il manque 220 lits, dit-il. C’est un hôpital au grand complet ! » La répartition des ressources est équitable, rétorque le ministère de la Santé. Le budget est attribué en fonction du nombre d’habitants, mais aussi de l’âge de la population — les besoins de soins augmentent avec le vieillissement. Or, on compte plus de jeunes en Outaouais qu’ailleurs au Québec. De plus, Québec consacre 50 millions de dollars par an au paiement de soins que les Outaouais ont reçus en Ontario. « Les établissements d’Ottawa sont de moins en moins enclins à accueillir les Québécois, dit le Dr Guy Morissette, PDG de l’Agence de la santé et des services sociaux. Ils doivent servir leur propre population. » Pour rapatrier ses malades, Québec investit notamment dans les infrastructures. Ainsi, les urgences seront prochainement rénovées. À Hull, le coup d’envoi des travaux devrait être donné cet été. Sur le terrain, deux médecins ont récemment été mandatés pour trouver des solutions à l’engorgement des urgences. Leur première proposition ? Transférer rapidement les patients sur civière vers les étages, même si tous les lits y sont occupés. Selon eux, le fardeau des urgences doit être partagé. Déjà, des voix s’élèvent contre cette idée. Du temps. C’est ce que demande André O. Rodier à son personnel. « On sait que les gens travaillent très fort et vivent une situation difficile. Les employés et les patients commenceront à voir l’effet des mesures en 2008. » Et en 2009, le bateau prendra sa vitesse de croisière…

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« Le climat change, et puis après ? »

