Société

Comment se portent les jeunes Québécois

Les données de l’Indice d’équité entre les générations démontrent que la qualité de vie des jeunes Québécois s’est améliorée entre 1990 et 2013 alors que celle des jeunes Ontariens s’est détériorée légèrement.

_Couverture_1er-AVRIL_2016_LRLes jeunes Québécois de 25 à 34 ans ont maintenant un niveau de vie plus élevé que les jeunes Ontariens! Voilà le constat le plus surprenant qui ressort de l’Indice d’équité entre les générations (IEG), créé en 2014 par l’Institut des générations et dont la mise à jour de 2016 fait l’objet d’un grand dossier du numéro de L’actualité présentement en kiosque.

Cet indice combine 26 indicateurs, qui couvrent plusieurs dimensions du niveau de vie des jeunes de 25 à 34 ans au Québec et en Ontario, dont le revenu médian après impôt, l’espérance de vie et le niveau de satisfaction général à l’égard de la vie, de même que certaines mesures de partage de pouvoir entre les générations, telles que l’âge moyen des députés.

Portés par le discours ambiant voulant que le Québec soit le parent pauvre du Canada, nous ne nous attendions pas à ce que les jeunes Québécois ressortent gagnants de la comparaison. Les données de l’Indice démontrent au contraire que la qualité de vie des jeunes Québécois s’est améliorée de 1990 à 2013, alors que la qualité de vie des jeunes Ontariens s’est détériorée légèrement.

Les données montrent même qu’à plusieurs égards les jeunes Québécois s’en tirent maintenant mieux que les jeunes Ontariens. Le revenu médian après impôt des Québécois de 25 à 34 ans est passé de 24 853 $ en 1990 à 31 389 $ en 2012, alors que celui des Ontariens est passé de 29 405 $ à 29 701 $. Cette stagnation est particulièrement frappante lorsqu’on considère que le revenu médian des jeunes Ontariens était de 32 953 $ en 1976!

D’autres indicateurs importants, tels que le taux de chômage et le niveau d’inégalité, indiquent aussi une amélioration relative des 25-34 ans au Québec. Se loger en Ontario coûte également beaucoup plus cher. Le logement moyen de deux chambres à coucher représente 44 % du revenu médian des jeunes Ontariens, contre 27 % pour les jeunes Québécois, et le prix des maisons est aussi beaucoup plus élevé en Ontario qu’au Québec.

Comment expliquer ces tendances divergentes dans la progression de la qualité de vie des jeunes des deux provinces voisines?

D’une part, la conjoncture économique a joué un rôle important. La crise économique de 2009 a frappé les jeunes de l’Ontario avec davantage de force. Leur taux de chômage a atteint un sommet de 9,11 % en 2009, alors qu’il n’a pas dépassé 8 % chez les jeunes Québécois. En 2008, à l’aube de la récession, les jeunes Ontariens avaient un revenu médian de 32 016 $; il était de 30 730 $ pour les jeunes Québécois.

Les choix politiques ont sans doute également joué un rôle. Les transferts fiscaux aux ménages avec enfants ont aussi été plus généreusement augmentés au Québec. Finalement, le développement du réseau de services de garde subventionné et l’introduction du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) au Québec ont permis à plus de femmes de rester sur le marché du travail, ce qui a augmenté leur revenu et a fait diminuer les inégalités.

À cet égard, le niveau des dépenses publiques pour la petite enfance est une dimension qu’il aurait été souhaitable d’intégrer directement à la composition de l’Indice, puisque les services de garde représentent un service public qui contribue à l’évolution du niveau de vie des jeunes de 25 à 34 ans (qui, en contrepartie, utilisent relativement peu le système de santé). Malheureusement, les différences substantielles entre les méthodes de comptabilité employées par le Québec et l’Ontario ont rendu trop hasardeuse une comparaison entre les dépenses des deux provinces dans le cadre de la construction de l’IEG.

Considérant la grande augmentation des dépenses en services de garde au Québec depuis 1997, il est raisonnable de croire que l’inclusion de cet indicateur à l’Indice d’équité entre les générations aurait eu pour effet de dresser un portrait encore plus positif de l’évolution de la situation des jeunes Québécois.

Cependant, l’avantage du Québéc à cet égard pourrait n’être que temporaire: l’Ontario a récemment augmenté de façon massive ses investissements en services à la petite enfance en rendant universelle la maternelle 4 ans dans le cadre d’un programme innovateur et ambitieux. Les classes de maternelle 4 ans ontariennes comptent environ 18 élèves pour deux adultes, une enseignante et une éducatrice à la petite enfance certifiée. Ces classes sont souvent situées dans les écoles primaires, le programme étant géré par le ministère de l’Éducation, comme tous les programmes destinés à la petite enfance en Ontario.

De son côté, le Québec réduit ses subventions par enfant, rapatrie les surplus des garderies bien gérées et augmente les frais pour certains parents, selon une nouvelle formule de détermination des tarifs.

Ce type de choix de politiques publiques pourrait renverser la tendance, qui est présentement à l’avantage du Québec. Ainsi, la prochaine mouture de l’IEG, surtout si elle réussit à inclure les dépenses destinées à la petite enfance, pourrait indiquer une évolution récente du niveau de vie des jeunes moins avantageuse pour le Québec que ne le laisse présager la version 2016 de l’Indice.

(Ont contribué à ce texte: Alexis Gagné, Laura O’Laughlin, Maripier Isabelle, Isabelle Fontaine, Nathaniel Bérubé-Mimeault, Christian Bélair)