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Fécondité: pourquoi le Québec a besoin de vous

En 2015, il y a eu 86 800 naissances au Québec, soit 900 de moins que l’année précédente et 1 800 de moins qu’en 2013. 

Photo: Pixabay
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Pour une sixième année consécutive, le taux de natalité est à la baisse dans la province, a annoncé cette semaine l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Loin d’être une simple information, il s’agit bel et bien d’un problème pour le futur des Québécois. Voici pourquoi.

Quel est le taux de natalité au Québec?

En 2015, il y a eu 86 800 naissances au Québec, soit 900 de moins que l’année précédente et 1 800 de moins qu’en 2013. Il est né davantage de garçons (44 500) que de filles (42 300), ce qui donne un rapport de masculinité d’environ 105 garçons pour 100 filles.

L’indice synthétique de fécondité s’est ainsi établi à 1,60 enfant par femme, un chiffre en baisse continuelle depuis 2009, année où il s’était élevé à 1,73. Le taux de 2016 est le plus faible qu’a connu le Québec depuis 2005 (1,54), mais à l’époque, le nombre de naissances n’était que de 76 341, soit quasiment 10 500 en moins. Cela revient à dire qu’en 10 ans, le Québec a connu une vague de naissances, que certains ont d’ailleurs qualifié de petit baby-boom. Aujourd’hui, cette vague s’essouffle.

Sur l’ensemble de la province, l’indice est au plus bas dans les régions de Montréal et de la Capitale-Nationale (respectivement 1,49 et 1,53). À l’inverse, c’est dans le Nord-du-Québec (2,33), Chaudière-Appalaches (1,85) et l’Abitibi-Témiscamingue (1,84) qu’il est le plus élevé.

Comment s’explique cette baisse?

Vaste question à laquelle plusieurs facteurs sociaux, économiques et législatifs apportent des éléments de réponse.

Le coût d’un enfant

Élever des enfants a un coût, et celui-ci est élevé. Pour se faire une idée de ce coût, il n’y a qu’à regarder du côté du calcul des pensions alimentaires, qui sont établies pour chaque tranche de revenu familial en fonction des dépenses moyennes effectuées pour les enfants.

Justice Québec établit les montants de ce qui est appelé la «contribution alimentaire annuelle de base», qui correspond aux besoins des enfants et aux ressources des parents. Selon la table de fixation en vigueur depuis le 1er janvier 2014, cette contribution annuelle de base est estimée à 6 930 $ par année pour un enfant dont les parents ont un revenu disponible de 50 000 $. La contribution grimpe à 10 200 $ pour deux enfants, 12 770 $ pour trois enfants, 15 340 $ pour quatre enfants, 17 900 $ pour cinq enfants et 20 470 $ pour six enfants.


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L’âge moyen des femmes à l’accouchement augmente

Il fut une époque pas si lointaine où les naissances s’effectuaient dans le cadre d’un mariage. Au cours des années 1950 et jusqu’à la fin des années 1970, au Canada, l’âge moyen des femmes au premier mariage ne dépassait pas 23 ans. De fait, tout au long de cette période, l’âge moyen des mères à la première naissance se situait autour de 24 ans. C’est dans ce contexte qu’au Québec, l’indice synthétique de fécondité a atteint un sommet de 4,09 enfants par femme, en 1957. Les changements sociaux apparus dès la fin des années 1960 — le recul de la religion, l’efficacité de la contraception, l’accès au divorce, l’augmentation de la présence des femmes sur le marché du travail — ont ensuite fait baisser le niveau de fécondité. Depuis le milieu des années 1970, l’âge moyen à la maternité ne cesse d’augmenter, essentiellement parce que la première naissance est depuis lors retardée. En 2011, cet âge moyen a atteint la barre des 30 ans, et il a continué à augmenter pour culminer en 2015 à 30,55 ans. L’âge moyen à la première naissance a quant à lui crû pour atteindre 29,0 ans en 2015.

Le rapport de l’ISQ atteste que la période de plus forte fécondité est aujourd’hui de 25 à 34 ans — et elle continue de se déplacer vers des âges plus avancés. Or, le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants a une conséquence indéniable sur le nombre de naissances. «La fécondité des femmes de 30 à 34 ans a surpassé celle des femmes de 25 à 29 ans pour la première fois en 2013 au Québec et elle demeure légèrement supérieure depuis […] En 2015, les femmes de 35 à 39 ans présentent un taux de fécondité de 52 pour mille. Ce taux surpasse celui des femmes de 20 à 24 ans depuis l’année 2011. La fécondité de ces dernières se situe à 39 pour mille en 2015. En comparaison, elle était de près de 100 pour mille en 1975.»