C’est le père de Lucy — en tout cas, son inventeur. Yves Coppens, paléoanthropologue, expert ès fossiles, distingué fouineur et voyageur dans le temps, vit entre deux époques et autant d’avions. Dans son bureau du Collège de France, un amas de cartons laisse dépasser deux bois de cervidé, quelques dents de mammouth, un crâne ou deux en embuscade. Le préhistorien a récemment publié La passion de l’espèce (Éd. de l’Aube), une série d’entretiens avec Sophie Nauleau où il évoque son enfance en veine d’exotisme, son goût pour les vieilles choses, la popularité que lui a value la découverte de Lucy, notre lointaine ancêtre, qui vécut en Afrique il y a plus de trois millions d’années. *** Que pensez-vous du changement climatique que notre espèce a provoqué ? — Il n’y a rien de plus banal que les changements climatiques. Pour le géologue et le paléontologue, ils font partie de l’histoire de la Terre. Ils constituent le quotidien de nos disciplines. On ne les considère pas comme des événements. Ce qu’on étudie, c’est leur importance, leur séquence, leurs rythmes. Ce n’est donc pas la première fois que l’homme doit faire face à un bouleversement du climat ? — Non. Il y a 70 ou 80 millions d’années, le continent euraméricain réunissait l’Amérique du Nord, le Groenland et l’Europe. Lorsqu’on découvre un fossile incomplet du côté de Reims, on va chercher la partie manquante dans le Colorado ! Puis, l’Atlantique Nord s’est ouvert, exactement comme on tire une fermeture éclair. En paléontologie, on est habitué à ces changements de paysages, de niveaux des eaux et des glaces. Au sud-ouest de la Finlande, on a récemment découvert une sorte de petit abri-sous-roche. Il y avait des restes de feux, des outils. Cent mille ans avant notre ère, des Néandertaliens ont vécu là. La Finlande ressemblait donc à ce que l’on en connaît aujourd’hui. Rien n’a changé, alors ? — Si, justement ! Entre l’occupation de ce site et sa découverte, il a été enseveli sous un glacier épais de trois kilomètres. Un inlandsis, comme celui qui couvre aujourd’hui le Groenland. Regardez aussi la grotte Cosquer, noyée sous la Méditerranée, juste sous le nez de Marseille. Il faut plonger 40 m sous les calanques pour y pénétrer. Les hommes qui l’ont peinte y entraient pourtant à pied sec. Ça ne me surprend pas que le climat change à nouveau. La surprise aurait été qu’il ne change pas ! Comment ces bouleversements ont-ils affecté nos ancêtres ? — Remontons six, sept ou même dix millions d’années en arrière. Les préhumains, qui vivaient en Afrique tropicale, évoluaient dans la forêt. Les plus anciens sont ainsi à la fois bipèdes et arboricoles. Ils grimpent, comme leurs ancêtres, parce qu’il y a des fruits à cueillir, et pour se préserver des prédateurs. Viennent ensuite des bipèdes exclusifs. Puis, aux environs de deux millions d’années à 800 000 ans en arrière, on commence à rencontrer des êtres appartenant au genre Homo. On passe donc de Lucy, avec sa capacité crânienne de 400 cm3, bien modestement irrigués, à des humains dotés de 800 cm3. Bipèdes, capables de courir vite, ils sont pourvus d’une dentition omnivore : ils se sont mis à manger de la viande parce qu’il y avait moins de végétaux. Pour quelle raison ? — Ils ont connu un changement climatique radical. L’étude des pollens nous enseigne qu’entre trois et deux millions d’années avant notre ère la plupart des arbres ont disparu. D’un milieu humide, les hommes sont donc passés à un environnement quasi sec. Incapables de surmonter ce changement, des espèces se sont éteintes. D’autres ont migré. Certaines sont restées sur place, trouvant une solution à leurs malheurs. C’est le cas de l’homme, des éléphants, des chevaux, des cochons, des antilopes, des rongeurs, des carnivores. Le point commun de ces espèces, c’est qu’elles ont réussi leur coup. On appelle ça des « potentialités d’évolution » : certaines sont plus aptes à s’adapter. Un écosystème qui perdure, c’est rare et finalement pas très naturel. Comment s’adapter ? — Beaucoup d’animaux réussissent grâce à la capacité de leur dentition d’augmenter en hauteur et en volume au passage d’une alimentation feuillue à une alimentation herbeuse. Les dents s’usent davantage sur l’herbe, pleine de terre et de petits cristaux abrasifs. Autre stratégie : le cheval, plus vulnérable en terrain découvert, doit gagner en rapidité. Il va se mettre à courir sur un seul doigt au lieu de trois. L’homme, lui, réussit à survivre par la dissuasion intellectuelle. Sa grosse tête en fait un être conscient. Debout, il va réfléchir à sa situation, fabriquer des outils, mettre au point des stratégies de fuite et d’abri. Et il réussit, puisque nous sommes là pour en parler aujourd’hui. Combien de temps une espèce a-t-elle pour s’adapter ? — Moins qu’on ne l’imagine. Quelques milliers d’années, sans doute. Il y a trois millions d’années, l’homme a franchi allégrement cette première épreuve. Étape suivante : il y a 12 000 ans, la dernière glaciation s’achève. Jusqu’alors, toute la France, sauf peut-être les côtes de la Méditerranée, ressemblait à la Sibérie actuelle : des terres gelées sur des centaines de mètres de profondeur. L’inlandsis qui couvrait le nord de l’Europe fond petit à petit, formant la Baltique. On entre dans un monde plus tempéré. Les graminées poussent mieux. Et pour la première fois, l’homme nomade, prédateur, chasseur et cueilleur, s’arrête. Pour mieux cueillir, il s’installe notamment au Proche-Orient et construit sa maison. Il comprend qu’il contrôlerait mieux sa récolte s’il la semait lui-même. Puis, il domestique des bêtes. Dès lors, il dispose d’une réserve de nourriture. Aujourd’hui