Société

La révolution tranquille de Montréal

Rendre la métropole plus accueillante pour les familles est un élément clé pour la conduire vers un 400e anniversaire réussi dans 25 ans.

Le nombre de familles avec enfants croît à Montréal. Une bonne nouvelle ! (Photo : Jean-François Leblanc / Agence Stock Photo)

Ses bouchons font rager, ses nids-de-poule atteignent des dimensions olympiques, sa bureaucratie donne le tournis… La liste des raisons pour râler contre Montréal pourrait prendre l’entièreté de cette page. Si on s’offrait plutôt une trêve pour souhaiter un joyeux anniversaire à cette ville imparfaite ? Après tout, elle a réussi à devenir l’un des plus formidables endroits où vivre au monde !

On célèbre trop peu le spectaculaire redressement qu’a vécu la métropole. La ville piquait du nez quand le maire Jean Doré a inauguré les festivités du 350e anniversaire, en 1992. La génération X avait le moral au tapis devant un taux de chômage qui frôlait les 15 %. Celui-ci a fléchi depuis, comme les genoux des Québécois devant le sourire de Magalie Lépine-Blondeau dans District 31. Avec un taux de 8,1 % en février, les enfants du millénaire attaquent leur vie d’adulte avec une confiance que ne renieraient pas les baby-boomers.

Et pour une fois, on peut dire merci aux politiciens ! Ils ont donné un second souffle à Montréal en favorisant la création d’une industrie du jeu vidéo de classe mondiale et en soutenant le secteur aéronautique. Levons aussi notre casquette du Canadien à la nouvelle génération d’entrepreneurs qui ont diversifié l’économie montréalaise, la rendant plus résistante aux crises ayant mis K.-O. des métropoles accros aux cours de la Bourse ou du pétrole.

Si Montréal est en train d’acquérir une dépendance, ce serait plutôt à la matière grise !

Le nombre d’étudiants internationaux y a doublé en 15 ans. Montréal vient d’ailleurs d’être couronnée meilleure ville universitaire au monde dans un influent palmarès britannique. La qualité de vie qu’on y trouve, son ouverture sur le monde et la richesse de sa vie universitaire en font une destination de choix pour les plus brillants cerveaux de la planète. Ses talents en intelligence artificielle ont été repérés par Google et Microsoft, qui font pleuvoir les millions sur les centres de recherche montréalais.

L’afflux d’étudiants étrangers, pour la moitié francophones, contribue aussi à un mouvement d’immigration qui a permis à Montréal d’enrayer son déclin démographique. Et de rajeunir.

Certes, l’exode vers les banlieues continue de drainer de jeunes familles, incapables de trouver un toit qui leur convient, même si Montréal demeure l’une des métropoles les plus abordables de sa catégorie.

Le nombre de familles avec enfants sur l’île a tout de même augmenté de 3 % de 2006 à 2011, ce qui marque peut-être le début d’une contre-tendance. De plus en plus de parents, branchés sur leur vie de quartier, sont prêts à faire des compromis, à habiter dans plus petit, par exemple, pour ne pas quitter l’île.

Pour que les nouvelles façons de vivre en famille à Montréal aient une incidence plus profonde, il faudra davantage que des potagers urbains et des réseaux d’entraide sur Facebook. Trop d’écoles demeurent dans un piteux état, et le récent réinvestissement annoncé par le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, n’est qu’un trop modeste début pour corriger des décennies de négligence.

Rendre Montréal plus accueillante pour les familles est un élément clé pour la conduire vers un 400e anniversaire réussi dans 25 ans. Cet objectif en appuie un autre, encore plus fondamental : freiner le déclin de la langue française au cœur de la plus importante ville du Québec.

La réussite de ce chantier digne d’un Manic-5 social doit inévitablement inclure les nouveaux arrivants, essentiels à l’avenir économique et linguistique tant de Montréal que de l’ensemble du Québec. Pour y parvenir de façon harmonieuse, il devient urgent de s’élever au-dessus des débats sur les valeurs des uns ou le racisme des autres. Le Québec a réussi son entrée dans la modernité grâce à sa Révolution tranquille. Il lui reste encore à trouver l’équipe du tonnerre capable d’assurer son essor en français grâce à un vaste plan d’intégration tranquille des néo-Québécois.