Santé et Science

Santé et Science

Parcs nationaux : Québec ou Ottawa ?

Fini les parcs provinciaux ! Les 25 parcs de la province sont tous devenus « nationaux » : 22 sont de compétence provinciale et gérés par la Sépaq, et 3 sont de compétence fédérale et gérés par Parcs Canada (Forillon, Archipel-de-Mingan et Mauricie).Depuis 2002, Québec emploie l’appellation « parc national » pour désigner ses parcs. « Nous avons demandé à l’utiliser afin de profiter de cette image de marque à l’échelle internationale », dit Raymond Desjardins, vice-président à l’exploitation de Parcs Québec.Pour obtenir l’appellation « parc national », les parcs du Québec doivent respecter les critères énoncés par l’Union mondiale de la nature, qui stipulent qu’aucune activité industrielle n’aura lieu dans ces territoires. Des visiteurs par millions La Sépaq a investi plus de 100 millions de dollars dans son réseau de parcs nationaux depuis que Québec lui a transféré la gestion de ses parcs, en 1999. Ces investissements massifs dans l’entretien et les services ont porté fruit. Le nombre de visiteurs dans les parcs québécois a augmenté de 39 % de 2001 à 2006, passant de 2,6 à 3,6 millions.Les trois parcs nationaux fédéraux du Québec n’ont pas connu le même succès. Leur fréquentation a diminué de 14 % pendant la même période, passant de 393 000 visiteurs en 2001-2002 à 339 000 en 2005-2006. Parcs Canada cherche actuellement une façon de relancer ses parcs. Des budgets inégaux Alors que Parcs Canada dispose de 12 millions de dollars par année pour gérer ses trois parcs québécois (soit 4 millions par parc), le gouvernement québécois ne verse annuellement que 19 millions de dollars à la Sépaq, ce qui représente moins d’un million par parc. L’autofinancement (droits d’entrée, hébergement, location d’équipement, etc.) permet d’augmenter le budget annuel à 47 millions de dollars.

Publicité
Santé et Science

SOS idées nouvelles

Participez à notre tribune • Le secteur privé prend-il trop de place dans la recherche universitaire ? D’activité créatrice de connaissances, indissociable de l’enseignement, la recherche est devenue une machine à générer des innovations et des retombées économiques, et à répondre à des besoins immédiats. La recherche fondamentale, qui vise à comprendre le monde, a cédé toute la place à la recherche appliquée, qui consiste à résoudre des problèmes. Un changement de vocation lourd de conséquences, selon Cécile Sabourin, professeure au Département du développement humain et social de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, présidente de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université et porte-parole de la coalition Protéger la recherche publique. Comment ce glissement s’est-il produit ? — L’influence de l’économie sur les orientations de la recherche n’est pas nouvelle, mais elle atteint un niveau critique. Au Québec, la recherche, traditionnellement administrée par le ministère de l’Éducation, relève maintenant du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, ainsi que du ministère de l’Industrie du Canada. Le financement est accordé de plus en plus souvent par appels d’offres sur des sujets ciblés, sous l’influence grandissante des entreprises et des gouvernements. Les chercheurs n’ont pas le choix: s’ils veulent de l’argent pour leurs travaux, ils doivent s’y plier. D’ailleurs, dans sa stratégie Un Québec innovant et prospère, annoncée en décembre 2006, le gouvernement québécois a fait de la valorisation de la recherche et de l’innovation sa priorité absolue. Cet énoncé de politique, qui correspond à un réinvestissement majeur en recherche, a pourtant été largement applaudi. — Oui, par les recteurs, les gens d’affaires et les journalistes! Les premiers ont un criant besoin d’argent pour les universités, les seconds ne peuvent que se réjouir des montants mis à leur service. Quant aux journalistes, ils sont victimes de la campagne de désinformation savamment orchestrée par le gouvernement: alors que les professeurs sont les premiers exécutants de la politique scientifique, ils n’ont même pas été invités à l’annonce de la stratégie, contrairement aux recteurs… Quelles conséquences voyez-vous à ce changement de vocation ? — D’abord, toute la recherche qui n’entraîne pas de retombées à court terme périclite. Pour trouver un nouveau médicament ou résoudre le problème du décrochage scolaire, il y a de l’argent — et c’est tant mieux — mais il y en a beaucoup moins pour étudier la démocratie, les maladies tropicales ou les plaques tectoniques. Pourtant, on sait depuis longtemps que les grandes avancées technologiques ou sociales viennent souvent des recherches fondamentales. D’ailleurs, les universités sont des institutions publiques et elles n’ont pas à servir des intérêts privés. D’autre part, en forçant les chercheurs à se concentrer sur des problèmes ciblés, on brime leur créativité. Qui sait quelles nouvelles idées ou quelles découvertes pourraient germer dans l’esprit des jeunes si on leur donnait les moyens de les explorer! C’est une perte pour la société tout entière. Enfin, l’enseignement en pâtit lourdement, car il est incompatible avec le mode de fonctionnement qu’imposent les impératifs économiques: des délais serrés, de grandes équipes… Dans ce contexte, les étudiants de maîtrise et de doctorat doivent produire à tout prix, comme des travailleurs, alors qu’ils devraient être en train d’apprendre à se montrer créatifs, critiques et rigoureux. Quand on sait que ce sont nos élites de demain, il y a de quoi s’inquiéter! Mais la tendance est mondiale. La situation au Québec est-elle pire qu’ailleurs ? — Non. Mais dans plusieurs pays, en France par exemple, les chercheurs se mobilisent contre cette tendance et commencent à être entendus. Il reste aussi des endroits, comme aux États-Unis, où de grandes fondations et les gouvernements ont su préserver la recherche libre tout en encourageant l’innovation. Ici, je crois qu’on se rendra compte malheureusement trop tard que c’est cette stratégie équilibrée qui s’avère la plus payante pour la société.

Santé et Science

La santé a une ville !