encore, nous sommes dans cette économie-là. Ce n’est plus son corps qui change, mais son comportement ? — Tout à fait. Trois millions d’années plus tôt, en se mettant debout, il accroissait le volume de son cerveau. Là, il modifie sa conduite. De prédateur, il devient producteur. Physiquement moins vulnérable aux changements climatiques, il s’y adapte de manière culturelle. Et il prospère. Du temps de Neandertal, le peuplement de l’Europe devait atteindre, au maximum, 10 000 personnes. Vous vous rendez compte ? Des Pyrénées à l’Oural, 10 000 personnes… Lorsque l’homme devient sédentaire, on arrive à 10 millions d’humains. Puis vient le 19e siècle. Pour la première fois, l’humanité atteint le milliard d’individus. Et en moins de deux siècles, nous voilà passés à 6,5 milliards. Plus d’humains, cela signifie plus de besoins à satisfaire, de territoires à conquérir… — Exactement. Pourquoi les Homo sapiens sapiens, qui vivaientau Proche et au Moyen-Orient, ont-ils un jour décidé de s’évader vers l’Europe ? Pourquoi venir embêter les Néandertaliens, tranquillement installés sur leur bout de continent ? Au point qu’en 10 millénaires — ce qui est long et court à la fois — les uns ont disparu au profit des autres. Cette poussée-là n’était pas motivée par la simple curiosité ou le désir de conquête. Elle s’explique probablement par des questions alimentaires et démographiques. Et aujourd’hui ? — L’humanité est en pleine forme. Elle a donc besoin de se nourrir, de produire en masse, de créer des technologies pour s’épanouir. C’est la suite logique. Depuis le premier bonhomme qui a pris un caillou pour cogner sur un autre, l’humanité agit sur l’environnement à son profit. Mais ce développement pourrait tourner à son désavantage… — De profitable, notre action sur l’environnement est en effet en train de virer à notre détriment. Heureusement, depuis la fin du 20e siècle, on prend conscience des dimensions de notre territoire, qu’il faut ménager pour les générations futures. En vérité, il s’agit d’une préoccupation très ancienne. Les humains et les animaux ont toujours défendu leur progéniture. C’est l’un des deux réflexes les plus essentiels : sauver sa peau et celle de son petit. On défend son enfant au risque de claquer. Il y va de la survie de l’espèce. Il est bon que l’humanité soit consciente de sa liberté, mais aussi de sa responsabilité à l’égard de son unique terrain de jeux actuel. Elle doit reprendre les rênes pour limiter les dégâts. Liberté et responsabilité sont parfois difficiles à concilier. — Oui, c’est une liberté relative, surveillée par la responsabilité. Je suis frappé par ce paradoxe. Mais la vie elle-même me semble paradoxale : elle est plastique, capable de créer une espèce en très peu de temps si on isole une population dans un coin. Elle peut générer rapidement des variations génétiques. Mais à côté de ça, on a dans nos cellules un ADN nucléaire qui nous condamne à être ce que nous sommes : ma femme me donnera toujours un petit d’homme, pas un éléphanteau. Il y a un côté étriqué dans la génétique. On ne fait pas ce que l’on veut. Certains parlent d’un nécessaire « retour à la nature »… — C’est de la mauvaise nostalgie. Mon discours, et celui de la paléontologie en général, consiste à expliquer comment l’homme est issu de la nature, la manière dont il est devenu un être conscient, réfléchi, à partir de cette souche naturelle. Il faut se méfier du mythe d’une nature merveilleuse et prodigue. Lorsque je présidais la commission chargée de rédiger la Charte de l’environnement, à la demande de Jacques Chirac, j’entendais certains affirmer : « On n’a pas le droit de faire ça, c’est contre nature. » Qu’on la préserve parce qu’elle nous est précieuse, bien sûr. Mais je ne comprends pas cet interdit-là. La paléontologie aide-t-elle à relativiser ? — Forcément. C’est une question de durée, de distance temporelle qui permet peut-être de mieux différencier l’essentiel de l’accessoire. C’est plus confortable encore pour les astrophysiciens ! Moi, j’ai confiance dans l’humanité. Je m’incline devant son génie. Je crois qu’elle saura pondérer son rôle à l’égard de l’environnement. D’autant plus que nous demeurons soumis aux lois de la biologie. Quand il fait froid, on attrape des rhumes. On n’est pas à l’abri, non plus, du vieillissement de notre corps. On continue à faire partie de cette nature dont on est issu — pas la peine de fantasmer sur le retour à la prairie, dans la petite tente ou l’abri-sous-roche ! Dans cette perspective d’évolution, vers quoi tend l’humain ? — C’est surtout sa culture qui évolue. Le succès de notre espèce, c’est la conscience et son application. Mais si l’humanité survit à quelques problèmes cosmiques ou biologiques, elle se dirigera vers une forme plus intelligente. Une « hyper-humanité ». La vie se développe dans ce sens. Pourquoi cela ne continuerait-il pas ? Un jour, l’homme maîtrisera le climat ou la tectonique des plaques. Il ira s’installer sur d’autres planètes. Je me dispute souvent avec mon copain le généticien Albert Jacquard, qui dit que nous sommes « assignés à résidence ». Ça m’énerve ! Moi, je ne doute pas qu’on finira par aller voir plus loin. Vous pensez, comme l’écrivain de science-fiction Ray Bradbury, que l’avenir est sur Mars ? — Mars, ce n’est rien : c’est toujours notre système solaire, et le Soleil est condamné — il a déjà vécu la moitié de ses 10 milliards d’années d’espérance de vie. Il vaut mieux viser une planète dans les parages d’une étoile plus jeune et s’y rendre en navette. Ou bien se débrouiller pour déplacer la Terre ? (© Marion Festraëts, L’Express, 2007)

