Société

Rentrée: l’école à la carte

Dans le dédale des services « spéciaux » ou personnalisés, des programmes alternatifs, distincts ou « à vocation particulière », quelle école choisir ?

Il y a 40 ans, la question ne se posait pas. Le petit Arthur se rendait à l’école la plus proche, et ses parents ne pouvaient que lui souhaiter une maîtresse pas trop pimbêche. Aujourd’hui, dans ce véritable supermarché qu’est devenue l’éducation, de plus en plus de parents examinent la marchandise avant de choisir.

L’école de quartier est toujours là, mais on peut lui préférer l’école privée, l’école alternative, ou celles que, dans le milieu, on appelle « à vocation particulière » ou « à option extraordinaire ». On peut aussi choisir l’école d’un autre quartier ou lorgner du côté protestant.

Au Québec, on estime qu’un élève du secondaire sur cinq est diplômé d’une école privée. C’est surtout vrai des francophones: seulement 10 % des élèves anglophones ou allophones fréquentent le secteur privé.

De la maternelle à l’école secondaire, on compte 369 écoles privées, qui ne suffisent pas à la demande. La plupart d’entre elles sélectionnent leurs élèves d’après leurs résultats scolaires. Selon que l’on habite la province ou Montréal, les frais de scolarité varient de 650 à 1300 dollars.

Les commissions scolaires répliquent en multipliant « spéciaux » et services personnalisés. Dans les écoles « à vocation particulière », les élèves doués assimilent la matière rapidement, ce qui laisse du temps pour d’autres « matières »: la musique à l’école primaire Le Plateau, la danse classique à l’école Laurier, les sports à l’école Pierre-de-Coubertin, les sciences à l’école Fernand-Séguin, les beaux-arts à l’école FACE et même le ski alpin dans certaines écoles des Laurentides et de l’Estrie.

A la Commission des écoles catholiques de Montréal, les élèves d’une dizaine d’écoles bouclent en cinq mois tout le programme de sixième et consacrent le reste de l’année à l’anglais. Neuf des 33 écoles secondaires offrent un programme distinct: danse, sport-étude, musique, douance; huit proposent une formation professionnelle; d’autres offrent des options comme l’expression dramatique. C’est gratuit et ouvert aux élèves de différents quartiers.

Les écoles alternatives privilégient le développement complet de l’enfant plutôt que la seule formation scolaire. Il y a 23 écoles primaires de ce genre au Québec. La participation des parents y est indispensable, et chaque enfant y avance à son rythme, dans une relative liberté. Intégrées aux commissions scolaires de leur région, on les retrouve à Montréal, Québec, dans la Gatineau et en Estrie.

Il y a cinq ans, la première école d’éducation internationale ouvrait ses portes à Chambly. Depuis, 11 écoles du même type ont vu le jour et d’autres vont s’ajouter. Au programme du ministère de l’Éducation vient s’en greffer un autre, enrichi commun à tous les membres de l’Association des écoles d’éducation internationale. On choisit les élèves en fonction de leurs notes. On favorise aussi des valeurs d’entraide et de fraternité. Certaines de ces écoles sont gratuites- d’autres, comme l’École internationale de Montréal à la CECM, font payer aux parents une partie des frais de scolarité (500 dollars au primaire et 600 au secondaire).

Depuis 1988, toutes les écoles du Québec doivent se doter d’un « projet éducatif ». Il peut s’agir aussi bien d’excellence en mathématiques que d’engagement religieux ou de lutte contre le vandalisme. Dans une école de la région de Nicolet, l’environnement est à l’honneur: les élèves participent à l’entretien des locaux. Quant à l’école secondaire Louis-Riel, elle refuse 300 élèves chaque année. Son attrait ? Excellence scolaire et discipline.

Ce n’est pas toujours le « projet éducatif » qui compte le plus. Beaucoup choisissent une école pour sa garderie, son étude après les heures de classe, ses repas chauds, ou encore pour le plus petit nombre d’élèves par classe, le classement de l’école aux examens du ministère ou les activités parascolaires.

Un nombre important de parents catholiques ont découvert les vertus de l’école protestante… Lors de l’inscription, à la question sur la religion, ils cochent la case « autre » Pourquoi ? Parce que l’école française la plus proche est protestante parce qu’à l’heure de la religion ils n’ont pas envie que leur enfant se retrouve à la bibliothèque, mais aussi parce que dans les cours de récréation des écoles protestantes beaucoup d’allophones parlent anglais, une version atténuée et sans douleur de l’immersion. Quarante pour cent des écoliers de la Commission des écoles protestantes du Grand Montréal vont à l’école francaise. Et depuis 1985, la clientèle française de la Commission scolaire South Shore a augmenté de 48 %.

Enfin, les écoles privées qui ne reçoivent aucune subvention ne sont pas soumises à la loi 101. Ainsi, principalement dans la région de Montréal, des francophones peuvent fréquenter l’école anglaise à condition d’acquitter des frais de scolarité qui frôlent parfois les 10 000 dollars.