Toronto n’a pas de cœur, il lui manque un lieu qui la caractérise, disait Pierre Elliott Trudeau. Si son fantôme venait s’asseoir quelques instants sur un banc de Queen’s Park, le dos tourné à l’Assemblée législative de l’Ontario, les yeux fixés sur l’angle de la rue College et de l’avenue University, il changerait d’idée. Le cœur de la Toronto moderne, l’un des plus puissants moteurs économiques de l’Amérique du Nord, c’est ici. Dans un quadrilatère de moins de 2,5 km2 centré sur cette intersection, dix hôpitaux, deux universités, des dizaines de centres de recherche et quelque 700 entreprises privées injectent un milliard de dollars par année dans la science et l’innovation biomédicales. Près de trois millions de dollars par jour, qui font vivre 80 000 travailleurs venus de partout sur la planète pour exploiter ce nouvel eldorado. Dans le «Discovery District» — nom donné au quartier par la municipalité il y a quatre ans —, les édifices poussent comme des champignons entre des bâtiments centenaires que l’on rénove à grands frais. En deux ans, on a construit pour environ 700 millions de dollars de nouveaux immeubles. Dans cette véritable cité scientifique — voisine de Bay Street, le centre financier du Canada —, Toronto fait front commun pour transformer l’argent des gouvernements et des philanthropes en découvertes fondamentales, en nouveaux traitements, en capital de risque pour des entreprises de biotechnologie. Et en emplois hyper-qualifiés. «C’est gros, c’est riche et ça bouge», résume le brillant généticien québécois Thomas Hudson, qui a laissé son poste de directeur du Centre d’innovation Génome Québec et Université McGill, l’été dernier, pour diriger le nouvel Institut ontarien de recherche sur le cancer. Une grande perte pour Montréal, qui lorgne tristement la réussite de la métropole de l’Ontario… Plongeant vers le sud, c’est «Hospital Alley», le quartier des hôpitaux, qu’on a failli rebaptiser «Medical Mile» tant il n’en finit plus. De part et d’autre de l’avenue University, cinq grands hôpitaux universitaires se serrent les uns contre les autres. L’immense Hôpital général de Toronto, l’Hôpital Princess Margaret, l’Hôpital Mount Sinai, l’Hôpital pour enfants malades, l’Institut de réadaptation de Toronto et leurs centres de recherche respectifs communiquent par des souterrains ou des passerelles, échangent spécialistes et savoir-faire, tout en se livrant concurrence pour les subventions. Cinq autres centres hospitaliers couplant soins et recherche sont installés dans les rues adjacentes: l’Hôpital St. Michael, le Centre Sunnybrook des sciences de la santé, l’Hôpital Toronto Western, l’Hôpital Women’s College et le Centre de toxicomanie et de santé mentale, dont le vaste centre de recherche est associé à l’Organisation mondiale de la santé. Un million de patients ont franchi l’an dernier les portes des trois hôpitaux du Réseau universitaire de santé (Hôpital général, Princess Margaret et Toronto Western). Environ 7 000 bébés sont nés à Mount Sinai, 20 enfants ont reçu un nouveau cœur à l’Hôpital pour enfants… La Faculté de médecine de l’Université de Toronto, à laquelle sont affiliés la plupart des hôpitaux, compte 4 000 employés et 2 000 étudiants diplômés. C’est de loin la plus grande au Canada et l’une des premières en Amérique du Nord. Dans le secteur médical, surtout dans les laboratoires de recherche, l’argent coule à flots. L’an dernier, 1 048 médecins et scientifiques ont reçu 508 millions de dollars de subventions pour leurs recherches (un montant en hausse de 80% depuis 2000), le cinquième des fonds offerts par les Instituts de recherche en santé du Canada (principal organisme subventionnaire fédéral dans ce domaine) et le cinquième des chaires de recherche du Canada en santé. Et plus de 800 jeunes effectuent un stage de recherche postdoctoral dans ces hôpitaux. L’argent de l’État attire celui des mécènes. En juin 2006, l’Institut de recherche Samuel Lunenfeld, de l’Hôpital Mount Sinai, a reçu 25 millions de dollars de Lawrence Tanenbaum, propriétaire entre autres des Maple Leafs de la LNH. Cet homme d’affaires entend ainsi remercier le premier ministre Dalton McGuinty pour un programme de bourses d’excellence en recherche biomédicale de 25 millions de dollars. Chaque bénéficiaire de ces 10 bourses obtiendra ses 2,5 millions pour cinq ans à condition que l’établissement qui l’engage lui remette la même somme. De quoi attirer la matière grise. En octobre, ce sont les frères Joseph et Wolf Lebovic qui ont offert 50 millions de dollars à Mount Sinai — le plus gros don jamais reçu par un hôpital au Canada. Et en février 2007, Sonia et Arthur Labatt (l’un des fondateurs de la société de gestion de placements AIM Trimark) ont donné 30 millions à l’Hôpital pour enfants afin qu’il puisse construire un laboratoire de recherche et de traitement des maladies cardiaques infantiles, qui sera parmi les plus importants au monde. Même les campagnes auprès des simples malades battent des records historiques. En quatre ans, la Fondation du Réseau universitaire de santé a récolté près de 600 millions de dollars, ce qui lui a entre autres permis de se doter de 70 000 m2 de nouveaux laboratoires. En deux ans, son budget de recherche est passé de 150 à 189 millions de dollars, et plusieurs spécialistes de renommée mondiale, comme le Dr Benjamin Neel, ont été recrutés. De l’autre côté de la rue College, au nord-ouest de l’intersection, c’est le domaine de l’Université de Toronto, son principal campus — il y en a deux autres, à Scarborough et à Mississauga —, fréquenté par quelque 51 000 étudiants. Un budget annuel de 1,2 milliard de dollars, dont la moitié pour la recherche. Donnant directement sur les pelouses de Queen’s Park, le dernier-né des bâtiments de cet établissement d’enseignement vieux de 179 ans est sorti de terre en 2006. Le Leslie L. Dan Pharmacy Building, d’une grande audace architecturale avec ses deux atriums en forme de bulle semblant flotter au-dessus du hall d’entrée, a permis de doubler le nombre d’étudiants de premier cycle en pharmacie — ils sont maintenant plus de 1 000, et 300 dans les cycles supérieurs. Le Torontois d’origine hongroise Leslie L. Dan, diplômé de la Faculté de pharmacie de cette université et fondateur de Novopharm (géant des médicaments génériques), a donné 13 des 75 millions de dollars nécessaires à la construction du bâtiment de 12 étages. L’université n’a pas lésiné et a confié le travail au célèbre architecte londonien Norman Foster — à qui on doit entre autres la rénovation du Reichstag, à Berlin. De nuit, les deux bulles, éclairées l’une en bleu, l’autre en orange, et visibles de l’extérieur, ne passent pas inaperçues, même dans cette ville habituée aux extravagances architecturales. Juste à côté, dans la rue College, un autre édifice, construit en 2005 pour 105 millions de dollars, ravit les amateurs d’architecture moderne avec sa façade de verre abritant une forêt de bambous. C’est le Terrence Donnelly Centre for Cellular and Biomolecular Research, centre multidisciplinaire sur le métabolisme cellulaire qui réunit des spécialistes en génomique, en mécanique des fluides et en biologie des cellules souches. Six des 40 chercheurs principaux qui y ont installé leurs laboratoires ont été recrutés à l’étranger dans les deux dernières années. Sur le trottoir d’en face, le Health Sciences Building vient d’être entièrement rénové. Derrière sa façade tristounette, il cache notamment un laboratoire de simulation flambant neuf, copie d’une salle de soins intensifs et d’un bloc de confinement en cas d’épidémie — le SRAS a marqué les esprits! Les étudiants de la Faculté des sciences infirmières s’y entraînent à des prélèvements ou à des manœuvres délicates, comme la défibrillation, sur 18 mannequins d’un réalisme saisissant. À 50 000 dollars pièce, ces robots programmables parlent, gémissent, toussent… et meurent si on ne les traite pas correctement ! À quelques rues de là, à la jonction de ce Discovery District et du Financial District, l’Université Ryerson, le plus grand établissement de premier cycle au Canada, s’est elle aussi agrandie. Un nouveau bâtiment de 75 millions accueille depuis septembre les 6 000 étudiants de sa Faculté de commerce. Une armada de futures recrues pour le quartier. Entre les deux universités et juste à côté des hôpitaux se trouve le bâtiment le plus révolutionnaire et le plus coûteux de cet ensemble. Donnant sur