Le désir d’avoir de plus petites familles

Au Québec comme au Canada, la norme pour les familles est aujourd’hui d’avoir un ou deux enfants. Pourquoi? «Il y a toutes sortes de raisons pour cela, mais l’une des principales est que nous avons élevé les standards concernant les enfants; nous investissons plus de temps pour eux qu’autrefois […] Il y a donc beaucoup de parentage intensif. Et si vous avez beaucoup d’enfants, l’intensité de la parentalité ne peut évidemment pas être aussi importante», a expliqué Susan McDaniel, de la Chaire de recherche du Canada sur la population mondiale et les parcours de vie, au Globe and Mail, en 2012.

De plus en plus de célibataires

Dans l’édition 2012 du Bilan démographique du Québec, l’ISQ attestait que la vie à deux était en baisse, surtout chez les plus jeunes. De 1981 à 2011, la proportion d’hommes âgés de 25 à 29 ans vivant en couple a chuté de 63 % à 44 %; du côté des femmes de la même tranche d’âge, le pourcentage est passé de 71 % à 59 %. Même constatation chez les 40-44 ans, puisque la part s’est réduite de 82 % à 69 % chez les hommes et de 77 % à 70 % chez les femmes.

«Plusieurs facteurs ont pu contribuer à cette évolution, dont une formation plus tardive des couples, une plus grande instabilité conjugale et une baisse de la propension à se remettre en couple après une rupture ou le décès d’un conjoint», a avancé le rapport.


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Quels pourraient être les effets d’une faible fécondité?

Le premier problème qui se pose est celui du seuil de remplacement des générations, qui représente le niveau qu’il faudrait maintenir pour remplacer la population en l’absence de migration. Selon Statistique Canada, il faut remonter à 1971 pour trouver une année où l’indice synthétique de fécondité a dépassé le seul de remplacement des générations au Canada. Au Québec, c’est en 1970 que l’indice est passé sous ce seuil.

À l’échelle du Canada, cela pose un problème de taille. Selon Statistique Canada, en l’absence d’un «niveau d’immigration soutenu ou d’une hausse substantielle de la fécondité, la croissance démographique du Canada pourrait, d’ici une vingtaine d’années, être proche de zéro». De mauvais augure au moment où le Québec s’apprête à vivre un véritable papy-boom, soulignait-on dans l’indice québécois d’équité entre les générations, préparé par L’actualité.

«D’ici 2050, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus augmentera de 87 %. Pendant cette même période, le nombre de personnes en âge de travailler (de 15 à 64 ans) diminuera de 6 %. Bref, le nombre de travailleurs par retraité chutera de moitié. Cette transition — ou ce choc — démographique aura des répercussions majeures sur les finances publiques», écrivait Jonathan Trudel en 2014. Luc Godbout, directeur du Département de fiscalité de l’Université de Sherbrooke, prévoyait alors que le déficit du Québec allait atteindre 17 milliards de dollars en 2030 et 62,7 milliards en 2050.

Ce vieillissement de la population, jumelé à un rétrécissement de la part de la population sur le marché du travail, aura un effet négatif sur la croissance économique. «À moins d’un miracle technologique [pour améliorer la productivité], la démographie indique à elle seule une nouvelle norme de 1 % à 1,5 % [de croissance économique]», a expliqué à La Presse Canadienne Robert Arnott, président et fondateur de Research Affiliates, leader mondial de l’allocation d’actifs. Et qui dit faible croissance dit conséquences sur les salaires, les finances personnelles et la qualité de vie. «C’est la recette de l’instabilité sociale», a noté dans le même texte Andrew Cates, alors économiste pour la banque d’investissement d’UBS.

Comment le Québec se compare-t-il avec le reste du Canada et du monde?

Les données de Statistique Canada sur l’indice synthétique de fécondité ne vont pas au-delà de l’année 2012. Mais si l’on compare le Québec aux autres provinces et territoires durant la période allant de 2008 à 2012, on constate une tendance: l’indice du Québec est chaque fois supérieur à la moyenne canadienne; il se trouve toutefois inférieur à celui des trois territoires et de la Saskatchewan, du Manitoba et de l’Alberta.

Fécondité-Canada

Les données de l’OCDE sur les pays du G8 montrent que les États-Unis et surtout la France disposent d’indices particulièrement élevés, avec respectivement 1,86 et 1,98, en 2014 (dernière année disponible). Cette année-là, au Québec, l’indice s’élevait à 1,62; il était alors supérieur à celui de l’Allemagne (1,47), du Japon (1,42), de l’Italie (1,37) — et donc du Canada (1,61).

Comme l’indique l’ISQ, plusieurs autres pays industrialisés avaient, en 2014, des indices de fécondité de plus de 1,8 enfant par femme, notamment l’Irlande (1,95), l’Islande (1,93), la Nouvelle-Zélande (1,92), la Suède (1,88) ou encore l’Australie (1,80). Cependant, la fécondité est très basse dans certains pays du sud de l’Europe — notamment l’Espagne (1,32) et le Portugal (1,23). De manière générale, la fécondité a effectué un recul dans la plupart des pays d’Europe depuis la crise économique de 2008, à l’exception de la France.

Fécondité-OCDE