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Mes bonnes causes rentables

Investir dans une cause sociale et obtenir 7 % de rendement? Une réalité au Québec.

Photo : Pierre Maning
Photo : Pierre Maning

Qu’ont en commun l’École de percussions Samajam, à Mont­réal, la Coopérative funéraire de l’Estrie, le Village québécois d’antan, à Drummondville, la coop d’alimentation de Port-Cartier et la caisse pop du coin ? D’ici quelques années, tous pourraient se retrouver en Bourse… La Bourse de la finance solidaire !

« Nous y travaillons depuis 15 ans », dit Nancy Neamtan, 57 ans, directrice générale du Chantier de l’économie sociale.

L’économie sociale au Québec, c’est 3 000 coopératives et 4 000 organismes sans but lucratif, dont le chiffre d’affaires total est de 17 milliards de dollars – 6 % de l’économie québécoise. Une bonne part sont de véritables « entreprises sociales », qui offrent des produits ou des services, facturent des clients, embauchent du personnel, font des profits. Et surtout, qui investissent : 755 millions de dollars en 10 ans, provenant de leurs capitaux propres, de prêts, de dons de charité ou de subventions de l’État. « Ce qui leur manque, c’est le mécanisme qui favoriserait l’investissement privé », dit Nancy Neamtan.

Cette Bourse sociale fonctionnerait comme une vraie. Les investisseurs pourraient consacrer une partie de leur REER à l’acquisition d’« actions » d’une coop de logement social, d’un centre de la petite enfance ou d’une caisse populaire – actions qui seraient émises en vue d’un investissement immobilier ou d’une expansion, par exemple. Les entreprises cotées devraient satisfaire à des critères financiers, sociaux et environnementaux très précis.

« Nous sommes en train de définir les mécanismes », dit Jacques Charest, directeur général de la Fiducie du Chantier de l’économie sociale. Ce fonds de 59 millions de dollars, créé en 2006, a déjà investi – oui, investi, pas donné – 10 millions de dollars dans une trentaine d’initiatives aussi variées que la construction de l’amphithéâtre des Légendes fantastiques, à Drummondville, et celle du Taz, à Montréal. Ces placements assurent aux investisseurs un rendement annuel composé de 7 % – « pas faramineux, mais sécu­ri­taire », dit Jacques Charest.

Dans son plus récent budget, le gouvernement du Québec a confié 350 000 dollars au groupe Cirano pour qu’il définisse les modalités de cette Bourse.

« Notre défi, dit Jacques Charest, sera de créer un système où la finance ne dénaturera pas le mandat des entreprises sociales. »