la rue College, juste à l’angle de l’avenue University, une longue façade de briques beiges de style Renaissance masque en partie un édifice de verre aux allures futuristes. Voici le Centre MaRS, gigantesque centre d’innovation de 65 000 m2 destiné à favoriser les retombées économiques de la recherche, véritable machine à transformer les découvertes en dollars. «En regard de la qualité et de la concentration de la science qui se fait à Toronto, particulièrement dans ce quartier, la commercialisation est encore largement insuffisante», explique John Evans, l’un des principaux instigateurs de ce centre presque unique au monde, qui a coûté la bagatelle de 345 millions de dollars. «Dans tout le Canada, nos investissements en recherche ne font pas assez leur travail comme créateurs de richesse collective», dit-il. Le Centre MaRS — son nom vient de celui d’un fichier informatique qui signifiait «Medical and Related Sciences» — vise à combler cette lacune en établissant un lieu, en plein cœur du Discovery District, où encourager l’innovation. En 2000, John Evans et une poignée d’autres hommes d’affaires ont réuni 15 millions de dollars pour lancer le projet. En deux ans, ils ont convaincu les gouvernements provincial et fédéral ainsi que d’autres partenaires publics d’investir environ 100 millions de dollars dans le Centre MaRS. Ce projet collait parfaitement à la nouvelle stratégie du gouvernement provincial en matière de science et d’innovation. L’emplacement, lui, fut vite trouvé: l’Hôpital général de Toronto venait de décider de se départir d’un vieil édifice datant de 1911. Le lieu est chargé d’histoire: c’est là qu’en 1922 Frederick Banting et Charles Best injectèrent pour la première fois de l’insuline à un jeune diabétique, donnant naissance à une des inventions clés de l’histoire de la médecine et à une des premières entreprises issues d’une université canadienne: les Laboratoires Connaught. Inauguré en grande pompe par le premier ministre Dalton McGuinty en septembre 2005, le Centre MaRS héberge une panoplie de services destinés à aider les scientifiques à se lancer en affaires. Le vieil édifice rénové s’ouvre désormais à l’arrière sur un grand atrium qui le connecte à un bâtiment de huit étages flambant neuf, la Tour sud. Les deux abritent des entreprises et des organismes de services choisis par les promoteurs du Centre, en plus des bureaux du MaRS Venture Group, qui s’occupe de donner vie au concept et de tisser des liens avec le reste de la planète. «Nous avons cherché un mélange équilibré de locataires ayant une bonne diversité de spécialités et exigé d’eux qu’ils s’impliquent d’une manière ou d’une autre dans la vie sur MaRS, par exemple en donnant des conférences», explique John Evans. Une banque, deux cabinets d’avocats spécialisés dans les questions de propriété intellectuelle, le siège de l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement, le Centre canadien de ressources pédagogiques en biotechnologie, le Bureau de valorisation de la recherche du Réseau universitaire de santé… En quelques mois, le Centre MaRS s’est rempli d’une cinquantaine de locataires, et il affiche désormais complet. Environ 1 000 personnes y travaillent. Le nouvel Institut ontarien de recherche sur le cancer y a installé ses bureaux et des laboratoires. Plusieurs grandes sociétés pharmaceutiques, comme Merck Frosst ou GSK, y ont installé une antenne — pratique pour repérer des cerveaux ou des petites entreprises à racheter. Des firmes étrangères de biotechnologie y ont établi leur siège social pour le Canada, notamment l’américaine NPS Pharma et la japonaise Oxygenics, qui a choisi le Centre comme tête de pont en Amérique du Nord, pour commercialiser ici ses globules rouges artificiels. À l’est, l’atrium débouche sur la Toronto Medical Discovery Tower et ses 15 étages de laboratoires, que partagent des chercheurs du Réseau universitaire de santé et de l’Hôpital pour enfants malades. «Deux hôpitaux qui collaborent aussi étroitement, c’était impensable il y a quelques années», remarque John Evans en souriant. Mais la crise du système de santé ontarien, dans les années 1990, a forcé les hôpitaux à partager des ressources; et l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) de 2003 a aussi permis d’apprendre à mieux gérer les risques. C’est dans cette tour qu’est installé le Centre McEwen pour la médecine régénérative, inauguré à l’automne par le rockeur irlandais et philanthrope Bob Geldorf, et dirigé par Gordon Keller, pionnier de la recherche sur les cellules souches. Avec ce laboratoire, Toronto est devenue une plaque tournante de la recherche dans ce domaine. Dans la Tour sud, deux étages complets ont été réservés à l’incubateur où MaRS espère faire éclore de nouveaux succès commerciaux. Au total, 44 bureaux et laboratoires attenants, dont les cloisons se déplacent selon les besoins, sont mis à la disposition d’entreprises en démarrage, auxquelles MaRS offre aussi des services gratuits — comme la supervision d’un mentor ou des formations. «C’est un excellent endroit pour se lancer, car on peut facilement échanger des idées ou des contacts avec d’autres entrepreneurs et des experts, même quand ils ne sont pas du tout dans notre domaine», dit Kamaluddin Abdur-Rashid, chimiste originaire de Jamaïque établi à Toronto depuis neuf ans. Brevets en poche, il a fondé Kanata Chemical Technologies en 2004, pour commercialiser des catalyseurs destinés à l’industrie chimique. Avec sept employés et un chiffre d’affaires proche d’un million de dollars, il espère recevoir bientôt son «diplôme» de MaRS et voler de ses propres ailes. Dans un bureau voisin, trois jeunes diplômés de l’université, Sonya Amin, Eddy Xuan et Jason Sharpe, ont ouvert un studio d’animation, AXS Biomedical Animation Studio, où ils conçoivent des films à vocation scientifique et médicale. Le Centre et ses environs regorgent de clients potentiels. Et ce n’est qu’un début. Au vu du succès du concept MaRS, John Evans et ses associés ont déjà décidé de lui donner une suite. Ils annonceront au cours de l’année la construction d’une nouvelle tour, à l’extrémité ouest des immeubles actuels, qui permettra de doubler la superficie du Centre. Le gouvernement provincial a déjà donné son aval — et 16 millions de dollars. Avant même la première pelletée de terre, plusieurs labos et entreprises ont réservé leurs locaux dans le bâtiment de 16 étages, relié directement au Centre existant et au métro. «Nous aimerions avoir des laboratoires et des entreprises spécialisées dans l’imagerie médicale, le diagnostic, les médicaments contre le cancer, les technologies de l’information… mais nous étudions toutes les candidatures!» dit John Evans. Ceux qui n’y trouveront pas de place pourront toujours se rabattre sur la communauté virtuelle qu’a bâtie MaRS autour de son site Web, grâce à un réseau à haute vitesse qui connecte tous les locataires ainsi que des organismes de l’extérieur. L’édifice a d’ailleurs reçu le Prix 2006 du bâtiment intelligent du Intelligent Community Forum, ungroupe de spécialistes new-yorkais. C’est également d’ici que partira le réseau Internet sans fil qui couvrira bientôt tout le Discovery District. Le centre de conférences, au sous-sol de l’atrium, est aussi accessible à distance. Mais c’est d’abord un lieu de rencontres informelles. En un an, 70 000 personnes y ont assisté à diverses manifestations. La série de conférences hebdomadaires gratuites Entrepreneurship 101, où des spécialistes expliquent les bases de la création d’entreprise, est destinée aux scientifiques qui ne connaissent rien aux affaires. Chaque conférence est ensuite commentée dans un blogue animé par des employés de MaRS. «On s’attendait à attirer une quarantaine de personnes pour ces conférences, on en a parfois plus de 400!» Mais le lieu le plus important du Centre MaRS, c’est la cafétéria! Un café Tim Horton où l’on fait la queue le matin, deux comptoirs de restauration rapide, des canapés disposés en îlots autour de tables basses, deux grands écrans de télévision branchés sur les chaînes de sport — 600 personnes y ont suivi la dernière finale de la Coupe du monde de soccer! —, tout est conçu pour favoriser les discussions autour d’un café, dont on sait qu’elles sont souvent les plus fructueuses. Si j’étais un espion en quête de secrets scientifiques ou industriels, c’est là que j’irais m’installer pour voir battre le nouveau cœur de Toronto…