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Le cœur ressuscité

Lorsque son cœur flanche, l’humain meurt. Cette machine complexe est difficilement réparable. Il y a bien les dons d’organes, mais les donneurs sont rares et les demandeurs de plus en plus nombreux. Une équipe de l’Université du Minnesota croit avoir réussi à accomplir ce que des centaines d’autres scientifiques avaient tenté sans succès jusqu’ici : recréer en laboratoire un cœur qui bat. La méthode rappelle un peu celle du Dr Frankenstein. Les chercheurs ont récupéré le cœur d’un rat mort et l’ont vidé de ses cellules grâce à un détergent, pour n’en garder que la carcasse et les vaisseaux sanguins. Sur cette charpente qui servira de tuteur, on a injecté de nouvelles cellules issues de cœurs de rats nouveau-nés. Cet assemblage a ensuite été nourri dans une solution riche en nutriments. Quatre jours plus tard, le miracle de la vie a opéré. Les cellules se sont sagement disposées dans les artères, chacune reprenant son rôle. Puis, à l’aide de stimulations électriques — qui dans ce cas-ci ne provenaient pas d’éclairs, comme pour la créature du Dr Frankenstein —, le cœur s’est mis à battre à un rythme régulier. Très faiblement, mais il battait. Huit jours plus tard, il pompait du sang à 2 % de la pression normale. Les chercheurs sont restés sans voix. Alors qu’on réussit depuis de nombreuses années à créer en éprouvette de la peau et du cartilage, la fabrication d’organes complets et fonctionnels relevait encore de l’impossible. Bien sûr, il faudra attendre plus de 10 ans avant les premières applications cliniques du « cœur fantôme », comme on le surnomme. Mais cette découverte laisse entrevoir la possibilité de reconstruire n’importe quel organe — pancréas, foie ou rein — et de remplacer les pièces du corps humain comme les éléments mécaniques d’une voiture. Plein la vue ! Une nouvelle génération de lentilles cornéennes bouleversera notre façon de voir. Des scientifiques de l’Université de Washington ont réussi à intégrer des circuits électroniques dans des verres de contact. Ce sont les moniteurs de l’avenir ! affirment-ils. Les possibilités sont infinies : les utilisateurs pourront lire des documents, naviguer dans Internet, connaître leur vitesse de déplacement ou même jouer à des jeux. Pour le moment, on n’en est pas encore à la vision de Terminator ou de la femme bionique — avant d’en arriver là, on devra d’abord mettre au point toute une architecture informatique, ce qui demandera quelques années. Et il ne faudrait pas qu’un moniteur en action empêche l’utilisateur de voir où il met les pieds… Un pâté chinois version biotech À côté de leur maïs transgénique, les Américains pourraient bientôt trouver de la viande d’animaux clonés dans leur assiette. Après cinq années d’études, des spécialistes de la Food and Drug Administration (FDA) concluent, dans un récent rapport, que la viande et le lait de bovins, de chèvres et de porcs obtenus par clonage ainsi que de leur progéniture sont sans danger pour la santé humaine. Les clones d’âge adulte ne présenteraient pas de différences avec les animaux ordinaires « sur le plan chimique et hématologique ». La FDA estime donc qu’aucune mesure spéciale relative aux aliments issus de la descendance d’animaux clonés n’est nécessaire, pas même l’étiquetage. Ces produits pourraient-ils traverser la frontière canado-américaine ? Le ministère de la Santé du Canada devra d’abord faire sa propre évaluation des risques encourus. Conseil du mois Voici une nouvelle raison pour utiliser régulièrement le fil dentaire : cela augmenterait votre espérance de vie ! En effet, les chercheurs ont constaté que les maladies du parodonte et de la gencive augmentent considérablement les risques de souffrir de problèmes cardiaques. Selon des études menées à Harvard et récemment publiées dans le New England Journal of Medicine, les bactéries qui causent l’inflammation de la gencive ou du parodonte migrent dans le sang et déclenchent des réactions immunitaires qui causent le vieillissement prématuré des artères. Grossesse et religion Les femmes enceintes musulmanes et juives ont maintenant accès à des multivitamines prénatales halal et kascher, grâce à la société pharmaceutique Duchesnay, de Laval. Une première au Canada. Dans ces comprimés, les gélatines animales ont été remplacées par des produits d’origine végétale ou provenant de certains types de poissons. Le procédé de fabrication ainsi que les ingrédients utilisés ont été approuvés par les représentants religieux. L’entreprise recevra dorénavant les visites de routine d’un rabbin et d’un imam.

