Société

Du bon usage des devoirs

Les devoirs ont-ils encore leur raison d’être ? se demandent les parents débordés. La réponse une fois pour toute.

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Photo : Chris Ryan/Getty Image

En 1re année, les devoirs ne devraient pas dépasser 10 minutes par jour. En 6e année, 30 minutes. Celui qui le dit, Thierry Karsenti, est professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, et ses recommandations résultent de la synthèse de centaines d’études réalisées ici et ailleurs.

L’universitaire a traduit en recommandations éminemment pratico-pratiques les conclusions de ces lectures savantes dans son dernier ouvrage destiné au grand public, simplement intitulé Les devoirs (Éditions Grand Duc).

S’adressant aux enseignants dans certains chapitres et aux parents dans d’autres, Thierry Karsenti statue d’abord de façon claire sur un point : abolir les devoirs serait une « grave erreur », n’en déplaise aux parents exaspérés par cette source de conflits potentiels, de stress et, parfois, de crises de larmes.

Au secondaire, les devoirs contribuent à la réussite scolaire, les études le démontrent sans le moindre doute. Au primaire, c’est moins clair, reconnaît Thierry Karsenti. Ce n’est pas une raison pour les laisser tomber complètement, comme le font un nombre grandissant d’écoles primaires.

« Si on veut préparer les élèves à la charge de travail qui les attend au secondaire, il faut bien commencer quelque part. Le jeune ne va pas apprendre à faire des devoirs par miracle entre le primaire et le secondaire ! » souligne-t-il.

Car au-delà des apprentissages qu’ils aident à consolider, les devoirs ont bien d’autres vertus. Par eux, le jeune apprend à organiser son temps et à devenir autonome, des aptitudes non négligeables pour la poursuite de sa scolarité.

Un devoir adéquat n’est ni trop long ni trop ennuyeux. Les temps ont changé et les devoirs ont tout intérêt à évoluer eux aussi pour garder leur pertinence, dit en substance Karsenti. Pourquoi ne pas demander aux élèves de rédiger un court texte publicitaire vantant les mérites d’un roman qu’ils ont aimé ? Ou de trouver quelques informations sur un sujet d’actualité ? Ce travail réalisé à la maison a aussi pour fonction de motiver le jeune et de lui faire acquérir un sentiment de compétence, en lui permettant d’exercer les connaissances nouvellement apprises.

Gare aux devoirs trop complexes, cependant. Il y a quelques années, Thierry Karsenti a dû aider son fils, alors au primaire, à construire… une balance ! « Il fallait presque être ingénieur pour réussir. Quand le travail demandé est trop compliqué, ça devient un devoir pour les parents. L’enfant devrait arriver à le faire seul. »

Le rôle du parent, primordial, doit prendre une autre forme : il consiste surtout à s’assurer que l’enfant accomplit bel et bien ses tâches, à l’encourager et à montrer son intérêt pour la chose scolaire, question de valoriser ses efforts.

Chose certaine, il est possible de dépoussiérer les devoirs et de les adapter à la vie des familles modernes, fort occupées, mais pour la plupart branchées, croit Thierry Karsenti. Il encourage donc parents et enseignants à tirer profit des ressources en ligne et des applications destinées au monde scolaire, qu’il recense selon les usages (recherche, rédaction, soutien, etc.). Quelques exemples : le correcteur en ligne BonPatron.com ; l’outil RefME, pour apprendre à créer une bibliographie ; OnlineChartTool.com, pour faire des graphiques ; ou le service d’aide aux devoirs Allô prof, qui offre des fiches classées par matières, des capsules vidéos et l’aide de vrais profs, qui répondent aux jeunes par téléphone et, belle nouveauté, par textos. Apprendre à faire des recherches efficaces en ligne et à trouver des informations fiables s’avère désormais une compétence essentielle qui exige de la pratique.

Évidemment, Internet peut aussi constituer une prodigieuse source de distraction. La gestion du temps en ligne est nécessaire pour que les jeunes arrivent à faire leurs devoirs « sans tomber dans les filets des réseaux sociaux ».

Thierry Karsenti suggère l’utilisation de petits programmes qui s’installent sur le navigateur pour limiter le temps passé sur certains sites. Idéalement, ils ne doivent pas être utilisés comme un contrôle parental, mais plutôt comme un outil mis à la disposition du jeune pour qu’il apprenne lui-même à gérer son temps et à cibler les activités chronophages qui le détournent de ses objectifs.

Discuter de cela avec son enfant, c’est le rôle du parent et c’est infiniment plus profitable à long terme que de tenter de résoudre un problème de maths à sa place.