Santé et Science

Un nouveau parc au nord du Nord

«Nous prévoyons inaugurer le parc au début de l’an prochain», disait le directeur du Service des parcs du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Serge Alain, peu avant le déclenchement des récentes élections. «L’étude du territoire, commandée à l’Administration régionale Kativik, est terminée depuis plusieurs mois.» «Nous sommes encore loin du décret du Conseil des ministres, mais ce n’est plus qu’une question de mois, et non d’années», promettait Pascal D’Astous, attaché politique du ministre Claude Béchard. Le parc de la Kuururjuaq (nom inuit de la spectaculaire rivière Korok) s’étend entre la baie d’Ungava et la frontière séparant le Québec du Labrador, couvrant à peu près le bassin de la rivière Korok, qui coule sur 160 km. Il aura 4 274 km2, presque trois fois la superficie de celui du Mont-Tremblant. Il comprend quelques-unes des plus hautes montagnes de l’est du pays, dont le mont D’Iberville (1 646 m), le plus haut sommet à l’est des Rocheuses. De son côté, le gouvernement fédéral a créé un parc contigu presque deux fois plus grand sur le versant labradorien, la réserve de parc national des Monts-Torngat. «Nous avons rencontré nos collègues fédéraux pour assurer une gestion efficace du territoire, dit Serge Alain. Nous allons surveiller conjointement les espèces et les visiteurs allant d’un parc à l’autre, pour assurer leur sécurité.» C’est là un aspect fondamental dans ce pays lointain, toujours sujet à un climat capricieux et meurtrier, même l’été. Il y a deux ans, deux Américains ont été ensevelis sous la neige au sommet du mont D’Iberville, en plein mois de juillet, et y sont morts gelés, leur téléphone oublié dans leur tente, plantée près de la Korok. Les ours blancs abondent sur la côte, dans la baie Qarlituranga et près de l’anse Tasiujakuluk, où se jette la Korok. Les visiteurs devront être accompagnés de guides inuits armés. Les 776 habitants de Kangiqsualujjuaq, le village le plus à l’est du Nunavik, se réjouissent de la création de ce parc. On y embauchera une bonne partie du personnel. Selon l’Administration régionale, 140 personnes ont un emploi dans ce village, qui enregistrait en 2004 le plus haut taux de chômage (69%) de tout le Nunavik. Le revenu moyen se situait à 12 784 dollars en 2001, 8 000 dollars de moins que pour le reste de la population du Québec. Kangiqsualujjuaq comptait 85 prestataires de l’aide sociale en 2004 et avait un taux de natalité sept fois plus élevé que la moyenne québécoise. Le nombre d’habitants a bondi de 9,3% de 2001 à 2004! Les fonctionnaires estiment que le parc de la Kuururjuaq attirera 300 visiteurs par an (après quelques années), pour des retombées économiques de deux millions de dollars. Mais les touristes se font attendre dans les parcs fédéraux du Nunavut, de l’autre côté du détroit d’Hudson. «Il faut éviter les comparaisons, dit Serge Alain. Le parc de la Kuururjuaq est plus accessible, car il est situé à une quinzaine de kilomètres de Kangiqsualujjuaq, desservi quotidiennement par Air Inuit. Les visiteurs seront attirés par les splendeurs naturelles du parc, mais aussi par la culture inuite locale. Kangiqsualujjuaq est une des dernières localités autochtones authentiques.» Cette culture se fait sentir jusque sur le tarmac de son minuscule aérodrome, où l’on accueille les gens en français, en anglais et, surtout, en inuktitut. Au village, on découvre la légende d’Annanack, le premier des Inuits de la région. Actuellement, l’industrie touristique locale consiste en une dizaine de pourvoiries, qui se partagent 3 000 clients (américains pour les quatre cinquièmes), venus chasser le caribou ou pêcher le légendaire omble chevalier, l’omble de fontaine (truite mouchetée) et le saumon. Un voyage type dure une semaine et coûte entre 3 500 et 6 000 dollars, ce qui comprend le transport aérien, l’hébergement et les guides. «Le tourisme dans le parc se fera surtout de mars à octobre, prévoit Serge Alain. On y pratiquera le ski de randonnée et la raquette au printemps, lorsque le parc sera accessible en motoneige. L’été, ce sera du canot et du kayak sur la Korok ainsi que sur la côte, qui est facilement accessible par la mer depuis Kangiqsualujjuaq. Plusieurs sentiers de randonnée seront aménagés sur le mont D’Iberville et près de la spectaculaire chute Korluktok, où subsiste la forêt la plus septentrionale du Québec. À cet endroit, épinettes, mélèzes et bouleaux à papier bénéficient d’un microclimat exceptionnel, dans une vallée en auge très encaissée.» Dans le secteur du mont Haywood, on trouve une forêt de peupliers baumiers, accrochée sur une falaise qui surplombe le lac Tasiguluk. En aval de la Korok, un paysage composé d’une moraine glaciaire et de dunes comprend aussi une petite forêt de bouleaux. Le troupeau de caribous de la rivière George fréquente régulièrement ce lieu démesuré. À l’embouchure de la Korok, il n’est pas rare d’observer phoques, ours blancs et bélugas. Le territoire recèle plusieurs espèces