Société

Mon plan pour sauver le français à Montréal

J’ai un plan secret pour qu’on s’assure que Montréal demeure francophone (en fait, j’en ai plusieurs).

Certains militants du PQ pensent que le seul moyen de préserver un Montréal français est de passer une Super-Loi 101 qui limite l’accès aux cégeps et même aux garderies anglophones (il faut bien veiller à ce que les enfants de 4 ans fassent un «dodo» et non un nap).

Mais cette loi ne résoudrait pas le vrai problème. Selon une étude récente de Statistique Canada, plus de 20 000 francophones quittent l’île de Montréal chaque année pour habiter en banlieue, alors que nous, les anglophones et les allophones, restons.

Nous voulons tous que Montréal reste francophone, mais cela nécessitera de nouvelles idées audacieuses. Voici mes (modestes) propositions.

La loi 202 : Chaque fois qu’un francophone déménage hors de l’île, un non-francophone devrait aussi quitter, afin de maintenir l’équilibre linguistique de Montréal. Si nécessaire, je suis prêt à déménager à Brossard, avec quelques amis anglophones. C’est triste, car j’adore Montréal et je hais le boulevard Taschereau, mais il faut ce qu’il faut !

Il y a seulement une faille dans ce plan : si les francophones continuent de fuir Montréal et que les anglos et les allos partent avec eux, au bout du compte, plus personne ne restera en ville.

La loi 303 : Cette loi peut vraiment mettre fin à la menace à la langue française à Montréal et freiner l’hémorragie qui ont fait fuir quelque 100 000 francophones vers les banlieues depuis cinq ans. La loi 303 interdirait aux francophones de quitter Montréal, à moins qu’ils trouvent une famille francophone pour les remplacer.

Évidemment, les francophones pourraient toujours obtenir des laissez-passer pour quitter temporairement Montréal (pour le travail, par exemple), mais sans leur famille. Il faut s’assurer qu’ils ne vivent pas secrètement dans un bungalow à Blainville !

Pour bien appliquer la loi, nous pourrions créer des postes de contrôle à chaque pont, où les francophones montreraient une preuve qu’ils retourneront sur l’île le jour même. Sinon, ils seraient dans l’obligation de laisser un dépôt en argent pour prouver qu’ils ne s’apprêtent pas à déménager à Mont-Saint-Hilaire.

La loi 404 : Il ne suffit pas de garder les francophones à Montréal ; nous avons aussi besoin de rapatrier ceux qui sont partis. Évidemment, la possibilité d’acheter une maison à prix abordable sur l’île pourrait les attirer, mais nous devons penser à quelque chose d’encore plus spectaculaire. Pourquoi ne pas leur envoyer des offres spéciales «avec prime», comme celles que je reçois des journaux et de mon ancienne compagnie de téléphone ?

Un exemple :

« Chers francophones et ex-Montréalais,

Vous êtes le genre de personne dont notre ville a besoin ! Pour un temps limité seulement, revenez à Montréal et profitez de cette offre incroyable :

– Un an de baguettes gratuites à la boulangerie Mamie Clafoutis et tout le smoked meat que vous pouvez manger Chez Schwartz’s ;

– Quatre CD gratuits de Céline Dion, Marie-Mai ou tout autre artiste québécois de votre choix ;

– Obtenez un «bonus» si vous revenez sur l’île dans les 30 prochains jours : le stationnement gratuit dans les zones diplomates (personne ne les utilise de toute façon) et l’immunité d’un an pour les infractions de stationnement ;

– Ce n’est pas tout ! 50 000 points Air Miles pour des voyages dans n’importe quelle destination francophone de votre choix, de Paris à la Floride.

Alors, revenez à Montréal, sauvez le français et obtenez des Airs Miles ! »

La loi 505 : Un autre défi pour la population francophone de Montréal est le faible taux de natalité. Nous avons essayé les « bébés-bonus » et les garderies à 7 $, mais les francophones ont toujours moins d’enfants (même moins que beaucoup d’anglophones, ce qui est dur à battre).

Il est temps d’être plus créatifs. En vertu de ma nouvelle politique «3 enfants », tout Québécois francophone de plus de 30 ans qui refuse d’avoir des enfants serait déclassé à «mi-citoyen » et perdrait certains privilèges, comme le droit de stationner facilement sa voiture.

Nous avons juste à rendre nos affiches de stationnement encore plus compliquées qu’elles le sont maintenant.

Pas de stationnement 9 h – 17 h, lun.-ven. pour les familles avec 1 ou 2 enfants

Stationnement gratuit en tout temps pour les familles de 3 enfants ou plus

Pas d’enfants : pas de stationnement

Nous pourrions aussi offrir des dimanches «Super rabais» pour les grosses familles, tandis que les couples sans enfant seraient contraints de magasiner après minuit, dans les dépanneurs. Finalement, les gens sans enfant n’auraient plus d’accès aux garderies abordables. Même dans une société généreuse comme la nôtre, il faut tirer la ligne quelque part !

La loi 606 : Il y a quelques décennies, lorsque la population de Montréal a glissé sous la barre symbolique d’un million, le maire Jean Drapeau a résolu le problème simplement : il a annexé Pointe-aux-Trembles et Rivière-des-Prairies. Cela n’a rien changé, mais nous pouvons toujours essayer, nous aussi, de résoudre le problème en «redessinant» Montréal.

Par exemple, nous pourrions réduire la population de langue anglaise en abandonnant le West Island et en le renommant  «Les Cantons-de-l’Ouest ». Ainsi, plus personne ne se soucierait de la langue que parlent les gens là-bas.

En échange, nous pourrions accroître la population francophone de Montréal en y annexant la Rive-Sud et peut-être même Laval, où de nombreux ex-Montréalais ont déménagé. (En plus, la Rive-Sud est beaucoup plus proche du centre-ville de Montréal que l’est le West Island.) En une seule journée, Montréal deviendrait une ville francophone à plus de 56 % !

Nous pourrions même aller plus loin et déclarer que tout le Québec fait partie de Montréal, afin d’obtenir une population francophone à plus de 80 % (un pourcentage qui n’a pas changé depuis les années 1950).

John F. Kennedy a dit : «Nous sommes tous des Berlinois». René Lévesque a dit : «Nous sommes tous des Québécois». Je dis : «Nous sommes tous des Montréalais».

Mais il y a une solution plus simple et réaliste. La vérité, c’est que les allophones parlent de plus en plus  français à la maison. Et ces personnes représentent plus de 8 % de la région de Montréal. Plusieurs sont arrivés ici lorsqu’ils étaient enfants et ont fait ce que les générations précédentes de Québécois n’auraient pas pu imaginer : ils sont allés à l’école française, ont travaillé en français et sont devenus francophones, même s’ils parlent aussi leur langue maternelle à la maison – du moins, pour l’instant.

Ils incarnent le triomphe de la Loi 101. Il est temps de changer leur statut et de déclarer que ces «frallophones» sont francophones. Cela ajoutera 8 % de plus aux 56 % de francophones de la grande région de Montréal, ce qui porterait le total à 64 %.

Félicitations à nous tous.

Mais pour revenir à la question originale concernant l’île de Montréal elle-même, si vous voulez vraiment qu’elle soit francophone, la solution est simple : vivez ici.

Montréal est une ville formidable avec une vie de quartier extraordinaire, de belles grandes rues commerciales, un cœur français et une grande âme. Alors, abandonnez la banlieue, chers concitoyens, et revenez faire de Montréal une ville fabuleusement francophone.

J’ai même un nom pour ce plan : Occupons Montréal.