Société

La haine se propage au Québec

Les crimes haineux sont de plus en plus nombreux au Québec, en particulier ceux qui sont motivés par la haine d’une religion.

En octobre 2016, des manifestants réunis devant l’Assemblée nationale scandaient des slogans anti-islam. (Photo: Jean-Marie Villeneuve / Le Soleil)
En octobre 2016, des manifestants réunis devant l’Assemblée nationale scandaient des slogans anti-islam. (Photo: Jean-Marie Villeneuve/Le Soleil)

Selon un rapport daté de 2015 du ministère québécois de la Sécurité publique, le nombre de crimes haineux enregistrés par la police — ce qui peut aller du vandalisme aux voies de fait en passant par les menaces — est passé de 176 en 2009 à 257 en 2014, un bond de 46 %.

Ce sont les crimes motivés par la haine d’une religion qui ont connu l’augmentation la plus marquée, tout particulièrement entre 2013 et 2014. Entre ces deux années-là, qui correspondent à l’époque où le projet de charte des valeurs du Parti québécois faisait débat, le nombre de délits haineux de nature religieuse a presque doublé, passant de 48 à 93. C’est le type de haine la plus répandue dans la province, devant les infractions liées à la race ou à l’origine ethnique, à l’orientation sexuelle, au sexe, à la langue, au handicap ou à l’âge.

Un mouvement morcelé

La mouvance d’extrême droite au Québec est tout aussi morcelée et volatile que celle du reste du pays. Mais elle a aussi ses caractéristiques propres. Samuel Tanner, de l’École de criminologie de l’Université de Montréal, et Aurélie Campana, du Département de science politique de l’Université Laval, en ont tracé les contours dans un rapport publié en 2014.

On retrouve dans la province une concentration particulièrement forte de skinheads d’extrême droite parfois violents. Figurent dans ce cercle des groupes comme Dead Boys Crew, Légion nationaliste, Québec Radical, Ragnarok ou Vinland Front. Certains de leurs membres ont été condamnés pour des agressions à l’arme blanche envers des personnes noires ou d’origine arabe, notamment.

Les skinheads québécois gravitent par ailleurs autour d’une scène musicale fort active, qui constitue un puissant outil de recrutement. Certains de ces groupes ont donné leurs concerts (et craché leur xénophobie) jusqu’en Amérique du Sud et en Europe.


À lire aussi:

L’extrême droite sort de l’ombre


Les chercheurs reconnaissent une autre frange de l’extrême droite québécoise: une frange ultranationaliste, animée par la conviction que la population québécoise de souche canadienne-française doit protéger sa langue, sa culture et son identité contre la menace que représentent à ses yeux les immigrants. Ces groupes sont de plus en plus visibles depuis quelques années: ils organisent des marches, des campagnes de distribution de tracts ou d’autocollants, des conférences et d’autres activités dont la rhétorique ne laisse planer aucun doute sur le sentiment islamophobe qui les motive. En font partie notamment la Fédération des Québécois de souche, Atalante Québec ou encore Pégida Québec.