menacées, 125 espèces d’oiseaux, 25 de mammifères, 24 de poissons et de nombreux insectes rares, dont une vingtaine d’espèces de carabidés (des coléoptères — plus de 900 espèces au Canada! —, qui sont de bons indicateurs de l’intégrité d’un milieu naturel). On entend parfois le coassement de la grenouille des bois, et les Inuits signalent la présence de salamandres et de couleuvres près de la Korok. On trouve partout les lichens, les petites graminées et les fleurs arctiques qui parsèment un paysage où se mélangent la taïga, la toundra forestière et la toundra arctique. C’est la patrie de spectaculaires colonies de linaigrettes. À bien des endroits, on n’a qu’à se pencher pour apercevoir des quarmak thuléens (maisons souterraines), des microlames en quartzite prédorsétiennes (pointes de flèches ou lames d’équarrissage) et des vestiges de maisons longues dorsétiennes. Autant de preuves du passage des populations paléoesquimaudes et néoesquimaudes venues de Sibérie ou du Groenland, par l’île de Baffin, il y a plus de 4 000 ans. On a multiplié les fouilles archéologiques dans cette région. Le territoire abrite aussi les vestiges de nombreux postes de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson, de même que ceux de la Job Brothers Fishery et de missions catholiques, anglicanes et moraves (des Frères bohêmes), établies entre 1830 et 1965. La côte, notamment au Labrador, fut fréquentée par les Thuléens vers l’an 1000, ainsi que par les Norrois (Vikings) du Groenland et des explorateurs comme Jean Cabot (1497), Pierre-Esprit Radisson, Médard Chouart Des Groseilliers (1683) et Louis Jolliet. Les explorateurs modernes utilisent une piste d’atterrissage aménagée en amont de la Korok. De cet endroit, les touristes gravissent facilement le mont D’Iberville jusqu’à un plateau situé au sud-est du sommet. On y jouit d’une vue renversante sur la vallée de la Korok et les pics environnants, souvent coiffés de glaciers et abritant des lacs gelés en permanence. Divers claims diamantifères ont été accordés en périphérie de la future zone protégée (voir géographica, mars-avril 2001). Mais le territoire du parc exclut toute activité minière ou de pourvoirie. Le parc comptera plusieurs refuges. Son aménagement coûtera plus de huit millions de dollars. Le gouvernement québécois est propriétaire du territoire et des bâtiments, mais confie l’aménagement et la gestion du parc à l’Administration régionale Kativik. Ours blancs Pas un bruit de moteur. Que le sifflement du vent sur notre tente. Ou le murmure des ruisseaux qui dévalent les pentes escarpées du fjord Nachvak, dans le nord du Labrador. Un paysage dantesque. Des montagnes qui se jettent dans la mer. Des glaciers suspendus au-dessus de lacs émeraude. De vastes étendues de pierre et d’herbe, battues par le vent et foulées par de petits troupeaux de caribous. Le bout du monde. C’est ici que j’ai frôlé la mort. Nous y avons planté notre petite tente il y a quatre jours, à plus de 120 km de Kangiqsualujjuaq. Notre guide, de la Pourvoirie du Lac Rapide, vient nous récupérer après-demain. Il est minuit le 30 juillet et… j’ai froid! Pendant que nous enfilons des vêtements plus chauds, j’entends une curieuse respiration. Un son guttural. Délicatement, j’ouvre la fermeture éclair de la tente et je jette un œil vers les cairns sous lesquels nous avons enfoui notre nourriture lyophilisée, derrière la tente. Le temps de me glisser dehors, fusil à l’épaule et bombe sonore à la main, je fais face à un jeune ours polaire reniflant un de nos sacs à dos. Le son strident n’impressionne pas cette bête de 500 kilos, qui s’avance vers moi. L’ours prend son temps. Ses pattes sont plus larges que ma cuisse. Sa tête arrive à mes épaules. Je vois ses griffes de plusieurs centimètres frôler la tente — il semble aussi gros qu’elle! Je mets le monstre en joue, moi qui n’ai jamais tiré de ma vie… Le coup part, à deux mètres. Nanouk détale vers l’océan. Ma conjointe se jette sur la radio à ondes courtes… Huit longues heures plus tard, notre guide pose son hydravion sur le lac Adams. Après un vol spectaculaire au-dessus des pics et des glaciers des Torngat, nous nous posons sur la rivière Barnoin. Les jeunes Inuits, qui connaissent notre histoire, affirment que nous avons eu de la chance. Un mâle plus expérimenté n’aurait pas hésité à déchirer notre tente… Comment s’y rendre Air Inuit offre des vols quotidiens vers Kuujjuaq et Kangiqsualujjuaq, sauf le dimanche. Il est ensuite possible de se faire déposer sur le territoire de son choix en ayant recours aux services d’une pourvoirie ou d’un transporteur privé. Sur la côte, il est fortement recommandé de faire appel à un guide. • Pourvoirie du Lac Rapide: 491, R. R. 1, Lyster (Québec) G0S 1V0. Tél. et téléc.: 418 949-2549 (d’octobre à mai); tél.: 819 389-5832 (de juin à septembre). • Air Inuit: C. P. 89, Kuujjuaq (Québec) J0M 1C0. Tél.: 819 964-2935 ou 1 800 361-2965. • Association touristique du Nunavik: C. P. 779, Kuujjuaq (Québec) J0M 1C0. Tél.: 1 888 594-3424.

