Société

De grâce, couvrez-vous !

Des spécialistes en étiquette vestimentaire viennent au secours des employeurs.

Codes vestimentaires : De grâce, couvrez-vous !
Photo : Sharon Dominick/iStock

Quand Chantal Lacasse donne ses conférences sur l’étiquette dans le milieu des affaires, un sujet déclenche toujours un débat houleux : les orteils.

La formatrice, diplômée de l’École du protocole de Washington, est catégoriqu­e. On ne veut pas voir vos doigts de pied au bureau, pas même l’été. « Certains employeurs ont accepté les chaussures ouvertes. Mais ils ont dû préciser que les « Crocs » de l’un n’étaient pas appropriées, les « gougounes » de l’autre non plus. Ils perdaient un temps fou dans la gestion des sandales ! »

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Erika Quimper, qui enseigne aux gens d’affaires et aux diplômés de HEC Montréal à faire bonne impression, a aussi son répertoire d’histoires d’horreu­r. « Si vous saviez le nombre d’hommes qui me téléphonent parce qu’ils ne savent pas comment faire pour rappeler leurs employées à l’ordre ! Prenez cette adjointe administrative dans une entreprise de transformation alimentaire qui se promenait en chandail moulant, sans soutien-gorge. Vous pouvez imaginer ce qui se passait lorsqu’elle arrivait dans les locaux réfrigérés… où travaillaie­nt une majorité d’hommes. Le patron aurait pu éviter cette situation en imposant simplement le port du veston. »

Selon ces spécialistes, les employeurs s’épargnent bien des maux de tête lorsqu’ils adoptent un code vestimentaire explicite, par écrit de préférence. « Il y a un laisser-aller énorme en matière d’habillement, déplore Chantal Lacasse. Et c’est parfois le signe qu’il y a de la nonchalanc­e ailleurs. On adopte l’attitude qui va avec les vêtements qu’on porte. »

Une culture vestimentaire plus désinvolte s’est installée dans les bureaux à partir de la fin des années 1990. Sous l’influence des boîtes de haute technologie californiennes, de nombreux gestionnaires ont permis les vêtements décontractés le vendredi, puis le reste de la semaine. « Beaucoup font maintenant l’erreur de s’habiller de manière détendue pour se montrer plus accessibles, souligne Chantal Lacasse. Des gens du domaine financier qui troquent leur complet contre une chemise à carreaux lorsqu’ils vont rencontrer des clients dans une ferme, par exemple. C’est oublier que ces derniers, eux, s’attendent à recevoir quelqu’un dont l’allure correspond à sa fonction. »

Bien des entreprises seraient tentées de revenir à des normes plus strictes. Selon un sondage d’un regroupement américain de professionnels des ressources humaines, en 2002, 53 % des employeurs toléraient en tout temps les tenues relax ; en 2006, ils n’étaient plus que 38 %.

Les chaussures défraîchies, les sandales portées avec des chaussettes, les vêtements froissés, les pantalons de jogging, les t-shirts ornés d’inscriptions voyantes et les casquettes seraient à proscrire, selon les deux expertes. Les minijupes, les vêtements dévoilant un ventre, un soutien-gorge ou un string et toute autre tenue sexy n’auraient pas non plus leur place au boulot. « Plus vous attirez l’attention sur votre aspect visuel, plus on oublie votre message, dit Erika Quimper. Que voulez-vous qu’on retienne : votre physique ou vos propos ? C’est pareil pour un homme qui porte de grosses bagues ou des cravates fluo : on est tellement distrait par son apparence qu’on n’écoute plus ce qu’il dit. »