Société

En rando… au coin de la rue!

L’exploration des lieux interdits, le plus souvent à l’abandon, gagne en popularité. Mais cette activité n’est pas sans risque. 

Photo: Erik Mauer/Flickr
Photo: Erik Mauer/Flickr

Une vidéo sur YouTube, tournée dans des zones interdites au public du métro de Montréal, a fait apparaître au grand jour ce printemps un phénomène qui gagne en popularité, celui des explorateurs urbains. Trois hommes, visages cachés, ont filmé leur intrusion dans les tunnels, jusque dans la cabine d’un conducteur! La vidéo de près de trois minutes, présentée sur fond de musique house, a été visionnée plus de 140 000 fois avant d’être retirée.

Les trois explorateurs, âgés de 22, 28 et 52 ans, ont été arrêtés quelques semaines plus tard. Ils sont accusés d’introduction par effraction, de nuisance publique et de possession d’outils de cambriolage. Car l’exploration urbaine, par définition, se fait presque toujours dans l’illégalité.

L’urbex, comme disent les adeptes, consiste à explorer des lieux interdits ou difficiles d’accès, le plus souvent à l’abandon. «Les endroits très peu fréquentés, inconnus du public, ont quelque chose de mystérieux», explique Laurent, un explorateur urbain dans la jeune vingtaine (dont nous acceptons de taire l’identité, car il craint des ennuis avec les autorités). Le photographe au look branché mais discret — qui convient à l’urbex — a passé la dernière année à grimper sur les toits d’immeubles du centre-ville montréalais, une forme d’urbex appelée rooftop («toit», en anglais) dans le milieu. «Il y a un thrill à marcher au centre-ville, repérer un toit qui a l’air accessible, essayer d’entrer dans l’immeuble en prétextant y habiter, se rendre en haut, tenter de trouver l’escalier de secours… Et comme il y a souvent des caméras sur les toits, il faut se dépêcher, prendre ses photos rapidement. C’est excitant!»

Ses clichés, Laurent les publie sur son compte Instagram, qui réunit près de 10 000 abonnés. Le réseau social de partage de photos s’est en effet mué en fenêtre sur le monde de l’urbex. Certains explorateurs urbains ont des centaines de milliers d’abonnés, comme en témoignent les comptes américains @13thwitness (700 000 abonnés), @trashhand (553 000 abonnés) ou @insighting (343 000 abonnés).


Impossible pourtant de connaître l’ampleur du phénomène au Québec, car ces introductions sont comptabilisées comme des effractions parmi d’autres. Le groupe Ivanhoé Cambridge, propriétaire d’immeubles au Québec et ailleurs dans le monde, note toutefois «une recrudescence de ces incidents et intrusions […] sur des immeubles du centre-ville de Montréal», selon un porte-parole contacté par courriel.

Tous les explorateurs urbains ne sont cependant pas adeptes d’infiltration. Jarold Dumouchel, développeur Web et photographe professionnel d’une trentaine d’années, obtient généralement l’autorisation du propriétaire avant de visiter un bâtiment. «En demandant la permission, on a la chance d’accéder à des endroits où les autres ne vont pas. Des coins couverts de graffitis, j’en ai fait assez», dit celui qui, depuis 12 ans, occupe ses temps libres à parcourir le Québec à la recherche de nouveaux lieux à découvrir. Il les photographie et les répertorie sur son site, visité 160 000 fois chaque année.

Jarold Dumouchel s’intéresse surtout aux endroits abandonnés. Ses clichés sont pour lui un moyen de documenter une période révolue de l’histoire d’un bâtiment. «L’attrait, c’est de visiter des lieux oubliés, qu’on croise tous les jours sans même savoir qu’ils sont abandonnés. Un endroit abandonné depuis 40 ans, c’est toute une atmosphère; un passé figé.»

Qu’il s’agisse de s’introduire dans des structures vétustes ou de monter au sommet de tours, l’exploration urbaine n’est pas sans risque. Le 31 décembre 2015, un homme de 24 ans est mort en tentant d’atteindre le toit de l’hôtel Four Seasons, à New York. Il s’est écrasé sur une corniche, neuf étages plus bas.