Santé et Science

Ses souris combattent l’obésité

Couché sur le dos, les orteils en éventail, le bedon proéminent et l’air béat: on dirait un touriste québécois en Floride. Ce gros rat est l’un des 15 000 « pensionnaires » de l’animalerie d’Amgen, la plus grande entreprise mondiale de biotechnologie, à South San Francisco. « Certains animaux se la coulent douce dans notre hôtel, dit la généticienne Hélène Baribault. Ce rat mange comme beaucoup d’Américains: il a droit au régime McDo! » Si elle a le sens de l’humour, cette pétillante blonde de 47 ans n’en est pas moins une chercheuse réputée, qui collectionne les découvertes. Elle coordonne l’ensemble des recherches sur la génétique de la souris pour le laboratoire californien d’Amgen – recherches qui visent à mettre au point des médicaments contre l’ostéoporose, l’athérosclérose, les maladies auto-immunes ou neuropsychiatriques. Contre l’obésité et le diabète, aussi, d’où le menu gras et sucré auquel elle soumet le dodu rongeur. Depuis son arrivée à Amgen, en 2004, la scientifique québécoise a travaillé avec une centaine de lignées de souris « mutantes », ou transgéniques, correspondant chacune à un gène différent. Des « colonies » qui ont permis à Hélène Baribault de réaliser plusieurs découvertes. Récemment, un de ses articles traitant d’immunologie a été accepté par la prestigieuse revue Nature. Elle a aussi publié, dans Neuropsychopharmacology, un article montrant que des souris mutantes (auxquelles il manque le gène MCHR1) sont résistantes non seulement à l’obésité, mais aussi au stress – ce qui ouvre la porte à l’élaboration d’un traitement de l’anxiété chez l’humain. Elle a découvert le rôle, dans l’ostéoporose, d’un autre gène de la même famille. Outre ses travaux sur les souris transgéniques – qu’elle fréquente depuis 20 ans -, la scientifique pratique de plus en plus la génétique in silico («dans le silicium »), c’est-à-dire sur ordinateur. « Aujourd’hui, les banques de données sur les variations naturelles dans les populations de souris sont suffisamment volumineuses pour permettre de découvrir de façon virtuelle de nouvelles fonctions aux protéines, dit-elle. En utilisant un minimum d’expériences in vivo. » Installée en Californie depuis 1989, après un postdoctorat en Allemagne, cette Québécoise s’est intégrée en douceur dans le monde multiculturel de la biotechnologie… et de la musique! Saxophoniste dans un big band – le San Francisco Bay Jazz -, elle vient de faire une tournée de spectacles en Chine et au Viêt Nam. Elle a toutefois gardé des liens étroits avec son pays natal et a même envoyé plusieurs lignées de ses souris mutantes à ses anciens collègues de l’Hôtel-Dieu de Québec!

Publicité
Santé et Science

Protecteur de vaisseaux spatiaux

Depuis qu’il a quitté le Québec, il y a 11 ans, pour s’installer à Liège, en Belgique, Karl Fleury-Frenette n’a pas eu le temps d’avoir le mal du pays. « Les premières années, je voyageais beaucoup; maintenant, j’ai trop de travail », raconte ce physicien de 36 ans, originaire de Donnacona, près de Québec. Directeur depuis six ans de l’activité « surfaces avancées » au Centre spatial de Liège, il a suivi le parcours classique du scientifique de sa génération, s’éloignant progressivement de sa ville natale pour se mêler au melting-pot mondial de la recherche scientifique: primaire et secondaire à Donnacona, baccalauréat international au Petit Séminaire de Québec, études en physique à l’Université McGill et à l’Université Laval. De là, il fait le grand saut pour l’Europe et passe son doctorat à l’Université de Liège, qu’il a choisie pour son excellente réputation, mais aussi par simple curiosité d’aller voir ailleurs. Il est ensuite embauché par le Centre spatial de Liège, qui regroupe une centaine de chercheurs. Avec son équipe d’étudiants et de techniciens, Karl Fleury-Frenette met au point des traitements de surface pour protéger les composants optiques destinés à être envoyés dans l’espace, comme le miroir du télescope spatial James Webb – qui sera lancé en orbite en 2013 pour succéder à Hubble. Ces dernières années, il a aussi participé à la création de matériaux pour la flottille de huit sondes que l’Agence spatiale européenne compte lancer, d’ici 2014, à la recherche de planètes comparables à la Terre hors de notre système solaire. « En parallèle, explique le scientifique, je m’occupe de transférer les technologies que nous concevons pour le spatial vers des industries telles que celle de l’acier. » Revenir au pays? Karl Fleury-Frenette n’y songe pas à court terme. En Belgique, il a trouvé un niveau de vie semblable à celui du Québec, dans une université qui ressemble fort à celles d’ici, dans une région francophone, la Wallonie, au sein d’un État fédéral aux prises avec des problèmes linguistiques. Il s’y sent parfaitement chez lui, d’autant plus qu’il y a aussi trouvé l’âme soeur…

Rester le roi de la jungle Santé et Science

Rester le roi de la jungle

En milieu urbain, on retrouve des centaines de bestioles par kilomètre carré. Un jour ou l’autre, l’une de ces petites bêtes élira peut-être domicile dans votre cour. Que faire pour rester maître de votre territoire ?

Safari de banlieue Santé et Science

Safari de banlieue

La journaliste scientifique Hannah Holmes a passé un an à explorer les mystères de sa cour de banlieue, près de South Portland, dans le Maine.