Montfort le miraculé Santé et Science

Montfort le miraculé

On le croyait sur son lit de mort, il a survécu. On le pensait moribond, et voilà que l’Hôpital Montfort, emblème de la lutte de la minorité francophone en Ontario, est en pleine résurrection.

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Le Nouveau Montfort, ce sera…

Avant Après Une superficie totale de 31 121 m2 69 675 m2 Une salle des urgences de 783 m2 2 044 m2 Des lits 166 293 Des lits de soins intensifs 6 12 Des lits en santé mentale 30 60 Des salles d’opération 7 11 Des accouchements 1 700 par an 2 700 par an Des étudiants 300 Plus de 500 Des employés 800 1 500 SAVIEZ-VOUS QUE… Depuis 10 ans, l’Hôpital Montfort se classe en position enviable parmi la centaine d’hôpitaux ontariens figurant dans le palmarès — lequel n’accorde pas de rang global — que publie le centre de recherche indépendant Hospital Report Research Collaborative.

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L’Ontario aux Ontariens !

Bien qu’il ait d’abord pour mission de soigner les Ontariens, l’Hôpital Montfort accueille aussi chaque année des milliers de patients venus de l’autre côté de la rivière des Outaouais. Un phénomène inévitable, selon le PDG de l’établissement, Gérald Savoie, puisque bon nombre de Québécois travaillent à Ottawa. « Comme ils passent la journée ici, il est souvent plus facile pour eux de venir à notre hôpital », dit-il. La majorité des patients présentent leur carte d’assurance maladie, et Montfort envoie simplement la note à la Régie du Québec. Au milieu des années 1980, près de 20 % des revenus de l’établissement provenaient de Québécois. Aujourd’hui, la proportion est de 3 %. Mais, explique Gérald Savoie, l’Outaouais recommence depuis peu à dépendre des hôpitaux d’Ottawa, et le problème des listes d’attente dans cette région est en voie de devenir celui de Montfort. Une situation causée, notamment, par l’exode des médecins, la pénurie d’infirmières et l’absence de relève en santé. Résultat : en janvier, Montfort fermait ses portes aux patients québécois qui figuraient sur la liste d’attente pour une opération de la cataracte. Il n’avait pas le choix, estime Gérald Savoie. Le ministère de la Santé de l’Ontario lui a alloué un budget supplémentaire destiné à réduire exclusivement la liste d’attente des patients ontariens. « Si nous ne dépensons pas cet argent, précise le directeur, nous devrons le rembourser. » Afin d’augmenter le nombre d’interventions, Montfort accueille désormais les patients le soir et la fin de semaine. Les Québécois pourraient de nouveau y être opérés de la cataracte à compter du début du prochain exercice financier, soit le 1er avril.