Société

L’attentat de Québec est unique en Occident

Jamais une attaque dans une mosquée n’a fait autant de victimes en Amérique du Nord et en Europe. L’attentat de Québec est également un cas à part en ce qui a trait au modus operandi du tueur au Canada. 

Un policier surveille le Centre culturel islamique de Québec. (Photo: André Pichette/EPA)
Un policier surveille le Centre culturel islamique de Québec après l’attentat survenu le 29 janvier 2017. (Photo: André Pichette/EPA)

L’attentat contre les croyants qui fréquentent le Centre culturel islamique de Québec est une anomalie dans le paysage sanglant du terrorisme en Occident: jamais une attaque dans une mosquée n’a fait autant de victimes.

L’attentat de Québec, qui a fait six morts et cinq blessés graves, est également un cas à part en ce qui a trait au modus operandi du tueur. Jusqu’au dimanche 29 janvier 2017, au Canada, jamais quelqu’un n’avait fait irruption dans un lieu de culte — mosquée, église, synagogue ou temple — en étant armé pour abattre des civils.

Un nouveau pas a été franchi dans la progression de la terreur. Et le Canada n’est plus l’une des rares oasis de tolérance religieuse dans le monde occidental.

Selon la Global Terrorism Database de l’Université du Maryland, ce type d’attentat terroriste est tristement courant en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud, mais pas en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest, a constaté L’actualité après une analyse des attaques perpétrées sur la planète de 2000 à 2015. En Occident, les attentats terroristes dans les mosquées sont rares, à peine 2 % de tous les attentats, et il n’y avait eu aucune victime à déplorer jusqu’à présent, sauf en une occasion en 2012 en Belgique, avec un mort et un blessé.

En fait, jusqu’à dimanche soir, le Canada avait été particulièrement préservé des attaques mortelles contre des fidèles, peu importe leur confession. De 2000 à 2015, 133 attentats ont visé des mosquées, des églises, des synagogues ou des temples en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest, causant 24 morts et 28 blessés. Seulement trois (deux cocktails Molotov contre des synagogues et un incendie dans une mosquée) s’étaient déroulés au Canada, sans faire de victimes.

Lorsque les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard se sont adressés à leurs concitoyens au lendemain de la tragédie, dans des discours solennels à la Chambre des communes et à l’Assemblée nationale, ils ont dû trouver les mots justes devant cette attaque sans précédent contre une mosquée. En Amérique du Nord, il faut remonter à janvier 1990 pour trouver le dernier attentat meurtrier dans un lieu de culte musulman, à Tucson, en Arizona. Le ton devait être le bon. «Je tiens à m’adresser directement aux plus d’un million de Canadiens de confession musulmane, a notamment affirmé Justin Trudeau. Nous sommes avec vous. Trente-six millions de Canadiens ont aussi le cœur brisé. Et sachez que nous tenons à vous. Vous apportez une contribution inestimable au pays que nous partageons. Vous êtes ici chez vous.»

Les politiciens ont également dû adapter leurs discours au caractère distinct de l’attentat, puisque la cible choisie par le tueur n’était pas, contrairement aux récentes attaques terroristes au Canada, des symboles étatiques, comme le parlement ou des militaires…

La seule agression terroriste dans une mosquée en Amérique du Nord qui avait fait une victime auparavant s’était produite en 1990, à Tucson, en Arizona. L’imam Rashad Khalifa avait été poignardé alors qu’il se trouvait dans la cuisine du lieu de culte. Les auteurs du crime, qui appartenaient à une secte fondamentaliste au sein de la communauté islamique, n’appréciaient pas la manière dont l’imam interprétait le Coran.

Les attentats officiellement étiquetés comme «terroristes» dans la Global Terrorism Database ne comprennent pas les menaces et les crimes haineux — tels un graffiti ou une tête de porc laissée devant une porte. Le terrorisme est défini comme un geste intentionnel, violent et illégal, commis par une personne pour lancer un message d’ordre politique, religieux ou autre à l’ensemble de la société, par l’usage de la force.

De 2000 à 2015, 14 attaques ont été commises contre des mosquées en Amérique du Nord, dont une seule au Canada, à Peterborough, en Ontario. Cette dernière s’est produite le 14 novembre 2015, alors que la mosquée Al-Salam a été incendiée. Personne n’a revendiqué l’attentat. Aucune de ces 14 attaques n’a fait de victimes, contrairement à l’attentat de Québec.

Si les attaques terroristes contre des mosquées en Occident sont rares et font peu de victimes, il en va autrement dans les autres régions de la planète. Ce que Québec a malheureusement vécu se produit régulièrement en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud, où les lieux de culte musulmans sont au centre des tirs croisés entre religions ou courants sectaires au sein des populations. En 2015 seulement, dans ces trois régions du monde, 842 personnes ont péri dans des attaques dirigées contre une mosquée, et 1 648 ont été blessées.

Les musulmans sont d’ailleurs les plus éprouvés par les attentats terroristes, tous types confondus. Même si 100 pays ont été touchés par au moins une attaque en 2015, 69 % des victimes y ayant trouvé la mort étaient originaires de cinq pays à forte majorité musulmane: Irak, Afghanistan, Nigeria, Syrie et Yémen.