Santé et Science

Dans la forêt du « 514 »

Un logement de rêve! Douillet, tranquille et… à proximité du poulailler. Maman renard roux, confortablement installée avec sa marmaille sous le pavillon de la ferme du parc Angrignon, au cœur de l’île de Montréal, devait être bien fière de son coup. Jusqu’à ce qu’un emmerdeur allume des lampes et un poste de radio — au volume maximal et à une station rock! — juste à côté. Exaspérée, elle a plié bagage dans les 48 heures. L’emmerdeur s’appelle Denis Fournier et il est technicien en aménagement de la faune dans les parcs-nature de la Ville de Montréal. Son boulot: donner les meilleures conditions de vie à la faune qui peuple les 22 km2 de nature encore sauvage que compte la métropole. «La présence des renards est une bonne chose, parce qu’ils nous aident à contrôler les populations d’écureuils, de marmottes et de petits rongeurs. Mais cette mère était trop près des gens», dit le technicien, pas repentant du tout. «Et elle mangeait les poules!» Il a donc pris les grands moyens pour que, d’elle-même, elle décide de déménager. Elle vit maintenant quelque part dans un boisé du parc. Les habitués aperçoivent parfois une queue rousse dans les fourrés. D’où venait-elle? De Montréal, tiens! Des renards, il y en a toujours eu dans les parcs-nature, au Jardin botanique et un peu partout dans les boisés urbains. Et ils ne sont pas seuls. Combien de Montréalais savent qu’ils partagent leurs parcs, leurs terrains vagues, leurs champs et leurs bois avec des castors, des coyotes, des visons, des rats musqués? Que plus de 80 espèces de poissons nagent dans les eaux de leur île? Que de 250 à 300 espèces d’oiseaux, dont plusieurs de rapaces, en sillonnent le ciel? La ville a même une bonne centaine de cerfs de Virginie, qui, ces dernières années, se sont installés aux deux extrémités de l’île. «Certains, chassés de la Rive-Sud par l’étalement urbain, ont traversé le fleuve, puis les rues Notre-Dame et Sherbrooke, dit Denis Fournier. Au parc-nature Pointe-aux-Prairies, ils ont trouvé de la nourriture et des conifères pour se protéger du froid.» Combien de milliers de pigeons au centre-ville? Mystère. Combien de ratons laveurs ou de mouffettes au kilomètre carré dans les quartiers résidentiels? On ne sait pas. Aucun commandant Cousteau ne s’est encore donné pour mission de percer les secrets de la jungle urbaine. Les scientifiques connaissent mieux la faune arctique que celle de Rosemont. Ça s’explique. Inventorier une population animale, c’est coûteux et ça représente beaucoup d’ouvrage. Pour s’y résoudre, il faut qu’interviennent des facteurs économiques ou de santé publique (par exemple, on s’est beaucoup intéressé à la population de ratons laveurs dans la région de Dunham au cours des dernières années, à cause d’un cas de rage). Mais l’humanité n’a pas encore trouvé de raison de s’enthousiasmer pour la démographie des pigeons ou le recensement des mouffettes. On aurait pourtant beaucoup à apprendre de ces animaux qu’on côtoie depuis toujours et dont on sait bien peu de choses. Les chercheurs américains Michael Steele et John Koprowski — deux bestioles rares qui se sont longuement intéressées aux écureuils urbains — ont fait des découvertes fascinantes (voir leur livre North American Tree Squirrels, Smithsonian Institution Press). Par exemple, que l’écureuil peut, à l’odeur, distinguer un gland stérile d’un gland fertile et qu’il prendra la peine de dégermer ce dernier avant de l’entreposer ou de l’enfouir. Qu’il retrouve plus de 95 % des réserves qu’il a cachées un peu partout au cours de l’année. Qu’il espionne son voisin pour lui dévaliser son garde-manger et qu’il peut déménager le même gland deux ou trois fois dans l’espoir de berner son beau-frère, qui voudrait bien lui aussi venir puiser dans ses provisions… Les populations animales seraient en augmentation, finissent pourtant par avouer tous ceux — des biologistes aux destructeurs de nuisibles — qui s’occupent, de près ou de loin, de la jungle montréalaise. Pas parce que des hordes de ratons ou d’écureuils des forêts bouclent chaque année leur balluchon pour aller s’installer dans Saint-Henri. Mais parce que le raton des villes vit au paradis. Greniers, pavillons de jardin, entrepôts, cheminées: les abris potentiels y sont nombreux (et souvent chauffés!), les victuailles abondantes — vive les sacs d’ordures trois étoiles et les ruelles de restaurants! Ainsi logés et nourris à nos frais, mon écureuil et votre raton laveur feront davantage de petits, qui, à leur tour… Et comme ils n’ont à peu près pas de prédateurs, faut-il s’étonner que leur nombre grimpe? La nature envahit-elle la ville? «C’est plutôt le contraire, non?» demande André Dicaire, biologiste responsable de la gestion de la faune montréalaise au ministère des Ressources naturelles et de la Faune. «La ville s’étale et, du même coup, enclave ou détruit des habitats, coince la faune dans des territoires de plus en plus exigus.» Des espèces sauvages en viennent à s’adapter, dit le Dr Guy Fitzgerald, vétérinaire et directeur de la Clinique des oiseaux de proie de l’Université de Montréal. Il cite entre autres le faucon pèlerin, dont on compterait une dizaine de couples, qui nichent sur les gratte-ciel, sur les ponts et dans certaines carrières montréalaises. La plupart des spécialistes s’entendent: la faune urbaine ne constitue pas un problème. Elle rend même des services. «C’est en voyant mourir des oiseaux que les gens ont commencé à se questionner sur la toxicité des pelouses noyées de pesticides, dit le Dr Fitzgerald. Ils sont les sentinelles de la santé publique. Quant aux rapaces, aux coyotes, aux renards, ils contribuent à contrôler les populations de petits rongeurs.» Même les pigeons ne posent pas de problèmes majeurs, affirme David Bird, biologiste de l’Université McGill spécialisé en vie sauvage. «Tant qu’on ne touche ni à l’animal ni à ses déjections, le pigeon ne représente aucun danger, dit-il. Sauf s’il y en a des milliers au même endroit. Mais ils ne seront jamais des milliers… à moins qu’on ne les nourrisse.» La faune est là. Il faut donc la gérer. La Ville de Montréal a son Service d’aménagement de la faune, le ministère des Ressources naturelles aussi. Sans compter les entreprises privées d’aménagement faunique ou de gestion des animaux importuns. Tout ce beau monde travaille à concocter des accommodements raisonnables entre les Montréalais à deux pattes, à plumes et à fourrure. Premier objectif: la santé. En ville, les animaux aussi vivent entassés les uns sur les autres. Dans la nature, un couple d’écureuils règne sur un territoire d’un hectare environ. À Montréal, à cause de l’homme, qui les nourrit — volontairement ou non —, on en comptera plutôt