Société

Comment les femmes musulmanes devraient-elles s’habiller ?

De l’Égypte au Pakistan, il n’y a pas de consensus sur la forme vestimentaire appropriée pour les femmes sur la place publique, d’où quelques variations.

Un des problèmes sous-tendus par le débat sur la laïcité qui agite la scène publique depuis une décennie est le malaise de certains face à la tenue vestimentaire des femmes musulmanes.

Ce débat, vivace au Québec comme en France, existe dans une certaine mesure en terre musulmane. De l’Égypte au Pakistan, il n’y a pas de consensus sur la forme vestimentaire appropriée pour les femmes sur la place publique, d’où quelques variations. En Turquie, le marché de la mode islamique est en plein boum !

« Les questions de genre font partie intégrante des débats culturels parmi les intellectuels et les activistes politiques du monde musulman depuis le XIXe siècle. […] Ce n’est pas juste un problème culturel. Ça tourne également autour de la question de la liberté individuelle, de l’égalité des sexes et de la souveraineté des femmes sur leur propre corps et sur leur sexualité », dit Mansoor Moaddel, chercheur principal d’une étude qui, pour le compte de l’Institut pour la recherche sociale de l’Université du Michigan, s’est intéressée à la question.

Dans le cadre d’une plus vaste enquête sur la Tunisie, le berceau de la révolution arabe, les chercheurs ont conduit un sondage auprès d’habitants de sept pays où la religion musulmane est majoritaire (Égypte, Irak, Liban, Pakistan, Arabie saoudite, Tunisie et Turquie), qui ont dû répondre à la question suivante : « Laquelle de ces femmes est habillée de la manière la plus appropriée pour l’espace public ? »

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Le style n° 1 (burqa) est en vogue en Afghanistan, dit l’étude; le style n° 2 (niqab) est populaire chez les conservateurs et les fondamentalistes d’Arabie Saoudite et d’autres pays du golfe Arabo-Persique; le style n° 3 (tchador) est vigoureusement promu par les fondamentalistes chiites et les conservateurs iraniens, irakiens et libanais; les styles n° 4 et 5 (hidjab) sont considérés comme les plus appropriés par les femmes musulmanes modernes d’Iran et de Turquie.

Voici le tableau synthétique des résultats.

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Qu’en conclure ?

La majorité des sondés préfèrent voir les femmes couvrir leur tête, mais pas nécessairement leur visage. La Turquie et le Liban sont les seuls pays où plus d’un quart de la population ne juge pas approprié qu’une femme se voile en public. Ailleurs, cette opinion est l’affaire de minorités.

D’une manière générale, c’est le hidjab blanc (style n° 4), couvrant les cheveux et les oreilles, qui est plébiscité : 57 % en Tunisie, 52 % en Égypte, 46 % en Turquie et 44 % en Irak.

Classé par genre, les résultats apportent peu de nuances, et c’est là un enseignement particulièrement intéressant. En effet, il n’y a pas de différence significative entre les préférences des hommes et des femmes, à part au Pakistan, où les hommes ont une vision plus conservatrice de l’habillement féminin.

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Les résultats, filtrés selon l’âge, montrent que les 18-29 ans sont moins conservateurs face à l’habillement que les 30 ans et plus. Mais le facteur qui divise le plus les répondants est l’éducation, notamment au Liban, en Turquie et au Pakistan. « D’une manière générale, le code vestimentaire est un bon prédicateur des orientations libérales ou fondamentalistes », explique Moaddel.

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Bien que la plupart des pays aient exprimé une vision conservatrice du code vestimentaire des femmes, ils sont toutefois nombreux à penser qu’elles devraient décider par elles-mêmes de la manière dont elles veulent s’habiller, comme le montre le tableau ci-dessous.

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« En se basant sur ces résultats, il est difficile d’associer le style vestimentaire des femmes au niveau de modernité et de développement d’un pays. L’Arabie saoudite, qui est économiquement développé, est le pays le plus conservateur en termes de style vestimentaire féminin. Cela reflète plutôt les orientations de chaque pays en ce qui concerne les valeurs libérales et le niveau de liberté dont les populations jouissent. Au Liban, en Tunisie et en Turquie, où les gens tendent à être moins conservateurs que dans les quatre autres pays, le style vestimentaire préférentiel des femmes est également moins conservateur », explique l’étude.