de trois à cinq à l’hectare. Sans oublier les ratons laveurs, les renards, les chats, les chiens. «Milieu propice aux épizooties, très difficiles à gérer en zone urbaine», dit Denis Fournier. Ainsi, avant de brancher sa radio sur une station rock, au parc Angrignon, il avait pris soin de placer dans le terrier de la renarde des vaccins oraux (cachés dans une pièce de viande, ils se fichent dans la gencive de l’animal qui les croque), histoire de contrôler la propagation de la rage. Les ratons laveurs, eux, sont vaccinés à la main. Contre la rage et la maladie de Carré («distemper»), qui se transmet du chien au raton, au renard et à l’écureuil. Comme le distemper provoque des cataractes, l’animal devient désorienté et confus, et se laisse plus facilement approcher. Mais, s’il est affaibli, il est quand même assez vigoureux pour mordre. Chacun des ratons laveurs des grands parcs montréalais — il y en a une quarantaine au kilomètre carré dans le parc du Mont-Royal — est donc capturé au moyen d’une cage, vacciné, puis gratifié d’une micropuce qui permet de l’identifier précisément et de retrouver son dossier médical. Au parc du Mont-Royal seulement, plus de 50 ont bénéficié de ce traitement en 2006. Le vrai traitement de luxe, on le réserve cependant aux castors qui vivent un peu partout sur les berges de l’île. Ici, il ne s’agit plus de santé, mais de préservation de l’environnement. Castor égale barrage, égale milieu humide. Et, s’est-on aperçu, égale aussi de trois à cinq fois plus d’oiseaux, d’amphibiens et de reptiles qu’ailleurs. Le castor fournit donc sa part pour la sauvegarde de la richesse faunique. Mais un castor adulte abat de 100 à 200 arbres par an! — et dévore en entier ceux qui font moins de 2,4 cm de diamètre. En 1992, un castor qui avait élu domicile au bassin des écluses du Vieux-Port de Montréal avait dû être déplacé: il avait abattu 25 arbres en deux semaines! En l’absence de tout prédateur naturel (lynx, loutre, ours), le castor va proliférer… et «manger à blanc» les rives avant de s’en aller. Solution: on le vasectomise! «Ça fonctionne très bien, dit Denis Fournier. Entre autres parce que le castor, monogame, est fidèle toute sa vie durant. Et la vasectomie, contrairement à la castration, ne modifie pas le comportement du mâle.» Personne ne semble s’être préoccupé du moral de sa charmante épouse, ainsi privée de son rejeton annuel. On se satisfait simplement qu’elle n’engage pas de procédure de divorce. Sur la dizaine de couples stérilisés depuis cinq ans, plus de la moitié sont restés unis et continuent d’occuper le même territoire, interdisant donc à un couple fertile de venir s’y installer. Ce qui n’empêche pas le ministère des Ressources naturelles et de la Faune de permettre (voire d’encourager?) le piégeage. Une dizaine de trappeurs dûment agréés sont ainsi actifs à Montréal. Ils piègent le renard, le raton laveur (aussi connu sous le nom de chat sauvage), le vison, le castor, le rat musqué et même l’écureuil. «C’est une activité économique appréciable. Elle constitue un gagne-pain pour les trappeurs, qui fournissent de la matière première à l’industrie de la fourrure montréalaise, dit le biologiste André Dicaire, du Ministère. Mais c’est aussi une façon de contrôler les populations d’animaux qui, comme le renard ou le castor, n’ont aucun prédateur.» La vie sauvage en ville? Certains sont ravis. «Ce n’est pas tout le monde qui peut prendre sa bagnole pour aller faire un tour à la campagne. Le citadin aussi a droit à sa parcelle de nature», dit Mario Saint-Georges, qui dirige le Groupe de recherche et d’étude en biostatistique et environnement, organisme privé spécialisé en aménagement de territoires fauniques qui travaille surtout en milieu urbain. «Un enfant qui voit une grenouille des bois dans un parc reste sensibilisé à l’importance de la faune, de la biodiversité et des milieux naturels», précise David Bird, de l’Université McGill. Bien sûr, le propriétaire de condo qui vient de trouver — encore! — le contenu de sa poubelle éparpillé sur tout son balcon risque de soulever une objection ou deux. «Achetez de bonnes poubelles», implore Denis Fournier. Car la vie sauvage, c’est aussi ça. La mouffette qui emménage sous la remise, la colonie de chauves-souris dans le grenier, la smala d’écureuils dans les combles, ça arrive. Souvent. Que faire? Se procurer une cage, attraper la bête et l’exiler dans un parc ou un boisé? En dernier recours seulement, stipule le ministère des Ressources naturelles et de la Faune. Parce que c’est cruel et anti-écologique. Et généralement, parfaitement inutile, assurent les spécialistes. La SPCA avait déménagé un raton laveur femelle à 25 km de son Westmount natal il y a quelques années, après lui avoir fait une marque à la peinture sur le dos. «Deux jours plus tard, elle était de retour!» raconte Pierre Barnoti, directeur général de la SPCA de Montréal. «Et si ce n’est pas le même animal qui revient, un autre prendra sa place, dit Denis Fournier. Tout ce qu’on fait, c’est libérer le logement pour un nouveau résidant.» Sans compter que l’animal exilé se retrouve dans un territoire étranger — où il est souvent perçu comme un ennemi parce qu’il est dans le royaume d’un congénère — et qu’il risque de contaminer ce territoire par des maladies qu’il apporte de la ville. Autre problème: les petits. L’animal qu’on attrape, surtout au printemps, est probablement une mère. Abandonnés, les bébés vont mourir sous une remise ou dans une cheminée. C’est inhumain… et malodorant. Bonjour les ennuis. La vraie solution, c’est de s’arranger pour que l’animal s’en aille de lui-même, dit Kevin Strunga, de l’entreprise Contrôle humanitaire de la faune sauvage. Sa méthode: inspecter la maison pour trouver la tanière. S’il y a des petits, on les met dans une «caisse à bébés», isolée et chauffée, que l’on place à l’extérieur de la maison. Puis, on installe une porte à sens unique à l’endroit où la mère pénètre dans le grenier ou la cheminée. Une fois sortie, elle ne pourra plus entrer. Elle n’aura d’autre choix que de trouver elle-même un nouveau logement à son goût, naturel on l’espère, et d’y installer sa portée. Mais tout ce travail restera inutile si on ne colmate pas ensuite les brèches et les trous, explique Kevin Strunga. Car la meilleure façon d’apprécier la faune, c’est de s’organiser pour qu’elle reste à sa place. Dehors. · Les nourrir ou pas

Et revoici le charbon Santé et Science

Et revoici le charbon

On croyait l’époque du charbon révolue. C’est tout le contraire : 159 projets de centrales sont à l’étude aux États-Unis. Cette source d’énergie ultra-polluante menace de saboter les efforts pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre sur le continent.